Deux forces gouvernent cette cote. Une prime d'auteur : le numéro fondateur — Daredevil #168 (7 octobre 1980, 50 ¢) — est écrit et dessiné par Frank Miller, ce qui ajoute au marché du personnage celui, indépendant, des collectionneurs d'un créateur. Et une question d'édition : trois tirages coexistent, kiosque, circuit spécialisé et britannique à 15p.
La plupart des dossiers se résument à une demande : celle du personnage. Ici, deux demandes se superposent sur les mêmes objets, et elles n'obéissent pas aux mêmes signaux.
Savoir laquelle des deux fait le prix d'un numéro donné change complètement la façon de l'acheter — et celle de le revendre.
La prime d'auteur
Ce ressort commande tout le reste, et on l'explique rarement.
Quand un comic est écrit par une personne et dessiné par une autre, sa demande repose essentiellement sur son contenu : quel personnage, quel événement, quelle première fois. Quand une seule personne assume les deux rôles, une seconde demande apparaît, portée par des acheteurs qui collectionnent un créateur plutôt qu'un univers.
Ces acheteurs raisonnent autrement. Ils ne cherchent pas des premières apparitions mais des étapes d'une œuvre : le moment où un style s'affirme, où une méthode se met en place, où un auteur prend le contrôle d'un titre. Leur logique est celle du marché de l'art plus que celle de la collection de fascicules.
Trois conséquences concrètes en découlent.
D'abord, la demande est plus stable : elle ne dépend d'aucune adaptation ni d'aucune actualité éditoriale. Une œuvre reconnue le reste.
Ensuite, elle porte sur des numéros que le marché du personnage ignore. Les fascicules où l'auteur signe seul, même sans événement notable, intéressent ce public.
Enfin, elle rend la revente plus facile. Deux populations distinctes cherchent le même objet, ce qui réduit le risque de se retrouver sans acheteur.
Le run comme unité de marché
Conséquence directe de ce qui précède : sur ce dossier, le marché ne raisonne pas seulement par numéro mais par bloc d'auteur.
La période où le créateur tient le titre se vend comme un ensemble identifiable. Les vendeurs la proposent groupée, les acheteurs la cherchent groupée, et les prix des numéros qui la composent évoluent de façon solidaire.
Cela produit une situation intéressante pour l'acheteur méthodique. Les numéros sans clé à l'intérieur de ce bloc bénéficient d'une demande réelle, mais restent très abordables comparés aux numéros identifiés. Ils constituent, à mon sens, le meilleur rapport du dossier.
Attention toutefois à un écueil courant : les lots présentés comme « le run complet » ne le sont pas toujours, et il manque presque toujours le numéro le plus cher. Exigez la liste des numéros, pas une photo d'ensemble.
Trois éditions, trois marchés
Le numéro fondateur existe en version kiosque, en version pour librairies spécialisées, et en version britannique. Pour les deux premières, tout se joue au coin haut-gauche de la couverture ; pour la troisième, au tarif imprimé.
Sur le plan de la valeur, retenez trois principes.
Ne comparez jamais des ventes d'éditions différentes. Aucune méprise ne revient plus souvent, ni ne coûte davantage. Une moyenne calculée sur des exemplaires de circuits distincts ne décrit aucun objet réel.
La hiérarchie dépend de l'année. Elle n'est pas figée : le poids relatif des deux circuits américains a évolué au cours de la décennie, ce qui rend l'exemplaire le moins courant variable selon la période.
L'édition britannique constitue un marché à part. Elle se négocie en dessous sur le marché américain de référence, mais elle possède ses propres acheteurs et elle offre l'accès le moins onéreux à ce numéro.
Ce que la mort et le retour ont changé
Un élément narratif a une incidence directe sur la structure de ce marché, et il mérite d'être expliqué.
Le personnage a été conduit à son terme par son créateur, peu après son introduction, dans un numéro identifié. Il a ensuite été ramené, puis réutilisé par d'autres auteurs pendant des décennies.
Sur bien d'autres personnages, un retour dévalue la conclusion : si rien n'est définitif, le numéro qui clôt perd de sa force. Rien de tel ne s'est produit dans ce cas précis, et l'explication tient au découpage du marché.
