Strange Tales #135, daté d'août 1965, ouvre la série « Nick Fury, Agent of S.H.I.E.L.D. », écrite par Stan Lee et dessinée par Jack Kirby. Le colonel y est recruté pour diriger une agence d'espionnage mondiale face à Hydra. Le personnage, lui, existait depuis 1963 dans une série de guerre. Ce numéro ne le crée donc pas : il le fait basculer à l'époque contemporaine et crée l'organisation. C'est ce double statut que les acheteurs recherchent.
Peu de numéros de 1965 sont aussi systématiquement mal vendus que celui-ci. Sur les plateformes, les annonces alternent entre « première apparition de Nick Fury » et « première apparition du SHIELD », et une seule des deux formulations est exacte. La confusion n'est pas anodine pour un acheteur : elle déplace la cote, elle change le numéro que vous devriez viser, et elle explique pourquoi certains collectionneurs paient un prix de première apparition pour un numéro qui n'en est pas une, tout en ignorant qu'ils achètent bel et bien une autre première, plus rare et plus durable.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Le numéro : date, auteurs, ce qui s'y passe
Strange Tales #135 porte la date de couverture d'août 1965. La première moitié du fascicule installe une nouvelle série d'espionnage : un ancien sergent devenu colonel est approché, puis placé à la tête d'une organisation de renseignement internationale dont l'acronyme devient le titre même de la rubrique. Stan Lee signe le scénario, Jack Kirby le dessin ; l'encrage est généralement attribué à Dick Ayers, qui travaillait alors de longue date sur les récits de guerre du même personnage, mais si ce détail compte pour vous, vérifiez le générique de l'exemplaire plutôt que l'annonce.
L'autre moitié du numéro reste occupée par les aventures du maître des arts mystiques, qui tenait cette place depuis plusieurs années. Cette cohabitation a une conséquence pratique très concrète : deux lectorats différents ont cherché le même fascicule pendant des décennies, pour des raisons opposées. Un vendeur qui ne connaît que l'un des deux publics sous-évalue régulièrement son exemplaire, et l'inverse est vrai aussi.
Sur le plan narratif, le récit fait trois choses d'un coup : il transpose un personnage de 1943 en 1965, il fonde une agence qui va servir de décor partagé à toute la ligne éditoriale, et il désigne l'adversaire récurrent, une organisation terroriste pyramidale. Trois fondations dans dix-huit pages environ, ce qui est une densité rare, même pour la période.
Ce que la série publiait avant ce basculement
Jusqu'au numéro 134, la place occupée à partir de #135 revenait à la Torche humaine, dont les récits solos s'essoufflaient commercialement. Le remplacement d'une vedette par une rubrique d'espionnage n'est donc pas un geste purement créatif : c'est un arbitrage de ventes, pris au moment où le genre espion dominait les écrans et la télévision. Strange Tales #135 est le numéro où cet arbitrage devient visible en kiosque.
Ce contexte éclaire aussi le choix du personnage. Marvel disposait déjà, depuis 1963, d'un meneur d'hommes bourru installé dans une série de guerre à succès, avec une galerie de seconds rôles reconnaissables. Réemployer cette figure en 1965 coûtait moins cher, éditorialement, que d'en inventer une : le lectorat la connaissait, l'équipe créative aussi. Le pari consistait à la projeter de vingt ans en avant sans perdre son identité, et c'est précisément ce saut temporel que ce numéro acte.
La nuance décisive : ce numéro n'est pas une première apparition de personnage
Le colonel apparaît pour la première fois en 1963, dans le premier numéro de la série de guerre qui lui est consacrée, où il est sergent et où l'action se situe pendant la Seconde Guerre mondiale. Il reparaît ensuite dans l'époque contemporaine avant 1965, en agent de renseignement, dans un numéro de la série consacrée au quatuor fantastique daté de décembre 1963. Strange Tales #135 arrive donc en troisième position dans cette chaîne.
Ce que ce numéro détient en exclusivité, c'est autre chose : la première apparition de l'organisation, et la première fois que le personnage en porte l'uniforme et le grade. Autrement dit, c'est une première d'institution et une première de rôle, pas une première de personnage. La distinction paraît scolaire ; elle est pourtant au cœur de la plupart des litiges entre acheteur et vendeur sur ce fascicule.
Pour un collectionneur, la conséquence est simple. Si vous cherchez l'origine du personnage, votre cible est le numéro 1 de 1963, et Strange Tales #135 ne la remplacera jamais. Si vous cherchez le point de départ de l'univers d'espionnage qui irrigue ensuite des dizaines de séries, y compris celles des Avengers, alors ce numéro est la pièce et aucun autre ne s'y substitue.
Pourquoi ce numéro est devenu une clé
Les clés qui durent sont rarement celles qui reposent sur un seul argument. Celle-ci en cumule trois. D'abord la naissance d'une organisation qui est devenue un mécanisme de récit permanent : dès que Marvel a besoin d'un cadre institutionnel, d'un supérieur hiérarchique ou d'une menace venue de l'intérieur, l'agence fondée ici refait surface. Ensuite la présence de Kirby sur le lancement, dans une période où son dessin de matériel et d'architecture futuriste atteignait un sommet. Enfin la bascule d'un personnage de guerre vers le présent, mouvement que peu de héros de l'époque ont réussi.
