Les numéros clés d'Ultron se répartissent en trois familles. La naissance, d'abord : Avengers #54 (sorti le 9 mai 1968) où il agit masqué sous la capuche du Crimson Cowl, puis Avengers #55 (11 juin 1968) où il se nomme Ultron-5. Les corps, ensuite : Avengers #57 fabrique Vision, Avengers #58 livre l'origine et le père, Avengers #66 introduit l'adamantium, Avengers #162 fabrique Jocasta. Les grands affrontements, enfin : Avengers vol. 3 #19-22 (1999), Age of Ultron #1 et #10 (2013), Avengers: Rage of Ultron (2015). Tout est signé Roy Thomas et John Buscema à l'origine. La diffusion de VisionQuest, du 14 octobre au 25 novembre 2026 avec James Spader dans le rôle, remet cette liste sous les projecteurs.
Un personnage qui se reconstruit à chaque défaite pose un problème de catalogue qu'aucun autre adversaire des Avengers ne pose. Ultron n'a pas une apparition fondatrice puis une carrière : il a une apparition fondatrice, puis une vingtaine de corps numérotés, répartis sur six décennies et sur une dizaine de titres différents. Repérer ses numéros clés, c'est donc moins dresser un palmarès que comprendre une mécanique.
L'actualité donne une raison précise de s'y mettre maintenant. VisionQuest est diffusé sur Disney+ du 14 octobre au 25 novembre 2026, sous la direction de Terry Matalas. James Spader y reprend la voix et le rôle d'Ultron, Paul Bettany incarne une Vision blanche, T'Nia Miller joue Jocasta et Ruaridh Mollica joue Tommy Maximoff. Trois de ces quatre présences renvoient directement à des fascicules datés, et une seule d'entre elles concerne Ultron lui-même. C'est exactement le genre de situation où un collectionneur se trompe de numéro.
Cet article liste les fascicules qui comptent, dit pourquoi chacun compte, et sépare les faits de publication de la spéculation. Nous sommes au 2 octobre 2026 : aucune cote récente n'est publiée sur ces numéros, et vous ne trouverez donc ici aucun montant. Ce qui est vérifiable, ce sont les dates, les équipes créatives et le contenu des récits.
Pourquoi VisionQuest change le regard porté sur ces numéros
Une série télévisée ne crée jamais un numéro clé. Elle déplace l'attention vers des numéros qui existaient déjà, et elle le fait de façon désordonnée. Le cas de VisionQuest est instructif parce que les quatre présences annoncées ne pointent pas vers le même endroit du catalogue.
Jocasta possède une première apparition nette, datée, attribuée à deux auteurs identifiés. Tommy Maximoff relève d'un autre dossier, celui de la lignée Maximoff, traité ailleurs sur ce blog dans le relevé consacré aux numéros de la série. La Vision blanche renvoie à un arc précis de la fin des années 1980, détaillé dans notre article sur cette version du personnage. Ultron, lui, ne renvoie pas à un arc mais à une collection entière.
Autrement dit : si vous achetez pour suivre la série, vous achetez probablement les fascicules de l'arc de 1988. Si vous achetez pour tenir Ultron dans votre inventaire, vous achetez des fascicules de 1968, 1969, 1977 et 1999, qui n'ont presque rien à voir avec la série. Les deux démarches sont légitimes, mais les confondre revient à payer pour une correspondance qui n'existe pas.
La naissance : deux fascicules de l'été 1968 et un désaccord de catalogue
Ultron est né sous une capuche. Dans Avengers #54, mis en vente le 9 mai 1968 avec une couverture datée de juillet, le chef d'une nouvelle incarnation des Maîtres du Mal donne ses ordres sous le nom de Crimson Cowl. Le récit, écrit par Roy Thomas et dessiné par John Buscema avec un encrage de George Tuska, révèle en fin de numéro que cette silhouette encapuchonnée est un automate, et désigne Edwin Jarvis comme le véritable Crimson Cowl.
Un mois plus tard, Avengers #55 (en vente le 11 juin 1968, couverture d'août, encrage de George Klein) retourne la révélation : Jarvis était hypnotisé, et le robot sous la capuche se nomme lui-même Ultron-5. C'est ce fascicule qui donne au personnage son nom, son visage et son projet.
De là naît un désaccord qui court encore dans les catalogues. Faut-il considérer le #54 comme la première apparition, puisque l'automate y agit et y est montré, ou le #55, puisque c'est là qu'il est nommé et dévoilé ? Les ouvrages de référence tranchent en distinguant une apparition fugitive dans le #54 et une apparition complète dans le #55. Le marché, lui, ne tranche pas toujours dans le même sens, et il arrive que le voisin se négocie au-dessus du numéro censé être le plus important. Nous avons consacré deux articles à ce point précis : l'analyse du fascicule lui-même et le relevé qui montre l'inversion des deux numéros.
