Green Lantern #76, daté d'avril 1970, est le premier épisode du run signé Denny O'Neil au scénario et Neal Adams au dessin, sous la direction éditoriale de Julius Schwartz. Hal Jordan y intervient dans un quartier dégradé de Star City, croit avoir sauvé une victime et découvre qu'il a protégé un propriétaire véreux. Green Arrow lui met le nez dans son erreur. Ce numéro ouvre la série de récits dits « hard-travelling heroes » et sert de borne à toute une période de la bande dessinée américaine.
Pour un collectionneur, Green Lantern #76 occupe une place inconfortable : il ne contient aucune première apparition majeure, aucun costume inédit, aucun décès marquant, et il figure pourtant dans la même tranche de cote que des numéros qui cochent toutes ces cases. La raison est ailleurs. On achète ici un point de bascule éditorial, un numéro dont la valeur repose sur ce qu'il a autorisé après lui plutôt que sur ce qu'il introduit. Cela change la façon de le chercher, de le vérifier et de le payer.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Avril 1970 : le numéro, ses auteurs, son contenu
La couverture porte la date d'avril 1970, ce qui situe sa mise en kiosque au début de la même année, selon l'usage de l'époque où la date imprimée anticipait la vente de plusieurs semaines. Au générique : Denny O'Neil au scénario, Neal Adams au dessin, Jack Adler au lettrage de couverture et Julius Schwartz à l'édition. C'est une équipe resserrée, et c'est important pour comprendre l'objet : la cohérence du ton tient à trois personnes, pas à un comité éditorial.
Le récit part d'un geste réflexe. Hal Jordan intervient dans un quartier délabré de Star City pour interrompre une agression, et se retrouve du mauvais côté de la scène : l'homme qu'il protège exploite les locataires de l'immeuble. Green Arrow, qui connaît le terrain, le lui signifie. S'ensuit la séquence la plus commentée du numéro, où un habitant âgé du quartier interpelle le porteur de l'anneau sur ce qu'il n'a jamais regardé. La suite de l'épisode s'attache au propriétaire et à ses méthodes, puis se referme sur une décision : les deux héros vont prendre la route ensemble pour voir le pays.
Le dessin d'Adams joue un rôle que l'on sous-estime quand on résume l'histoire. Les cadrages s'allongent, les visages prennent des rides, les décors cessent d'être des aplats neutres. Un lecteur habitué aux planches DC de 1967 reconnaît immédiatement un changement de registre graphique, avant même de lire les phylactères.
Ce que la série publiait avant ce numéro
Le contexte éditorial explique l'audace. Avant #76, le titre vivait sur un modèle installé depuis la fin des années cinquante : missions interplanétaires, adversaires à gadgets, intrigues bouclées en un épisode, et une mécanique de pouvoir rigoureusement codifiée autour de l'anneau et de son corps de police spatial. Le modèle marchait, mais ses ventes avaient fléchi, et un titre qui fléchit chez DC en 1969 se retrouve rapidement sur la liste des candidats à l'arrêt.
Cette fragilité commerciale est la clé. Schwartz avait la latitude de laisser O'Neil et Adams prendre un virage brutal précisément parce que la série n'avait plus grand chose à perdre. On ne confie pas une expérimentation de cette nature à un titre qui vend bien. Collectionner #76, c'est donc collectionner un numéro né d'une faiblesse, ce qui est assez rare pour être souligné.
Autre élément de contexte : la présence de Green Arrow n'est pas un caprice. O'Neil et Adams avaient déjà retravaillé l'archer ailleurs, lui donnant la barbe, un costume redessiné et un tempérament plus abrupt. Ce personnage recomposé arrive dans Green Lantern comme un outil narratif prêt à l'emploi, capable de contredire le héros titulaire sans que cela paraisse artificiel.
Pourquoi ce numéro fait date
La valeur de #76 ne tient pas à un événement de continuité mais à un déplacement de sujet. Jusque là, un épisode de super-héros américain traitait un conflit entre un protagoniste et un antagoniste. Ici, le conflit se déplace à l'intérieur du camp des héros, et il porte sur une question d'ordre social : à qui l'autorité costumée rend-elle service, concrètement, dans la rue. Le numéro ne tranche pas, il installe la discussion comme moteur de la série.
Les conséquences se mesurent en aval. Les deux années suivantes, le titre aborde des sujets que le genre évitait, et la presse généraliste commence à parler de bande dessinée américaine autrement que comme d'un produit pour enfants. Les prix professionnels décernés au duo au début des années soixante-dix valident ce statut à chaud, ce qui est important : la réputation de #76 n'est pas une reconstruction tardive de collectionneurs, elle est contemporaine de sa publication.
