Darkseid est une création de Jack Kirby, et ses numéros clés tiennent d'abord à une hiérarchie que beaucoup d'acheteurs confondent. Le personnage apparaît en caméo dans Superman's Pal Jimmy Olsen #134, daté de décembre 1970, puis il est pleinement introduit dans The Forever People #1, daté de février 1971. New Gods #1, daté de février-mars 1971, n'est ni l'un ni l'autre : c'est le numéro fondateur du titre qui porte la mythologie, avec les débuts d'Orion, de Highfather et de Metron. Trois numéros différents, trois statuts différents, et un écart de rareté considérable entre eux. Viennent ensuite New Gods #7, qui donne l'origine du personnage, puis quatre affrontements majeurs échelonnés de 1982 à 2016. Cet article remet cette hiérarchie d'aplomb avant que vous ne payiez le mauvais numéro.
Il y a des personnages dont les numéros clés se résument à une ligne. Darkseid n'en fait pas partie, et ce n'est pas une question de volume : c'est une question de construction éditoriale. Kirby ne l'a pas lancé dans un titre, il l'a lancé dans un dispositif à quatre titres, en semant le personnage dans une série qui n'était pas la sienne avant de l'installer dans celles qu'il venait de créer. Le résultat, cinquante-cinq ans plus tard, est un escalier de « premières » apparitions dont chaque marche se vend, et dont les marches ne valent pas la même chose.
Cet escalier explique pourquoi Darkseid produit plus d'erreurs d'achat que la plupart de ses contemporains. Qui cherche « la première apparition de Darkseid » tombe sur au moins trois numéros présentés comme telle, tous datés de l'hiver 1970-1971, tous authentiquement liés au personnage. Aucun vendeur ne ment nécessairement : ils ne parlent pas du même objet.
Le sujet revient d'ailleurs dans l'actualité : DC publie le 28 octobre 2026 un numéro de 48 pages intitulé DC All In Saga: Darkseid vs. The World #1, écrit par Scott Snyder et Joshua Williamson, dessiné par Sanford Greene. Un numéro événementiel sur un personnage ancien réveille toujours la demande sur son dos de catalogue. Autant savoir à quoi l'on touche avant qu'elle n'arrive.
Les trois numéros que l'on vous présentera comme « la première apparition »
Commençons par le point qui coûte le plus cher, et traitons-le dans l'ordre chronologique réel.
Superman's Pal Jimmy Olsen #134
C'est le numéro qui porte l'antériorité, et c'est aussi celui qui montre le moins. Darkseid y fait une apparition de caméo, dans une série consacrée au photographe du Daily Planet que Kirby venait de reprendre en main. Le choix du support n'est pas anecdotique : Kirby disposait d'un titre déjà en place, avec son lectorat, et il s'en est servi comme d'une rampe de lancement pour une mythologie qui n'avait encore aucun numéro à elle.
The Forever People #1
C'est ici que Darkseid est pleinement introduit, et c'est le numéro que la plupart des catalogues retiennent comme première apparition complète. Il introduit en même temps le groupe qui donne son titre à la série. Deux mois seulement le séparent du caméo, ce qui explique pourquoi les deux circulent côte à côte sous la même étiquette commerciale.
New Gods #1
Celui-ci n'est ni le caméo ni l'apparition complète, et pourtant c'est souvent le plus cher des trois. Son importance vient d'ailleurs : New Gods #1 fonde le titre central de la mythologie et contient les débuts d'Orion, de Highfather et de Metron. C'est le numéro que l'on achète pour le Quatrième Monde, pas pour Darkseid. Les deux motivations se confondent en rayon, parce que le personnage est devenu l'emblème de l'ensemble.
Superman's Pal Jimmy Olsen #133
Il arrive qu'on vous le propose dans la même conversation, et il mérite une place à part. C'est le numéro par lequel Kirby prend la série en main, deux mois avant le caméo. Darkseid n'y est pas. Ce qui s'y trouve, c'est le changement de régime : le projet Cadmus, le retour du Newsboy Legion et du Guardian, et une rupture de style assumée. Kirby restera sur le titre jusqu'au numéro 148, daté d'avril 1972.