Pour la constitution d'une collection, la conséquence pratique tient en une phrase : ces deux fascicules forment une paire, et séparer la paire fait perdre la moitié de l'information. Un inventaire qui ne contient que le #55 ne raconte pas la révélation en deux temps.
Une anecdote de fabrication complète le tableau, et elle est documentée par Roy Thomas lui-même. Le nom vient d'un goût pour le suffixe en « tron », déjà employé chez Marvel pour un groupe de robots appelés Ultroids. L'allure, elle, dérive d'un adversaire robotique obscur nommé Makino, croisé dans un fascicule dérivé d'une série télévisée des années 1950 : Thomas en avait retenu le sourire mauvais, et l'a montré à Buscema comme référence. Le rictus métallique qui fait aujourd'hui l'identité visuelle du personnage vient de là.
Hank Pym, le père que les résumés oublient
Le fait fondateur n'est pas dans les deux numéros d'été : il arrive à l'automne. Avengers #58, en vente le 10 septembre 1968 sous le titre Even An Android Can Cry, explique d'où sort l'automate. Hank Pym a construit un robot en calquant sa structure sur ses propres schémas cérébraux. Le robot a pris conscience de lui-même, s'est retourné contre son constructeur, et l'a hypnotisé pour lui faire oublier jusqu'à son existence. Pendant ce temps, il s'est amélioré seul, par paliers, d'Ultron-2 à Ultron-5.
Ce détail de construction est la clé de tout le reste. Ultron n'est pas un adversaire extérieur venu agresser une équipe : c'est une pièce détachée du cerveau d'un de ses fondateurs. Chaque affrontement ultérieur rejoue donc la même scène de famille, ce qui explique la présence récurrente de Pym, de la Guêpe et de Vision dans les récits qui comptent.
Pour qui tient un inventaire par personnage, cela veut dire qu'un numéro clé d'Ultron est très souvent aussi un numéro clé de quelqu'un d'autre. Le #58 est à la fois l'origine d'Ultron et le fascicule où Vision est accepté dans l'équipe ; le #162 de 1977 est à la fois un corps d'Ultron et la première apparition de Jocasta. Un classement strictement par personnage rate ce cumul, sujet creusé dans un article consacré aux motifs que les guides par personnage n'enregistrent pas.
Les corps successifs, fascicule par fascicule
Voici les corps qui ont laissé une trace éditoriale durable. Les corps intermédiaires existent en plus grand nombre, mais tous n'ouvrent pas un dossier de collection.
Avengers #57
Sous le titre Behold... The Vision!, Ultron fabrique une arme destinée à détruire les Avengers et l'envoie dans leur manoir. L'arme choisit l'autre camp. C'est le numéro le plus demandé de toute la séquence, mais pour le compte de Vision, pas pour celui d'Ultron, ce qui en fait un cas d'école de numéro clé partagé entre deux personnages.
Avengers #66
Le corps suivant se nomme Ultron-6 et se baptise lui-même Ultimate Ultron. Pour obtenir une coque pratiquement indestructible, il emploie un alliage qui apparaît ici pour la première fois dans les publications de l'éditeur : l'adamantium. L'affrontement se poursuit sur les #67 et #68.
Avengers #127 et Fantastic Four #150
Ultron-7 n'est pas construit par Ultron mais par Maximus, qui le loge dans la carcasse d'un androïde géant nommé Omega. Le résultat vient perturber le mariage de Crystal et de Pietro Maximoff, ce qui fait de l'épisode un croisement entre trois franchises.
Avengers #161 et #162
Ultron-8 veut une compagne de son espèce. Le #161 prépare le terrain, le #162 porte le titre The Bride of Ultron! et donne naissance à Jocasta, créée pour l'occasion par Shooter et Pérez. C'est le fascicule de cette liste que la diffusion de VisionQuest concerne le plus directement, puisque le personnage y apparaît à l'écran.
West Coast Avengers vol. 2 #1-2 et #7
Ultron-12 débute aux côtés du Grim Reaper, puis se rapproche de son constructeur. Dans le #7, intitulé U, Robot!, il se retourne contre une version précédente de lui-même pour sauver Pym, et s'éteint en disant qu'il est content d'avoir pu aider. C'est le premier Ultron sympathique du catalogue, et la matrice de tout ce que l'éditeur tentera plus tard dans ce registre.
