⚡ Réponse rapide

Les périodes essentielles : la série limitée de Mike Grell (14 avril 1987) puis sa série mensuelle (20 octobre 1987) ; « Quiver » de Kevin Smith et Phil Hester (28 février 2001) ; Year One d'Andy Diggle et Jock (11 juillet 2007) ; le duo signé Judd Winick et Cliff Chiang (10 octobre 2007) ; la reprise de Jeff Lemire et Andrea Sorrentino ; Benjamin Percy (15 juin 2016) ; Joshua Williamson et Sean Izaakse (25 avril 2023).

Un homme avec un arc dans un univers peuplé de dieux, d'extraterrestres et de milliardaires en armure : le problème est posé depuis 1941, et chaque génération d'auteurs y a répondu autrement.

Le meilleur moyen de s'orienter dans ces runs n'est ni la chronologie ni la qualité, mais un axe unique : la distance à laquelle chacun place le personnage du reste de son univers. Certains l'en éloignent au maximum, d'autres l'y réintègrent complètement — et cela suffit à prédire si un run vous plaira.

1983 : le premier essai d'autonomie

La première série limitée à son nom arrive en kiosque le 1er février 1983, au prix de 60 cents. Mike W. Barr écrit, Trevor Von Eeden dessine, et le récit s'ouvre sur une formule qui annonce le programme : toutes ses fautes lui reviennent.

L'intention est claire : sortir le personnage du statut d'invité permanent et lui donner une intrigue qui n'appartienne qu'à lui. Une histoire de famille, de passé, de responsabilité personnelle.

Le résultat reste timide, et il faut le dire. Le ton demeure celui de son époque, l'ambition modeste, et le récit ne s'éloigne jamais beaucoup de la formule habituelle. Mais il installe l'idée qui sera exploitée quatre ans plus tard : ce personnage fonctionne mieux quand on le prend au sérieux comme individu que comme membre d'une équipe.

À lire pour comprendre d'où vient la suite, pas pour lui-même. Notez que le catalogue relève ici plusieurs versions — une édition canadienne à 75 cents, un prix britannique de 25 pence, et la distinction entre exemplaires de kiosque et de boutique.

1987 : la distance maximale

Voici le run le plus important du dossier, et le plus radical dans sa réponse.

Trois volumes mis en vente à partir du 14 avril 1987, écrits et dessinés par Mike Grell. Rien que le tarif — près de quatre fois celui d'un fascicule de kiosque — annonce qu'on a changé de catégorie d'objet.

La solution trouvée par Grell est d'une simplicité désarmante : puisque comparer un archer à des dieux le rend ridicule, il suffit de retirer les dieux. Le personnage quitte le registre du super-héros pour celui du récit criminel urbain. Plus d'équipe, plus de menace planétaire, plus de gadgets improbables. Une ville pluvieuse, des flèches ordinaires, et des conséquences.

Le déplacement est total, et il porte sur trois plans à la fois. Le ton devient adulte, avec une violence qui ne s'excuse pas. Le format abandonne le kiosque pour la boutique spécialisée. Et l'échelle se resserre au point qu'un vol à main armée redevient un événement.

C'est cette bascule qui a fait du personnage un objet de collection sérieux, comme l'explique notre analyse de la cote. Elle a aussi fixé pour vingt ans l'image qu'on se fait de lui.

Notre recommandation d'entrée, sans hésitation. Trois volumes, un récit complet, aucun prérequis.

1987-1993 : tenir la promesse sur la durée

Six mois plus tard, une série mensuelle prend le relais — premier numéro en rayon le 20 octobre 1987, à un dollar — et prolonge l'expérience sur plusieurs années sous la direction du même auteur.

L'exercice est différent, et plus difficile. Un récit court peut tenir un parti pris radical ; une série mensuelle doit le rendre habitable, mois après mois, sans lassitude.

Grell y parvient en installant durablement le personnage dans une ville, avec des relations stables, un métier, un voisinage. Les intrigues restent au ras du sol : trafics, disparitions, corruption locale. On y trouve peu de morceaux de bravoure et beaucoup de constance.

C'est la période la plus sous-estimée du dossier. Elle se trouve pour presque rien en fascicules dépareillés, et elle offre plusieurs centaines de pages d'une qualité très régulière.

