Pour lire Jason Aaron dans le bon sens, ouvrez Thor: God of Thunder (2012-2014) avec Esad Ribić, une saga qui se suffit à elle-même. Poursuivez avec Absolute Superman (depuis 2024), puis Wolverine and the X-Men (2011-2014). Passez ensuite aux Thor de Jane Foster et à War of the Realms (2019). Gardez pour la fin les œuvres adultes : Scalped (2007-2012), puis Southern Bastards (2014-2018), sans aucun prérequis mais beaucoup plus rudes.
Le catalogue de Jason Aaron se partage entre dix ans de Marvel, des séries à lui chez Vertigo et Image, et depuis 2024 un Superman réinventé. Quand on cherche par où commencer, on tombe sur des numérotations qui se recoupent, des relances et des événements. Six marches suffisent pour tout couvrir : la première est la plus facile d'accès, la dernière la plus rude, et chacune indique le bagage requis.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Notre critère de tri tient en une idée : mesurer ce que chaque bloc demande au lecteur en amont. Les récits de Jason Aaron ont une particularité, ils s'ouvrent souvent sur un tueur de dieux, une école ou une réserve indienne, et le lecteur comprend d'emblée où il met les pieds. Mais une saga de Thor étalée sur sept ans suppose une chronologie, alors qu'une série fermée en soixante numéros se lit sans rien savoir. Le parcours ci-dessous respecte cette différence.
Étape 1 : Thor: God of Thunder (2012-2014), l'entrée la plus nette
Thor: God of Thunder paraît à partir de novembre 2012, avec Esad Ribić au dessin sur les premiers arcs. Le récit suit Gorr, un alien dont la foi a été trahie par les dieux et qui se met à les exterminer, d'où son surnom de Boucher de dieux. Jason Aaron a eu l'idée de raconter la traque en trois époques : un Thor jeune à l'âge des Vikings, le Thor des Avengers, puis un roi d'Asgard devenu vieux, seul face à ce qui reste. Les trois fils se rejoignent à la fin du premier mouvement.
Pourquoi commencer ici : la première partie, God Butcher (numéros 1 à 5), est suivie de Godbomb (numéros 6 à 11), et ces onze numéros forment un ensemble qui ne réclame aucune lecture préalable. Vous n'avez pas besoin de connaître les Vengeurs ni les films pour suivre Gorr. Les arcs suivants de la série (jusqu'au numéro 25) sont moins unanimes et peuvent attendre.
Côté collection, les numéros d'origine de 2012 sont faciles à trouver en boîte, et le premier numéro existe avec des couvertures alternatives qu'il faut distinguer avec soin d'un tirage ordinaire. Si vous cherchez simplement à lire, un recueil des onze premiers numéros vous évite de chasser des fascicules. Pour situer ce cycle dans la longue histoire du dieu du tonnerre, consultez notre guide de lecture de Thor.
Étape 2 : Absolute Superman (depuis 2024), le plus simple à rejoindre
Rafa Sandoval dessine Absolute Superman, lancé le 6 novembre 2024 au sein de la collection Absolute éditée par DC. Jason Aaron y rebâtit le héros à partir de rien : un Kal-El élevé sur Krypton, sans ferme du Kansas ni famille adoptive, qui arrive sur Terre dans une société où les entreprises font la loi. Le récit est en cours, ce qui change la façon de collectionner : on achète au rythme de la parution, ou on attend les recueils.
La série vient en deuxième position parce qu'elle ne demande aucune connaissance de Superman et se lit dès le premier numéro. Elle offre aussi un aperçu de ce que l'auteur sait faire avec un personnage vieux de quatre-vingt-dix ans : changer le point de départ plutôt que raconter une aventure de plus. Les six cycles sont décrits un par un, avec leurs bornes, dans notre guide de lecture consacré à cette série.
Une série lancée il y a moins de deux ans n'a pas encore de valeur établie. Ce qui la fera bouger : la durée réelle de la série, le nombre de réimpressions du premier numéro, et la place que la ligne Absolute prendra chez DC. Aucune des trois n'est connue aujourd'hui, donc lisez avant de spéculer.
Étape 3 : Wolverine and the X-Men (2011-2014), l'humour d'une école
Schism a fracturé les X-Men, et Wolverine s'en va ouvrir sa propre école de mutants, nommée d'après Jean Grey. Wolverine and the X-Men #1 sort en 2011, avec Chris Bachalo comme dessinateur principal. Le ton est celui d'une comédie scolaire où un tueur à la mine revêche doit gérer un budget, des professeurs improbables et des élèves à l'imagination débordante. Bachalo remplit les cases de gags visuels, et Jason Aaron en tire une série bavarde, rapide, qui se permet des digressions étranges.