Le public qui achète le bloc d'auteur ne s'intéresse pas à ce que d'autres ont écrit ensuite. Pour lui, l'œuvre est close, et sa conclusion garde exactement la valeur qu'elle avait. Les publications ultérieures appartiennent à un autre corpus, avec ses propres acheteurs et ses propres niveaux — bien inférieurs.
La leçon dépasse ce cas : quand une œuvre est identifiée comme celle d'un auteur, elle devient insensible aux réécritures postérieures. C'est un facteur de stabilité que les dossiers dépendant de la seule continuité n'ont pas.
L'état sur les comics de 1980-1981
Cette période occupe une position intermédiaire qu'il faut traiter pour elle-même.
Le papier vieillit moins mal que celui des décennies précédentes, mais il brunit tout de même après quarante ans. La tranche du bloc, vue de côté, reste le contrôle le plus rapide.
Ce qui pèse davantage, ce sont les défauts de fabrication. Le contrôle qualité de l'époque tolérait des décentrages et des coupes obliques que le marché actuel sanctionne durement. Ces défauts sont d'origine, définitifs, et ils plafonnent la note d'un exemplaire même parfaitement conservé.
Deux zones concentrent les problèmes d'usage. Le pli de dos, où les aplats sombres de cette couverture blanchissent au moindre frottement. Et les angles, particulièrement le coin supérieur droit, que l'on saisit pour feuilleter.
Un mot sur la gradation : elle se justifie ici dès que l'exemplaire paraît nettement au-dessus de la moyenne, parce que la double demande — personnage et auteur — rend un bel exemplaire plus liquide qu'ailleurs. En dessous, le coût dépasse le bénéfice.
Vendre sur ce dossier
Le sujet mérite d'être traité, car la double demande change aussi la manière de céder un exemplaire.
Précisez l'édition dans le titre de votre annonce. C'est la première question que posera tout acheteur informé. Y répondre d'emblée vous distingue de la masse des annonces vagues et attire les acheteurs sérieux, qui sont aussi ceux qui paient le mieux.
Photographiez le coin supérieur gauche. Placez cette image en bonne position dans l'annonce : elle répond d'avance à la question de l'édition et évite l'échange de messages qui fait souvent perdre une vente.
Nommez l'auteur. Une annonce qui mentionne uniquement le personnage ne sera pas vue par la moitié du marché. Les collectionneurs qui suivent un créateur cherchent par son nom, pas par celui du personnage — c'est une différence d'indexation qui vous coûte des acheteurs si vous l'ignorez.
Vendez le bloc ou la pièce, mais choisissez. Un lot amputé de ses numéros importants se vend mal et donne une mauvaise impression ; une pièce isolée bien décrite se vend vite. Le pire résultat vient des lots hétérogènes vendus sans inventaire.
Notez aussi que ce dossier se prête mal aux ventes précipitées. Les acheteurs y sont peu nombreux mais informés, et ils comparent. Une annonce bâclée reste en ligne longtemps là où une annonce précise trouve preneur rapidement, souvent à un meilleur prix.
Un dernier point sur le calendrier : contrairement aux dossiers portés par les adaptations, celui-ci ne connaît pas de pics marqués. Il n'y a donc pas de bon moment à guetter, ce qui simplifie la décision — vendez quand cela vous arrange.
Estimer correctement
Cinq étapes sur ce dossier.
Identifiez l'édition avant toute chose, par le coin supérieur gauche et le prix imprimé.
Datez par le prix de couverture. Cinquante cents pour les deux versions américaines. Un montant différent signale une réimpression, un recueil ou une édition étrangère, et le contrôle prend une seconde sur une photo nette.
Vérifiez le numéro exact. Le personnage apparaît dans de nombreux fascicules voisins ; seul le premier porte la prime de début.
Distinguez défauts d'origine et défauts d'usage. Les premiers plafonnent définitivement, les seconds se négocient.
Comparez à édition et note identiques, et uniquement sur des ventes conclues.