Pourquoi cette hiérarchie dérape plus que sur d'autres personnages
La distinction entre apparition partielle et apparition complète est un outil de catalogage ordinaire, et nous l'avons détaillée ailleurs à propos d'un cas célèbre de 1992 dans notre article sur l'écart entre caméo et apparition complète. Sur Darkseid, quatre facteurs se cumulent et transforment un outil utile en terrain glissant.
Premier facteur : les trois numéros sont presque simultanés. Décembre 1970, février 1971, février-mars 1971. Quand deux candidats sont séparés de deux ans, l'antériorité se voit à l'œil nu. Ici, les dates de couverture se chevauchent au point que l'ordre de parution réel n'est pas évident.
Deuxième facteur : les trois numéros sont des titres différents. Ce n'est pas une série qui introduit progressivement son antagoniste, c'est un auteur qui construit un univers en parallèle sur plusieurs supports. L'acheteur qui applique la règle « le numéro le plus ancien de la série est le bon » se trompe mécaniquement, puisqu'il n'y a pas une série.
Troisième facteur : le numéro le plus désiré n'est pas celui du personnage. Ailleurs, le numéro recherché et le numéro d'apparition coïncident. Ici, New Gods #1 attire l'attention pour sa valeur fondatrice et pour trois autres personnages, ce qui déplace le centre de gravité du marché hors de la vraie première apparition.
Quatrième facteur : le personnage a une seconde carrière éditoriale. Il a été réintroduit dans la continuité de 2011, où il est évoqué dès Justice League (vol. 2) #1, daté de novembre 2011, avant d'apparaître au numéro 3 et d'affronter l'équipe au numéro 6. Ces numéros modernes circulent parfois comme des « premières apparitions », avec un qualificatif en petits caractères : le qualificatif est exact, l'impression générale est trompeuse.
La conséquence pratique est simple : sur ce personnage, l'étiquette d'une annonce ne suffit jamais. Il faut lire le titre, le numéro et la date de couverture, et les rapprocher de la hiérarchie ci-dessus avant de comparer deux offres. C'est le genre de vérification qu'un suivi numéro par numéro rend automatique, puisqu'il vous oblige à enregistrer le numéro et pas l'intitulé.
Le Quatrième Monde, cartographié
Pour comprendre les numéros clés de Darkseid, il faut la carte du dispositif dans lequel il est né. Kirby a construit quatre fronts simultanés, et savoir lequel s'est arrêté où compte : ces arrêts expliquent pourquoi certaines collections paraissent trouées alors qu'elles sont complètes.
- Superman's Pal Jimmy Olsen, repris au numéro 133 daté d'octobre 1970, quitté au numéro 148 daté d'avril 1972. C'est le point d'entrée, pas le cœur.
- The Forever People, lancé avec le numéro 1 daté de février 1971, arrêté au numéro 11. Le titre qui porte l'apparition complète de Darkseid.
- New Gods, lancé avec le numéro 1 daté de février-mars 1971, arrêté au numéro 11 daté d'octobre-novembre 1972. Le titre central.
- Mister Miracle, lancé avec le numéro 1 daté d'avril 1971, qui introduit Scott Free. C'est le titre qui a tenu le plus longtemps, avec 18 numéros, là où les deux autres se sont arrêtés à onze.
Deux numéros de cet ensemble méritent d'être signalés à part, pour des raisons de contenu et non de rareté.
New Gods #7, « The Pact »
C'est le numéro qui expose la généalogie des Nouveaux Dieux et le pacte dont le titre tire son nom. Il a été lu comme un mythe de création en bande dessinée, et comme un propos sur le coût moral de la guerre, dans un contexte où la guerre du Vietnam était à l'arrière-plan immédiat de toute fiction américaine. Pour un collectionneur, c'est le numéro d'origine du personnage, catégorie qui a sa propre demande, distincte de celle des premières apparitions.
