The Amazing Spider-Man #14 (couverture juillet 1964, en kiosque le 9 avril 1964, 12 ¢) — « The Green Goblin! », texte de Stan Lee, planches de Steve Ditko, Marvel Comics. Fait remarquable : le dessinateur qui crée ce personnage masqué quitte la série avant que son identité ne soit révélée. Le secret ne sera levé que deux ans plus tard, par une autre main. Attention aussi à l'édition britannique à 9d.
Rares sont les personnages dont l'énigme fondatrice a survécu au départ de son inventeur. Celui-ci fait partie de ces cas, et cette particularité éditoriale a laissé une trace durable dans la structure de son marché.
Elle explique notamment pourquoi ce dossier compte plusieurs numéros clés au lieu d'un seul.
Une énigme laissée en héritage
Commençons par ce qui rend ce dossier singulier.
Le personnage arrive masqué en avril 1964, sous le crayon de Steve Ditko. Son identité constitue le ressort principal de ses apparitions : à chaque retour, le lecteur cherche à deviner qui se cache derrière le masque, et le récit entretient soigneusement le doute.
Ce jeu dure deux ans. Le personnage revient à plusieurs reprises — notamment dans un numéro mis en vente le 12 janvier 1965, puis dans un autre le 8 avril 1965 — sans que rien ne soit résolu.
Or le dessinateur qui a monté cette énigme quitte la série avant de la dénouer. La révélation intervient le 10 mai 1966, dans un fascicule dessiné par John Romita, arrivé entre-temps sur le titre.
Pour le collectionneur, cette situation produit un effet mesurable. Le numéro de la révélation possède sa propre valeur, distincte de celle de la première apparition, parce qu'il contient quelque chose que le premier ne contient pas : la réponse. Deux marchés coexistent donc, et il faut savoir lequel on vise.
Lee et Ditko
Le texte revient à Stan Lee, les planches à Steve Ditko : l'équipe qui avait lancé la série deux ans plus tôt est encore en place à ce moment.
Le trait de Ditko appelle un commentaire, car il ne ressemble à rien d'autre dans la production de son éditeur. Anguleux, nerveux, économe en muscles et en poses héroïques, il privilégie les silhouettes bizarres et les mains expressives. Ses personnages ne paraissent jamais tout à fait à leur aise.
Cette étrangeté sert particulièrement bien un antagoniste conçu comme une figure grimaçante montée sur un engin volant. Le personnage tel qu'il apparaît ici n'a rien de majestueux : il est difforme, ricanant, et sa laideur fait partie de son efficacité.
Une conséquence pratique pour l'acheteur : les amateurs de ce dessinateur constituent un public à part entière, qui recherche ses fascicules pour la signature autant que pour le contenu. Cette demande supplémentaire porte sur les numéros antérieurs au départ de l'artiste, et elle est indifférente aux modes.
Retenons-le, car cela touche directement au prix : le numéro du démasquage n'est pas un simple épilogue. Il inaugure aussi une nouvelle direction graphique pour la série entière, ce qui lui confère un statut que les catalogues recensent séparément.
Le contexte de 1964
Le fascicule paraît à 12 cents, tarif qui borne précisément la période et permet d'écarter les republications.
La série était alors récente. Son personnage principal n'avait pas encore le statut qu'on lui connaît, et le titre cherchait encore ses adversaires récurrents. Beaucoup de ceux qui apparaissent à cette époque n'ont laissé aucune trace ; celui-ci s'est imposé au point de devenir la figure d'opposition centrale.
Ce contexte a une traduction matérielle importante. Les tirages du début de la série restaient modestes comparés à ce qu'ils deviendront, et surtout, personne ne conservait ces fascicules. Il s'agissait d'un titre parmi d'autres, sans le prestige qu'il a acquis depuis.
Les exemplaires en bel état sont donc nettement moins nombreux que ne le suggère la popularité actuelle de la série — un décalage classique sur les premiers numéros des titres devenus majeurs.
Ajoutons un élément qui joue en faveur de ce fascicule sur le long terme : la série dont il fait partie est aujourd'hui l'une des plus collectionnées au monde. Ses premiers numéros bénéficient donc d'une attention permanente, qui ne dépend d'aucune actualité particulière et qui s'est renforcée à mesure que le personnage principal gagnait en notoriété.
