La première apparition de Trinity, de son nom complet Elizabeth Marston Prince, dite Lizzie, se situe dans le récit intitulé Trinity publié à la fin de Wonder Woman #800, mis en vente le 20 juin 2023, un numéro anniversaire de quarante-huit pages. Ce récit est signé Tom King au scénario et Daniel Sampere au dessin. Il ne s'agit pas d'un caméo : elle y est le personnage principal, nommée, costumée et dotée de ses trois lassos. En revanche, elle n'est pas sur la couverture principale de ce numéro, signée Yanick Paquette : c'est la variante de Daniel Sampere qui la montre. Deux pièges guettent l'acheteur : la réédition de ce récit dans Trinity Special #1 du 30 janvier 2024, et la confusion avec Wonder Woman #14 du 16 octobre 2024, qui raconte sa naissance.
Acheter la première apparition d'un personnage né il y a trois ans n'a presque rien à voir avec l'achat d'un numéro ancien. Sur un comic des années soixante, la difficulté est de trouver l'objet et d'en juger l'état. Sur une création de 2023, l'objet se trouve en une journée : la difficulté est de savoir lequel des quatre ou cinq numéros qu'on vous proposera porte réellement le fait bibliographique.
Trinity est un cas d'école parce que son dossier contient à peu près toutes les chausse-trappes du genre : un récit logé en fin de numéro anniversaire, une couverture principale qui ne la montre pas, une naissance racontée seize mois plus tard dans un autre fascicule, deux recueils vendus comme des numéros, trois identités successives et une mini-série solo arrivée deux ans après ses débuts. Nous sommes le 2 octobre 2026 : toutes les dates qui suivent sont des dates de mise en vente publiées par l'éditeur, et tous les génériques sont vérifiables numéro par numéro.
Qui est Trinity, en une page
Elizabeth Marston Prince est la fille de Diana et de Steve Trevor. Son prénom et son second prénom rendent hommage au couple qui a présidé à la création de Wonder Woman : William Moulton Marston et son épouse Elizabeth Holloway Marston. Adulte, elle porte trois lassos au lieu d'un, d'or pour la vérité, d'argent pour le mensonge et noir pour la mort, dirige la Ligue de Justice de son époque, et tient pour frères Jon Kent devenu Superman et Damian Wayne devenu Batman.
Le point important pour un collectionneur est ailleurs. Trinity n'a pas été introduite comme un personnage du présent, mais comme une figure d'un futur possible, que les notes de l'éditeur situent en 2047. Pendant plus d'un an elle n'existe que là, dans des récits complémentaires de quelques pages, puis la série principale la fait naître. D'où une conséquence directe : les catalogues de référence tiennent deux fiches distinctes, l'une pour la Trinity du futur, l'autre pour l'enfant de la continuité principale, et chacune porte sa propre première apparition. Celui qui ignore cette dualité achète le mauvais numéro une fois sur deux.
Le numéro qui porte la première apparition
Aucune ambiguïté sur ce point : l'éditeur l'a lui-même écrit quelques mois plus tard, en annonçant un spécial qui rééditait, selon ses propres termes, la première apparition du personnage.
Wonder Woman #800, récit « Trinity »
Dernier numéro de la numérotation historique du titre avant la relance au numéro 1, ce fascicule anniversaire contient plusieurs récits. Celui qui compte est le dernier : Trinity, adulte, demande à Superman et Batman de l'accompagner dans une caverne grecque qui éprouve la douleur, l'adresse et l'honneur, afin d'atteindre la prison du Sovereign. Elle y est nommée, elle parle à la première personne, elle manie ses trois lassos.
Le même récit contient d'autres premières apparitions : Damian Wayne en Batman et Jon Kent en Superman dans cette continuité future, la déesse Nike, et le Sovereign, encore sans être nommé, qui deviendra l'antagoniste de la première moitié du run.
Un détail de méthode, parce qu'il revient sans cesse sur les numéros à gros chiffre : la date du 20 juin 2023 et la présence du récit intitulé Trinity en fin de sommaire sont les deux seuls critères qui identifient l'objet sans discussion. Vérifiez la date avant le chiffre.
