Le relevé de caisses portant sur la semaine du 22 au 28 septembre 2026 place DC à 41,29 % devant Marvel à 28,62 % et Image à 19,07 %, avec six titres DC dans le top 10. Ce chiffre mesure une chose très précise : ce qui est passé en caisse, pendant sept jours, dans plus de 600 magasins spécialisés équipés d'un logiciel de caisse qui alimente le relevé. Il ne mesure ni un mois, ni une année, ni la librairie généraliste, ni le numérique, ni l'occasion, ni l'Europe. À la question « quelle est la part de marché annuelle de DC en 2026 », il n'existe aucune réponse publique : les relevés de distribution ont cessé d'être publiés en 2022 et rien ne les a remplacés. Lu pour ce qu'il est, ce relevé reste pourtant un des rares signaux utiles du moment.
Chaque semaine, le même pourcentage circule et chaque semaine il est mal recopié. Un relevé de caisses sort, il donne un éditeur à quarante et un pour cent, et la phrase qui en ressort devient « DC détient 41 % du marché ». Entre les deux, cinq restrictions ont disparu en route, et chacune d'elles suffirait à changer la conclusion.
Ce n'est pas un détail de spécialiste. Un collectionneur qui croit lire une part de marché annuelle en déduit des choses fausses sur la santé d'un éditeur, sur la rareté future d'un numéro, parfois sur le moment d'acheter. Alors qu'un collectionneur qui sait exactement ce que le relevé compte y trouve des informations réelles, modestes mais exploitables, que presque personne ne va chercher.
Cet article ne commente donc pas le classement de la semaine. Il démonte l'instrument : ce qu'il mesure, comment il est fabriqué, les quatre endroits où la lecture dérape, et ce qu'on peut légitimement en tirer. Pour la question plus large de la rupture des données de distribution depuis 2022 et de ce qu'un marché du neuf en croissance change pour l'occasion, le dossier sur la hausse du marché direct traite le sujet de bout en bout : il est le complément naturel de cette page, qui s'en tient à l'outil hebdomadaire.
Ce que le relevé du 22 au 28 septembre 2026 dit, mot pour mot
Commençons par l'énoncé complet, sans raccourci. Sur la semaine allant du 22 au 28 septembre 2026, dans plus de 600 magasins spécialisés dont les caisses alimentent le relevé, la répartition par éditeur s'établit ainsi : DC à 41,29 %, Marvel à 28,62 %, Image à 19,07 %, IDW à 2,99 %, Titan à 1,98 %, Boom à 1,81 %, Mad Cave à 1,19 %, Dark Horse à 1,09 %, Ignition à 1,02 % et Oni à 0,95 %.
Le haut du classement par titre, pour la même semaine, aligne Absolute Batman #24, Absolute Wonder Woman #24, Muppets Take the Marvel Universe #1, Infernal Hulk Vs Wolverine #1 et Absolute Flash #19. Six titres DC figurent dans les dix premières places.
Voilà l'énoncé. Notez ce qu'il contient déjà : une période de sept jours, un parc de magasins, une catégorie de commerce. Et notez ce qu'il ne contient pas : aucun nombre d'exemplaires, aucun montant, aucune comparaison avec la semaine précédente, aucune indication de ce que pèse cette semaine dans le mois. Tout ce que l'on croit souvent y lire est ajouté par le lecteur.
Les cinq restrictions contenues dans l'intitulé
Chaque mot de l'intitulé est une porte fermée. En voici les cinq, dans l'ordre où elles coûtent le plus cher quand on les oublie.
Une semaine. Pas un mois, pas un trimestre, pas une année. Sept jours de calendrier, choisis par l'arbitraire des dates de parution plutôt que par une logique comptable. C'est la restriction la plus lourde et la plus souvent effacée.
Des magasins équipés. Le relevé agrège les caisses des boutiques qui utilisent l'un des deux logiciels de gestion alimentant la mesure. Ce sont plus de 600 points de vente, ce qui est beaucoup pour ce secteur, mais ce n'est pas l'ensemble du réseau spécialisé mondial, et ces magasins ne s'y sont pas retrouvés par tirage au sort.
Des magasins spécialisés. La librairie généraliste, les rayons culture des grandes surfaces, les enseignes de jouets qui vendent parfois des fascicules, les plateformes de vente en ligne de neuf : rien de cela n'est dans le périmètre. Or le canal de la librairie généraliste pèse lourd dans les ventes de comics en volume d'affaires, principalement sous forme de recueils.
