Tabitha Smith, dite Boom-Boom, prend la tête de X-Force dans Fugitive X-Force #1, annoncé par Marvel pour décembre 2026, après que l'esprit de Cable s'est révélé compromis. C'est la première fois en trente-cinq ans qu'elle dirige l'équipe qu'elle a cofondée. Sa vraie première apparition n'est pas un numéro mutant : c'est Secret Wars II #5 (daté de novembre 1985), par Jim Shooter et Al Milgrom. Suivent Fallen Angels #3 (1987), le premier X-Terminators de 1988, son arrivée dans l'équipe avec New Mutants #77 (juillet 1989), puis la bascule New Mutants #98, #100 et X-Force #1 (août 1991), dont le tirage record a durablement tué la rareté. Cet article classe ses numéros par ordre de solidité réelle, et sépare ce qui est rare de ce qui est seulement cher à produire.
Il existe deux façons de collectionner un personnage de second rang qui revient au premier plan. La première consiste à acheter le numéro 1 de sa nouvelle série et à s'arrêter là. La seconde consiste à remonter la chaîne de ses apparitions, en acceptant que les numéros les plus intéressants ne soient presque jamais ceux dont on parle. Boom-Boom est un cas d'école parce que son parcours éditorial traverse, presque exactement, les deux décennies où le marché du comic a le plus changé de nature.
Son dossier est aussi un bon exercice de méthode. Tabitha Smith a cofondé, en 1991, l'équipe la plus massivement imprimée de l'histoire de Marvel. Autrement dit, elle est présente dans des numéros que des millions de personnes possèdent encore, et dans quelques autres que presque personne n'a cherchés. Savoir distinguer les deux catégories vaut mieux que n'importe quelle intuition sur ce que l'annonce de décembre 2026 va déclencher.
Ce que décembre 2026 change pour Tabitha Smith
Marvel a programmé Fugitive X-Force #1 pour décembre 2026. La prémisse annoncée tient en une phrase : l'esprit de Cable est compromis, et Boom-Boom hérite du commandement d'une équipe en fuite. Le mot « fugitive » dans le titre dit assez le registre, et la place donnée à Tabitha dit encore plus.
Pour comprendre pourquoi c'est notable, il faut mesurer ce que la hiérarchie de X-Force a toujours été. Depuis 1991, l'équipe a changé de composition une bonne douzaine de fois, mais presque jamais d'autorité : Cable, puis Wolverine, puis Beast, puis Cable encore. Tabitha Smith a traversé ces recompositions en membre, en figurante, puis en absente. Lui confier la direction renverse un rapport de force établi depuis la cofondation de l'équipe, à laquelle elle participait déjà.
Secret Wars II #5 : la première apparition que personne ne cherche
C'est l'anomalie du dossier, et elle mérite d'être posée d'emblée. Boom-Boom n'apparaît pas pour la première fois dans un titre mutant, mais dans le cinquième numéro d'un événement inter-titres que la postérité n'a pas été tendre à juger.
Secret Wars II #5
Première apparition de Tabitha Smith. Elle y est une adolescente fugueuse, dotée d'un pouvoir qu'elle décrit elle-même comme des « time bombs » : des sphères d'énergie qu'elle façonne à la main et fait détoner à volonté. Le nom de code varie encore selon les récits de l'époque, entre Time Bomb et Boom-Boom, et c'est le second qui s'imposera. Jim Shooter, alors rédacteur en chef de Marvel, écrivait lui-même la série, ce qui explique qu'un personnage mineur y soit introduit sans que la franchise mutante ait été consultée.
1987 à 1989 : trois séries pour installer un personnage
Entre sa première apparition et son entrée dans l'équipe qui la rendra visible, Tabitha Smith passe par trois titres, tous de format court ou de second plan. Pour un collectionneur, cette période a une vertu : les tirages y sont nettement plus bas que ce qui viendra ensuite.
Fallen Angels #3
Boom-Boom rejoint les Fallen Angels au troisième numéro, recrutée par Ariel après un affrontement avec Iceman. La série réunit une distribution volontairement hétéroclite, où Sunspot et Warlock côtoient Multiple Man, Siryn, Chance et quelques créations propres à la minisérie. Le titre n'a jamais eu de descendance directe, mais c'est là que Tabitha cesse d'être une silhouette pour devenir un personnage avec une voix.
