Doctor Strange débute dans Strange Tales #110, daté de juillet 1963, sur un récit court signé Stan Lee au scénario et Steve Ditko au dessin. Le magicien y est déjà installé dans sa maison de Greenwich Village et intervient dans le cauchemar d'un homme qui n'arrive plus à dormir. Le même épisode introduit Nightmare, son adversaire des rêves. C'est le numéro que les collectionneurs cherchent, et il se négocie plus cher que tout le reste de la série.
Strange Tales #110 a une particularité qui complique la vie de l'acheteur : ce n'est pas un numéro de Doctor Strange. C'est un numéro d'anthologie où le magicien occupe une poignée de pages à l'arrière, derrière une vedette qui n'a rien à voir avec lui. Celui qui cherche la première apparition doit donc acheter un fascicule dont la couverture ne la mentionne pas forcément de façon évidente, et dont l'état se juge sur l'ensemble du cahier, pas sur les huit pages qui l'intéressent.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Le numéro : date, auteurs, et ce qui se passe dans les pages de Strange
Strange Tales #110 porte la date de couverture de juillet 1963. Comme pour tous les fascicules américains de cette époque, cette date est une date de retrait du kiosque et non une date de mise en vente : le numéro était disponible plusieurs semaines avant, en avril ou mai selon les circuits de distribution. Un vendeur qui annonce avril 1963 ne se trompe donc pas forcément.
Le récit du magicien est crédité à Stan Lee pour le scénario et à Steve Ditko pour le dessin. La part exacte de chacun dans la conception du personnage a fait l'objet de versions divergentes au fil des décennies, les témoignages des deux hommes ne se recoupant pas entièrement sur ce point ; le crédit imprimé, lui, ne varie pas. Si vous décrivez le numéro dans un inventaire ou une annonce, citez les deux noms sans trancher le débat d'attribution.
Dans l'épisode, Doctor Strange n'a pas d'origine. Il est présenté comme un praticien des arts occultes déjà établi, consulté par un homme que ses rêves terrorisent, et son intervention l'amène à affronter Nightmare sur le terrain de celui-ci. Cette absence d'histoire des origines est le détail qui surprend le plus les lecteurs modernes : la première apparition du personnage ne raconte pas comment il est devenu ce qu'il est. Ce récit viendra dans la série, quelques numéros plus tard, et il fait l'objet de sa propre cote.
Le contexte éditorial : une anthologie partagée, et une vedette qui n'est pas lui
Strange Tales existait bien avant 1963. Le titre avait démarré à la fin des années cinquante comme recueil de récits fantastiques et de monstres, format alors dominant chez l'éditeur. À partir du début des années soixante, la maison a progressivement converti ses anthologies en vitrines de super-héros, et Strange Tales a reçu comme tête d'affiche la Torche humaine, c'est-à-dire Johnny Storm, membre des Quatre Fantastiques détaché pour des aventures en solo.
Au moment de la parution du numéro 110, c'est donc cette série de la Torche qui occupe la place principale, la couverture et le plus grand nombre de pages. Doctor Strange arrive comme deuxième feature, sur un récit court de complément. Pour un collectionneur, cela a une conséquence immédiate : la couverture du 110 n'est pas une couverture de Doctor Strange, et l'iconographie qui fait vendre les grandes premières apparitions, le héros en action au premier plan, n'existe pas ici sous la forme attendue.
Ce partage n'avait rien d'exceptionnel chez l'éditeur : certains héros ont même été déplacés d'un titre propre vers une case d'anthologie, comme ce fut le cas pour Hulk après l'arrêt de sa première série. Strange Tales, lui, finira par basculer entièrement du côté du magicien.
Pourquoi ce numéro est devenu une clé, et ce que vaut sa seconde première apparition
La cote d'un numéro de 1963 ne doit rien à son tirage d'origine : elle se construit des décennies plus tard, quand le personnage qu'il contient devient indispensable. Doctor Strange a duré, et surtout il a gagné un statut que peu de créations de 1963 ont obtenu : celui de référence visuelle. Les géométries impossibles et les décors que Ditko a développés dans la série ont installé le magicien comme une pièce de l'histoire graphique du médium, et pas seulement de son histoire éditoriale.
S'y ajoute un effet de rareté structurelle. Les tirages de 1963 n'étaient pas conçus pour durer : papier acide, agrafage simple, distribution en kiosque, lecture par des enfants. La population d'exemplaires survivants en bel état est faible, et le format anthologie n'a pas aidé, puisque personne, en 1963, n'avait de raison de mettre de côté un numéro pour sa deuxième feature. Les exemplaires épargnés l'ont été pour la Torche, ou par hasard.