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2001 : le chemin du retour

Quatorze ans plus tard, le problème s'est inversé. Après avoir été délibérément isolé, le personnage doit être réintégré — et rien n'est plus difficile que de ramener quelqu'un qu'on a passé une décennie à mettre à part.

La relance arrivée le 28 février 2001, écrite par Kevin Smith et dessinée par Phil Hester, s'y attelle frontalement. Le titre du récit désigne un carquois, et le premier chapitre annonce déjà qu'il sera question de succession.

La réussite tient à un choix de méthode. Smith ne fait pas semblant que la parenthèse n'a pas eu lieu : il l'intègre au récit, en fait le sujet, et convoque le reste de l'univers pour résoudre une situation que le personnage seul ne peut pas dénouer. La réintégration devient l'intrigue au lieu d'être un préalable escamoté.

Le trait de Hester, anguleux et découpé en aplats, donne à l'ensemble une identité graphique immédiatement reconnaissable, très différente du réalisme de la décennie précédente.

Le succès fut considérable, et le catalogue en garde une trace parlante : ce numéro d'ouverture a dû être réimprimé à trois reprises. Un détail qui compte au moment d'acheter, une réimpression ne valant jamais ce que vaut le tirage initial.

2007 : deux directions la même année

L'année 2007 propose deux entrées très différentes, à trois mois d'écart.

La première, arrivée le 11 juillet 2007, est écrite par Andy Diggle et dessinée par Jock. Elle fait ce que personne n'avait fait depuis 1941 : raconter enfin ses origines. Rappelons que le récit inaugural n'en proposait aucune — le personnage y arrivait constitué, sans explication.

Le récit est sec, rapide, presque documentaire, et le dessin de Jock, tout en silhouettes et en contrastes, sert exactement ce registre. C'est le meilleur point d'entrée pour un lecteur venu de l'écran, parce qu'il couvre le même terrain narratif.

La seconde, arrivée le 10 octobre 2007 sous la plume de Judd Winick avec Cliff Chiang au dessin, prend le chemin opposé : elle installe le personnage dans un duo permanent et fait du couple le sujet même de la série.

Ce choix divise encore. Il déplace le centre de gravité du récit vers la relation, ce qui ravit certains lecteurs et en éloigne d'autres. Le dessin de Chiang, d'une élégance de ligne remarquable, reste en revanche unanimement salué.

2011 : l'épure

La reprise signée Jeff Lemire au scénario et Andrea Sorrentino au dessin, intervenue en cours de série, constitue la proposition la plus formelle du dossier.

Sorrentino y démonte la page elle-même : cases éclatées, surimpressions, incrustations de détails agrandis, palette réduite à quelques teintes dominantes. Le résultat ressemble moins à une bande dessinée d'action qu'à une planche d'analyse — ce qui convient parfaitement à un personnage dont l'arme exige de viser.

Lemire, de son côté, reconstruit une mythologie autour de l'archerie elle-même, avec des lignées et des ordres anciens. Cette part-là vieillit moins bien que le dessin.

Ce run existe en volumes de luxe, ce qui reste la meilleure façon d'apprécier un travail graphique aussi soigné : les grandes compositions de Sorrentino souffrent d'être lues sur un petit format.

2016 et 2023 : la cause, puis la famille

Deux runs récents referment le parcours, aux deux extrémités opposées de notre axe.

Celui lancé le 15 juin 2016 par Benjamin Percy réinstalle une dimension politique explicite : inégalités, pouvoir économique, corruption institutionnelle. Le personnage y redevient ce qu'il fut par intermittence depuis les années 1970 — une figure qui prend parti. Le dessin alterne entre plusieurs mains, dont celles d'Otto Schmidt et de Juan Ferreyra, avec des registres colorés très contrastés.

Celui lancé le 25 avril 2023 par Joshua Williamson et Sean Izaakse va au bout de la réintégration : il fait du personnage le centre d'un ensemble familial élargi, et le récit consiste littéralement à réunir tout le monde. C'est l'exact opposé de 1987, où l'isolement faisait la force du propos.

Un mot pour les acheteurs : son numéro inaugural a été décliné à six reprises, entre cartonnages, effets métallisés et couverture laissée blanche. Aucune incidence sur la lecture.

Ce qu'aucun run n'a réussi

Une lacune mérite d'être signalée, parce qu'elle explique une partie des hésitations des lecteurs.

