Le meilleur run de Hellblazer est celui de Garth Ennis, du #41 au #83 (1991-1994), devant les quarante premiers numéros de Jamie Delano et le long feuilleton de Mike Carey (#175 à #215). Ce classement retient six périodes de scénaristes, de 1988 à la relance de Simon Spurrier en 2019-2020, avec pour chacune le numéro d'entrée, le public visé et le format à choisir : fascicules d'origine ou recueils.
John Constantine possède une série de 300 numéros, parue sans changement de numérotation de janvier 1988 à février 2013. Cette continuité est trompeuse : personne ne lit trois cents fascicules d'une traite, et les scénaristes se sont succédé comme autant de séries distinctes sous un même titre. Classer les « meilleurs runs » de Hellblazer revient donc à classer des périodes d'écriture, chacune avec sa voix, son Londres et sa manière de faire payer le magicien.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Comment nous avons départagé six périodes d'écriture
Un test pratique a servi de règle : peut-on ouvrir la période au premier numéro, sans avoir lu ce qui précède, et rester jusqu'à la dernière page de l'ensemble ? Une période qui exige trois cents numéros de contexte descend dans le classement, même brillante. Celles qui s'ouvrent sur un arc fermé et se referment sur un choix du personnage montent. Hellblazer est une série à rebours du super-héros : Constantine ne gagne presque jamais sans perdre quelqu'un, et le meilleur run est celui qui fait sentir ce prix sur la durée.
Top 1 : Garth Ennis, William Simpson et Steve Dillon, Hellblazer #41 à #83 (1991-1994)
Le run s'ouvre avec « Dangerous Habits » (#41 à #46), dessiné par William Simpson. Constantine y apprend qu'il est atteint d'un cancer du poumon et monte les puissances de l'enfer les unes contre les autres pour gagner du temps. C'est l'arc dont le film de 2005 tire son point de départ, et c'est aussi la meilleure porte d'entrée de la série : un début, un milieu, une fin, et un adversaire récurrent, le Premier des Déchus, qui reviendra tout au long de la période.
Ennis, venu comme Jamie Delano de l'hebdomadaire britannique 2000 AD, installe un Constantine qui boit, aime et perd. Steve Dillon prend le dessin d'une grande partie du run. Le sommet narratif se situe avec « Fear and Loathing » (#62 à #67, 1993), où Constantine, en couple avec Kit, fête ses quarante ans entouré d'amis dont Zatanna et Swamp Thing : une des rares plages de bonheur de la série, écrite pour mieux préparer la chute. Le #63 est aussi le moment où la série passe sous l'étiquette Vertigo.
Ce run compte pour le personnage parce qu'il fixe la version que le grand public identifie : l'homme ordinaire qui bluffe l'enfer. Il s'adresse à tous les lecteurs adultes, y compris ceux qui n'ont jamais ouvert un comic d'horreur. Ennis quitte la série au #83 pour retrouver Dillon sur Preacher, dont le numéro 1 de 1995 prolonge la même veine, avant un retour bref du #129 au #133.
Pour le collectionner, deux voies. Les fascicules du #41 au #83 circulent souvent en lots, car aucun numéro intermédiaire n'a la rareté d'un numéro de départ, et le #41 est le seul vraiment recherché. Les recueils de DC, qui suivent l'ordre de parution, restituent « Dangerous Habits » et « Fear and Loathing » dans des volumes distincts : c'est la solution la plus économique pour lire.
Top 2 : Jamie Delano, John Ridgway et leurs successeurs, Hellblazer #1 à #40 (1988-1991)
Le fondateur reste incontournable. Jamie Delano installe Constantine dans une Angleterre thatchérienne que le récit observe avec une colère politique sans détour. Le premier arc présente un démon de la faim et Papa Midnite, un adversaire qui reviendra, tandis que les couvertures peintes et en collages de Dave McKean donnent à la série son identité visuelle. Le chauffeur de taxi Chas y devient le compagnon du magicien.
La période compte pour le personnage parce qu'elle invente son ton : l'horreur y vient de l'époque, du chômage, de la violence d'État, avant de venir des démons. Elle s'adresse au lecteur patient, prêt à un rythme lent et à des arcs qui s'étalent sur plusieurs mois. L'enchaînement des numéros y est moins net que chez Ennis, et le meilleur épisode isolé n'est pas de Delano. Les #25 et #26 reviennent à Grant Morrison, et le #27, « Hold Me », est un épisode unique de Neil Gaiman dessiné par McKean, que beaucoup de lecteurs recommandent comme essai en un seul numéro.
Pour collectionner, c'est ici que se trouve la pièce à viser : le #1 de janvier 1988, publié avant la création de Vertigo, reste le deuxième fascicule le plus demandé de la saga après Swamp Thing #37. Pour lire, les premiers recueils, dont celui intitulé Original Sins, évitent de chasser des numéros dont la plupart n'ont pas d'intérêt isolé.
