Le Quatrième Monde de Jack Kirby se compose de quatre titres DC publiés de 1970 à 1973, soit 55 numéros signés Kirby : Superman's Pal Jimmy Olsen #133 à #139 et #141 à #148, The Forever People #1 à #11, The New Gods #1 à #11 et Mister Miracle #1 à #18. L'ordre de lecture recommandé est l'ordre de parution, en entrelaçant les quatre séries mois par mois, en commençant par Jimmy Olsen #133 (octobre 1970) puis les numéros 1 de Forever People et New Gods, suivis de Mister Miracle #1. Kirby ajoute deux conclusions tardives : « Even Gods Must Die », inédit publié dans New Gods #6 (1984), et le roman graphique The Hunger Dogs (1985). Les quatre volumes de l'omnibus de DC suivent exactement cet ordre de parution.
Le Quatrième Monde est l'une des œuvres les plus ambitieuses de l'histoire des comics de super-héros, et l'une des plus mal lues. Mal lues parce qu'elle n'existe pas sous la forme d'un seul titre : Kirby l'a répartie sur quatre séries mensuelles ou bimestrielles, dont l'une, Jimmy Olsen, n'était même pas la sienne au départ. Un lecteur qui lit les onze numéros de New Gods d'une traite, puis passe à Mister Miracle, rate une partie des échos que Kirby avait construits d'un titre à l'autre.
Ce guide ne refait pas l'histoire de Darkseid, que le site traite dans ses numéros clés. Il répond à une question pratique : dans quel ordre lire l'ensemble de la saga, avec quelles éditions, et quels numéros garder si l'on veut aussi des fascicules d'époque.
Le projet de Kirby : une saga finie, pensée pour le livre
En 1970, Jack Kirby quitte Marvel, où il a cocréé les Fantastic Four, Thor et une bonne partie de l'univers maison, et rejoint DC. Il arrive avec une idée qui tranche avec les habitudes de l'époque : une saga longue mais finie, publiée en feuilleton puis rassemblée en volumes. Kirby pressentait que la distribution en kiosque allait décliner et que les comics devraient trouver d'autres circuits de vente. Il imaginait donc un récit qui pourrait vivre en librairie, comme un roman.
Le cœur du récit est une guerre entre deux planètes jumelles nées de la mort des anciens dieux : New Genesis, lumineuse, gouvernée par Highfather, et Apokolips, monde-usine dirigé par Darkseid. Darkseid cherche l'Équation Anti-Vie, qui lui permettrait de contrôler toute volonté. Les deux dirigeants ont échangé leurs fils pour sceller une trêve : Orion, fils de Darkseid, a grandi sur New Genesis ; Scott Free, fils de Highfather, a grandi dans les orphelinats d'Apokolips avant de s'échapper sur Terre et d'y devenir Mister Miracle, l'artiste de l'évasion. Tout le reste découle de cet échange.
Le nom de « Quatrième Monde » n'apparaît dans les séries qu'à partir des numéros d'août et septembre 1971 de New Gods et Forever People. Kirby lui-même en a donné plusieurs explications au fil des années, selon son assistant de l'époque, Mark Evanier : il vaut mieux le prendre comme une étiquette que comme une clé.
Les quatre titres, et ce que chacun apporte
Superman's Pal Jimmy Olsen #133 à #139 et #141 à #148
Kirby reprend une série existante, consacrée au jeune photographe ami de Superman, et la transforme en laboratoire. Il y relance la Newsboy Legion, y introduit le Projet Cadmus, et y fait apparaître les premiers signes de la menace d'Apokolips, Darkseid compris, qui se montre brièvement dès le #134. Ces numéros sont plus légers, plus fantaisistes que le reste, mais ils posent le lien entre la saga et l'univers DC établi.