Des fascicules neufs. Le relevé regarde la nouveauté qui sort cette semaine et les titres encore en rayon. Il ne regarde pas les bacs d'occasion du même magasin, ni les ventes entre particuliers, ni les ventes publiques, ni rien de ce qui constitue le marché sur lequel un collectionneur de numéros anciens passe l'essentiel de son temps.
Un prix affiché par l'éditeur. Dès lors qu'une part est calculée en valeur, elle l'est sur un tarif décidé en amont, identique dans tous les magasins. Ce tarif n'a aucun rapport avec ce qu'un exemplaire vaudra d'occasion, et il varie d'un éditeur à l'autre : un numéro de 40 pages à 5,99 $, comme ceux de la ligne Midnight Universe lancée par Marvel en octobre 2026, ne pèse pas le même poids dans une part en valeur qu'un fascicule au tarif courant, alors qu'il compte pour une unité dans une part en volume.
Une semaine n'est pas une année : le calendrier fabrique le classement
Voici le mécanisme que presque toutes les reprises de ces chiffres ignorent. Dans un relevé hebdomadaire de nouveautés, ce qui détermine le classement n'est pas d'abord la popularité des titres, c'est la date à laquelle l'éditeur a décidé de les faire sortir.
La semaine du 22 au 28 septembre 2026 l'illustre parfaitement. Trois des cinq premières places sont occupées par des numéros de la même ligne éditoriale, et six titres du même éditeur occupent le top 10. Cela ne signifie pas qu'un éditeur a produit six titres plus désirables que tous les autres. Cela signifie d'abord qu'il en a fait paraître six cette semaine-là. Une ligne qui sort groupée écrase mécaniquement un concurrent qui étale ses parutions.
Le même raisonnement joue dans l'autre sens, et c'est là qu'il devient utile. Absolute Batman, que son scénariste décrit comme tirant près de 500 000 exemplaires par mois, s'arrête après le #25 du 28 octobre 2026. La série ne paraît pas en décembre 2026, laisse place à Beyond Ark M en novembre et à un numéro spécial en janvier 2027, puis reprend au #27 en février 2027. Les semaines sans ce titre, le relevé perdra une locomotive, et la part de son éditeur baissera. Conclure de cette baisse qu'un éditeur « perd du terrain » serait exactement l'erreur que ces chiffres invitent à commettre.
D'où une règle simple : un relevé hebdomadaire se lit toujours avec le calendrier de parution de la semaine à côté. Sans lui, on attribue à la demande ce qui relève de la planification. Et comme chaque semaine a son propre calendrier, comparer deux semaines consécutives sans tenir compte de ce qui est sorti dans chacune ne produit aucune information.
Exemplaires ou chiffre d'affaires : deux classements pour une même semaine
Deuxième point de vigilance, moins intuitif. Un pourcentage de répartition par éditeur peut être calculé de deux manières, et les deux donnent des résultats différents sur les mêmes ventes.
En volume, on compte les exemplaires. Chaque fascicule vaut un, qu'il soit vendu à deux dollars ou à huit. En valeur, on additionne les montants encaissés. Un éditeur qui publie peu de titres mais chers peut alors devancer un éditeur qui en publie beaucoup à prix modéré, sans avoir vendu plus d'exemplaires.
La conséquence pratique est importante : avant d'interpréter un écart de deux ou trois points entre deux éditeurs, il faut savoir laquelle des deux grandeurs on regarde. Et on ne peut pas convertir l'une en l'autre à partir du pourcentage seul, parce que cela demanderait de connaître la répartition des prix et des quantités à l'intérieur de chaque part, ce que le relevé ne publie pas. Un chiffre comme 41,29 % est donc toujours à rattacher à sa définition, qui doit être lue dans la source elle-même et non devinée.
Même remarque pour les paliers du bas de tableau. Entre Ignition à 1,02 % et Oni à 0,95 %, l'écart représente quelques centaines d'exemplaires sur un échantillon de 600 magasins pendant sept jours. Le hasard d'une date de parution ou d'un magasin absent du relevé cette semaine-là suffit à inverser les deux lignes. Les petits écarts, en bas d'un tableau hebdomadaire, ne sont pas des informations.
Un échantillon de magasins équipés, et non un recensement
Troisième point. Plus de 600 magasins, c'est un parc respectable, et il faut le dire avant d'en critiquer les limites : c'est aujourd'hui l'une des très rares sources publiques régulières sur ce commerce. Mais un échantillon n'est pas un recensement, et celui-ci n'est pas constitué au hasard.