Top 3 : Mike Carey, Hellblazer #175 à #215 (2002-2006)
Troisième run le plus long de la série, la période de Mike Carey change d'échelle. Là où Ennis et Delano alignent des arcs, Carey bâtit un feuilleton à long cours, avec des fils lancés dans les premiers numéros et refermés des mois plus tard, autour de la famille du magicien. Carey écrit alors Lucifer chez Vertigo : le monde surnaturel devient un système, pas seulement un décor.
Ce run compte pour le personnage parce qu'il lui donne un passé structuré et des conséquences qui durent. Il s'adresse à celui qui a déjà lu Ennis ou Delano et veut voir Constantine vieillir dans un récit plus architecturé. Il convient mal comme première lecture : il suppose de connaître les alliés et les dettes du personnage, et certains arcs se comprennent mieux avec le précédent en tête. Carey revient ensuite pour un numéro isolé, le #229, après le passage de Denise Mina.
En collection, la période est la plus facile à compléter : aucun numéro n'y joue le rôle de pièce rare, et le run entier tient dans un budget de lecture raisonnable. Les recueils sont la voie normale ; les fascicules ne se justifient que pour compléter une série déjà commencée.
Top 4 : Brian Azzarello et Marcelo Frusin, Hellblazer #146 à #174 (2000-2002)
Brian Azzarello, auteur de 100 Bullets avec Eduardo Risso, écrit un Constantine déraciné. Le premier arc, « Hard Time », commence au #146 : le magicien se retrouve dans une prison américaine, loin de son Londres. Le reste du run prolonge ce déplacement, avec une traversée des États-Unis construite comme un polar noir, où le surnaturel pèse moins que dans les périodes précédentes.
La période compte pour le personnage parce qu'elle l'arrache à sa géographie et teste ce qui reste de lui hors de l'Angleterre ouvrière. Elle s'adresse aux amateurs de roman noir autant qu'aux amateurs d'occulte, et c'est le run qui s'éloigne le plus de l'horreur au sens strict.
Elle se range derrière Carey parce que le récit, plus resserré, laisse moins de prise à une relecture par fils narratifs. Pour collectionner, le volume « Hard Time » est la porte d'entrée de lecture ; les fascicules suivent la logique habituelle des lots, sans numéro recherché.
Vous collectionnez cette série ?
Suivez ce que vous possédez, ce qu'il vous manque et ce que vaut votre collection. Essai de 7 jours.
Commencer mon essai →Top 5 : Peter Milligan et Giuseppe Camuncoli, Hellblazer #250 à #300 (2008-2013)
Peter Milligan écrit le plus long run de l'histoire du titre, cinquante et un numéros, jusqu'à la fin de la série d'origine en février 2013. Constantine y est marié, et vieillit enfin, comme il vieillissait en temps réel depuis 1988. Le #250 marque un retour de Jamie Delano, comme une boucle : le fondateur ouvre la dernière ligne droite. Milligan est déjà l'auteur de Shade, the Changing Man chez Vertigo.
La période compte pour sa valeur de conclusion : elle ne s'apprécie qu'avec la série derrière soi. Elle s'adresse donc au lecteur qui a déjà parcouru deux ou trois des périodes précédentes, et sans doute pas à celui qui cherche une entrée. Le #300, signé avec Giuseppe Camuncoli, est un objet de complétiste avant tout : les derniers numéros d'une série longue sont souvent tirés à moins d'exemplaires que les premiers, sans que cela fasse du récit un chef-d'œuvre.
Pour la collection, le meilleur rapport tient à deux jalons, le #250 et le #300, plus les recueils pour tout le reste. Les cinquante et un fascicules du run, eux, n'ont pas à être cherchés un par un.
Top 6 : Simon Spurrier et Aaron Campbell, John Constantine: Hellblazer (2019-2020)
La relance de novembre 2019 à octobre 2020 n'est pas la suite de la série d'origine : elle a sa propre numérotation. Simon Spurrier, auteur de The Dreaming dans l'univers de Sandman, remet Constantine dans un cadre contemporain, avec un ton qui prend le contre-pied du personnage vieilli de la fin de la série d'origine.
La période compte comme point d'entrée moderne : aucune continuité à connaître, des couvertures actuelles, un format court. Elle s'adresse au lecteur qui veut tester le personnage sans s'engager dans trois cents numéros de références. Elle se classe en dernier parce que sa place dans la mythologie reste mince : aucun jalon de collection n'y a, à ce jour, l'importance des numéros de 1985 et 1988.
Pour la collection, mieux vaut la considérer comme une série à part, à indexer sous l'année 2019 plutôt que dans la séquence 1 à 300, pour ne pas la confondre avec les homonymes. Les recueils suffisent à la lire.
