Thanos est créé par le scénariste-dessinateur Jim Starlin, qui s'en inspire pendant ses cours de psychologie à l'université et en s'appuyant sur le Darkseid de Jack Kirby. Le Titan Fou apparaît pour la première fois dans Iron Man #55 (février 1973, Marvel), aux côtés de Drax, Mentor, Kronos, Starfox et les Blood Brothers. Son histoire éditoriale traverse ensuite les sagas Warlock des années 1970, sa « mort » dans Marvel Two-in-One Annual #2 (1977), sa résurrection triomphale dans The Infinity Gauntlet (1991) puis sa relecture par Hickman et Cates dans les années 2010. Iron Man #55 reste la clé la plus recherchée par les collectionneurs, avec une grille indicative qui grimpe fortement au-delà du grade 9.0.
Peu de vilains Marvel ont une trajectoire éditoriale aussi longue et aussi documentée que celle de Thanos. Contrairement à des personnages nés d'un simple besoin scénaristique ponctuel, le Titan Fou a été conçu comme un projet cosmique dès le départ, avec une mythologie personnelle (les Titans, Mentor, la déesse Mort) qui s'est enrichie sur plus de cinquante ans de publications. Cette continuité en fait un cas d'école pour comprendre comment un personnage secondaire de comic book peut devenir, décennie après décennie, l'un des piliers commerciaux d'un éditeur.
Cet article retrace précisément cette histoire éditoriale : la genèse universitaire du personnage chez Jim Starlin, les arcs fondateurs des années 1970, la résurrection des années 1990 avec The Infinity Gauntlet, puis les relectures modernes qui ont préparé le terrain à son adaptation au cinéma. L'angle ici est chronologique et biographique — pour une sélection commentée des runs à lire dans l'ordre, direction notre guide des meilleurs runs de Thanos ; pour ceux qui veulent creuser le travail des dessinateurs qui ont façonné son visage au fil des époques, notre article sur les artistes majeurs de Thanos est plus indiqué. Ici, l'objectif est de comprendre comment et pourquoi ce personnage a été créé, comment il a évolué, et ce que cette histoire éditoriale implique concrètement pour la cote des comics qui le mettent en scène.
Avant d'entrer dans le détail, un mot sur la fiche complète du personnage : elle est disponible sur la page Thanos du site, avec l'ensemble de ses apparitions répertoriées.
Naissance d'un Titan : comment Jim Starlin invente Thanos en 1973
L'histoire de Thanos commence loin des salles de rédaction new-yorkaises, sur les bancs d'une université de Californie où le jeune Jim Starlin suit des cours de psychologie. C'est dans ce cadre, selon ses propres récits ultérieurs, qu'il esquisse les bases de deux personnages qui deviendront centraux dans son œuvre : Thanos et Drax le Destructeur. Starlin revendique ouvertement une inspiration directe venue de chez le concurrent : le Darkseid de Jack Kirby, tout juste apparu dans le Fourth World de DC Comics. Comme Darkseid, Thanos est conçu comme une figure de pouvoir cosmique nihiliste, obsédée par la domination totale et la mort plutôt que par un gain matériel classique — une rupture nette avec les super-vilains « cartoonesques » qui peuplaient alors les comics Marvel.
Le personnage fait sa toute première apparition dans Iron Man #55, daté de février 1973 et publié par Marvel Comics, un numéro de 36 pages vendu 20 cents. Le scénario est crédité à Mike Friedrich avec Jim Starlin, qui assure également les dessins, épaulé à l'encrage par Mike Esposito et aux lettres par John Costanza ; la couverture est signée Starlin et Joe Sinnott, sous la supervision éditoriale de Roy Thomas. Ce numéro est un concentré de mythologie : il introduit en une seule livraison Thanos, Drax le Destructeur, les Blood Brothers, l'ordinateur I.S.A.A.C., Mentor (le père de Thanos) et Kronos, ainsi que Starfox (Eros), le frère de Thanos — l'ensemble de la généalogie des Titans en un seul récit. À l'origine, Thanos n'est même pas prévu comme grand méchant récurrent : Starlin doit initialement livrer une histoire ponctuelle, mais le potentiel du personnage s'impose rapidement à l'éditeur comme à l'auteur.