Mister Miracle #4
Il n'est pas un numéro de Darkseid, et il figure pourtant dans toute collection sérieuse du Quatrième Monde : c'est la première apparition de Big Barda. Sur un ensemble aussi dispersé, les premières apparitions secondaires font la différence entre une collection de pièces isolées et une collection cohérente.
Le titre New Gods est ensuite revenu à intervalles réguliers : une deuxième série en juillet 1977, arrêtée au numéro 19 daté de juillet-août 1978 ; une troisième de février 1989 à août 1991, sur 28 numéros ; une quatrième d'octobre 1995 à février 1997 ; une cinquième depuis décembre 2024. Conséquence très concrète en rayon : il existe plusieurs numéros 1 de New Gods, et un acheteur distrait peut rapporter celui de 1989 en croyant tenir celui de 1971.
Les affrontements majeurs, et ce qu'ils valent pour une collection
Darkseid est l'un des rares antagonistes dont la bibliographie se lit comme une série de confrontations plutôt que comme un run. Quatre jalons structurent cette histoire, répartis sur plus de trente ans.
The Great Darkness Saga, de août à décembre 1982
Publiée dans Legion of Super-Heroes (vol. 2) #290 à #294, écrite par Paul Levitz et dessinée par Keith Giffen, encrée par Larry Mahlstedt. L'antagoniste y reste dans l'ombre pendant la majeure partie du récit, désigné comme un « maître » dont l'identité est la révélation même de l'histoire, et il se dévoile en refaçonnant une planète entière à son image. C'est le récit qui a installé Darkseid comme menace à l'échelle de l'univers DC, hors du cadre de Kirby.
Cosmic Odyssey, de décembre 1988 à mars 1989
Quatre numéros au format prestige de 48 pages, écrits par Jim Starlin et dessinés par Mike Mignola. L'intrigue tourne autour de l'Équation Anti-Vie, et la configuration est inhabituelle : New Genesis et Apokolips s'allient, Darkseid coopérant avec les héros terrestres contre une menace supérieure. C'est aussi un jalon Mignola avant Hellboy.
Final Crisis, de mai 2008 à janvier 2009
Sept numéros surdimensionnés de Grant Morrison, dessinés principalement par J. G. Jones, avec l'appoint de Carlos Pacheco, Marco Rudy et Doug Mahnke en raison des retards. C'est le récit où l'Équation Anti-Vie se diffuse par les réseaux de communication et asservit la quasi-totalité de la population terrestre. Darkseid y est traité non comme un conquérant mais comme une idée qui se propage, ce qui en fait le point de bascule de la lecture moderne du personnage. Le contexte éditorial de cette période est détaillé dans notre panorama des grands crossovers DC.
The Darkseid War, en 2015 et 2016
Publié dans Justice League (vol. 2) #40 à #50, par Geoff Johns et Jason Fabok. Darkseid y affronte l'Anti-Monitor, c'est-à-dire l'antagoniste de Crisis on Infinite Earths, et l'issue redistribue durablement les positions à Apokolips. C'est le dernier grand arc du personnage avant la période actuelle, et le plus accessible des quatre pour un lecteur qui démarre, parce qu'il est récent et complet en un seul titre.
Un cinquième titre mérite d'être cité, bien qu'il ne soit pas un affrontement : la série Mister Miracle de 2017, douze numéros de Tom King et Mitch Gerads, Eisner Award 2019 de la meilleure série limitée. Elle reprend le matériau de Kirby par un biais intime, et elle a redonné de la visibilité à tout le Quatrième Monde auprès d'un lectorat qui n'avait jamais ouvert un numéro de 1971. Sur un corpus ancien, c'est généralement une œuvre moderne de ce type qui réactive la demande sur les sources.