À cela s'ajoute un effet d'écran. Chaque fois que l'organisation occupe une place centrale dans une production audiovisuelle, la demande sur ce fascicule se tend, et elle se tend davantage que sur le numéro de 1963, parce que l'acronyme est plus reconnaissable auprès du public récent que le nom du régiment de guerre. C'est un cas où la notoriété moderne fait monter un numéro qui n'est pas la première apparition historique, et le marché l'accepte en connaissance de cause.
Ce qui fait varier la cote : état, pagination, provenance
Le papier de 1965 est acide et les fascicules de cette époque ont souffert de manières prévisibles. Sur ce numéro précisément, surveillez trois zones. Le dos agrafé, parce que les deux récits incitaient à ouvrir le fascicule en grand, ce qui fatigue les agrafes centrales. Les coins supérieurs, qui portent la trace des présentoirs. Et le bord droit de la couverture, souvent légèrement arrondi par la manipulation répétée.
L'écart de valeur entre un exemplaire lisible et un exemplaire proche du neuf, sur un numéro de cette rareté, ne se mesure pas en pourcentages mais en multiples. Un cran de grade peut suffire à faire passer un exemplaire d'une catégorie d'acheteurs à une autre, et donc à changer la nature de la transaction. Le blanchiment du papier, l'absence de pliure verticale et la fraîcheur des couleurs de couverture pèsent davantage, sur ce millésime, que de petits défauts de bord.
La provenance joue également. Les exemplaires issus de lots retrouvés intacts, conservés à plat et à l'abri de la lumière, se reconnaissent à la régularité de leur teinte sur l'ensemble des pages. Un exemplaire dont la couverture est claire mais dont le bloc intérieur est bruni a probablement été stocké ouvert ou en pile sous charge.
Reconnaître une édition d'une autre
La bonne nouvelle, sur ce fascicule, est qu'il n'existe pas de variante de couverture à ratio ni d'édition de kiosque opposée à une édition de boutique : ces pratiques sont bien postérieures à 1965. La mauvaise est que le contenu a été réimprimé de très nombreuses fois, dans des recueils, des rééditions de collection et des volumes de reliure, et que ces réimpressions circulent en annonce avec la même illustration de couverture.
Trois réflexes suffisent à trancher. Vérifiez le format et la pagination : l'édition d'époque est un fascicule agrafé mince, pas un volume. Vérifiez la mention légale en petits caractères, qui porte une date de dépôt : un millésime postérieur à 1965 règle la question. Vérifiez enfin la présence des pages de publicité contemporaines du tirage, que les recueils ne reproduisent pas. Si une annonce ne montre que la couverture et refuse une photo du générique intérieur, considérez l'édition comme non établie.
Un cas particulier mérite attention : les fac-similés et rééditions à l'identique, parfois signalés par une mention discrète en couverture ou par un code-barres absent de l'original. Ils sont parfaitement légitimes à posséder, et très utiles pour lire sans manipuler une pièce fragile, mais ils n'ont pas de valeur de collection comparable. Le piège n'est pas leur existence, c'est leur photographie en gros plan serré qui masque le format.
Vous collectionnez cette série ?
Suivez ce que vous possédez, ce qu'il vous manque et ce que vaut votre collection. Essai de 7 jours.
Commencer mon essai →Les pièges à l'achat
Le premier piège est lexical et vous le rencontrerez partout : l'intitulé « 1st appearance of Nick Fury » collé sur ce numéro. Il est faux, et il est souvent de bonne foi. Quand il figure dans une annonce, demandez au vendeur s'il parle de la première apparition du personnage ou de la première apparition en agent de l'agence. La réponse vous dira s'il connaît sa pièce, ce qui est un bon indicateur sur le reste de sa description.
Le deuxième piège concerne l'intégrité du bloc. Sur les fascicules partagés entre deux récits, il arrive que seule la moitié jugée intéressante ait été conservée par un lecteur, ou qu'une planche du second récit ait été découpée pour être encadrée. Comptez les pages, ou demandez une photo de la page centrale dépliée.
Le troisième piège est la restauration non déclarée : couleur retouchée au niveau du pli, agrafes remplacées, bord taillé pour supprimer une déchirure. Une taille se repère à une marge anormalement nette et à un format légèrement inférieur aux autres fascicules du même mois. Méfiez-vous d'un exemplaire de 1965 aux bords plus réguliers que ceux d'une réimpression récente.
Les numéros voisins qui comptent aussi
Si votre objectif est l'origine du personnage, c'est le premier numéro de sa série de guerre, daté de 1963, qu'il faut viser, avec les écarts de cote que suppose une première apparition de cette période. Si vous construisez un ensemble cohérent autour de l'espionnage, le numéro de la série du quatuor fantastique de décembre 1963, qui montre le personnage dans le présent avant son entrée dans l'agence, forme un maillon logique et reste nettement plus accessible.