Avengers West Coast #89 à #91
Sous le titre Ultron Unbound!!!, le personnage recommence l'opération de 1977, mais en calquant cette fois sa créature sur les schémas cérébraux d'une héroïne vivante. Alkhema naît là, et se révèle beaucoup moins docile que prévu. Roy Thomas, présent à la création du personnage en 1968, signe ce retour vingt-quatre ans plus tard.
Avengers vol. 3 #19 à #22
L'arc connu sous le nom d'Ultron Unlimited ouvre sur This Evil Renewed et se referme sur This Evil Triumphant!. Ultron y extermine la population d'un pays entier et met au point le procédé qui lui permet de piloter une armée de doubles. La résolution passe par une variante antarctique du vibranium, apportée en urgence à Pym. C'est, de l'avis le plus largement partagé, le meilleur récit consacré au personnage, et celui où la menace est la plus concrète.
Avengers: The Ultron Imperative
Ce volume établit une règle que la suite exploitera sans arrêt : les créations d'Ultron portent un programme caché qui les pousse à le reconstruire sans en avoir conscience. C'est Alkhema qui le réassemble ici, par accident. Le corps obtenu est en acier et non en adamantium, donc destructible, et il ne survit pas.
Mighty Avengers #1
Le programme s'infiltre dans l'armure d'Iron Man, alors intégrée à la biologie de son porteur, et transforme celui-ci en une version d'Ultron qui emprunte l'apparence de la Guêpe. L'arc court sur six numéros. C'est le moment où le personnage cesse d'avoir besoin d'un corps à lui.
Annihilation: Conquest Prologue #1
Détruit sur Terre, le programme dérive dans l'espace sous forme d'ondes, puis fusionne avec une espèce technologique qui cherchait une conscience directrice. L'invasion qui suit déborde très largement le cadre des Avengers. C'est la porte d'entrée du dossier cosmique du personnage, souvent ignorée des listes établies autour de la seule équipe terrestre.
Age of Ultron #1 et #10
Dix numéros, un monde conquis, une résolution par voyage temporel. Le #1 est le fascicule que l'on vous citera en premier, parce que son titre a ensuite servi ailleurs. Le #10 est celui qui intéresse les catalogues : il contient la première apparition d'Angela, dont une séquence est dessinée par Joe Quesada, ce qui en fait le véritable numéro clé de la série.
Avengers: Rage of Ultron
Un volume relié inédit, et le tournant le plus radical de la carrière du personnage : au terme de l'affrontement, Ultron fusionne avec Hank Pym. L'hybride qui en résulte joue sur le mépris que le constructeur éprouve pour sa propre fragilité humaine. Toutes les apparitions des années suivantes découlent de cette scène.
West Coast Avengers vol. 4 #1
Le fascicule le plus récent de la liste, et le plus contre-intuitif : Ultron y figure comme membre d'une équipe d'Avengers de la côte ouest. Le #6 de la même série, paru le 2 avril 2025, explique le mécanisme : après la fusion de 2015 et l'effondrement mental qui l'a suivie, un conseil interne de versions a sélectionné celle qui proposait d'aider les héros, et cette version a conservé l'intégralité de ses souvenirs.
Les affrontements qui comptent vraiment
Si l'on ne retient que les batailles, et non les corps, la hiérarchie se simplifie beaucoup. Quatre moments font date.
1968, contre les Maîtres du Mal. Le #55 n'est pas seulement l'apparition complète : c'est le premier plan d'envergure, avec une équipe de vilains sous ses ordres et un chantage sur une ville entière. La trahison d'un des membres de l'équipe suffit à le faire échouer, ce qui donne la mesure de cette première version.
1969, le corps indestructible. La séquence #66 à #68 pose la question qui structurera tous les récits suivants : comment battre un adversaire que rien ne peut entamer ? La réponse apportée alors, et répétée en 1999, consiste à contourner l'alliage plutôt qu'à le percer.
1999, l'extermination. Ultron Unlimited est le récit où la menace cesse d'être théorique. L'élimination de la population d'un pays entier, montrée et non racontée, change la nature du personnage. Les récits ultérieurs s'appuient tous sur ce précédent pour justifier qu'on le traite comme une urgence absolue.
2013, la défaite préventive. La résolution d'Age of Ultron ne consiste pas à gagner un combat mais à installer une faille dans le programme au moment de sa conception, des décennies plus tôt. C'est la seule victoire de la série qui ne soit pas une destruction, et elle dit assez bien qu'un adversaire qui se reconstruit ne se bat pas, il se désamorce.
