Patrick Stewart et Ian McKellen reprennent le Professeur X et Magnéto dans Avengers: Doomsday, attendu le 18 décembre 2026 après un report de mai à décembre, puis dans Avengers: Secret Wars le 17 décembre 2027. Côté papier, leur lien se collectionne comme un seul objet long. Il commence dans X-Men #1 (septembre 1963, Stan Lee et Jack Kirby), où ils apparaissent ensemble sans aucun passé commun. Cette amitié d'avant est une construction rétrospective : elle est dramatisée pour la première fois dix-neuf ans plus tard, dans Uncanny X-Men #161 (septembre 1982, Chris Claremont et Dave Cockrum). Entre les deux, et après, une poignée de numéros font basculer le rapport de force : la confrérie de X-Men #4, le procès d'Uncanny X-Men #200, la rupture de X-Men #25, la refondation de House of X #1.
Une collection se construit presque toujours autour d'un personnage, d'une série ou d'une période. On collectionne Magnéto, on collectionne les X-Men, on collectionne l'ère Claremont. C'est pratique, c'est lisible, et cela produit des listes faciles à cocher. Mais ce n'est pas la seule entrée possible, et sur ces deux personnages précis, ce n'est probablement pas la meilleure.
Parce que ni l'un ni l'autre n'existe vraiment seul. Le Professeur X sans Magnéto est un directeur d'école. Magnéto sans le Professeur X est un homme en colère avec des pouvoirs. Ce qui a tenu soixante ans, ce qui nourrit les films et ce qui fait vendre les numéros, c'est la tension entre les deux : deux survivants qui veulent protéger la même minorité et qui ne sont jamais d'accord sur la méthode. Collectionner cette tension, plutôt que l'un des deux hommes, change complètement la liste de courses.
Cet article est écrit le 1er octobre 2026, soit deux mois et demi avant la sortie du film. Aucune image du duo n'a encore été vue en salle, et personne ne sait quelle place exacte le scénario donnera à leur relation. Ce qui est en revanche parfaitement vérifiable, c'est la liste des numéros où ce lien s'est fabriqué, et c'est elle qui sert de base ici.
Pourquoi une relation peut structurer une collection
Collectionner un thème au lieu d'un personnage revient à remplacer une liste par un récit. Les trois conséquences sont concrètes.
La liste devient finie et défendable. Les apparitions de Magnéto se comptent en centaines, celles du Professeur X aussi, et personne ne peut sérieusement décider où s'arrête un « tout Magnéto ». Les numéros où leur rapport change d'état, eux, se comptent sur deux mains. On peut les justifier un par un, ce qui est précisément ce qu'on demande à une collection construite : qu'elle réponde à la question « pourquoi celui-là ».
Le budget se répartit autrement. Une collection de personnage concentre la dépense sur la première apparition et laisse le reste suivre. Une collection de relation éclate la dépense sur plusieurs décennies, dont les années 1980 et 1990, nettement plus accessibles que 1963. Elle est donc praticable avec un budget moyen, à condition d'accepter que la pièce la plus chère reste hors de portée longtemps.
Elle résiste mieux à l'actualité. Un numéro acheté parce qu'un acteur a été annoncé perd son argument quand le film sort. Un numéro acheté parce qu'il contient le moment où une amitié se fracture garde son argument indéfiniment. C'est une différence de nature, pas de degré, et elle se voit dans les cycles de prix : ce qui monte sur une annonce redescend après la sortie, ce qui monte sur une importance narrative bouge plus lentement mais ne s'efface pas.
Pour les besoins de cette liste, un numéro mérite sa place s'il remplit l'un de ces quatre rôles : il installe le dispositif, il invente le passé commun, il fait basculer l'alliance, ou il tue et ramène l'un des deux. Tout le reste, aussi plaisant soit-il à lire, relève du guide de lecture et non de la collection ciblée.