Ce choix de faire débuter Thanos dans une série Iron Man plutôt que dans un titre cosmique dédié n'est pas anodin pour les collectionneurs : cela signifie que la clé de sa première apparition est rattachée à une série mainstream à forte notoriété, ce qui a longtemps soutenu la demande sur le marché secondaire, bien avant que le personnage ne devienne un nom connu du grand public. Sur le plan strictement narratif, Iron Man #55 pose aussi les bases d'une alliance de circonstance entre Tony Stark et Drax contre les débuts encore balbutiants du plan de Thanos — les éléments les plus iconiques (le Gantelet, la quête des Pierres d'Infinité, la fascination pour la Mort personnifiée) ne sont pas encore présents et se construiront numéro après numéro dans les années qui suivent.
Le laboratoire cosmique de Starlin : de Captain Marvel à Warlock (1973-1977)
Une fois le personnage lancé, Starlin ne le lâche plus. Il l'installe durablement dans Captain Marvel, série sur laquelle il devient le scénariste-dessinateur attitré à partir du numéro #25 (1973), et où Thanos affronte Mar-Vell dans un arc qui pose les fondations de sa quête de pouvoir cosmique. C'est le véritable atelier où Starlin façonne le langage visuel et narratif propre à Thanos : cases denses, symbolisme mystique, dialogues habités par des considérations existentielles sur la mort et le pouvoir absolu, très éloignés du ton des comics de super-héros de l'époque.
Le personnage migre ensuite vers Warlock, où Starlin construit un feuilleton cosmique qui s'étend sur plusieurs titres — la storyline se prolonge notamment jusqu'à Warlock #9 (1975), dans lequel Thanos apparaît en toute fin d'épisode après une mise en place progressive débutée dans Strange Tales #178-181. Cette période constitue le socle de ce qu'on appellera plus tard la « Saga du Titan Fou » : Thanos y devient obsédé par la personnification de la Mort, un thème qui restera la colonne vertébrale de tous ses arcs majeurs jusqu'à The Infinity Gauntlet, presque vingt ans plus tard. C'est également dans cette période que se dessine la dynamique triangulaire Thanos / Adam Warlock / Gamora, appelée à structurer une grande partie de la mythologie cosmique Marvel des décennies suivantes.
La première « mort » de Thanos et la traversée du désert (fin des années 1970-1980)
Ce premier grand cycle Starlin culmine dans Marvel Two-in-One Annual #2 (1977), qui conclut la saga cosmique entamée quelques années plus tôt : Thanos s'y retrouve piégé, changé en statue de pierre par sa propre corruption, dans un affrontement qui voit notamment intervenir Spider-Man aux côtés de la Chose. Ce numéro marque un point final narratif fort — le premier grand arc de vie du personnage se referme littéralement sur son immobilisation.
S'ensuit une longue période où Thanos, entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, cesse d'être un antagoniste régulier de l'univers partagé Marvel. Starlin lui-même s'éloigne un temps de la maison d'édition avant d'y revenir plus tard sur d'autres projets, notamment chez DC Comics le temps de quelques travaux marquants. Pour Thanos, cette période de retrait relatif contraste fortement avec l'omniprésence qu'il connaîtra à partir de 1990 — un rappel utile pour les collectionneurs : toutes les apparitions de Thanos publiées durant cette traversée du désert éditoriale sont mécaniquement plus rares en volume total que celles qui suivront l'explosion de popularité des années 1990-2000, même si cela ne se traduit pas toujours par une prime de rareté sur le marché, la demande jouant un rôle au moins aussi important que l'offre.
L'apogée cosmique : Thanos Quest et The Infinity Gauntlet (1990-1992)
Le retour de Thanos au premier plan se prépare dès 1990 avec Thanos Quest, une mini-série en deux numéros signée Starlin qui détaille la collecte méthodique des six Gemmes d'Infinité par le Titan Fou, en éliminant un à un leurs gardiens cosmiques. Cette mini-série sert de prologue direct à l'événement qui va définitivement installer Thanos comme l'un des plus grands antagonistes de l'histoire de Marvel : The Infinity Gauntlet.