X-Terminators #2
La première incarnation des X-Terminators réunit de jeunes mutants rassemblés dans l'orbite de X-Factor, dont Boom-Boom, Rusty Collins, Rictor, Skids, Leech et Artie Maddicks. La minisérie se déroule en marge du récit d'« Inferno », et c'est au deuxième numéro que l'équipe paraît au complet. Tabitha y est déjà écrite comme l'élément incontrôlable du groupe, un trait qui lui restera jusqu'en 2026.
New Mutants #77
Tabitha Smith rejoint les New Mutants. C'est l'étape qui compte le plus pour la suite, puisque c'est de cette formation que naîtra X-Force deux ans plus tard. Elle arrive dans un groupe déjà installé, sous une direction qui va changer, et traverse ensuite toute la mutation du titre sans en être écartée. Peu de membres des New Mutants peuvent en dire autant.
La bascule de 1990 et 1991, vue depuis Boom-Boom
La séquence qui va de New Mutants #87 à X-Force #1 est l'une des plus commentées de l'histoire récente du médium. Nous n'allons pas la raconter à nouveau : le détail de New Mutants #98 et de sa cote est traité dans notre dossier dédié à ce numéro, et le cas de la fausse Domino dans notre histoire de Neena Thurman. Ce qui nous intéresse ici est plus étroit : la position de Tabitha Smith dans cette bascule.
Elle y occupe une place rare, celle du témoin continu. New Mutants #87, daté de mars 1990, installe Cable comme nouveau mentor à la place de Magneto, sous la plume de Louise Simonson et le crayon de Rob Liefeld. New Mutants #98, daté de février 1991 et mis en vente le 11 décembre 1990, introduit Deadpool, Gideon et la combattante que l'on croira longtemps être Domino. New Mutants #100, daté d'avril 1991, clôt la série et constitue la première apparition de X-Force en tant qu'équipe. Boom-Boom est présente du début à la fin de cette séquence, et elle fait partie des membres retenus pour la nouvelle formation.
Ce détail a une conséquence concrète pour le collectionneur. Les trois numéros les plus demandés de cette période le sont pour d'autres personnages qu'elle. Autrement dit, personne n'achète New Mutants #98 pour Boom-Boom, et personne ne le fera. Ses numéros propres sont ailleurs, dans la période 1985 à 1989, et c'est une bonne nouvelle : ils ne subissent pas la prime d'attention que les apparitions de Deadpool et de Cable imposent à toute la fin de la série.
X-Force #1 : cinq millions d'exemplaires, et ce que cela détruit
X-Force #1 paraît en août 1991, sur un scénario de Fabian Nicieza d'après les intrigues et les planches de Rob Liefeld. L'équipe fondatrice compte sept membres : Cable, Boom-Boom, Cannonball, Feral, Shatterstar, Warpath et Copycat sous l'identité de Domino. Siryn rejoindra le groupe au troisième numéro.
Le numéro a été vendu sous blister, avec une carte à collectionner déclinée en plusieurs versions, et il s'est écoulé à environ cinq millions d'exemplaires. C'est un record pour l'éditeur, et c'est aussi le fait le plus déterminant de tout ce dossier.
Pourquoi ? Parce qu'une quantité de cet ordre ne se résorbe pas. Un numéro imprimé à cinq millions d'exemplaires et acheté en grande partie par des gens qui l'ont conservé intact restera abondant dans trente ans comme dans soixante. La demande peut doubler, tripler, s'effondrer : le stock disponible reste tel qu'il absorbe tout. Ce n'est pas un jugement sur la série, qui a été un succès de lecture réel et qui a durablement installé un registre nouveau chez Marvel. C'est une donnée d'offre.
X-Force #1
Premier numéro de la série, avec Boom-Boom parmi les sept membres fondateurs. Historiquement majeur, commercialement record, et objectivement l'un des comics les plus communs de son époque. À posséder pour la cohérence d'une collection consacrée au personnage, sans en attendre une rareté qui n'existe pas.
Les recompositions, et pourquoi elle en sort
La suite du parcours de X-Force explique pourquoi Boom-Boom a longtemps disparu des radars. La première série tient jusqu'au numéro 129, en 2001, avant d'être refondue en X-Statix, qui change presque tout le casting. L'équipe d'origine revient le temps d'une minisérie de six numéros en 2004, dessinée par Liefeld.
Puis vient la mue décisive. Dans le sillage de Messiah Complex, une version noire et militarisée de l'équipe se forme et obtient sa propre série en février 2008, écrite par Craig Kyle et Christopher Yost, dessinée par Clayton Crain. Cette série s'achève en septembre 2010 dans le cadre de Second Coming. Elle est remplacée dès octobre 2010 par Uncanny X-Force, de Rick Remender et Jerome Opeña, avec Wolverine, Psylocke, Deadpool, Archangel, Fantomex et E.V.A.