The Forever People #1 à #11
Cinq jeunes de New Genesis arrivent sur Terre à bord de leur Super-Cycle. Le titre est la réponse de Kirby, alors quinquagénaire, à la jeunesse de la fin des années 1960 : idéaliste, communautaire, curieuse. C'est aussi dans ce titre que Darkseid fait sa première véritable apparition, et que se joue une partie de la quête de l'Équation Anti-Vie.
The New Gods #1 à #11
Orion, guerrier de New Genesis rongé par sa nature d'enfant d'Apokolips, porte le récit le plus mythologique des quatre. C'est là que Kirby développe la trêve, l'échange des fils, la Source, et la guerre qui doit opposer le père et le fils. Le #1 est daté de mars 1971.
Mister Miracle #1 à #18
Scott Free, évadé d'Apokolips, devient un artiste de l'évasion sur Terre, accompagné de Big Barda et du petit Oberon. Le titre mêle numéros d'évasion spectaculaires et rappels de l'enfance passée dans les orphelinats de Granny Goodness. Il est le seul des quatre à survivre à l'arrêt de 1972, et Kirby y conduit jusqu'au #18 le mariage de Scott et Barda, une conclusion personnelle à défaut de la conclusion d'ensemble.
L'ordre de lecture recommandé : la parution
Kirby écrivait et dessinait les quatre titres en parallèle, et les faisait se répondre. Les lire dans l'ordre de parution, en entrelaçant les séries, est donc la façon la plus fidèle de suivre la saga. C'est aussi l'ordre adopté par les quatre volumes de l'omnibus que DC a publiés en 2007 et 2008, ce qui simplifie beaucoup la vie du lecteur.
Le prologue
Jimmy Olsen #133 (octobre 1970) à #139. Kirby installe le ton, la Newsboy Legion, et les premiers agents de Darkseid. On peut lire ces numéros rapidement, mais ne les sautez pas : plusieurs éléments réapparaissent plus tard.
Les trois lancements
Forever People #1 et New Gods #1, tous deux datés de début 1971, puis Mister Miracle #1. Ensuite, alternez : un numéro de chaque série, dans l'ordre des dates de couverture, en intercalant les Jimmy Olsen #141 à #148 au fil de leur parution.
L'arrêt de 1972
New Gods et Forever People s'arrêtent au #11. Mister Miracle continue seul : lisez ses numéros restants jusqu'au #18, qui sert de point final provisoire.
Les conclusions tardives
« Even Gods Must Die », récit inédit de Kirby publié en 1984 dans le #6 de la réédition de New Gods, puis le roman graphique The Hunger Dogs, paru en 1985 dans la collection DC Graphic Novel (#4). C'est la fin que Kirby a pu écrire, sous contraintes éditoriales.
Concrètement, les omnibus se répartissent ainsi. Le premier contient Forever People #1 à #3, Mister Miracle #1 à #3, New Gods #1 à #3 et Jimmy Olsen #133 à #139. Le deuxième poursuit avec les numéros 4 à 6 de chaque série et Jimmy Olsen #141 à #145. Le troisième rassemble Forever People #7 à #10, Mister Miracle #7 à #9, New Gods #7 à #10 et Jimmy Olsen #146 à #148. Le quatrième boucle avec Forever People #11, Mister Miracle #10 à #18, New Gods #11, « Even Gods Must Die » et The Hunger Dogs.
L'autre ordre possible : titre par titre
Certains lecteurs préfèrent suivre chaque série d'un bloc. L'avantage est la cohérence de ton : Forever People et Mister Miracle n'ont pas le même registre que New Gods, et les lire séparément évite les ruptures. L'inconvénient est réel : plusieurs événements sont annoncés dans un titre et montrés dans un autre, et la tension monte moins bien.
Si vous choisissez cette voie, l'ordre le plus logique est Jimmy Olsen, puis New Gods, puis Forever People, puis Mister Miracle, et enfin les deux conclusions. New Gods en deuxième position donne d'emblée les clés mythologiques ; Mister Miracle en dernier permet de finir sur le titre qui a duré le plus longtemps.