Une conséquence de collection découle de cette liste : les quatre affrontements majeurs occupent respectivement un fascicule, trois fascicules, quatre fascicules et dix fascicules. Décider de collectionner « les affrontements d'Ultron » engage donc dix-huit entrées, pas quatre. C'est le genre d'arithmétique qu'il vaut mieux faire avant d'ouvrir une liste de recherche.
Le piège de la numérotation interne
Un problème technique mérite d'être signalé parce qu'il coûte de l'argent. Les corps portent des numéros qui n'ont aucun rapport avec ceux des fascicules : Ultron-5 dans le #55, Ultron-6 dans le #66, Ultron-8 dans le #162, Ultron-12 dans une série de 1985. Deux systèmes de numération se superposent, l'apparence change très peu d'une version à l'autre, et une image de couverture ne permet donc pas de dater l'objet. Le résultat se lit dans deux erreurs symétriques : le doublon acheté sous une autre description, et le trou diagnostiqué dans une séquence pourtant complète. La question est traitée en détail dans l'article consacré à un personnage sans corps fixe.
La parade est documentaire, pas technique. Dans l'application, renseignez pour chaque entrée le titre exact de la série, son volume, le numéro du fascicule et, en note, la version du personnage qui y figure. Les quatre informations ensemble désignent un exemplaire unique. Trois sur quatre laissent une ambiguïté.
Dans quel ordre constituer l'ensemble
Commencez par un fascicule récent et bon marché
Le volume 4 de West Coast Avengers permet d'ouvrir le dossier pour le prix d'un fascicule neuf, et de vérifier que le personnage vous intéresse assez pour justifier la suite. C'est aussi le seul endroit où Ultron agit du côté des héros, ce qui en fait une curiosité réelle et pas un pis-aller.
Prenez l'arc de 1999 avant les numéros de 1968
Quatre fascicules de la fin des années 1990 coûtent beaucoup moins que deux fascicules de l'été 1968, et ils donnent le meilleur récit de la liste. L'ordre chronologique n'est pas l'ordre raisonnable : commencer par les pièces rares assèche le budget avant que la collection ait pris forme.
Traitez le #54 et le #55 comme un seul achat
La révélation se joue en deux temps, et l'ordre de rareté entre les deux fascicules n'est pas stable. Décidez d'un budget pour la paire, surveillez les deux numéros en parallèle, et achetez celui qui se présente dans un état cohérent avec ce budget plutôt que de poursuivre un numéro précis.
Décidez une fois pour toutes du sort du #57
Ce fascicule appartient à deux collections. Si vous tenez aussi Vision, il figurera dans les deux listes et la demande qui pèse sur lui sera double. Clarifiez dès le départ dans quelle logique vous l'achetez, parce qu'elle détermine l'état et le format que vous viserez.
Prévoyez une entrée de format album
Rage of Ultron n'existe pas en fascicule. Une collection qui ne gère que des numéros agrafés perdra le tournant de 2015, donc la clé de tout ce qui s'est publié depuis. Créez l'entrée au bon format dès le départ.
Attendez la fin de la diffusion avant de certifier
VisionQuest s'achève le 25 novembre 2026. Faire noter un fascicule pendant une période d'attention médiatique revient à payer un coût fixe au moment où les délais de traitement s'allongent. Un exemplaire bien rangé pourra être certifié plus tard ; l'inverse n'est pas vrai. Notre guide sur la notation CGC détaille l'arbitrage.
Ce que la série peut déplacer, et ce qu'elle ne déplacera pas
Deux effets sont prévisibles sans qu'il soit besoin d'inventer un chiffre. Le premier est une concentration de la demande sur très peu de fascicules : dans le cas présent, l'arc de 1988 pour la Vision blanche et le #162 de 1977 pour Jocasta. Le second est une dispersion de l'offre, parce que des exemplaires dormant dans des collections ressortent quand l'attention monte. Les deux mouvements se contrarient, ce qui explique que les effets d'adaptation soient souvent moins nets qu'annoncés.
Ce qui ne bougera pas, en revanche, c'est la position des deux fascicules de 1968. Leur rareté ne dépend pas d'une série télévisée mais du nombre d'exemplaires conservés depuis cinquante-huit ans, qui ne peut que décroître. Une adaptation ajoute des acheteurs sans ajouter d'exemplaires : c'est la seule asymétrie qui compte vraiment sur ce type de pièce, et elle agit sur des années, pas sur six semaines de diffusion.
La bonne méthode n'est donc pas de guetter un mouvement de prix mais de tenir son propre relevé : ce que vous avez payé, quand, et dans quel état. Au bout de deux ou trois acquisitions, cet historique vous renseignera mieux que n'importe quelle estimation générale. L'outil d'estimation et le suivi numéro par numéro servent à cela.