Nightmare, l'entité qui règne sur le domaine des rêves, apparaît pour la première fois dans ce même récit. C'est un point à connaître, parce qu'il est systématiquement mentionné dans les annonces et qu'il constitue une raison supplémentaire de chercher le fascicule d'origine plutôt qu'une réimpression. Sur un numéro dont la cote est déjà portée par le personnage principal, une seconde première apparition n'ajoute pas un second prix : elle consolide la demande et élargit le cercle des acheteurs intéressés.
Le numéro contient aussi les premières planches de personnages du cercle proche du magicien, dont son serviteur et son maître, mais le statut exact de ces apparitions est débattu selon qu'on retient la première image, la première mention du nom, ou la première identification explicite dans le récit. Les sources divergent, et le catalogue lui-même ne tranche pas toujours de la même façon d'une édition de notices à l'autre. Si un vendeur appuie son prix sur ces apparitions secondaires, demandez-lui sur quelle définition il se fonde, et ne payez pas une prime pour un point contesté.
Ce qui fait varier la cote : état, papier, complétude
Sur un fascicule de 1963, l'état pèse plus que tout. L'écart entre un exemplaire lu et un exemplaire préservé ne se compte pas en pourcentages mais en multiples, et le passage d'un cran de grade à l'autre dans la partie haute de l'échelle peut suffire à doubler la valeur d'un exemplaire.
Trois défauts comptent particulièrement sur ce numéro. La couleur de la couverture et l'usure du dos, parce que les couvertures d'anthologie de cette période supportent mal les pliures centrales. Le brunissement du papier, très fréquent et qui plafonne un grade même quand l'objet paraît propre. Et surtout la complétude : la page de bons de commande et les pages intérieures découpées sont une plaie classique des fascicules de 1963, et une page manquante fait basculer l'exemplaire dans une catégorie à part, quelle que soit la fraîcheur apparente du reste.
Reconnaître une édition d'une autre : tirage, réimpression, fac-similé
Le numéro 110 n'a connu, à notre connaissance, qu'un seul tirage d'origine, et il n'existe pas de variante de prix ou de couverture alternative comme on en trouve sur les séries modernes. La question n'est donc pas « quelle variante », mais « est-ce bien le fascicule de 1963 ». Trois familles d'objets se confondent avec lui dans les annonces.
Les recueils et rééditions, d'abord. Le récit de première apparition a été réimprimé de nombreuses fois, dans des recueils de poche, des anthologies cartonnées et des collections de kiosque. Ces volumes contiennent le même texte et les mêmes planches, ils n'ont aucun rapport de cote avec l'original, et ils sont parfaitement légitimes pour qui veut lire plutôt que posséder. Vérifiez la date de dépôt légal et la pagination : un objet de plus de cent pages n'est pas un fascicule de 1963.
Les fac-similés et éditions commémoratives ensuite. L'éditeur a réédité plusieurs de ses premières apparitions sous forme de reproductions proches de l'original, parfois avec la couverture d'origine et un indicatif moderne. Le point de contrôle est toujours le même : l'indicia, c'est-à-dire la mention légale en petits caractères de la première ou de la dernière page intérieure. Elle porte la date et le numéro réels de l'objet que vous tenez, et elle ne mentira pas, là où une couverture scannée dans une annonce peut tromper.
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Commencer mon essai →Les pièges à l'achat sur ce numéro précis
Le premier piège est la confusion de numéro. Dans une pile ou sur une photo de dos, 110 et 115 se ressemblent, et les deux numéros sont des clés de la série pour des raisons différentes. Demandez une photo de l'indicia, pas seulement de la couverture, et lisez le numéro vous-même.
Le second est la restauration non déclarée. Les fascicules de cette valeur ont souvent été consolidés : dos renforcé, coin recollé, trichromie retouchée, agrafes remplacées. Ces interventions ne sont pas illégitimes, elles doivent simplement être annoncées, parce qu'elles changent la catégorie de l'objet. Une couverture qui paraît trop fraîche pour un intérieur bruni mérite une question écrite au vendeur.
Les numéros voisins qui comptent aussi dans la série
La chronologie des débuts du magicien dans Strange Tales n'est pas continue : après le numéro 110, le personnage ne revient pas immédiatement à chaque livraison, la deuxième feature de l'anthologie ayant alterné avec d'autres récits pendant quelques mois. Cette irrégularité fait que les premiers épisodes sont dispersés sur une plage de numéros plus large qu'on ne l'imagine, ce qui rend la constitution d'un début de collection plus technique qu'un simple « du 110 au 120 ».
