Rick Remender chez le grand éditeur : ce qui vaut le détour — illustration article
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La période de Rick Remender chez le grand éditeur tient en une série qui compte : son passage sur l'équipe de mutants clandestins, dessiné par Jerome Opeña. C'est là qu'il s'est fait un nom auprès du grand public, et là que s'est nouée la collaboration qu'il prolongera dix ans plus tard sur sa propre fantasy. Ses autres travaux pour l'éditeur — un porteur de symbiote inédit, un soldat emblématique, plusieurs séries d'équipe — sont plus contraints et se lisent séparément.

Beaucoup de lecteurs découvrent cet auteur par ses séries indépendantes et ignorent qu'il a passé plusieurs années à écrire des super-héros. D'autres font l'inverse et ne savent pas que l'homme qui a écrit leur série de mutants préférée publie ailleurs des romans graphiques sur l'autodestruction.

Cet article relie les deux versants : ce qu'il a fait dans ce cadre, ce qu'il y a gagné, et ce qu'un collectionneur doit savoir avant d'acheter.

La série qui compte

Son passage sur l'équipe de mutants chargée des opérations que les autres ne peuvent pas assumer est unanimement considéré comme le sommet de sa période chez l'éditeur.

Le principe de la série l'arrangeait : une petite équipe, une mission moralement indéfendable, et des personnages obligés de vivre avec ce qu'ils ont fait. C'est exactement son terrain — la faute qui contamine tout le reste — transposé dans un cadre de super-héros.

L'arc final, en particulier, est régulièrement cité parmi les meilleures histoires jamais écrites sur son personnage principal. Il pousse jusqu'au bout une logique posée dès le premier numéro, et il refuse la sortie confortable que la continuité éditoriale aurait permise.

C'est aussi la série qui a fait connaître Jerome Opeña bien au-delà du lectorat indépendant. Le dessin y atteint une densité inhabituelle pour une publication mensuelle, et il porte une bonne part de la réputation du titre.

Ses autres travaux pour l'éditeur

Un nouveau porteur de symbiote

Il a repris un personnage secondaire pour en faire le porteur d'une créature qu'on associait à un autre. Le pari tenait en une image : un soldat mutilé de retour du front, à qui l'on rend l'usage de ses jambes en échange d'une servitude qu'il n'a pas mesurée.

C'est son motif le plus reconnaissable — le don qui asservit — appliqué à un personnage existant. Le lien avec sa fantasy ultérieure est frappant.

Un soldat emblématique

Sa reprise du personnage l'a envoyé dans une dimension hostile pour une longue période, loin du registre patriotique attendu. Un choix clivant, et assumé.

Plusieurs séries d'équipe

Il a écrit des formations réunissant mutants et non-mutants, dans un contexte éditorial dense en événements croisés. Ce sont ses récits les plus contraints, et les moins autonomes.

Ce qu'il faut en retenir

Une série indispensable, deux reprises intéressantes mais dépendantes de leur contexte, et des séries d'équipe difficiles à aborder isolément.

Ce que cette période lui a apporté

Il serait réducteur de traiter ces années comme une parenthèse alimentaire avant le retour aux séries personnelles. Trois acquis s'y voient nettement.

Le rythme mensuel. Écrire un chapitre par mois, avec des contraintes de continuité et des dates fermes, impose une discipline de construction. Ses séries indépendantes ultérieures sont mieux découpées que celles qui précèdent cette période.

Le réseau graphique. C'est là qu'il travaille avec des dessinateurs qu'il n'aurait pas croisés autrement, et qu'il retrouvera ensuite sur ses propres projets. Sa collaboration la plus durable naît ici.

La visibilité. Un auteur qui a écrit une série à succès pour un grand éditeur lance ses titres personnels dans de tout autres conditions. Le succès de ses séries indépendantes doit quelque chose à cette notoriété.