L'édition britannique
Point d'identification à ne pas négliger : ce fascicule existe en deux tirages officiels.
Le tirage américain annonce 12 cents ; celui du Royaume-Uni affiche 9d, neuf pence dans l'ancien système monétaire britannique.
Aucune autre différence : l'image, le récit et la date coïncident. Le montant imprimé constitue le seul indice.
Les États-Unis servant de marché directeur sur ces titres, les exemplaires en pence s'y échangent traditionnellement plus bas. L'écart, bien connu des spécialistes, disparaît souvent des annonces généralistes.
Rendons-leur justice : ces tirages n'ont rien de frauduleux ni de dégradé. Ils livrent un contenu rigoureusement identique pour une dépense souvent bien inférieure, et une clientèle britannique les recherche activement. Ce qu'on peut leur reprocher, c'est de ne jamais être signalés.
Ce que contient réellement le numéro
Une mise au point utile pour éviter les déceptions.
On n'y trouve aucune explication sur les origines du personnage. Il ne dit ni qui il est, ni d'où viennent son équipement et sa formule. L'antagoniste y arrive constitué, sans explication, et repart de même.
C'est un choix délibéré, cohérent avec l'énigme évoquée plus haut : expliquer aurait ruiné le suspense. Les origines viendront dans le fascicule suivant celui de la révélation, mis en vente le 9 juin 1966.
Il faut également savoir que l'intrigue se déroule pour partie dans un décor de studio de cinéma, sur un registre plus léger que ce que le personnage inspirera par la suite. La noirceur associée à cette figure est venue progressivement, au fil des décennies.
Un acheteur venu des adaptations récentes trouvera donc ici quelque chose d'assez éloigné de ses attentes — davantage un adversaire de récit d'aventures qu'une figure tragique.
Pourquoi ce personnage s'est imposé
Une question mérite d'être posée : pourquoi celui-ci, plutôt que les dizaines d'autres adversaires apparus à la même période ?
Trois éléments de conception l'expliquent, et ils étaient présents dès ce fascicule.
Une silhouette immédiatement lisible. Un homme vert et violet, ricanant, debout sur un engin volant : l'image se retient en une seconde et se distingue de tout ce qui l'entoure. Beaucoup d'antagonistes de l'époque se ressemblaient ; celui-ci non.
Une menace qui vise la vie civile. Il ne cherche pas à conquérir une ville ou à voler un objet. Il veut savoir qui est le héros — ce qui menace directement l'équilibre du personnage principal, et non son intégrité physique.
Une absence d'explication. Le mystère entretenu pendant deux ans a créé un attachement que les origines livrées d'emblée n'auraient jamais produit. Les lecteurs ont spéculé, comparé, échangé leurs hypothèses.
Cette combinaison est rare. Elle explique que ce personnage soit devenu la figure d'opposition centrale d'une série qui n'en manquait pourtant pas, et qu'il le soit resté six décennies durant.
Un dernier point sur la couverture, souvent négligé : elle ne met pas le nouvel antagoniste en avant comme le feraient les couvertures d'aujourd'hui. La composition reste centrée sur le héros de la série, conformément aux usages du moment. Cela rend le fascicule moins immédiatement identifiable dans un bac qu'on ne l'imagine — un détail qui joue en votre faveur si vous chinez en brocante.
Ce qu'il faut examiner
Quatre contrôles sur un fascicule de 1964.
La vignette de prix. Douze cents ou neuf pence : c'est ce qui détermine votre marché de référence.
La tranche du bloc, photographiée de profil. Elle trahit l'acidification véritable, qu'une couverture avenante peut dissimuler complètement.
Les agrafes. Après six décennies, la rouille est courante et l'oxydation gagne le papier alentour.
L'intégrité. Les encarts publicitaires proposaient des coupons à détacher. Une page amputée, indétectable sur une image de couverture, fait chuter l'exemplaire pour de bon.