Pour la cote, cela produit un profil particulier. Les numéros clés portés par une première apparition suivent les adaptations et les annonces de casting. Celui-ci suit plutôt les rééditions patrimoniales, les anniversaires et les anthologies critiques. Sa demande est plus régulière, moins spéculative, et elle vient autant de lecteurs que de revendeurs.
Le changement de titre, un repère d'identification
Voici le détail pratique le plus utile de cette page. Au fil du run, la couverture cesse d'afficher le seul nom du héros titulaire et fait place à une formule associant les deux personnages, Green Arrow apparaissant dans le logo lui-même. #76 se situe juste avant cette modification : il porte encore le titre simple, alors que le contenu, lui, est déjà celui du tandem.
Ce décalage vous sert à deux choses. D'abord à repérer en vente un lot décrit approximativement : une annonce qui parle de la « série Green Lantern / Green Arrow » et montre un logo à deux noms ne contient pas #76. Ensuite à dater les réimpressions, car les recueils et les séries de republication ultérieures adoptent souvent le titre double pour l'ensemble du cycle, y compris pour l'épisode qui ne le portait pas à l'origine. Un logo à deux noms sur un objet qui prétend être l'édition de 1970 est un signal à vérifier immédiatement.
Mémorisez aussi l'autre borne : le run s'interrompt avec le numéro 89 en 1972, et la série ne reprend sa numérotation que des années plus tard. Un vendeur qui vous propose un « #76 des années soixante-dix tardives » se trompe de décennie ou d'objet.
Ce qui fait varier la cote
Trois variables dominent, et elles ne pèsent pas pareil. L'état d'abord : sur un fascicule de 1970 imprimé sur papier bon marché, l'écart entre un exemplaire moyen et un exemplaire proche du neuf se compte en multiples, pas en pourcentages. La zone critique se situe autour des très hauts grades, où chaque cran gagné peut faire plus que doubler la valeur de référence.
L'édition ensuite. Le fascicule d'origine d'avril 1970 n'a aucun équivalent économique parmi les réimpressions, qui s'échangent pour une fraction de sa cote. Cette hiérarchie est stable, et elle ne bougera pas, car ce qui est recherché ici est l'objet publié au moment du basculement.
La provenance régionale enfin, souvent négligée. Les tirages nord-américains de l'époque circulaient aussi à l'étranger, avec des mentions de prix locales apposées sur certains lots. Ces variantes de distribution se négocient dans des registres différents selon les marchés, et un acheteur européen a tout intérêt à savoir laquelle il regarde avant de comparer deux annonces. Le hub du personnage rassemble les repères utiles pour situer ce numéro parmi les autres jalons de la série.
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Commencez par l'indicia, le bloc de mentions légales imprimé en petits caractères dans les premières pages. Il porte la date de publication, la périodicité et l'éditeur. Sur le fascicule de 1970, cette date correspond à la couverture. Sur une réimpression, elle correspond à l'année de republication, et le texte comporte souvent une mention signalant une parution antérieure.
Regardez ensuite le papier et l'impression. L'original utilise un papier non blanchi qui jaunit par les tranches et une trame d'impression grossière, visible à l'œil nu sur les aplats de couleur. Les republications des décennies suivantes emploient des papiers plus blancs, parfois glacés, et des trames plus fines. Un exemplaire au papier éclatant et à la couleur lisse qui se présente comme un tirage de 1970 mérite un examen attentif.
Vérifiez enfin le dos et la pagination. Les fascicules de l'époque sont agrafés par deux points métalliques, avec une pagination courte et des pages de publicité d'époque qui constituent elles-mêmes une preuve de datation. Les recueils ultérieurs suppriment ces publicités, ce qui facilite grandement le tri quand on hérite d'un carton non documenté.
Les pièges à l'achat
Le premier piège est le restaurateur discret. Sur un numéro recherché de cette période, on rencontre des interventions non déclarées : agrafes remplacées, pliure recollée, bords de couverture retouchés au feutre, voire page de garde substituée. Un examen à la lumière rasante révèle les reprises de couleur, et un contrôle de la rigidité du pli repère les collages.
Le deuxième piège vient des descriptions ambiguës. « Premier Green Lantern / Green Arrow » peut désigner le numéro d'avril 1970, mais aussi le premier numéro portant le logo à deux noms, ou le premier fascicule d'une série de réimpression. Trois objets différents, trois niveaux de cote. Demandez une photo de l'indicia, pas seulement de la couverture.
Le troisième piège est la couverture détachée et réalignée. Les agrafes de 1970 ont souvent rouillé, et une couverture qui s'est désolidarisée puis a été remise en place paraît correcte de face. Faites ouvrir l'exemplaire à plat sur une photo : un décalage de quelques millimètres entre la couverture et le bloc intérieur se voit immédiatement.