Caméo, apparition pleine, première couverture : trois questions différentes
Ces trois notions sont employées comme des synonymes dans la plupart des annonces, alors qu'elles mesurent trois choses sans rapport.
Le caméo désigne une présence partielle : une silhouette, un plan de dos, une réplique sans identification, ou une apparition en rêve qui n'engage pas la continuité. L'apparition pleine suppose un personnage visible, identifiable et actif. Le test pratique tient en une question : en lisant ces pages seules, un lecteur peut-il dire qui est ce personnage et ce qu'il veut ?
La première couverture est encore autre chose, et c'est le piège le plus coûteux du marché contemporain. Un personnage peut apparaître dans un numéro sans figurer sur sa couverture principale, ou figurer sur une variante et pas sur l'édition standard. Comme un fascicule moderne reçoit couramment cinq à neuf couvertures, « première couverture » ne veut rien dire tant qu'on n'a pas précisé laquelle.
Appliqué à Trinity, l'exercice donne un résultat net. Dans Wonder Woman #800, elle est une apparition pleine : personnage principal du récit, nommée, dotée de son équipement définitif. Ce n'est pas un caméo. En revanche, la couverture principale du numéro est signée Yanick Paquette et ne la représente pas. Le fascicule a reçu huit autres couvertures, de Brian Bolland, Jamal Campbell, Bilquis Evely avec Matheus Lopes, Megan Huang, Tomeu Morey, Ted Brandt avec Ro Stein, Laura Allred et Daniel Sampere. C'est celle de Sampere que les catalogues de référence rangent dans la galerie de couvertures du personnage : sa première image de couverture se trouve donc sur une variante, pas sur l'édition standard.
La conséquence est concrète. Si votre critère est le fait bibliographique, prenez l'édition standard : elle contient le récit et c'est la plus répandue. Si votre critère est l'image, vous cherchez un objet différent et plus cher, et vous entrez dans une logique de variantes que nous détaillons dans notre dossier sur les variantes de Wonder Woman. Mélanger les deux critères dans un même achat est la manière la plus sûre de payer un supplément pour un motif qu'on n'a pas choisi.
Le second « premier numéro » : la naissance, seize mois plus tard
Voici la subtilité qui fait les mauvaises affaires : seize mois après le #800, la série principale raconte la naissance de l'enfant dans la continuité du présent.
Wonder Woman #14, « What Is the Point of Steve Trevor? »
Le texte de présentation de l'éditeur annonce la naissance de Trinity. Diana, après la mort de Steve, façonne sur le rivage une effigie d'argile qu'elle lie à un fil tissé de leurs deux destinées et d'une mèche de ses cheveux, puis demande à sa mère de lui donner vie. L'enfant est nommée Elizabeth Marston Prince. C'est ce numéro, et non le #800, que les catalogues indexent comme première apparition de la version présente du personnage. Aucune des deux fiches n'est fausse : elles ne décrivent pas la même entité narrative.
Comment arbitrer ? Par l'usage du mot. Dans la pratique du marché, « première apparition » désigne la première publication où le personnage existe, pas le moment de sa biographie où il vient au monde. Sur ce critère, le #800 reste la pièce et le #14 un numéro d'histoire important qui n'a pas la même nature. La seule chose à ne pas faire est de payer l'un au prix de l'autre.
La trajectoire d'apparitions, numéro par numéro
Entre les deux, le personnage vit dans les récits complémentaires de la série, dessinés par Belén Ortega.
Wonder Woman #3, 21 novembre 2023
Début des récits complémentaires. Le texte de l'éditeur parle du « retour » de Trinity et annonce sa première apparition en récit complémentaire. Lizzie a cinq ans, part en mission dans les égouts de Gotham avec Damian, qui la baptise « Wonder Robin ». Première apparition sous cette identité.
Wonder Woman #4, 19 décembre 2023, puis #5 et #6
Une nuit à la Forteresse de Solitude sous la garde des fils de Superman et de Batman, une course de kangas sur Themyscira, un voyage sur la lune. Récits autonomes de quelques planches, sans incidence sur l'intrigue principale.