Le point de départ : deux hommes qui ne se sont jamais vus
X-Men #1
Le même fascicule présente l'école, les cinq élèves, le mentor et l'adversaire. Pour une collection de relation, c'est une aubaine et un piège. Une aubaine, parce qu'il n'existe aucune ambiguïté sur le point zéro : le lien naît avec la franchise, pas après. Un piège, parce qu'il faut lire ce numéro pour ce qu'il contient vraiment, et il ne contient aucun passé partagé. Les deux hommes s'affrontent en inconnus. Rien, dans ces pages, ne laisse entendre qu'ils se soient déjà rencontrés, qu'ils aient travaillé ensemble ou qu'ils aient été proches. L'opposition est posée comme un donné, à la manière de l'époque : un mentor, des élèves, une menace adulte.
X-Men #4
Six mois après le premier numéro, Magnéto cesse d'agir seul et fonde sa propre équipe. Le numéro introduit d'un coup la Confrérie des mauvais mutants, le Crapaud, le Bouffon et les futurs Vif-Argent et Sorcière Rouge. C'est le vrai moment où la relation devient une structure plutôt qu'un duel : en face d'une école qui forme des jeunes mutants, il y a désormais une organisation qui en recrute. Les deux hommes ne se contentent plus de se battre, ils dirigent des institutions concurrentes avec le même vivier. Pour qui collectionne le thème, ce numéro est le pendant indispensable du premier.
L'invention du passé commun, dix-neuf ans plus tard
C'est le point que la plupart des listes ratent, et c'est pourtant le plus intéressant du dossier. L'amitié d'avant, celle que les films ont rendue évidente, n'existait pas en 1963. Elle a été ajoutée après coup, par un autre scénariste, dans un autre contexte éditorial, et elle a mis deux temps à s'installer.
Uncanny X-Men #150
Dans ce numéro anniversaire intitulé « I, Magneto… », l'adversaire livre enfin la raison de son intransigeance. C'est là qu'apparaît pour la première fois sur la page la référence à ses origines juives et à son enfance dans les camps. L'effet sur la relation est immédiat, même si le Professeur X n'est pas au centre de la scène : à partir de ce numéro, l'opposition cesse d'être un désaccord de méthode entre un professeur et un criminel, et devient un désaccord entre deux lectures de la même peur. Le personnage acquiert une raison, et donc une possibilité d'être compris. Sans ce préalable, le numéro suivant de notre liste n'aurait aucun sens.
Uncanny X-Men #161
Voici le numéro que toute collection centrée sur ce lien doit posséder en priorité, et c'est aussi celui que presque aucune liste de numéros clés ne mentionne. Intitulé « Gold Rush! », il raconte en flash-back la rencontre des deux hommes bien avant la fondation de l'école : ils travaillent dans un hôpital psychiatrique en Israël qui soigne des survivants de la Shoah, ils deviennent amis, et ils finissent par combattre côte à côte l'organisation Hydra et le baron Strucker lorsque Gabrielle Haller est enlevée. Le numéro assure d'ailleurs la première apparition de ce personnage, qui compte beaucoup pour la suite de la mythologie mutante.
Ce qui rend ce fascicule décisif, c'est son statut : il ne raconte pas un épisode de la relation, il la réécrit entièrement. Avant lui, deux adversaires. Après lui, deux anciens amis, et chacune de leurs confrontations passées change de sens à la relecture. C'est très exactement ce que le cinéma reprendra vingt ans plus tard, et ce que le public connaît aujourd'hui comme une évidence.
Les basculements d'alliance
À partir du milieu des années 1980, les deux hommes cessent d'occuper des camps fixes. C'est la période la plus riche pour notre thème, et la moins chère à constituer.
Uncanny X-Men #200
« The Trial of Magneto! » met l'adversaire au banc d'un tribunal, avec le Professeur X dans le camp de la défense aux côtés de Gabrielle Haller. Le procès est interrompu par une attaque, Xavier est gravement blessé, et avant d'être emmené loin de la Terre il demande à Magnéto de prendre sa place à la tête de l'école. Celui-ci accepte.