Dans Strange Tales même, les numéros qui suivent immédiatement #135 prolongent le lancement et portent les premières apparitions de plusieurs éléments de décor de l'agence. Ils sont beaucoup moins chers, se trouvent plus facilement en bel état, et racontent la mise en place du dispositif : pour qui veut une suite lisible plutôt qu'une seule pièce, ce sont souvent les meilleurs achats du mois. Les numéros antérieurs, eux, intéressent surtout les amateurs du second récit du fascicule.
Ce que la notation change
Sur un numéro où l'étiquette elle-même est ambiguë, la notation apporte deux choses distinctes. Un grade, qui résout la question de l'état et de la restauration, ce qui est précieux sur un papier de 1965. Et une mention descriptive portée sur l'étiquette, qui fige la nature de l'apparition. C'est ce second point qui vaut le plus ici : une mention correctement libellée coupe court à la confusion dont tout cet article parle, au moment de la revente.
En contrepartie, un exemplaire noté se négocie dans un marché plus étroit et plus comparatif, où les écarts entre grades voisins deviennent brutaux. Pour un exemplaire de lecture ou de milieu de gamme, le coût de la notation se justifie rarement. Pour un bel exemplaire, il se justifie presque toujours, parce que c'est à ce niveau que la fourchette de prix s'élargit le plus et qu'un acheteur distant refuse de s'engager sans garantie.
Comment le suivre dans une collection
Ce fascicule est typiquement celui qu'on retrouve mal rangé dans un inventaire, parce qu'il appartient à plusieurs logiques à la fois. Dans My Comics Collection, enregistrez-le sous sa série et son numéro réels, puis servez-vous des notes pour inscrire les deux faits qui le caractérisent, la création de l'organisation et le changement de rôle du personnage. Vous éviterez de le confondre, dans six mois, avec le numéro de 1963 que vous cherchez peut-être encore.
Pensez aussi à consigner l'édition. Beaucoup de collections comportent sans le savoir une réimpression à la place de l'original, parce que l'enregistrement s'est fait sur la couverture et non sur la mention légale. Une ligne dans les notes, indiquant la date de dépôt relevée à l'intérieur, règle la question définitivement. Et si vous suivez par ailleurs les séries d'espionnage, un rapprochement avec vos entrées Winter Soldier rendra votre ensemble lisible comme un thème, pas comme une liste.
Ce qu'il faut retenir
Strange Tales #135 est une clé dont la valeur ne vient pas de ce que la plupart des annonces prétendent. Il ne crée pas le colonel, qui existait depuis deux ans sous l'uniforme de 1943 et avait déjà reparu au présent. Il crée l'agence, et il crée le rôle qui a défini le personnage pour tout le public venu après. Acheter ce numéro en sachant cela, c'est acheter la bonne pièce pour la bonne raison, et c'est aussi la revendre sans mauvaise surprise.
Avant de vous engager, exigez une photo du générique intérieur et de la mention légale, vérifiez la pagination, et comparez le prix demandé à celui des numéros immédiatement suivants, qui donnent une idée fiable de l'état réel du marché sur cette série. Notre bibliothèque de guides détaille les méthodes de contrôle d'état applicables aux fascicules du milieu des années soixante.
Vous possédez un exemplaire de Strange Tales #135 et vous ignorez s'il s'agit du tirage d'août 1965 ou d'une réimpression ultérieure ? Faites-le situer avant toute décision.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Non. Le personnage apparaît en 1963, dans le premier numéro de sa série de guerre, où il est sergent pendant la Seconde Guerre mondiale, et il reparaît à l'époque contemporaine dès la fin de cette même année. Strange Tales #135 est sa première apparition en agent de l'organisation d'espionnage, ce qui est une première de rôle.
La première apparition de l'organisation elle-même, fondée dans ce récit, et le lancement de la rubrique d'espionnage par Stan Lee et Jack Kirby. L'agence devient ensuite un cadre partagé par de nombreuses séries Marvel. C'est à ce titre, et non comme origine de personnage, que le numéro est considéré comme une clé.
Parce que la seconde moitié du numéro restait consacrée au maître des arts mystiques, qui occupait cette place depuis plusieurs années. La rubrique d'espionnage a pris le créneau laissé libre par les récits solos de la Torche humaine, arrêtés au numéro précédent. Deux publics cherchent donc le même fascicule.
Trois contrôles suffisent. Le format, un fascicule agrafé mince et non un volume relié. La mention légale intérieure, qui porte une date de dépôt : tout millésime postérieur à 1965 exclut l'original. Et la présence des publicités d'époque, que les recueils et les rééditions ne reproduisent pas.
Cela dépend de votre objectif. Pour l'origine du personnage, seul le numéro 1 de 1963 répond, et il se paie comme une première apparition de cette période. Pour le point de départ de l'univers d'espionnage de Marvel, Strange Tales #135 est irremplaçable. Les deux ne sont pas interchangeables et ne s'arbitrent pas au prix.