Les difficultés d'accès pour un nouveau lecteur

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Une continuité présupposée

Ces séries s'inscrivent dans un univers en cours. Certains retournements supposent de connaître des événements racontés ailleurs, ce qui n'est jamais le cas de ses titres personnels.

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Des événements croisés obligatoires

Ses séries d'équipe ont été traversées par de grands événements éditoriaux. Des chapitres entiers renvoient à des séries qu'il n'écrivait pas.

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Des numérotations remaniées

Relances, doubles numérotations et changements de titre en cours de route compliquent l'identification d'un exemplaire, bien plus que sur une série indépendante.

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Plusieurs dessinateurs par série

Contrairement à sa pratique en indépendant, le dessinateur change fréquemment, parfois d'un numéro à l'autre. L'unité graphique en pâtit.

Ce qu'il faut acheter, et ce qu'on peut sauter. Sa série de mutants se lit intégralement et se suffit largement à elle-même : c'est la seule de sa période chez l'éditeur qu'on peut recommander sans réserve à un lecteur qui ne connaît pas l'univers.

Les autres titres supposent un minimum de familiarité avec la continuité en cours. Ils gagnent à être abordés en volumes reliés, qui regroupent les chapitres pertinents et écartent une partie des renvois.

Pourquoi il a fini par partir

Il a quitté ce cadre pour se consacrer presque entièrement à ses séries en propre, et les raisons de ce choix éclairent la différence entre les deux versants.

La première est la propriété. Un auteur qui écrit un personnage appartenant à un éditeur n'en tire aucun droit durable : la série s'arrête, un autre reprend, et le travail cesse de lui appartenir. Sur un titre créé par lui, chaque réimpression et chaque adaptation continue de le concerner.

La seconde est la liberté de fin. Une série d'éditeur ne se termine pas — elle change de main. Un auteur ne peut pas conclure ce qu'il a commencé, seulement passer le relais à un moment décidé ailleurs. Or ses récits personnels reposent tous sur une fin écrite comme telle.

La troisième est le choix du dessinateur. En indépendant, il travaille avec un artiste unique du premier au dernier chapitre. Dans l'autre cadre, les remplacements sont fréquents et rarement décidés par le scénariste.

Ces trois différences ne portent pas de jugement sur la qualité des récits produits de part et d'autre. Elles expliquent en revanche pourquoi ses séries indépendantes ont une cohérence que ses travaux de commande n'ont pas — et pourquoi il est raisonnable de les aborder différemment.

Le fil qui relie les deux versants

Un motif traverse l'ensemble de son travail, et il apparaît avec une netteté particulière dans ce cadre.

Le personnage à qui l'on rend l'usage de ses jambes en échange d'une servitude, c'est déjà le tyran de sa fantasy qui exauce les vœux pour créer des obligés. Le don qui asservit est son idée centrale, et il l'a essayée dans une série de super-héros avant d'en faire le sujet entier d'un récit à lui.

De même, l'équipe qui commet l'irréparable au nom d'un bien supérieur annonce les groupes de ses séries indépendantes, où personne n'a entièrement raison. Ce cadre lui a servi de laboratoire, et c'est peut-être la meilleure raison de lire cette période.

Un lecteur venu de ses séries personnelles y reconnaîtra donc des idées familières sous un habillage inattendu. L'inverse est vrai aussi : qui a aimé ces séries de super-héros trouvera dans ses titres indépendants les mêmes questions, traitées sans contrainte.

Côté collection

Cette période pose des problèmes d'identification que ses séries indépendantes ne posent pas, et il vaut mieux les connaître avant d'acheter.

La numérotation n'est pas fiable seule. Entre les relances et les doubles numérotations, un même numéro peut désigner plusieurs fascicules différents. L'année de parution est indispensable pour lever l'ambiguïté.

Le scénariste n'est pas donné par le titre. Une série longue a souvent connu plusieurs auteurs. Chercher « sa » série par le titre seul remonte des numéros écrits par d'autres.