Cette étape demande un peu plus de bagage que les précédentes, car elle joue avec l'héritage mutant : Kitty Pryde en directrice, Quentin Quire en élève frondeur, et une école rivale qui prospère tout près. Un lecteur qui n'a jamais ouvert un X-Men sera pourtant porté par les lieux et le ton, plus que par la continuité. La série tient en une quarantaine de numéros, ce qui reste raisonnable pour un run complet.
Notre classement des meilleurs runs de Wolverine met en perspective les autres périodes du personnage. Aaron avait écrit Wolverine: Weapon X dès 2009, mais cette série d'avant l'école est plus sombre et d'un autre registre. Voyez-la comme un complément pour amateur de griffes, non comme une porte d'entrée.
Étape 4 : Thor (2014), The Mighty Thor et War of the Realms
Après Original Sin, événement de 2014 auquel Jason Aaron a participé, Thor se retrouve indigne de Mjolnir. Le marteau passe à une nouvelle porteuse, Jane Foster, que les lecteurs connaissaient comme infirmière et amie du dieu. Thor (2014), dessiné par Russell Dauterman, devient ensuite The Mighty Thor, et la saga s'étale jusqu'au grand final de War of the Realms en 2019, où Malekith envahit les Neuf Royaumes. Unworthy Thor, mini-série de 2016 avec Olivier Coipel, raconte entre-temps ce que devient le Thor déchu.
Ce bloc est plus lourd que les trois premiers : il hérite des événements de God of Thunder, il croise l'histoire de Jane Foster et il s'achève sur une guerre des royaumes avec de nombreuses séries liées. Lisez les étapes 1 puis 4 dans cet ordre, et laissez de côté les tie-ins de War of the Realms tant que la série principale ne vous a pas convaincu. Le nombre exact de numéros de ce bloc varie selon la numérotation héritée retenue par chaque source : vérifiez la table des matières d'un recueil plutôt qu'un total isolé.
Pour collectionner ce cycle, les couvertures de Dauterman sont ce qui se revend le mieux dans les annonces, et une série en deux numérotations (la volume 4 de Thor, puis les renumérotations de Marvel) impose de vérifier le titre exact avant d'acheter. Les autres cycles de Thor ont leur place dans nos meilleurs arcs de Thor.
Étape 5 : Scalped (2007-2012), le polar de la réserve
Scalped est la grande série personnelle de Jason Aaron : soixante numéros chez Vertigo, parus de 2007 à 2012, dessinés par R. M. Guéra. L'action se déroule dans la réserve indienne de Prairie Rose. Dashiell Bad Horse, jeune homme revenu après des années d'absence, y est en réalité un agent du FBI infiltré auprès de Lincoln Red Crow, le chef du casino et de la police tribale. Le titre annonce la violence : il s'agit d'un roman noir où personne ne sort propre.
La série est étape 5 parce qu'elle s'adresse à un public adulte et n'a rien de la célébration des super-héros. Elle ne suppose pourtant aucune lecture : tout se lit depuis le numéro 1. La difficulté est morale, pas narrative. Le rythme y est lent, les personnages s'enfoncent ; Guéra dessine un décor aride, et les couvertures de Jock restent des repères pour les amateurs d'illustration.
The Other Side, mini-série de cinq numéros parue chez Vertigo en 2006 avec Cameron Stewart, vous donne un avant-goût plus bref : deux soldats, un américain et un vietnamien, se font face pendant la guerre du Vietnam. C'est un bon test si vous hésitez devant les soixante numéros de Scalped. En fascicules, Scalped se complète sans trop de peine, car il n'a pas connu la ruée des séries à gros tirage. Le recueil en volumes est la voie la plus simple.
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Étape 6 : Southern Bastards (2014-2018), le football comme destin
Southern Bastards est publié chez Image à partir de 2014 avec Jason Latour au dessin, et se termine en vingt numéros. L'action se passe dans le comté fictif de Craw, en Alabama, où l'équipe de football du lycée, les Runnin' Rebs, règne sur une ville entière. Earl Tubb, un homme de retour pour vider la maison de son père, se heurte à l'entraîneur Euless Boss, qui gouverne la région autant que le terrain.
Pourquoi en dernier : le ton est brutal et le sujet, un Sud rural où le sport sert de couverture au pouvoir, se goûte mieux après Scalped. Le lecteur arrive ici en connaissant déjà le goût de Jason Aaron pour les systèmes de pouvoir locaux, que Scalped a posés avec une autre géographie. Southern Bastards permet de vérifier ce que l'on pense de cette manière de raconter, en moins de numéros.