Aucun autre numéro de la série ne retourne aussi radicalement le dispositif de départ. L'homme contre lequel l'école a été fondée en devient le directeur, à la demande de son fondateur. Pour une collection de relation, c'est le sommet narratif de la liste : tout ce qui suivra, y compris la refondation de 2019, découle de la possibilité ouverte ici.
X-Men #1 (seconde série)
Ce numéro détient le record homologué du comic le plus vendu en une seule édition, avec 8,1 millions d'exemplaires, répartis sur cinq couvertures de Jim Lee dont quatre s'assemblent en une seule image. Ce record a une lecture thématique rarement faite : pour relancer la franchise au maximum de sa puissance commerciale, l'éditeur n'a pas choisi un nouveau personnage ni une nouvelle menace, il a remis les deux hommes face à face et confié le tout au scénariste qui avait passé seize ans à construire leur lien. C'est le meilleur indice disponible de la valeur que l'éditeur accorde à cette relation.
La rupture, et ce qu'elle engendre
X-Men #25
Tout le monde connaît ce numéro pour une seule image : Magnéto arrache l'adamantium du squelette de Wolverine. Vu depuis notre angle, l'essentiel est ailleurs, dans les pages qui suivent. Furieux, le Professeur X efface mentalement son ancien ami et le laisse dans le coma. C'est la première fois que Xavier fait exactement ce qu'il a toujours reproché aux autres : employer son pouvoir sur un esprit pour régler un désaccord. La relation ne se brise pas quand Magnéto mutile un X-Man, elle se brise quand Xavier renonce à sa propre règle.
X-Men #53 (et X-Man #15)
Trois ans après l'effacement mental, l'éditeur en tire la conséquence la plus audacieuse de toute cette histoire : la colère laissée dans l'esprit de Xavier prend corps et devient Onslaught, une entité psionique née de la rencontre des deux consciences. Littéralement, l'antagoniste du plus gros événement Marvel de 1996 est la relation elle-même, devenue autonome et hostile. Le personnage est d'abord nommé dans la série en 1995, aperçu en ombre dans X-Man #15 en mai 1996, puis montré en pleine page dans X-Men #53 le mois suivant.
Morts, retours, et refondation
Le dernier tiers de la liste couvre trente ans en quatre étapes, et il a une particularité : chacun des deux hommes y meurt, et chacun revient, mais jamais grâce à l'autre.
Avengers vs. X-Men #11 (2012) : Xavier meurt, et pas de la main de Magnéto
Le fondateur est tué par son premier élève, passé sous l'influence du Phénix. Ce détail compte énormément pour notre thème : après un demi-siècle d'opposition, la mort du Professeur X ne vient pas de son adversaire désigné mais de l'intérieur de sa propre école. Magnéto, à ce moment du récit, se bat du côté des mutants que Xavier affronte. Le numéro est récent, abondant, et facile à trouver en très bel état.
Astonishing X-Men #12 (2018) : le retour par le plan astral
Six ans plus tard, l'esprit de Xavier, retenu sur le plan astral, revient et prend possession d'un autre corps. Il se fait d'abord appeler X. C'est un numéro peu cher et peu collectionné, mais indispensable à la cohérence d'une liste thématique : sans lui, le fondateur présent en 2019 sort d'un chapeau.
House of X #1 (24 juillet 2019) : les deux hommes du même côté de la table
Jonathan Hickman et Pepe Larraz font ce que soixante ans de récits avaient rendu impensable : ils installent Xavier et Magnéto en co-fondateurs d'une nation mutante souveraine. Ce n'est pas une trêve, c'est une fusion de projets. L'un apporte le rêve, l'autre la souveraineté, et les deux assument ensemble les conséquences. Pour une collection de relation, c'est le point d'arrivée moderne, et le numéro reste nettement plus abordable que son importance ne le suggère.
