Men in Black 3 (2012) de Barry Sonnenfeld, avec Will Smith, Tommy Lee Jones et Josh Brolin, envoie J en 1969 pour sauver son partenaire. Aucun voyage temporel n'existe dans le comic de Lowell Cunningham — mais l'idée d'une histoire officielle truquée, elle, est au cœur de l'original. Voici la comparaison détaillée, film contre comics.
Troisième film sans source à adapter, mais le seul de la trilogie à retrouver, par accident, une intuition du comic d'origine. Décryptage source par source.
Comme dans chaque article de cette série, seules les informations vérifiées (créateurs, distribution, dates, éditeurs) sont affirmées ; l'analyse comparative est la nôtre, sans reproduire dialogue ni image protégée.
Titre : Men in Black 3 (2012)
Réalisateur : Barry Sonnenfeld
Acteurs : Will Smith (J), Tommy Lee Jones et Josh Brolin (K), Jemaine Clement (Boris), Emma Thompson (O), Michael Stuhlbarg (Griffin)
Sortie : 2012
Studio : Columbia Pictures
The Men in Black (1990) — Lowell Cunningham & Sandy Carruthers
Aircel Comics — quelques numéros, en noir et blanc
L'histoire truquée — l'agence réécrit le passé
Aucun voyage temporel — invention du film
- L'idée d'une histoire officielle falsifiée par l'agence.
- Les grands événements relus comme opérations secrètes.
- Le secret comme mission première des agents.
- Un ton par moments plus grave que les précédents.
- L'agence comme institution ancienne, pas récente.
- Le voyage dans le temps, absent du comic.
- Le passé de K et son lien avec J.
- Boris l'Animal et les Boglodites.
- La mission Apollo comme opération de couverture.
- Griffin et sa vision des futurs possibles.
Encore une suite sans source
Répétons le point de départ, car il structure tout : le comic de Lowell Cunningham et Sandy Carruthers, publié en 1990 chez Aircel, tenait en quelques numéros que le premier film avait entièrement absorbés — en substituant à sa noirceur une comédie de science-fiction. Ni Men in Black II ni Men in Black 3 n'ont donc de matériau à adapter. Ce sont des créations originales, écrites dix et vingt-deux ans après un comic dont l'esprit avait été écarté dès le départ.
Men in Black 3 se distingue toutefois de son prédécesseur immédiat sur un point : au lieu de rejouer la formule, il change de dispositif. L'intrigue envoie J en 1969, où il doit empêcher l'assassinat du jeune K et l'invasion qui en découlerait, dans un Manhattan de la fin des années 1960 minutieusement reconstitué. Ce choix permet à Josh Brolin de livrer une composition unanimement saluée — une imitation de Tommy Lee Jones jeune si juste qu'elle constitue, de l'avis général, la principale réussite du film. Il permet aussi, et c'est plus intéressant pour notre comparaison, de renouer par accident avec une intuition du comic.
L'histoire officielle truquée : l'intuition retrouvée
Ce que le comic de 1990 racontait vraiment, sous ses dehors de récit de série B, c'était la falsification permanente du réel. Les hommes en noir de Cunningham n'ont pas pour mission de combattre des monstres : ils ont pour mission que personne ne sache qu'il en existe. Ils réécrivent les faits, effacent les témoins — définitivement, dans l'original — et maintiennent une version officielle de l'histoire qui est un mensonge organisé. C'est un récit sur le pouvoir de raconter le passé, ce qui explique son ton froid et l'ambiguïté morale de ses agents.