Ce que le classement laisse de côté
Plusieurs périodes ne figurent pas au palmarès, par choix. Paul Jenkins écrit le #89 au #128, une période intimiste et très britannique, où la série cherche un équilibre entre humour de pub et horreur domestique, mais qui se prête moins à un classement qu'à une lecture suivie. Warren Ellis signe le #134 au #143, ouverts par l'arc « Haunted » : une parenthèse trop brève pour un top. Denise Mina (#216 à #228) et Andy Diggle (#230 à #249) forment la transition vers Milligan, avec un retour du magicien vers ses racines de Liverpool.
Il y a aussi le prélude. Constantine naît dans le Swamp Thing d'Alan Moore, où il apparaît pour la première fois dans le #37 de 1985. Ce n'est pas un run de Constantine, mais ce numéro 37 pèse davantage sur le marché que n'importe quel fascicule de la série qui porte le nom du personnage.
Par lequel commencer selon votre profil
Si vous venez du film de 2005 et voulez le Constantine de papier le plus proche, ouvrez le #41 : « Dangerous Habits » est un arc fermé et lisible seul. Si vous voulez le personnage depuis son premier jour, commencez par le #1 de Delano et lisez la période jusqu'au #24, puis le #27 de Gaiman.
Si votre goût va vers le roman noir plus que vers l'occulte, tentez Azzarello à partir du #146, en acceptant que l'horreur y soit discrète. Si vous avez déjà trois périodes derrière vous, Carey puis Milligan offrent un parcours de fin de série. Enfin, si vous refusez de vous engager dans trois cents numéros, la relance de Spurrier se lit sans prérequis. Pour situer ces choix parmi les séries du label, voyez notre classement des comics Vertigo.
Ce que valent ces runs en collection
La valeur d'une collection Hellblazer se concentre sur très peu de fascicules. Swamp Thing #37 et Hellblazer #1 portent l'essentiel de la demande ; tout ce qui vient ensuite se négocie par lots, parce que les numéros intermédiaires d'un run se ressemblent et que les acheteurs cherchent des plages complètes. Acheter un run numéro par numéro coûte donc presque toujours plus cher qu'un lot cohérent.
Une méthode simple pour évaluer un run complet : relevez des ventes terminées de lots couvrant la même plage de numéros, divisez chaque prix par le nombre de fascicules, puis comparez le résultat au coût du recueil qui contient les mêmes histoires. Un écart large signifie que vous payez l'objet d'origine, pas la lecture. Pour les débuts de période, le #1 et le #41 méritent d'être achetés séparément et dans le meilleur état, car leur état change l'écart avec un exemplaire courant.
Deux pièges : les recueils qui reprennent les couvertures d'origine, à distinguer par le format et la pagination, et les relances récentes aux titres proches, à noter avec leur année. Pour approfondir la stratégie de format, notre guide omnibus ou fascicules propose une grille de décision, et la fiche des numéros clés de Constantine détaille les jalons de la série.
Questions fréquentes
Celui de Garth Ennis, du #41 au #83, publié de 1991 à 1994. Il commence par l'arc « Dangerous Habits », qui se lit seul, et atteint son sommet avec « Fear and Loathing » dans les #62 à #67. Il passe devant Jamie Delano grâce à ses arcs fermés et à son adversaire récurrent. C'est aussi la période que le film de 2005 a prise comme point de départ.
Non. La série de 300 numéros se lit par périodes de scénaristes, chacune avec ses personnages et ses fils narratifs. Le seul ordre utile concerne l'intérieur d'une période : un arc comme « Dangerous Habits » doit se lire du #41 au #46. Pour la fin de la série, le #250 et le #300 gagnent à être lus après au moins deux périodes antérieures, car ils jouent sur la mémoire du personnage.
Par le #41 de Garth Ennis, début de « Dangerous Habits », l'arc qui sert de base au film de 2005. Vous y retrouvez le cancer du poumon et le marché avec l'enfer, mais dans un Londres de 1991 et avec un Constantine très éloigné de la version américanisée. Les recueils de DC permettent ensuite de continuer dans l'ordre de parution, sans chercher les fascicules.
Non. John Constantine: Hellblazer, paru de novembre 2019 à octobre 2020, a sa propre numérotation et ne continue pas les 300 numéros d'origine. Elle se lit sans prérequis, ce qui en fait une entrée possible. Dans un inventaire, indiquez toujours l'année 2019, car plusieurs séries récentes portent un titre proche et certaines ont aussi un numéro 1.
Les deux, pour deux usages. Visez les fascicules pour les jalons que le marché distingue : Swamp Thing #37, Hellblazer #1 et, plus modestement, le #41. Pour lire un run complet, les recueils de DC, qui suivent l'ordre de parution, coûtent moins qu'une plage de fascicules et évitent de rechercher chaque numéro intermédiaire. Vérifiez la couverture et la pagination avant d'acheter.
Vous possédez un Swamp Thing #37 ou un Hellblazer #1 : l'estimation gratuite part de l'état réel de votre exemplaire.
Estimer mon comic