Wonder Woman #8, 16 avril 2024
Lizzie est devenue Wonder Girl et utilise une sphère temporelle pour aller faire un exposé sur les samouraïs dans le Japon ancien. Première apparition sous l'identité de Wonder Girl, et première incursion du personnage dans le voyage temporel, qui deviendra le moteur de sa mini-série.
Wonder Woman #31, mars 2026, puis #37 et #38
La couverture principale du #31, signée Sampere et Morey, la représente : elle pilote le jet invisible de sa mère et manie un arc dont la corde est le lasso de vérité. Au #37, paru le 16 septembre 2026, elle revient du futur avec son père pour avertir Diana. Au #38, mis en vente le 21 octobre 2026, les Amazones bouclent Themyscira à cause de « deux inconnus » présents parmi elles.
Cette liste a une utilité directe : elle vous dit ce que vous n'avez pas besoin d'acheter cher. Les récits complémentaires sont des pièces de lecture, tirées comme n'importe quel fascicule courant, et dont le contenu a été republié ensuite. Ce qui nous amène au piège suivant.
Les deux rééditions, et pourquoi elles ne valent pas l'original
L'éditeur a regroupé ces récits dans deux fascicules spéciaux, au format d'un numéro anniversaire. Ils se présentent comme des numéros, ils portent un numéro 1, et ils contiennent très majoritairement de la réédition.
Trinity Special #1
Le texte de l'éditeur annonce explicitement la réédition de la première apparition, accompagnée des récits complémentaires des numéros 3, 4 et 5, et complétée par un récit inédit de l'équipe de la série : un objet hybride, réédition et nouveauté dans un seul fascicule. Couverture principale de Daniel Sampere et Tomeu Morey, variantes de Jorge Jiménez, de Belén Ortega avec Alejandro Sánchez, de Mitch Gerads, et une couverture à ratio d'un pour vingt-cinq signée Evan Shaner.
Le second volet, Trinity Special: World's Finest #1, mis en vente le 4 septembre 2024 sur quarante-huit pages, applique le même dispositif aux récits complémentaires des numéros 6, 8, 9, 10, 11 et 12. Couverture principale de Daniel Sampere, variantes de Belén Ortega, Sweeney Boo, Chrissie Zullo et Saowee. Aucune première apparition ici : c'est un objet de lecture pratique pour qui n'a pas les fascicules, et rien de plus sur le plan de la collection.
La règle qui se dégage vaut bien au-delà de ce personnage : une réédition ne porte jamais la première apparition, même lorsqu'elle en contient le texte et les planches. Ce qui fonde la rareté relative d'un fascicule, c'est la quantité mise en circulation à une date donnée, pas le contenu. Nos repères pour distinguer un original d'un retirage ou d'une réimpression figurent dans le guide des rééditions et faux Wonder Woman, et le cas général des numéros anniversaire et des spéciaux est traité dans notre dossier sur les annuels et spéciaux du titre.
La mini-série solo, ce qu'elle prouve et ce qu'elle ne prouve pas
En 2025, le personnage a obtenu sa propre série limitée en six numéros, Trinity: Daughter of Wonder Woman, écrite par Tom King et dessinée par Belén Ortega. Le premier numéro est sorti le 11 juin 2025 sur vingt-quatre pages, le sixième le 24 décembre 2025. L'intrigue, un voyage temporel où Lizzie poursuit des corgis dans l'histoire de l'univers de l'éditeur pour retrouver son père, assume un ton comique que le titre principal n'avait pas.
Ce que cette série prouve est mesurable : l'éditeur a jugé le personnage capable de porter seul un fascicule mensuel, deux ans après sa création, et il l'a confié à son créateur. C'est le signal le plus solide qu'un personnage récent puisse produire.
Ce qu'elle ne prouve pas mérite d'être dit aussi clairement. Un numéro 1 de mini-série solo n'est pas une première apparition, et il est commandé en pleine connaissance de l'identité du personnage, donc en quantité calibrée sur une demande déjà visible. Le #1 a reçu une couverture principale de Belén Ortega et six variantes, de Dan Mora en ratio d'un pour vingt-cinq, Lucas Meyer, David Talaski, Dan Hipp, Tirso Cons et Leirix. Un tel déploiement indique une demande anticipée, soit l'inverse de la configuration du #800.