Pour figurer dans le relevé, un magasin doit utiliser l'un des logiciels de gestion qui l'alimentent. Cela introduit une sélection discrète : les boutiques informatisées et abonnées à un outil de gestion moderne ne sont pas la copie exacte de l'ensemble du réseau. Elles sont en moyenne plus structurées, souvent plus grandes, et leur clientèle n'a pas forcément les mêmes habitudes que celle d'une échoppe tenue sur un cahier.
Aucune de ces remarques ne disqualifie la mesure. Elles disent seulement comment l'utiliser : comme un indicateur de tendance sur un sous-ensemble identifié, pas comme un recensement du marché. La différence devient visible dès qu'on tente d'extrapoler. Multiplier une part observée sur 600 magasins pour en déduire un total mondial suppose que ces 600 magasins ressemblent à tous les autres, ce que rien ne garantit.
Trois lectures fausses de la même ligne
Le plus efficace, pour fixer tout cela, est de prendre une seule ligne du relevé et de voir ce qu'on peut et ne peut pas en dire.
« DC détient 41 % du marché »
La phrase correcte est : sur la semaine relevée, dans les magasins spécialisés équipés, cet éditeur représente 41,29 % du relevé. Enlever « sur la semaine relevée » transforme une observation de sept jours en affirmation structurelle. Enlever « dans les magasins spécialisés équipés » annexe au passage la librairie généraliste, le numérique et toute la distribution hors spécialistes, qui ne sont pas mesurés ici.
« Marvel recule face à DC »
Un relevé isolé ne contient aucune évolution. Pour parler de recul, il faudrait une série de semaines comparables, et surtout neutraliser l'effet du calendrier de parution, puisque la semaine observée voit sortir plusieurs titres groupés d'un même éditeur. Sans cette correction, on mesure un planning, pas une dynamique.
« Ces titres vont prendre de la valeur »
Le relevé enregistre des ventes de nouveautés au tarif éditeur. La cote d'un exemplaire se forme ailleurs, sur un stock d'exemplaires déjà imprimés, à des prix négociés. Un titre très vendu la semaine de sa sortie circule ensuite en grande quantité, ce qui joue plutôt contre sa rareté à venir. Le mécanisme complet est détaillé dans le guide du tirage et du print run et dans la méthode pour estimer la rareté réelle d'un numéro.
Pourquoi « la part de marché annuelle de DC en 2026 » n'a pas de réponse publique
Beaucoup de lecteurs cherchent en réalité autre chose que le relevé hebdomadaire. Ils veulent le chiffre de l'année. Il faut dire clairement qu'il n'existe pas, et pourquoi.
Jusqu'au début des années 2020, une totalisation mensuelle et annuelle des expéditions vers les magasins spécialisés nord-américains était publiée par le distributeur historique. Elle s'est interrompue : ce distributeur a cessé ses publications mensuelles en 2022, et aucun de ses successeurs n'a repris l'exercice. Les dernières années documentées par la distribution s'arrêtent donc avant cette rupture, et rien n'a pris le relais sous une forme comparable.
Il faut en mesurer la portée. Cela veut dire qu'il n'y a pas de part de marché mensuelle 2026, pas de part annuelle 2026, pas de classement officiel des éditeurs sur l'exercice, et pas davantage de quantité imprimée connue titre par titre. Les estimations de tirage numéro par numéro dépendaient précisément des relevés disparus. Quand une source avance un pourcentage annuel pour 2026, elle le reconstitue par un calcul dont il faut exiger la méthode.
Le relevé hebdomadaire de caisses n'est pas le remplaçant de cette donnée perdue. Il mesure autre chose, à un autre endroit de la chaîne, sur une autre période, auprès d'un autre échantillon. C'est un instrument différent, pas une version abrégée de l'ancien. Les bilans de marché de l'année 2025 montrent bien ce qui subsiste et sous quelle forme : des estimations de chiffre d'affaires par canal, pas des parts par éditeur.
Quand le relevé sous-estime un succès : le cas des ruptures
Un dernier phénomène fausse la lecture, et il est contre-intuitif : un relevé hebdomadaire sous-estime les très gros succès, parce qu'un magasin ne peut vendre que ce qu'il a reçu.
L'année 2026 en offre plusieurs exemples. Amazing Spider-Man #1000, paru le 30 septembre 2026 sur 104 pages avec une histoire principale de Joe Kelly et Pepe Larraz, a dépassé 400 000 précommandes, s'est trouvé en rupture le jour même de sa sortie, et un second tirage était déjà programmé. Les commandes non servies ont été annoncées pour le 4 novembre 2026, et neuf couvertures ont été remises sous presse. Autrement dit, les ventes de ce numéro vont apparaître étalées sur plusieurs semaines de relevé, dont certaines très éloignées de la date de parution.
