Hal Jordan apparaît pour la première fois dans Showcase #22, millésimé octobre 1959, dans un récit écrit par John Broome et dessiné par Gil Kane sous la direction éditoriale de Julius Schwartz. Un pilote d'essai recueille l'anneau d'un policier cosmique mourant et devient le Green Lantern de son secteur. Les collectionneurs cherchent ce numéro parce qu'il ouvre la lignée Green Lantern moderne, et par elle tout le Silver Age de son éditeur.
Showcase #22 pose un problème que peu de numéros clés posent avec autant d'insistance : il faut savoir ce qu'on achète avant de savoir ce qu'on paie. Le titre de la revue ne dit pas Green Lantern, le nom Green Lantern avait déjà servi vingt ans plus tôt à un héros qui n'a rien à voir avec Hal Jordan, et la première apparition dont tout le monde parle est en réalité le premier tiers d'un essai éditorial en trois numéros. Un collectionneur qui achète au nom du personnage sans regarder le numéro de la revue se trompe d'étage.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Le numéro : octobre 1959, Broome et Kane, un anneau qui change de main
La couverture de Showcase #22 porte le millésime d'octobre 1959. Comme pour toute la production américaine de l'époque, cette date est une date de retrait des kiosques et non une date de parution : la mise en vente réelle précède le millésime de plusieurs semaines. Un vendeur qui vous annonce « 1959 » est donc dans le vrai, mais un vendeur qui vous annonce un mois précis de mise en vente avance une information que la couverture ne contient pas.
Le scénario est de John Broome, les dessins de Gil Kane, et l'ensemble a été monté par Julius Schwartz, l'éditeur qui avait déjà orchestré le retour du Flash trois ans plus tôt dans la même revue. L'encrage est attribué à Joe Giella par les sources courantes ; la pratique du studio à cette période ne permet pas toujours de trancher, et la mention vaut donc sous réserve. Le numéro contient deux histoires de Green Lantern plutôt qu'une, détail que les annonces de vente escamotent presque systématiquement.
Le contenu, lui, est resté le squelette du personnage pendant soixante ans. Hal Jordan est pilote d'essai, il travaille pour un constructeur aéronautique dirigé par la famille Ferris, et il se trouve là quand un vaisseau s'écrase. Son occupant, un policier d'une organisation interstellaire, lui transmet un anneau avant de mourir. Jordan hérite de l'anneau, de la lanterne qui le recharge, du serment qui va avec, et des deux limites que Broome lui impose aussitôt : l'anneau ne mord pas sur le jaune, et il se décharge au bout d'une journée. Tout l'édifice ultérieur, les Gardiens, le corps, les secteurs spatiaux, se construit par-dessus cette page d'ouverture.
Le contexte éditorial : Showcase n'était pas une série, c'était un banc d'essai
Showcase est l'anomalie à comprendre avant d'acheter. La revue n'avait pas de héros fixe : chaque numéro, ou chaque petit groupe de numéros, servait à exposer une proposition au public pour mesurer les ventes. Si le test passait, le personnage obtenait son propre titre ; s'il échouait, il retournait au tiroir. C'est un dispositif de sondage commercial, pas une collection au sens où un collectionneur l'entend.
Ce fonctionnement explique pourquoi Showcase concentre un nombre inhabituel de premières apparitions pour un seul titre. Le Flash de Barry Allen y avait été relancé au numéro 4, en 1956 ; les Challengers of the Unknown y sont nés ; Adam Strange y a occupé trois numéros consécutifs ; l'Atom y est passé au début des années 1960, comme Aquaman dans sa version relancée. Une même revue abrite donc des clés d'origines et de valeurs très différentes, et la mention « Showcase » sur une annonce ne renseigne sur rien. Dans un inventaire, ce titre se range par numéro et jamais par personnage, et c'est aussi ainsi que le catalogue le traite.
Pourquoi ce numéro est devenu une clé
Showcase #22 cumule trois statuts qui ne se superposent pas souvent. C'est la première apparition d'un personnage toujours exploité, c'est le numéro d'ouverture d'un essai qui a réussi, et c'est un marqueur de périodisation : la relance du Flash en 1956 avait ouvert le Silver Age, celle de Green Lantern en 1959 a prouvé que la méthode se répétait. Un acheteur de clés historiques n'achète pas seulement Hal Jordan, il achète la démonstration que le modèle Schwartz fonctionnait.
S'ajoute la longévité du matériau. Les Gardiens, le serment, la faiblesse au jaune, le secteur attribué : ces éléments posés en 1959 sont encore ceux que manipulent les récits contemporains, y compris quand ils confient l'anneau à d'autres porteurs. Les numéros clés qui tiennent sont rarement ceux qui contiennent une bonne histoire, ce sont ceux qui contiennent un mode d'emploi réutilisable, et celui-ci en est un.