Le constat est net : à mesure que X-Force devient une unité d'opérations spéciales peuplée de combattants d'élite, un personnage dont le trait dominant est l'imprévisibilité adolescente n'y trouve plus sa place. Boom-Boom n'a pas été écartée par désintérêt, elle a été rendue incompatible avec le concept que la franchise a choisi de suivre pendant près de vingt ans. C'est ce qui rend le retournement de décembre 2026 lisible : Marvel ne la réintègre pas dans l'équipe d'élite, l'équipe redevient fugitive.
Nextwave #1 et X-Terminators 2022 : les deux titres qui lui appartiennent
Entre-temps, Tabitha Smith a porté deux séries où elle n'était pas une pièce de second plan. Ce sont, pour un collectionneur qui s'intéresse au personnage plutôt qu'à l'équipe, les deux numéros les plus pertinents après ses apparitions des années 1980.
Nextwave #1
Tabitha Smith y est l'un des cinq personnages principaux, aux côtés d'Elsa Bloodstone, Monica Rambeau, Aaron Stack et du Captain. Warren Ellis a expliqué l'avoir choisie pour l'étrangeté assumée de son nom de code autant que pour ses capacités de combat. La série a une réputation durable de sommet du registre comique chez Marvel, et elle est restée lisible indépendamment de toute continuité.
X-Terminators #1 (2022)
Reprise du nom de l'équipe de 1988, cette fois sous l'étiquette « Destiny of X », avec un quatuor composé de Boom-Boom, Dazzler, Jubilee et Laura Kinney. Tabitha y est le moteur du récit, et le ton assume la filiation avec la minisérie d'origine tout en jouant d'un registre bien plus brutal. C'est la preuve, quatre ans avant Fugitive X-Force, que l'éditeur considérait le personnage comme capable de porter un titre.
Comment constituer ce lot sans se tromper
Commencez par inventorier ce que vous avez déjà
Si vous collectionnez les mutants depuis un moment, vous possédez probablement X-Force #1 et plusieurs numéros de la première série sans y avoir pensé en termes de Boom-Boom. Faites le point avant d'acheter quoi que ce soit : sur un parcours aussi dispersé, la première économie vient de l'inventaire, pas de la négociation. Notre suivi numéro par numéro sert exactement à ça.
Visez la période 1985 à 1989 en priorité
Secret Wars II #5, Fallen Angels #3, X-Terminators #2 et New Mutants #77 partagent une caractéristique que rien ne rattrapera : ils ont été imprimés avant l'emballement de tirages du début des années 1990. Ce sont les seuls numéros de ce dossier où la rareté relative joue en votre faveur.
Sur les numéros de 1991, choisissez l'état, pas le numéro
Sur un comic tiré à plusieurs millions d'exemplaires, la question n'est jamais « où le trouver » mais « lequel garder ». Examinez les angles, la planéité de la couverture et, dans le cas d'un exemplaire sous blister, l'absence de marque de pression. Un exemplaire médiocre d'un numéro abondant n'a aucune marge de progression.
Ne faites noter que ce qui le justifie
Une notation a un coût fixe, quel que soit le comic. Elle se justifie sur un exemplaire déjà excellent d'un numéro recherché, ou sur un blister intact dont l'état intérieur doit être attesté. Elle ne se justifie pas sur un exemplaire moyen d'un numéro commun. Le guide de la notation CGC détaille les seuils à partir desquels l'opération a du sens.
Attendez la sortie avant de juger Fugitive X-Force
Un numéro 1 annoncé n'a pas d'existence matérielle. Les tirages des séries limitées actuelles sont très inférieurs à ceux de 1991, mais une minisérie ne devient une référence que si elle laisse quelque chose derrière elle : un costume, un statut, un personnage neuf. Rien de cela n'est visible le jour de la parution.
Ce que ce dossier apprend au-delà de Boom-Boom
Le cas de Tabitha Smith résume une règle qui vaut pour beaucoup de personnages secondaires de la franchise mutante : leur numéro le plus célèbre et leur numéro le plus rare ne sont presque jamais le même. Classer ses comics par personnage plutôt que par série fait apparaître ces écarts, là où un rangement par titre les masque, et c'est l'un des usages pour lesquels une application de suivi change quelque chose. Pour une lecture chiffrée de ce que vous possédez déjà, partez de votre inventaire plutôt que des anticipations : une estimation de vos exemplaires dit plus long qu'un pronostic sur un numéro qui n'est pas sorti.