Men in Black 3 est, des trois films, celui qui s'approche le plus de cette idée. En situant son intrigue autour du lancement d'Apollo 11 et en faisant de l'événement fondateur de l'imaginaire américain une opération de couverture de l'agence, le film applique littéralement le principe du comic : les grands moments de l'histoire ne sont pas ce qu'on croit. Le personnage de Griffin, extraterrestre qui perçoit simultanément tous les futurs possibles, prolonge cette réflexion sur la fragilité de la version des faits. Et surtout, le film révèle que la relation entre K et J repose elle-même sur un secret que K a gardé pendant des décennies — appliquant au duo comique la mécanique du mensonge organisé. Le ton s'en trouve nettement plus grave que dans les deux précédents, ce que la critique a majoritairement salué. Rien de tout cela ne provient du comic ; mais tout y répond, sans doute involontairement.
Un voyage temporel qui n'existe nulle part au papier
Il faut être net sur ce point : le voyage dans le temps est une invention intégrale du film. Le comic de 1990 ne comporte aucun dispositif de ce type, et la mécanique — sauter d'un toit avec un appareil pour remonter les décennies — appartient au seul cinéma. De même, Boris l'Animal et son espèce, la mission de sauvetage, le personnage de O jeune et l'ensemble des révélations sur le passé de K sont des créations du scénario.
Cette invention a un coût narratif que les spectateurs attentifs ont relevé : elle réécrit rétroactivement la relation entre les deux héros, en donnant à leur rencontre initiale une origine que les deux premiers films ne suggéraient pas. C'est la troisième fois dans ce lot d'articles qu'une suite modifie le passé de sa propre franchise — après le retour de Harry dans Le Cercle d'or et la restitution de mémoire de K dans Men in Black II. La production du film est d'ailleurs restée célèbre pour ses difficultés : le tournage a commencé sans que le scénario soit finalisé, avec une interruption de plusieurs mois pour le réécrire, ce qui explique en partie les irrégularités du résultat. Malgré cela, le film fut un franc succès commercial international, supérieur à celui de la précédente suite.
Les personnages, du papier à l'écran
- K jeune — Josh Brolin, création du film, principale réussite saluée.
- J — L'agent envoyé en 1969, moteur du récit.
- Boris l'Animal — L'antagoniste, invention du scénario.
- Griffin — L'extraterrestre qui voit tous les futurs, création du film.
- Les agents du comic — Gardiens d'une histoire officielle falsifiée.
Ce que la franchise n'a jamais osé prendre au comic
Au terme de cette trilogie, un constat s'impose : la matière la plus riche du comic d'origine n'a jamais été exploitée. Le récit de Cunningham couvrait tout le paranormal — démons, occultisme, sociétés secrètes — et non les seuls extraterrestres ; ses agents étaient des exécutants moralement ambigus ; et sa vision d'une histoire mondiale intégralement falsifiée avait un potentiel de récit d'espionnage bien supérieur à celui de la comédie familiale. Les films ont préféré la voie du divertissement, avec un succès commercial considérable qui leur donne raison sur ce terrain.
Pour le collectionneur, cette histoire éclaire la valeur particulière de The Men in Black #1 (1990, Aircel Comics). Ce n'est pas une clé recherchée pour ce que les films en ont fait, mais pour ce qu'ils n'en ont pas fait : un objet qui documente une version alternative et bien plus sombre d'une franchise que des centaines de millions de spectateurs connaissent autrement. Éditeur disparu, tirage confidentiel, format noir et blanc — les conditions de sa rareté sont réunies, et le fait que la franchise n'ait plus d'actualité maintient les prix accessibles. C'est un profil comparable à celui des autres comics indépendants de ce lot, de Flaming Carrot à Comics' Greatest World : la valeur y tient au témoignage autant qu'à la rareté.
Par où commencer la lecture
Pour découvrir la source, les numéros de The Men in Black (1990, Aircel) de Lowell Cunningham et Sandy Carruthers restent la seule lecture pertinente : brefs, froids, sans humour, et centrés sur une police du paranormal qui falsifie l'histoire. Aucun album ne raconte Men in Black 3 — mais le comic éclaire, mieux que les deux premiers films, l'idée que ce troisième volet a retrouvée.