Les numéros voisins qui comptent
#77 prolonge directement le périple et reste la suite logique d'achat, souvent disponible dans de meilleurs grades parce que moins chassé. Les numéros qui suivent intègrent Black Canary à l'équipage, ce qui en fait des cibles pour qui construit une collection autour de ce personnage plutôt qu'autour du porteur de l'anneau.
Plus loin dans le run, le diptyque #85 et #86 consacré à l'addiction aux stupéfiants concentre à lui seul une demande comparable à celle de #76, et il bénéficie d'une couverture signée Adams devenue une image de référence du médium. Ces deux numéros paraissent après la révision du Code de 1971, ce qui en modifie le statut documentaire : ils ne sont pas une transgression, ils exploitent une règle assouplie.
Enfin, #87 intéresse une partie des collectionneurs pour une raison distincte de l'angle social : il introduit un second porteur de l'anneau, John Stewart. Signalons que selon les sources, l'ampleur de son rôle dans cet épisode est décrite différemment ; à vérifier sur l'exemplaire si c'est ce point qui motive l'achat.
Notation et suivi dans une collection
La notation professionnelle est pertinente sur ce numéro, mais pas à tous les grades. Sur un exemplaire moyen, le coût de l'opération et le délai d'immobilisation absorbent souvent le gain de liquidité. À partir des grades élevés, en revanche, la certification devient le seul langage commun entre un vendeur et un acheteur distant, et l'écart de cote entre deux crans justifie largement la dépense. Une remarque sur les étiquettes : une mention de restauration ou de nettoyage sur le boîtier déplace l'exemplaire dans une catégorie de marché séparée, avec ses propres acheteurs et ses propres niveaux.
Côté inventaire, ce numéro mérite un champ de notes personnelles plutôt qu'une simple ligne. Consignez trois choses : le titre exact imprimé sur la couverture, afin de distinguer l'original des republications ; la nature du tirage, domestique ou distribué à l'étranger ; et la présence des publicités d'époque. Ces trois informations suffisent à trancher une question d'authenticité des années plus tard, quand le souvenir de l'achat s'est estompé.
Si votre collection est organisée par thème, #76 est le numéro qui ouvre une catégorie entière. Beaucoup de collectionneurs le placent en tête d'un ensemble consacré aux récits engagés plutôt que dans la suite chronologique du personnage, et tiennent à côté des séries plus classiques comme celles de Flash pour mesurer l'écart de ton d'une rédaction à l'autre.
Conclusion
Green Lantern #76 est un achat de raisonnement, pas d'impulsion. Vous ne payez pas une première apparition, vous payez la date à laquelle une série en difficulté a changé de sujet et entraîné le reste du médium avec elle. Cela implique une discipline de vérification particulière, centrée sur l'indicia, le logo et le papier, parce que les réimpressions de ce cycle sont nombreuses et portent souvent un titre que l'original n'affichait pas. Faites ce travail une fois, notez-le, et vous aurez un exemplaire dont la valeur ne dépend plus d'une annonce de film.
Vous possédez un exemplaire d'avril 1970 et vous hésitez entre un envoi en notation et une vente en l'état ? Une estimation préalable vous donnera l'écart de cote entre les deux options.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Non, et c'est ce qui rend ce numéro atypique parmi les clés de la période. Sa valeur repose sur son rôle de bascule éditoriale : avril 1970, premier épisode du tandem O'Neil et Adams, début du cycle de voyage à travers le pays. Si vous cherchez un premier porteur de l'anneau ou un nouvel adversaire, ce n'est pas ici qu'il faut regarder.
Trois contrôles suffisent. L'indicia doit porter une date correspondant à la couverture d'avril 1970. Le logo de couverture doit afficher le seul titre de la série, sans mention de Green Arrow, ajoutée plus tard dans le run. Enfin les pages de publicité d'époque doivent être présentes : les recueils ultérieurs les suppriment systématiquement.
Les deux stratégies se défendent. #76 isolé garde sa valeur de borne historique et reste le plus liquide. Mais l'intérêt documentaire du cycle tient à sa continuité, et les numéros suivants, y compris le diptyque #85 et #86, s'acquièrent dans de bien meilleurs grades pour un effort moindre. Commencez par #76, complétez ensuite vers #89.
Parce que la cosignature des deux héros, d'abord un dispositif narratif, est devenue l'argument de vente du titre. La couverture a donc fini par afficher les deux noms dans son logo. Pour un collectionneur, ce changement sert de datation visuelle immédiate : le logo simple appartient au début du cycle, le logo double à sa suite.
Elle l'est dans les grades élevés, où l'écart de cote entre deux crans dépasse largement le coût de l'opération et où la certification remplace la confiance dans une vente à distance. Sur un exemplaire moyen ou abîmé, le calcul s'inverse. Une mention de restauration sur le boîtier déplace par ailleurs l'exemplaire vers un marché distinct.