Le risque propre aux premières apparitions modernes
Il faut nommer ce risque, parce qu'aucune liste de numéros clés ne le mentionne jamais. Un personnage créé à l'intérieur d'un run d'auteur a sa durée de vie liée à ce run, tant qu'une autre équipe ne l'a pas repris.
Trinity est exactement dans cette situation. Le run qui l'a créée s'achève au numéro 40, annoncé pour le 16 décembre 2026, et aucune équipe créative n'a été annoncée pour prendre la suite. Le bilan de ce run et sa hiérarchie de numéros charnières font l'objet de notre page dédiée au run de Tom King et Daniel Sampere, qui aborde l'ensemble sous l'angle de la série. Ici, la seule question qui compte est la survie du personnage à son auteur.
Trois scénarios sont ouverts, et aucun n'est décidé publiquement : une reprise par l'équipe suivante, qui installerait le personnage dans la bibliographie ; une mise au placard, sort fréquent des créations d'un run qui s'arrête ; ou une suspension de plusieurs années avant qu'un autre auteur s'en saisisse, cas de figure le plus courant et le plus difficile à anticiper.
Deux éléments pèsent du bon côté. Trinity dispose déjà d'une série solo achevée et d'un recueil, donc d'un corpus autonome auquel un futur auteur peut se rattacher sans relire quarante numéros. Et sa construction narrative lui donne une sortie commode : elle vient d'un futur possible, et un futur possible se réactive sans contredire ce qui aura été publié entre-temps.
Enfin, la convention de New York se tient du 8 au 11 octobre 2026, soit quelques jours après la rédaction de cette page, et c'est traditionnellement là que l'éditeur annonce ses équipes de l'année suivante. Si vous lisez ces lignes après cette date, l'information existe peut-être et ne figure pas ici.
Acheter cette première apparition sans se tromper
Identifiez l'objet par sa date, pas par son chiffre
La pièce est le fascicule mis en vente le 20 juin 2023, quarante-huit pages, dont le sommaire se termine par un récit intitulé Trinity de Tom King et Daniel Sampere. Si l'annonce ne mentionne ni la date ni ce récit, demandez-la avant toute chose.
Écartez les deux spéciaux
Un fascicule intitulé Trinity Special ou Trinity Special: World's Finest n'est pas la première apparition, quoi qu'en dise le vendeur et même s'il contient le récit. Le premier est daté du 30 janvier 2024, le second du 4 septembre 2024.
Choisissez votre couverture avant de chercher
Édition standard de Yanick Paquette si vous visez le fait bibliographique, variante de Daniel Sampere si vous visez l'image. Les deux décisions sont défendables, mais elles mènent à deux recherches et deux budgets différents.
Notez les deux fiches dans votre outil de suivi
Deux entrées distinctes, l'une pour le #800 et l'autre pour le #14, avec en commentaire la nature exacte de chacune. Sur un personnage à double première apparition, c'est la seule protection contre l'achat en double, qui est l'erreur réelle sur un comic récent. Une application de suivi de collection fait ce travail de mémoire à votre place.
Décidez de la certification en fonction de l'écart de prix, pas du personnage
Un fascicule de 2023 arrive souvent en très bel état chez un acheteur attentif. La certification se justifie quand elle apporte une information que l'inspection directe ne donne pas. Sur l'édition standard du #800 cette condition se discute ; sur les récits complémentaires et les spéciaux, elle ne se pose pas.
Un dernier repère, valable pour toute création récente : avant d'acheter une première apparition de moins de cinq ans, comptez les numéros où le personnage est réapparu sous une autre plume que celle de son créateur. Pour Trinity, au 2 octobre 2026, ce compte est très faible. Ce n'est pas une raison de renoncer, c'est une raison de calibrer la dépense. Nos repères sur la période figurent dans le dossier des numéros clés modernes de Wonder Woman, et le cas de la toute première apparition du personnage principal, en 1941, est traité dans notre page sur la première apparition de Wonder Woman.