Enfin la conservation joue contre l'offre. Personne n'achetait une revue d'essai en 1959 pour la garder, puisque personne ne savait encore que le personnage aurait une suite. Les survivants sont souvent des exemplaires de lecture, et la rareté se concentre dans le haut de la grille d'état plus que dans le nombre absolu d'exemplaires.
Ce qui fait varier la cote : état, pagination, intégrité
Sur un numéro de 1959, l'écart de cote entre deux crans d'état est plus violent que sur n'importe quel numéro postérieur à 1980, parce que la population d'exemplaires en haut de grille est minuscule. Un exemplaire moyen et un exemplaire très propre ne se négocient pas dans le même ordre de grandeur, et le passage d'un cran à l'autre peut multiplier la valeur plutôt que l'augmenter de quelques pourcents.
Les points de contrôle propres à cette époque sont connus. Les agrafes rouillent et tachent le cahier central. Le papier jaunit et devient cassant sur les bords. Le dos se frotte à l'endroit de la pliure. Et surtout, les pages intérieures manquent plus souvent qu'on ne le croit : les jeux à découper et les coupons des annonceurs de 1959 ont été découpés par les premiers lecteurs, et un coupon absent fait tomber un exemplaire par ailleurs très présentable plusieurs crans plus bas.
S'y ajoutent les restaurations anciennes : un coin recollé, un dos renforcé au ruban, une couleur retouchée. Ces interventions se faisaient sans intention de tromper dans les années 1970, mais elles se signalent aujourd'hui et changent la nature de l'exemplaire.
Reconnaître une édition d'une autre
Le tirage original de 1959 porte un prix de couverture en cents, sans code-barres, et un indicia en pied de la première page intérieure qui nomme la revue et son numéro. L'absence de code-barres n'est pas un signe d'authenticité en soi, puisque les reproductions tardives peuvent l'omettre, mais sa présence suffit à exclure le tirage d'origine.
L'histoire a été réimprimée plusieurs fois, dans des recueils d'origines, des volumes reliés et des compilations en noir et blanc. Ces réimpressions sont légitimes et lisibles, mais elles portent leur propre titre et leur propre numérotation : aucune ambiguïté dès qu'on tient l'objet. L'ambiguïté naît dans les annonces où une photo de planche remplace la photo de couverture.
Les facsimilés, c'est-à-dire les rééditions qui reproduisent la couverture et le contenu d'époque, réclament plus d'attention. Quand il en existe un pour un numéro, il se distingue par le papier, par un prix de couverture contemporain, par un code-barres ou une mention d'édition en quatrième de couverture. Sur un numéro de cette importance, demandez une photo du dos et du pied de première page avant de conclure, plutôt que de vous fier à la seule couverture.
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Commencer mon essai →Les pièges à l'achat, à commencer par le nom
Le nom Green Lantern avait déjà été porté, à partir de 1940, par Alan Scott, apparu dans All-American Comics #16. Rien ne relie les deux personnages au départ : Scott tire son pouvoir d'un anneau d'origine magique et sa vulnérabilité classique est le bois. Les deux lignées ont été reliées plus tard par les récits de mondes parallèles, mais cette connexion est postérieure et ne concerne pas Showcase #22. Le doublon produit deux erreurs symétriques : payer un numéro des années 1940 en croyant acheter le début de Hal Jordan, ou voir une annonce « première apparition de Green Lantern » sur un lot des années 1940 et en conclure que Showcase #22 est surcoté.
Le piège suivant n'est pas la contrefaçon, c'est le décalage de numéro. Le succès de l'essai a produit Showcase #23 et #24, puis une série régulière dont le premier numéro est daté de l'été 1960. Ces quatre objets circulent ensemble, se ressemblent dans les listes, et le moins cher des quatre est souvent présenté avec l'argumentaire du plus cher. Lisez le numéro, pas le descriptif.
Deuxième piège : le lot. Showcase #22 apparaît parfois dans des ensembles « DC années 1950 » dont le vendeur ignore le contenu exact. C'est une bonne nouvelle pour l'acheteur attentif, mais l'inverse existe aussi, avec des lots dont la photo de couverture ne correspond pas à l'exemplaire livré. Exigez une photo de l'exemplaire réel, pas une image d'illustration.
Troisième piège : la pression du récit. Chaque adaptation audiovisuelle du personnage fait monter les annonces pendant quelques semaines, sans que l'offre bouge. Acheter dans ces fenêtres se paie. Un suivi régulier des ventes conclues, plutôt que des prix demandés, vous dira quand la fenêtre se referme. Notre page d'estimation gratuite sert exactement à ça : fixer un repère avant de négocier.
Les numéros voisins qui comptent aussi
Showcase #23 et #24 prolongent l'essai. Nettement plus accessibles que le #22 tout en appartenant à la même séquence, ils forment le meilleur point d'entrée pour qui veut la période sans viser la pièce de tête. Green Lantern #1, daté de l'été 1960, est l'autre clé de la lignée : le numéro où l'essai devient une série.