Aucune de ces périodes n'a produit de galerie d'adversaires mémorable. Là où d'autres personnages traînent derrière eux une douzaine de figures identifiables, celui-ci affronte surtout des criminels ordinaires, des institutions et des circonstances. Les tentatives d'installer un ennemi durable n'ont jamais vraiment pris.

Ce n'est pas nécessairement un défaut — c'est même la conséquence logique du parti pris de 1987, qui refusait le registre spectaculaire. Mais cela a un effet mesurable sur la lecture : les runs se distinguent par leur ton et par leur position sur notre axe, jamais par leurs antagonistes. Choisir un run revient donc à choisir une ambiance, pas une confrontation.

Dans quel ordre lire

Trois parcours, selon votre point de départ.

Si vous venez de l'écran : commencez par Year One (2007), puis enchaînez sur la série de 1987. Vous retrouverez d'abord un terrain familier, avant de découvrir ce qui l'a rendu possible. Notre comparaison entre la série télévisée et les comics détaille les écarts.

Si vous cherchez le meilleur récit : les trois volumes d'avril 1987, sans détour. C'est la proposition la plus aboutie, et elle ne demande aucune connaissance préalable.

Si vous voulez la vue d'ensemble : 1987, puis 2001, puis 2011. Ces trois runs suffisent à parcourir tout l'axe, de l'isolement complet à la réintégration, en passant par le chemin du retour.

Le fascicule de 1941 et ses pièges d'authentification font l'objet d'une étude distincte.

Les questions qui reviennent le plus

La série en trois volumes de Mike Grell, arrivée le 14 avril 1987. Elle forme un récit complet, ne demande aucune connaissance préalable, et c'est la proposition la plus aboutie du dossier. Grell y écrit et dessine, ce qui donne à l'ensemble une cohérence rare.

Parce qu'il apporte la réponse la plus radicale au problème du personnage. Puisque comparer un archer à des dieux le rend ridicule, Grell retire les dieux : le récit bascule du super-héros vers le polar urbain, avec un ton adulte, une échelle resserrée et des conséquences réelles. Un vol à main armée y redevient un événement.

Dans Year One, arrivé le 11 juillet 2007, écrit par Andy Diggle et dessiné par Jock. C'est le premier récit à s'y atteler sérieusement, soixante-six ans après ses débuts — le fascicule de 1941 ne proposait aucune origine, le personnage y arrivant constitué. Le traitement est sec et rapide, et il couvre le même terrain que l'adaptation télévisée.

Beaucoup, et pour une raison de méthode. Après une décennie d'isolement délibéré, il fallait réintégrer le personnage — Smith ne fait pas semblant que la parenthèse n'a pas eu lieu, il en fait le sujet du récit. Phil Hester lui donne une identité graphique anguleuse très reconnaissable. Son numéro d'ouverture, paru fin février 2001, a dû être réimprimé trois fois.

Pour le dessin, incontestablement. Sorrentino démonte la page elle-même : cases éclatées, surimpressions, détails agrandis en incrustation, palette réduite. Cela convient parfaitement à un personnage dont l'arme exige de viser. La mythologie d'archerie construite par Lemire vieillit moins bien. Préférez les volumes de luxe, ces compositions souffrent du petit format.

C'est la période la plus sous-estimée du dossier. Lancée le 20 octobre 1987, elle prolonge le parti pris sur plusieurs années : ville, relations stables, intrigues au ras du sol. Peu de morceaux de bravoure, beaucoup de constance. Elle se trouve pour presque rien en fascicules dépareillés et représente plusieurs centaines de pages très régulières.

Pour comprendre d'où vient la suite, pas pour elle-même. Mike W. Barr et Trevor Von Eeden y installent l'idée qui sera exploitée quatre ans plus tard — le personnage fonctionne mieux traité comme un individu que comme un membre d'équipe — mais le ton et l'ambition restent ceux de l'époque.

Ils occupent des positions opposées. Benjamin Percy, à partir du 15 juin 2016, réinstalle une dimension politique explicite et fait du personnage une figure qui prend parti. Joshua Williamson et Sean Izaakse, à partir du 25 avril 2023, vont au bout de la réintégration en construisant un ensemble familial élargi — l'exact contraire de l'isolement qui faisait la force du run de 1987.

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