Un dernier repère de recherche, propre à ce dossier. La série concernée compte parmi les plus collectionnées au monde, et ses premiers numéros font l'objet d'une attention permanente. Les occasions ne restent jamais longtemps en ligne, et les prix demandés varient énormément d'un vendeur à l'autre pour des états comparables. Confrontez plusieurs propositions avant de trancher : ici plus qu'ailleurs, se hâter revient à surpayer.
Par où entrer
Trois options, selon ce que vous cherchez vraiment.
La première apparition. Le fascicule d'avril 1964, dans l'édition qui convient à votre budget. L'objet le plus convoité du lot, et le seul qui réponde vraiment à une exigence de chronologie.
La révélation. Le fascicule de mai 1966, qui contient la réponse à l'énigme et le changement de dessinateur. Moins cher, souvent plus intéressant à lire, et porteur d'un contenu que le premier n'a pas.
La séquence complète. De la première apparition jusqu'aux origines de juin 1966. Une quinzaine de fascicules, dont plusieurs sans le personnage, mais un ensemble qui raconte une construction narrative peu commune.
Côté prix, voyez notre décryptage de la valeur ; côté lecture, notre sélection d'arcs.
Ce que demandent les acheteurs
Dans le quatorzième numéro d'Amazing Spider-Man, portant la date de juillet 1964 et mis en rayon dès le 9 avril, pour douze cents. Le récit porte le titre « The Green Goblin! » : Stan Lee en signe le texte, Steve Ditko les planches, chez Marvel Comics.
Parce que le mystère constitue le ressort même du personnage. Il revient masqué à plusieurs reprises pendant deux ans, notamment dans des fascicules parus le 12 janvier et le 8 avril 1965, sans que rien ne soit résolu. La révélation n'intervient que le 10 mai 1966 — et le dessinateur qui avait monté cette énigme avait alors déjà quitté la série.
Deux ans. Le personnage revient masqué à plusieurs reprises entre avril 1964 et le printemps 1966, avec des retours datés du 12 janvier puis du 8 avril 1965, sans la moindre résolution. Les lecteurs de l'époque ont spéculé et échangé leurs hypothèses pendant toute cette période — c'est cet attachement que des origines livrées d'emblée n'auraient jamais produit.
Cela dépend de ce que vous voulez posséder. Le fascicule d'avril 1964 est le plus recherché et le seul qui réponde à une exigence d'antériorité. Celui de mai 1966 contient la réponse à l'énigme et l'arrivée d'un nouveau dessinateur ; il coûte moins cher et se révèle souvent plus intéressant à lire.
Rien du tout, et beaucoup s'en étonnent. L'antagoniste y surgit déjà constitué, sans explication sur son identité, son équipement ni sa formule. Les origines n'apparaissent que dans le fascicule qui suit celui de la révélation, mis en vente le 9 juin 1966. Le ton est par ailleurs plus léger qu'on ne l'imagine : la noirceur associée à cette figure est venue progressivement.
Plus que jamais. La série dont il fait partie compte parmi les plus collectionnées au monde, et ses premiers numéros bénéficient d'une attention permanente qui ne dépend d'aucune actualité. Cette demande s'est même renforcée à mesure que le personnage principal gagnait en notoriété. Conséquence pratique : les occasions ne restent jamais longtemps en ligne.
Au montant imprimé : douze cents côté américain, neuf pence côté britannique. Image, récit et date coïncident parfaitement. Le marché américain, qui fait référence, place historiquement les exemplaires en pence en dessous, mais ce sont des tirages officiels qui donnent accès au même contenu pour une somme souvent bien moindre.
Trois éléments présents dès ce fascicule. Une silhouette immédiatement lisible, qui se retient en une seconde là où beaucoup d'adversaires de l'époque se ressemblaient. Une menace visant la vie civile du héros plutôt que son intégrité physique. Et une absence totale d'explication, qui a nourri deux ans de spéculations entre lecteurs. Cette combinaison est rare.
Du statut de la série à l'époque : récente, sans prestige particulier. Ses tirages restaient modestes comparés à ce qu'ils deviendraient, et surtout personne ne conservait ces fascicules — c'était un titre parmi d'autres. Les exemplaires en bel état sont donc bien moins nombreux que ne le laisse supposer la popularité actuelle de la série.
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