Le même schéma se répète ailleurs. Absolute Green Arrow a été épuisé une semaine avant sa sortie. Mind MGMT: New & Improved #1 et The Exorcism at Buckingham Palace #1 ont été épuisés chez le distributeur avant même de parvenir aux magasins. Terminal #1, tiré à 300 000 exemplaires là où 100 000 étaient espérés, a reçu un second tirage le 26 août 2026.
Ce que cela signifie pour la lecture d'un relevé : la ligne d'un titre en rupture mesure le stock disponible dans les magasins de l'échantillon, pas la demande. L'écart entre les deux peut être considérable, et il se rattrape en partie des semaines plus tard, ce qui gonfle artificiellement une semaine ultérieure où aucune nouveauté majeure n'est sortie. C'est, paradoxalement, l'information la plus intéressante du relevé pour un collectionneur : une rupture répétée est un signal de tension sur l'offre, et c'est précisément ce que le pourcentage de la semaine ne montre pas.
Lire un relevé hebdomadaire en six gestes
Voici la procédure que j'applique à chaque publication. Elle prend trois minutes et évite la totalité des erreurs décrites plus haut.
Relever la période exacte
Notez les dates de début et de fin, ici le 22 et le 28 septembre 2026. Écrivez-les à côté du pourcentage et ne les séparez plus jamais. Tout raisonnement qui ne les mentionne pas est suspect.
Identifier le périmètre
Quel type de commerce, combien d'établissements, quel pays. Si la source ne le dit pas, ne l'utilisez pas. Un pourcentage sans périmètre n'est pas une donnée, c'est une impression.
Vérifier si l'on compte des exemplaires ou des montants
Cherchez la mention dans la source. Les deux lectures existent et elles ne classent pas les éditeurs dans le même ordre. En l'absence d'indication explicite, limitez-vous à constater une hiérarchie large plutôt qu'un écart précis.
Ouvrir le calendrier de la semaine
Listez ce qui est sorti pendant ces sept jours. Si une ligne éditoriale a fait paraître plusieurs titres groupés, vous tenez l'explication du haut de tableau, et vous savez que la semaine suivante sera différente sans qu'aucune tendance n'ait bougé.
Repérer les ruptures et les seconds tirages
Un titre épuisé avant ou le jour de sa sortie apparaît sous sa taille réelle, et réapparaîtra plus tard. C'est le signal à conserver, bien plus que le pourcentage lui-même.
Ne rien conclure sur vos propres exemplaires
Le relevé ne contient aucune information sur la valeur d'occasion. Si votre question porte sur ce que vaut ce que vous possédez, c'est un inventaire qu'il faut ouvrir, pas un classement de ventes neuves. L'estimation à partir de votre liste répond à cette question-là, le relevé jamais.
Ce que le collectionneur peut en tirer malgré tout
Après tant de réserves, la tentation serait de jeter l'instrument. Ce serait dommage, car il apporte trois choses qu'aucune autre source publique régulière ne donne aujourd'hui.
D'abord, une hiérarchie relative sur la durée. Un seul relevé ne vaut rien, mais une habitude de lecture sur plusieurs mois dessine quelque chose de réel : quels éditeurs occupent durablement le haut du panier des magasins spécialisés, quels nouveaux venus s'installent dans le tableau, lesquels disparaissent. La présence régulière d'éditeurs qui n'existaient pas il y a dix ans est une information structurelle, pas un accident de semaine.
Ensuite, un repérage des tensions d'offre. Les ruptures, les seconds tirages, les commandes non servies sont les faits les plus concrets de l'année 2026, et ils se lisent en marge du relevé plus que dedans. Pour un collectionneur qui achète du neuf en boutique, savoir qu'un numéro part en rupture avant sa sortie est une information actionnable immédiatement, contrairement à un pourcentage.
Enfin, une mise à l'épreuve de son propre comportement d'achat. Si un palmarès hebdomadaire vous donne envie d'acheter un titre dont vous ne suivez pas la série, le relevé vient de vous apprendre quelque chose sur vous, pas sur le marché. Les ressorts de ce réflexe sont décrits dans l'analyse des signes d'une bulle spéculative, et la question du format dans laquelle il se traduit souvent, fascicule ou recueil, est traitée dans la comparaison entre omnibus et numéros d'origine.
Pour le lecteur francophone, une dernière précaution s'impose. Ce relevé décrit un réseau de magasins nord-américains. Il ne dit rien du marché français, de ses volumes, ni de son calendrier, et les séries dont il parle arrivent ici plus tard, le plus souvent en recueil. Les aspects propres à l'achat depuis la France sont réunis dans le guide pour acheter et vendre des comics en France.