Les volumes reliés découpent différemment. Comme sur ses titres indépendants anciens, plusieurs présentations coexistent et ne regroupent pas les mêmes chapitres.

Les événements croisés brouillent les collections. Un arc peut se poursuivre dans une série voisine puis revenir. Noter l'ordre de lecture réel, et pas seulement les numéros possédés, évite de croire à un trou là où il n'y en a pas.

La conséquence est qu'un catalogue doit porter ici, plus qu'ailleurs, l'année et le nom du scénariste. Sans ces deux champs, une liste de numéros ne permet ni de compléter ni d'estimer quoi que ce soit.

Ce que valent ces numéros aujourd'hui

Une différence structurelle sépare ce segment de ses séries indépendantes, et elle joue en sens inverse de ce qu'on pourrait croire.

Les séries de grands éditeurs sont imprimées à des tirages très supérieurs à ceux d'un titre d'auteur, et elles sont réimprimées davantage. Un premier numéro y est donc rarement rare, même lorsqu'il ouvre une période célébrée.

Ce qui se recherche sur ce segment, ce sont plutôt les numéros portant un événement précis : une première apparition, une mort, un changement de costume. Ce sont des repères de continuité, et leur valeur tient à leur place dans un récit collectif plutôt qu'à leur auteur.

La conséquence pratique est claire. Chercher un numéro parce qu'il est « du bon scénariste » n'a pas grand sens sur ce segment : cette information ne fait pas le prix. Sur ses séries indépendantes, à l'inverse, l'auteur est précisément ce qui fait exister le marché.

Faut-il lire cette période ?

Oui pour la série de mutants, qui tient debout seule et compte parmi ses meilleurs récits tous cadres confondus. Elle est aussi le meilleur point de rencontre entre son public de super-héros et son public indépendant.

Optionnel pour les reprises de personnages : elles intéresseront ceux qui connaissent déjà ces figures et voudront voir ce qu'il en fait, mais elles ne sont pas une porte d'entrée.

Dispensable, en première approche, pour les séries d'équipe traversées par des événements croisés. Elles se comprennent mal isolément, et un nouveau lecteur y verra surtout de la confusion là où il y a un contexte qu'il ne possède pas.

Questions fréquentes

Non, elle se suffit largement à elle-même. Quelques références au passé des personnages passeront au-dessus d'un nouveau lecteur sans nuire à la compréhension, et le récit fournit lui-même ce qu'il faut savoir sur son équipe.

Sur le fond, oui, davantage qu'on ne l'attendrait : ses motifs habituels y sont, parfois formulés plus nettement que dans ses séries personnelles. Sur la forme, non — la continuité imposée et les changements fréquents de dessinateur produisent des récits moins homogènes.

Parce qu'il a traité une équipe de super-héros comme un groupe de gens qui ont commis quelque chose d'irréparable, sans leur offrir de rédemption commode. C'était inhabituel dans ce cadre, et le dessin très dense qui l'accompagnait a donné à l'ensemble une gravité que le genre pratique peu.

Par le générique intérieur, jamais par le titre de la série. Ces séries longues ont connu plusieurs scénaristes successifs, et une annonce qui mentionne seulement le nom de la série ne dit rien de l'auteur du numéro proposé. L'année de parution est le meilleur filtre de départ.

Cela dépend d'où vous venez. Un lecteur de super-héros trouvera ici une porte naturelle vers un auteur qu'il n'aurait pas lu autrement, et le passage vers ses séries personnelles se fait ensuite sans effort puisque les thèmes sont les mêmes. Quelqu'un qui découvre la bande dessinée par les récits d'auteur a intérêt à faire l'inverse et à commencer par ses titres indépendants, plus autonomes, sans contexte préalable à posséder et sans numérotation à démêler. Dans les deux cas, le détour par l'autre versant finit par valoir la peine.

L'année et le scénariste, pas seulement le numéro

Sur les séries longues à relances multiples, un numéro seul ne désigne aucun fascicule précis.

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