Demandez-vous qui achète. Étape propre à ce dossier : si le prix observé vous paraît élevé pour un numéro sans événement narratif, c'est probablement la demande d'auteur qui le porte. Cela ne signifie pas qu'il est surévalué — cela signifie que vous devez le comparer à d'autres numéros du même auteur, et non à d'autres numéros du même personnage.
Une dernière observation sur la liquidité. Ce dossier se revend mieux que la moyenne, précisément parce que deux publics distincts s'y intéressent. Un vendeur qui ne parvient pas à intéresser les collectionneurs du personnage peut toucher ceux de l'auteur, et inversement. Cette double sortie réduit le risque de rester avec un exemplaire sur les bras, ce qui compte autant que le niveau de prix quand on engage une somme significative.
Trois façons d'aborder le dossier
À décider avant de chercher.
La clé seule. Le numéro fondateur, dans l'édition et l'état qui correspondent à votre budget. Objectif simple et lisible.
Le bloc d'auteur. L'ensemble de la période où le créateur tient le titre. C'est l'approche la plus cohérente, celle que valorise le marché, et elle exploite le prix modeste des numéros sans clé.
Le corpus ultérieur. Les séries consacrées au personnage après cette période, très accessibles, pour qui veut lire beaucoup sans engager de somme importante.
Le détail du numéro fondateur figure dans notre article dédié ; côté lecture, voyez nos runs recommandés.
Vos questions sur la cote
Daredevil #168, sa première apparition, mis en vente le 7 octobre 1980 à 50 cents. Sa valeur repose sur deux demandes superposées : celle du personnage, et celle des collectionneurs qui suivent Frank Miller, qui assure ici seul le texte et l'image.
Le supplément de valeur qui apparaît quand une seule personne écrit et dessine. S'ajoute alors au marché du personnage celui d'acheteurs qui collectionnent un créateur : ils ne cherchent pas des premières apparitions mais des étapes d'une œuvre. Cette demande est plus stable, ne dépend d'aucune adaptation, et porte sur des numéros que le marché du personnage ignore.
C'est le meilleur rapport du dossier. À l'intérieur du bloc tenu par l'auteur, les fascicules sans événement narratif bénéficient d'une demande réelle tout en restant très abordables. Méfiez-vous simplement des lots vendus comme « run complet » : il manque presque toujours le numéro le plus cher. Exigez la liste des numéros, pas une photo d'ensemble.
Non, et c'est instructif. Le public qui achète le bloc d'auteur ne s'intéresse pas à ce que d'autres ont écrit ensuite : pour lui l'œuvre est close, et sa conclusion garde sa valeur. Quand une œuvre est identifiée comme celle d'un auteur, elle devient insensible aux réécritures postérieures — un facteur de stabilité que les dossiers dépendant de la seule continuité n'ont pas.
Plus que la moyenne, et c'est l'un de ses atouts. Deux publics distincts s'y intéressent : celui du personnage et celui de l'auteur. Un vendeur qui n'intéresse pas les premiers peut toucher les seconds, et réciproquement. Cette double sortie réduit le risque de rester avec un exemplaire sur les bras — ce qui compte autant que le niveau de prix quand on engage une somme importante.
Demandez-vous qui achète. Si le montant vous paraît fort pour un numéro sans événement narratif, c'est probablement la demande d'auteur qui le porte. Cela ne veut pas dire qu'il est surévalué : cela veut dire qu'il faut le comparer à d'autres numéros du même auteur, et non à d'autres numéros du même personnage.
Précisez l'édition dès le titre : c'est la première question de tout acheteur informé, et y répondre d'emblée attire ceux qui paient le mieux. Nommez aussi l'auteur — les collectionneurs qui suivent un créateur cherchent par son nom, pas par celui du personnage, et une annonce qui l'omet reste invisible pour la moitié du marché. Évitez enfin les lots hétérogènes sans inventaire.
Dès que l'exemplaire paraît nettement au-dessus de la moyenne, oui : la double demande rend un bel exemplaire plus facile à revendre que sur un dossier ordinaire. En dessous, le coût dépasse le bénéfice. Vérifiez d'abord le centrage et la coupe, défauts d'origine que rien ne corrige et qui plafonnent la note quel que soit l'état de conservation.
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