La série est courte, bien cadrée, et se lit à tout moment du parcours. Nous la rangeons en fin de parcours parce qu'elle prolonge Scalped plutôt qu'elle ne l'introduit. Sur le marché de la collection, les vingt fascicules et leurs recueils circulent sans peine : c'est un achat de lecture bien avant d'être un pari.
Comment lire : fascicules ou recueils
Les sagas serrées gagnent à se lire en recueils : Thor: God of Thunder, Wolverine and the X-Men et les deux séries adultes se parcourent sans interruption, et un tome évite de vérifier l'ordre des numéros. Les fascicules se justifient pour les premiers numéros de chaque série, pour les couvertures de Dauterman, Ribić et Bachalo, ou si vous collectionnez le format d'origine.
Un point de vigilance concerne Thor : la numérotation d'une série en cours change quand Marvel relance ou renumérote. Face à un lot de Thor, relevez d'abord le volume et l'année imprimés en couverture, puis recoupez avec le catalogue du site. Pour Absolute Superman, qui est en cours, mieux vaut attendre une nouvelle parution complète d'un arc avant de se lancer dans les recueils, ou acheter mois par mois.
Ce que valent ces séries en collection
On n'estime pas de la même manière un classique et un récent. Pour les séries closes comme Scalped ou Southern Bastards, la cote repose sur la complétude et sur l'état : un ensemble sans manque se vend mieux qu'une suite de numéros isolés. Pour Thor: God of Thunder, c'est le premier numéro et ses variantes qui concentrent l'attention. Quant à Absolute Superman, son prix de référence reste à établir : tout dépendra de la longévité du titre et des retirages du premier numéro.
Méthode d'estimation : relevez trois ventes terminées de numéros comparables, écartez l'annonce la plus haute et la plus basse, et comparez la médiane au prix de l'état supérieur. Ne confondez pas un numéro certifié avec un exemplaire non certifié, et notez toujours la couverture : Ribić, Dauterman et Guéra n'ont pas la même demande. L'estimation gratuite du site donne un premier repère.
Récapitulatif : l'ordre conseillé
- Étape 1 : Thor: God of Thunder, numéros 1 à 11 (2012-2013).
- Étape 2 : Absolute Superman, dès le numéro 1 (2024), série en cours.
- Étape 3 : Wolverine and the X-Men (2011-2014), avec Chris Bachalo.
- Étape 4 : Thor (2014), The Mighty Thor, puis War of the Realms (2019).
- Étape 5 : Scalped (2007-2012), soixante numéros avec R. M. Guéra.
- Étape 6 : Southern Bastards (2014-2018), vingt numéros avec Jason Latour.
Si le temps manque, retenez deux jalons : Thor: God of Thunder pour le Marvel mythologique, Scalped pour l'auteur à découvert. Entre les deux, Absolute Superman fait le pont avec l'actualité.
Questions fréquentes
Par Thor: God of Thunder, numéros 1 à 11, dessinés par Esad Ribić. Ces onze numéros forment un récit complet autour de Gorr, le Boucher de dieux, et ne demandent aucune lecture préalable. Si vous préférez une série en cours, Absolute Superman, depuis novembre 2024, est la seconde entrée la plus simple.
Oui, au moins le cycle de Thor (2014) et de The Mighty Thor avec Russell Dauterman. War of the Realms, en 2019, conclut une histoire commencée sur plusieurs années, avec Jane Foster et Malekith. Sans ce détour, l'invasion des Neuf Royaumes perd une partie de son poids dramatique.
Oui. Scalped est une série fermée de soixante numéros parue chez Vertigo de 2007 à 2012, avec R. M. Guéra. Elle ne se rattache à aucun univers de super-héros et peut se lire en premier, à condition d'accepter un ton noir, une violence crue et un rythme lent.
Ce n'est pas obligatoire, puisque les deux récits n'ont aucun lien. Nous conseillons de les lire dans cet ordre car Southern Bastards, vingt numéros chez Image avec Jason Latour, est plus bref et reprend le thème du pouvoir local avec une autre géographie : le football d'un comté d'Alabama.
Pas indispensablement. La série de 2011, dessinée surtout par Chris Bachalo, suit la fondation d'une école et se comprend sans longue préparation. Connaître Kitty Pryde, Quentin Quire et le contexte de Schism enrichit la lecture, mais la comédie d'école porte le récit même pour un néophyte.
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