En amont, Showcase #4 occupe une place comparable pour le Flash et se négocie dans un registre supérieur. Il est utile de le connaître ne serait-ce que pour calibrer votre lecture du marché : les deux numéros relèvent de la même revue, de la même méthode éditoriale et du même éditeur, et leurs écarts de cote vous renseignent sur la façon dont le marché hiérarchise les premières apparitions.
Plus tard, la période où la série associe Hal Jordan à Green Arrow produit d'autres repères. Ce sont des clés liées au contenu et au traitement plutôt qu'à une première apparition, et elles ne se comparent pas directement à Showcase #22.
Ce que la notation change sur un numéro de 1959
Faire noter un exemplaire de cette ancienneté a un intérêt mécanique : l'encapsulation fige l'état, documente les restaurations éventuelles et rend l'exemplaire comparable à d'autres sans manipulation. Sur un papier de 1959 qui continue de s'acidifier, l'argument de conservation vaut autant que l'argument de revente.
Le calcul n'est pourtant pas automatique. Le coût de la démarche est fixe alors que le gain dépend du cran obtenu, et sur un exemplaire de lecture le gain peut être nul. La question à se poser est celle du seuil : votre exemplaire est-il assez propre pour que la note déplace l'acheteur, ou assez fragile pour que la protection seule justifie l'opération ? Entre les deux, une pochette de qualité et un rangement vertical suffisent.
Comment le suivre dans une collection
Showcase #22 se saisit sous le titre de la revue, avec son numéro et son année, et non sous le nom du personnage. C'est la seule manière d'éviter qu'il se range à côté de la série Green Lantern, où il n'a rien à faire. Si vous suivez aussi les voisins #23 et #24, la séquence devient lisible d'un coup d'œil et vous voyez immédiatement ce qui manque.
Trois champs méritent d'être renseignés à la saisie, parce qu'ils ne se retrouvent plus ensuite : l'état constaté avec vos propres mots, la présence ou l'absence des coupons intérieurs, et la nature de l'exemplaire, tirage d'origine ou réimpression. Un inventaire qui ne distingue pas ces trois choses vous fera croire que vous possédez une clé alors que vous possédez un recueil.
Le hub Green Lantern rassemble les repères d'édition de la lignée et vous évitera de confondre les deux porteurs du nom au moment de compléter votre fiche.
Conclusion : un numéro qu'il faut identifier avant de le convoiter
Showcase #22 n'est pas un numéro difficile à comprendre, il est difficile à nommer correctement. Une revue d'essai sans héros fixe, un nom de personnage déjà utilisé vingt ans plus tôt pour quelqu'un d'autre, et une première apparition qui s'étale sur trois numéros avant la vraie série : chacune de ces trois particularités produit sa propre erreur d'achat, et elles se combinent.
Vérifiez le titre exact, le numéro, le prix de couverture en cents et la présence des coupons intérieurs : l'essentiel du risque est éliminé. Celui qui se contente du mot Green Lantern dans un titre d'annonce achètera, un jour, autre chose. Pour le reste, les guides du blog détaillent la méthode d'évaluation état par état.
Vous avez un Showcase de la fin des années 1950 dans un lot et vous ne savez pas si c'est le numéro 22 ou un de ses voisins d'essai ? Faites-le situer avant de le vendre ou de l'assurer.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
C'est la première apparition de Hal Jordan, le Green Lantern du Silver Age. Le nom avait déjà été porté à partir de 1940 par Alan Scott, un personnage distinct apparu dans All-American Comics #16, avec un anneau d'origine magique. Les deux premières apparitions existent et ne se remplacent pas l'une l'autre.
Parce que Showcase servait justement à mesurer l'intérêt du public avant d'engager un titre. Green Lantern y a occupé trois numéros d'essai, le 22, le 23 et le 24, avant d'obtenir sa propre série dont le premier numéro est daté de l'été 1960. L'essai concluant est la condition de la série, pas son résultat automatique.
Les deux sont des clés, mais pas de la même chose. Le #22 porte la première apparition et se négocie dans un registre très supérieur. Green Lantern #1 marque le passage à la série régulière et reste beaucoup plus accessible. Pour un budget contraint, les numéros 23 et 24 de Showcase offrent la séquence d'essai à moindre coût.
Le tirage d'origine porte un prix de couverture en cents et aucun code-barres, et son indicia nomme la revue et le numéro en pied de première page intérieure. Un code-barres, un prix contemporain ou une mention d'édition au dos indiquent une réédition. Demandez une photo du dos et du pied de page avant toute conclusion.
L'absence de pages ou de coupons intérieurs. Les annonces découpables de 1959 ont souvent été utilisées par les premiers lecteurs, et une page incomplète fait chuter l'exemplaire de plusieurs crans alors que la couverture reste présentable. Vérifiez la pagination et l'état des agrafes avant de discuter la brillance de la couverture.