Ce qu'il faut savoir de la fin
Le Quatrième Monde n'a jamais reçu la conclusion que Kirby avait imaginée en 1970. DC arrête New Gods et Forever People en 1972, faute de ventes suffisantes. Plusieurs pistes ont été évoquées pour expliquer cet échec, de la distribution aux choix éditoriaux ; elles n'ont jamais fait l'objet d'un consensus, et ce guide ne tranche pas.
En 1984, DC réédite les onze numéros de New Gods en une mini-série de six numéros, deux épisodes par numéro, et demande à Kirby une fin pour le dernier. Le récit qu'il livre, « Even Gods Must Die », est inséré dans ce #6. Kirby en tire aussi The Hunger Dogs, publié en 1985, qui devait servir de conclusion tout en laissant les personnages disponibles pour d'autres auteurs : un compromis éditorial que l'on sent à la lecture. À la même époque, Kirby dessine les deux mini-séries Super Powers, liées à une gamme de jouets, où il continue de faire vivre Darkseid et ses sbires.
Entre-temps, en 1976 et 1977, d'autres auteurs avaient relancé New Gods en reprenant la numérotation au #12. Ces numéros ne sont pas de Kirby et ne font pas partie de la saga d'origine : ne les confondez pas avec la série de 1971.
Les numéros à garder si l'on collectionne
Le marché des fascicules d'époque se concentre sur quelques numéros, pour des raisons de premières apparitions plus que de qualité de lecture.
Jimmy Olsen #134 est recherché pour la première apparition, brève, de Darkseid ; Forever People #1 pour sa première apparition complète. Ces deux numéros sont traités en détail dans notre article sur les numéros clés de Darkseid. New Gods #1, premier Orion, et Mister Miracle #1, premier Scott Free, sont les deux autres piliers, suivis de Mister Miracle #4, première apparition de Big Barda, et de Jimmy Olsen #133, premier numéro de Kirby chez DC.
Pour le reste, les numéros courants de ces séries restent accessibles. Les fascicules de 1970 à 1974 ont souvent souffert : papier jauni, dos marqués, coins usés. L'état fait donc l'essentiel de la différence entre deux exemplaires d'un même numéro. Aucun prix n'est donné ici ; pour un exemplaire précis, l'estimation gratuite part de son état réel.
Quelle édition choisir pour lire
Trois familles d'éditions coexistent. Les omnibus de DC, en quatre volumes reliés puis en brochés, sont la solution la plus complète, en couleur et dans l'ordre de parution. Les anciennes rééditions brochées du début des années 2000 présentaient les séries en noir et blanc, sauf les numéros de Jimmy Olsen : elles sont moins chères mais moins fidèles à l'objet d'origine. Enfin, une édition de grand format a commencé en 2020 la reprise de la saga, avec un premier volume allant des débuts au #6 de chaque série.
Pour un premier contact, l'omnibus en broché reste le meilleur rapport entre complétude et confort. Pour une collection de fascicules, partez des numéros clés ci-dessus, puis complétez par série, en commençant par celle que vous préférez à la lecture.
Pourquoi lire le Quatrième Monde aujourd'hui
D'abord parce qu'il est la source d'une grande partie de la mythologie cosmique de DC : Darkseid, Apokolips, les Tubes Boum, la Source et l'Équation Anti-Vie ont été repris par des dizaines d'auteurs, jusqu'aux crossovers récents. Ensuite parce que le dessin de Kirby y atteint une démesure qu'il n'avait pas toujours pu se permettre chez Marvel : collages photographiques, machines impossibles, double pages saturées. Enfin parce que la saga reste une œuvre d'auteur unique, écrite et dessinée par un seul homme, avec ses maladresses et sa sincérité. On la lit comme on visite un monument inachevé : en sachant qu'il manque le dernier étage, et en comprenant pourquoi tant d'autres ont voulu le construire. Le hub Superman rappelle au passage le rôle de son univers comme porte d'entrée de la saga.