X-Men Red #5 à #7 (2022), puis Resurrection of Magneto (2024)
Magnéto meurt sur Mars, le cœur arraché par l'Éternel Uranos, après avoir détruit lui-même sa sauvegarde mentale pour s'interdire toute résurrection. Il meurt donc, explicitement, pour le rêve de Xavier, ce qui referme la boucle ouverte en 1963. Deux ans plus tard, la mini-série en quatre numéros d'Al Ewing et Luciano Vecchio le ramène, et c'est Tornade qui va le chercher, pas le Professeur X. Un collectionneur attentif notera la symétrie : chacun des deux est revenu sans l'autre.
Comment constituer cette collection sans se tromper
Une liste thématique se gère différemment d'une série. Quatre principes suffisent.
Commencez par le milieu, pas par le début. Uncanny X-Men #161 et Uncanny X-Men #200 sont les deux pièces qui font exister le thème, et toutes deux sont accessibles. X-Men #1 de 1963 est un objectif de long terme qui ne conditionne rien : la liste raconte déjà son histoire sans lui, et elle l'attendra.
Notez le rôle, pas seulement le numéro. Sur une collection de relation, le classement par série ne sert à rien. Ce qui sert, c'est de pouvoir relire la liste dans l'ordre du récit : installation, invention du passé, basculements, rupture, refondation. Un suivi numéro par numéro avec une étiquette par rôle rend la collection lisible par quelqu'un d'autre que vous, ce qui est le vrai test d'une collection construite.
Distinguez les deux marchés. Les numéros de 1963 et 1964 appartiennent au marché du Silver Age, où l'état certifié décide du prix et où un écart d'un demi-point se paie cher. Les numéros de 1981 à 1996 appartiennent au marché des tirages abondants, où un bel exemplaire non gradé est presque toujours le meilleur achat. Appliquer la logique du premier marché au second est la façon la plus courante de dépenser deux fois trop.
Méfiez-vous du calendrier du film. Avengers: Doomsday sort le 18 décembre 2026 et Avengers: Secret Wars le 17 décembre 2027. Entre les deux, l'attention restera haute, puis retombera. Les numéros dont la valeur dépend de l'actualité bougeront dans les deux sens ; ceux dont la valeur dépend de leur place dans le récit, beaucoup moins. Notre sélection de lectures autour de Doomsday et le point sur la date et le casting complètent ce cadrage.
Ce que le film peut changer, et ce qu'il ne changera pas
Deux acteurs reprennent des rôles qu'ils ont tenus pour un autre studio, dans une continuité cinématographique distincte, et c'est ce retour qui met ce thème sous les projecteurs. Il faut mesurer précisément ce que cela implique pour une collection.
Ce que le film peut changer : l'attention du grand public, donc la demande sur les numéros déjà identifiés comme centraux, donc les délais et les prix sur les exemplaires en très bel état. C'est mécanique et de courte durée.
Ce que le film ne changera pas : la place de Uncanny X-Men #161 dans la fabrication de cette relation, ni le fait que l'amitié d'avant soit une addition de 1982. Un numéro ne devient pas plus important parce qu'un acteur revient. Il devient seulement plus cher, et parfois moins facile à trouver dans l'état que l'on cherche.
Il faut ajouter une prudence. Nous sommes avant la sortie, et le rôle réel des deux personnages dans le scénario n'est pas connu. Un retour annoncé peut se révéler être un passage de quelques minutes. Si la liste ci-dessus tient, ce n'est pas parce qu'elle anticipe le film, c'est parce qu'elle décrit ce qui s'est publié. C'est la seule base solide dont dispose un collectionneur à cette date. Pour l'arrière-plan éditorial du personnage lui-même, l'article sur l'histoire de Magnéto et la sélection de numéros clés qui lui sont consacrés prennent le relais, de même que le hub Magnéto et le hub X-Men.