Deux repères méritent d'être suivis à côté du 110 si vous constituez une collection du personnage. Le récit des origines, qui raconte l'accident, le voyage et l'apprentissage du personnage, publié quelques numéros plus loin, et qui est la clé secondaire la plus demandée de la série. Et la bascule du titre, après le numéro 168, lorsque Strange Tales est devenu Doctor Strange en conservant sa numérotation : les premiers numéros portant le nom du personnage sont des objets peu coûteux mais structurants pour une collection cohérente.
Ce que la notation change pour un numéro de 1963
Au-delà d'un certain niveau de valeur, la notation professionnelle avec encapsulation devient la norme de transaction plutôt qu'une option. Sur un fascicule de 1963, elle apporte trois choses : un grade comparable d'un vendeur à l'autre, une mention explicite des restaurations et des défauts de complétude, et la fin des discussions sur l'authenticité de l'édition, puisque l'organisme identifie le fascicule.
Elle a aussi des effets qu'il faut accepter. Le boîtier interdit la lecture et l'examen tactile du papier. Le coût de l'opération n'a de sens que si la valeur attendue le justifie, ce qui écarte les exemplaires en bas de l'échelle. Et le grade attribué peut décevoir, car les critères appliqués aux fascicules anciens tiennent compte de défauts qu'un œil non entraîné ne voit pas, en particulier la planéité et la couleur du papier.
Comment suivre ce numéro dans une collection
Pensez aussi à distinguer clairement, dans votre inventaire, le fascicule d'origine des réimpressions du même récit que vous possédez peut-être par ailleurs. C'est le genre de confusion qui ne gêne personne pendant dix ans, puis qui coûte une vente ou fausse une estimation de lot. Dans My Comics Collection, les deux objets sont des entrées distinctes du catalogue, et les suivre séparément évite de croire posséder une clé qu'on ne possède pas.
Enfin, suivez la cote dans le temps plutôt qu'à l'instant de l'achat. Les clés anciennes portées par des sorties au cinéma connaissent des pics et des retours, et la bonne décision de vente n'est presque jamais celle qu'on prend dans les semaines qui suivent une annonce. Les autres fiches de notre série sur les numéros clés suivent la même méthode.
Conclusion
Strange Tales #110 est une clé de 1963 qui se comporte comme une clé, avec une nuance à ne pas perdre de vue : vous achetez une anthologie dont la vedette n'est pas le personnage qui vous intéresse. Cela ne change rien à sa valeur, mais cela change la façon de l'examiner, puisque l'état se juge sur tout le cahier et que la couverture ne vous dira pas ce que vous achetez. Vérifiez l'indicia, vérifiez la complétude, et méfiez-vous des primes réclamées pour des apparitions secondaires contestées.
Le reste est une affaire de patience. L'offre en bel état est étroite et elle ne s'élargira pas, mais elle se renouvelle, et la demande respire au rythme des adaptations. Un acheteur informé attend une fenêtre calme ; un acheteur pressé paie le pic.
Vous avez un Strange Tales de la période 1963 dans vos boîtes et vous ne savez pas si c'est le 110, une réimpression du récit ou un numéro voisin : faites-le examiner avant de l'assurer ou de le vendre.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Non. Le numéro 110 présente le magicien comme un praticien déjà établi, sans expliquer son parcours. Le récit des origines a été publié quelques numéros plus loin dans la même série, et il constitue une clé secondaire distincte, demandée pour elle-même. C'est une des raisons pour lesquelles un début de collection cohérent ne se limite pas au seul numéro 110.
Parce que Strange Tales était alors une anthologie dont la tête d'affiche était la Torche humaine, détachée des Quatre Fantastiques pour des aventures en solo. Le magicien n'occupait qu'un récit court de complément à l'arrière du fascicule. Cette hiérarchie éditoriale explique aussi pourquoi si peu d'exemplaires ont été mis de côté à l'époque.
Nightmare, l'entité qui règne sur le domaine des rêves et qui reste l'adversaire le plus associé au personnage, apparaît pour la première fois dans ce même récit. D'autres figures du cercle proche du magicien y figurent aussi, mais le statut exact de ces apparitions est débattu selon la définition retenue, et ne justifie pas de prime chiffrée.
Par l'indicia, la mention légale en petits caractères imprimée à l'intérieur. Elle porte la date et le numéro réels de l'objet, là où une couverture peut avoir été reproduite à l'identique dans un fac-similé. La pagination aide également : un volume épais, cartonné ou de poche, n'est jamais le fascicule d'origine de juillet 1963.
Cela dépend du grade probable. Dans la moitié haute de l'échelle, la notation lève les doutes sur l'édition, les restaurations et la complétude, et elle déplace le prix de revente nettement plus que son coût. En bas de l'échelle, le marché accepte très bien un exemplaire brut décrit honnêtement, et la dépense n'est pas justifiée.