Ce que le 28 octobre 2026 change, et ce qu'il ne change pas
Le numéro annoncé pour le 28 octobre 2026, DC All In Saga: Darkseid vs. The World #1, compte 48 pages. Il est écrit par Scott Snyder et Joshua Williamson et dessiné par Sanford Greene. Trois éléments de contexte méritent d'être posés avant d'en tirer la moindre conséquence.
La date est chargée. Le 28 octobre 2026 est aussi le jour de Justice League: Dark Realm Special #1, d'Absolute Wonder Woman #25 et d'Absolute Batman #25. Un mercredi qui concentre quatre sorties notables du même éditeur n'est pas neutre pour un acheteur en magasin : les budgets se répartissent, et les commandes des magasins arbitrent. Notre calendrier DC 2026 replace ce mercredi dans la séquence complète.
Le poids relatif de l'éditeur est réel mais mal cité. Sur le relevé de caisses de la semaine du 22 au 28 septembre 2026, portant sur plus de 600 magasins spécialisés équipés, DC représente 41,29 pour cent des ventes enregistrées et Marvel 28,62 pour cent, avec six titres DC dans les dix premières places. Il s'agit d'un relevé hebdomadaire d'un échantillon de points de vente, pas d'une part de marché mensuelle ou annuelle, laquelle n'existe pas publiquement pour 2026 : écrire que DC détient 41 pour cent du marché serait faux.
Un numéro événementiel moderne n'est pas un numéro clé. C'est la confusion la plus coûteuse du moment. Un numéro de 48 pages tiré pour une sortie massive, avec des équipes vedettes, est un bon achat de lecture. Il ne devient clé que s'il introduit quelque chose qui durera, et cela ne se sait pas le jour de la sortie. Le mécanisme est détaillé dans notre explication du tirage et de ce qu'il dit de la rareté future.
Ce qui est prévisible, en revanche, c'est l'effet d'attention. Quand un éditeur consacre un numéro événementiel à un personnage ancien, les annonces portant sur ses numéros de 1970 et 1971 se multiplient, et la qualité des intitulés se dégrade à mesure que des vendeurs occasionnels entrent sur le créneau. C'est là que la hiérarchie du début de cet article sert vraiment, et qu'une estimation de ce que vous possédez déjà vaut mieux qu'une décision prise dans l'urgence.
Comment constituer une collection Darkseid cohérente
Trois trajectoires existent, et elles ne se mélangent pas bien. Choisir d'abord évite de dépenser deux fois.
La trajectoire des premières apparitions. Elle vise le caméo de décembre 1970 et l'apparition complète de février 1971, accessoirement New Gods #1. C'est la plus exigeante et la plus sensible à l'état : ces numéros ont le papier de leur époque, et l'écart entre un exemplaire lu et un exemplaire préservé domine tout le reste. La question de la gradation se pose donc dès l'achat, comme l'explique notre guide sur la notation CGC.
La trajectoire du corpus. Elle réunit le Quatrième Monde comme un ensemble lisible : les quatre fronts, leurs numéros fondateurs, New Gods #7, Mister Miracle #4. Moins chère par pièce, plus longue à boucler, c'est la plus intéressante à lire, et celle où un suivi est le plus nécessaire : une trentaine de numéros sur quatre titres et deux années.
La trajectoire des grands récits. Elle vise les quatre affrontements majeurs, en éditions d'origine ou en recueils. C'est la plus accessible et celle qui donne la meilleure vue d'ensemble, et elle se combine bien avec un parcours plus large, comme celui de notre guide de lecture Justice League.
Dans les trois cas, la règle de vérification tient en une phrase : enregistrez le titre, le numéro et la date de couverture, jamais l'intitulé du vendeur. Les intitulés changent d'une annonce à l'autre, les numéros non. Une collection suivie numéro par numéro vous dit immédiatement si l'exemplaire proposé est celui qui vous manque ou un voisin du même hiver. Sur un personnage aussi mal étiqueté, c'est tout ce qu'on demande à un outil.