Chronologie des comics à connaître
- 1990 — The Men in Black : Lowell Cunningham et Sandy Carruthers chez Aircel.
- 1997 — Le premier film substitue la comédie à la noirceur du comic.
- 2002 — Men in Black II, sans source à adapter.
- 2012 — Men in Black 3 retrouve, par un autre chemin, l'idée d'histoire falsifiée.
Côté collection : quels numéros viser après le film
The Men in Black #1 (1990, Aircel Comics) reste la seule clé de la franchise : première apparition du concept, tirage confidentiel d'un éditeur disparu, en noir et blanc. Sa valeur documente une version bien plus sombre que celle du cinéma — police du paranormal, agents impitoyables, histoire officielle truquée. Les numéros suivants et les rééditions se trouvent à moindre coût. L'absence d'actualité récente maintient les prix raisonnables, ce qui en fait une fenêtre d'achat favorable. Comme toujours, l'état et la gradation déterminent la valeur ; l'appui sur des ventes récentes réelles est vivement conseillé.
Sa place dans la saga et pour le collectionneur
Men in Black 3 restera comme le meilleur des deux suites, et comme le seul film de la trilogie à rejoindre — sans doute par hasard — l'intuition centrale du comic : que l'histoire officielle est un mensonge organisé. Sa composition de Josh Brolin en K jeune reste sa réussite la plus citée. Pour le collectionneur, la franchise renvoie toujours au même numéro de 1990, dont l'intérêt tient à ce qu'il révèle d'une version jamais portée à l'écran. Men in Black 3 rappelle qu'une adaptation peut retrouver l'esprit d'une source qu'elle n'adapte plus depuis longtemps — et que la meilleure matière d'un comic est parfois celle que le cinéma laisse de côté.
Le verdict : une intuition retrouvée, un dispositif inventé
- Fidélité : l'histoire officielle falsifiée par l'agence, les grands événements relus comme opérations secrètes, le secret comme mission première et l'agence comme institution ancienne rejoignent l'esprit du comic.
- Libertés : le voyage dans le temps, le passé de K et son lien avec J, Boris l'Animal, la mission Apollo comme couverture et le personnage de Griffin sont des créations intégrales du film.
- Numéros à collectionner : The Men in Black #1 (1990, Aircel Comics).
Men in Black 3 invente son voyage temporel de toutes pièces, mais retrouve en chemin ce que le comic de 1990 racontait vraiment : une agence dont la mission est de falsifier l'histoire. Porté par la composition de Josh Brolin, c'est le plus abouti des deux suites. Pour le lecteur comme pour le collectionneur, c'est une invitation à ouvrir un comic bien plus sombre que sa descendance.
Questions fréquentes
Non, c'est une invention intégrale du film. Le récit de Lowell Cunningham publié chez Aircel en 1990 ne comporte aucun dispositif de ce type, pas plus que Boris l'Animal, le personnage de Griffin ou les révélations sur le passé de K.
L'idée que l'histoire officielle est un mensonge organisé par l'agence. En faisant du lancement d'Apollo 11 une opération de couverture, le film applique littéralement le principe du comic, où les hommes en noir réécrivent le passé pour que personne ne sache.
Le tournage a commencé sans scénario finalisé, avec une interruption de plusieurs mois pour le réécrire — ce qui explique en partie les irrégularités du résultat. Le film fut malgré tout un franc succès commercial international.
Loin de là. Le récit d'origine couvrait tout le paranormal — démons, occultisme, sociétés secrètes — avec des agents moralement ambigus qui éliminaient les témoins. Les films n'ont retenu que les extraterrestres et ont choisi la comédie.
The Men in Black #1 (1990, Aircel Comics), seule véritable clé de la franchise. Sa valeur tient autant à sa rareté — éditeur disparu, tirage confidentiel — qu'à ce qu'il documente : une version bien plus sombre, jamais portée à l'écran.
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