Publiée en 1991 sous forme de mini-série limitée en six numéros, The Infinity Gauntlet réunit à nouveau Jim Starlin au scénario et George Pérez puis Ron Lim aux dessins (Pérez assurant l'essentiel du travail graphique initial, avant que Ron Lim ne prenne le relais en cours de série). L'intrigue est devenue l'un des récits fondateurs les plus cités de tout l'univers Marvel : Thanos, ayant réuni les six Gemmes sur son Gantelet, efface la moitié des êtres vivants de l'univers d'un simple claquement de doigts pour prouver son amour à la Mort personnifiée, avant qu'un collectif de héros survivants — mené notamment par Adam Warlock — ne s'organise pour le contrer. C'est cette trame précise, publiée près de trente ans avant sa transposition au cinéma, qui deviendra la base directe du scénario d'Avengers: Infinity War et d'Avengers: Endgame.
Sur le plan éditorial, The Infinity Gauntlet #1 est aujourd'hui l'un des titres les plus recherchés du catalogue Thanos par les collectionneurs, en particulier les exemplaires certifiés CGC en very high grade, dont certains portent la signature de George Pérez ou de Jim Starlin lui-même sur le marché de la revente. Contrairement à Iron Man #55, cette mini-série bénéficie d'un tirage nettement plus important, typique du marché des comics du début des années 1990 en pleine expansion — un facteur qui explique pourquoi la prime de rareté y est structurellement moins marquée que sur une clé de l'ère Bronze comme Iron Man #55, même si la demande culturelle reste très forte.
Thanos au tournant des années 2010 : Hickman, puis Cates
Après plusieurs résurrections et morts scénaristiques successives au fil des années 1990 et 2000 — un classique du personnage, mort à répétition étant presque devenue une signature narrative propre à Thanos — le Titan Fou connaît une nouvelle relecture d'ampleur avec l'événement Infinity, écrit par Jonathan Hickman en 2013, avec un collectif de dessinateurs incluant Jim Cheung, Jerome Opeña et Dustin Weaver. Hickman y orchestre le retour de Thanos à la tête d'une armée cosmique déclenchant une guerre menée simultanément sur Terre et dans l'espace profond contre les Avengers. Il est notable que Starlin et Hickman aient par la suite vu leurs sagas respectives rassemblées dans un même volume omnibus, signe de la continuité assumée entre la vision originelle du personnage et sa relecture moderne.
Quelques années plus tard, à partir du numéro #13 de la série Thanos (2016), le scénariste Donny Cates et le dessinateur Geoff Shaw reprennent les aventures solo du personnage pour l'arc devenu culte « Thanos Wins », qui court jusqu'au numéro #18 et à un Annual associé publiés en 2018. Cette histoire projette Thanos dans un futur lointain où il découvre une version de lui-même ayant déjà tout accompli, escorté par un nouveau personnage cosmique, le Cosmic Ghost Rider — une fusion entre l'esthétique du Ghost Rider et le costume du Punisher qui a suscité de vifs débats parmi les lecteurs à sa sortie, avant de devenir l'un des personnages secondaires les plus populaires de la période. Cet arc, publié la même année que la sortie d'Avengers: Infinity War au cinéma, a bénéficié d'un alignement de calendrier particulièrement favorable en librairie.
L'impact des adaptations sur la cote
Le passage de Thanos du statut de vilain cosmique culte à celui de personnage grand public tient largement à son adaptation au cinéma par Josh Brolin, dans le Marvel Cinematic Universe. Avengers: Infinity War, sorti en 2018, reprend directement la trame de la mini-série de 1991 en plaçant Thanos et sa quête des Pierres d'Infinité au centre de l'intrigue ; le film réalise l'un des plus gros démarrages de l'histoire du box-office et franchit la barre des deux milliards de dollars de recettes mondiales. L'année suivante, Avengers: Endgame (2019) conclut cette trame avec un total mondial de 2,799 milliards de dollars, devenant à sa sortie le plus gros succès au box-office de tous les temps.
Cette exposition cinématographique massive a eu un effet mesurable et documenté sur le marché secondaire des comics Thanos. Le phénomène ne se limite d'ailleurs pas à la seule sortie des films eux-mêmes : chaque nouvelle apparition du personnage dans l'écosystème Marvel Studios, ou même un simple regain d'intérêt autour de l'univers cosmique Marvel, peut suffire à faire bouger les prix. Un exemple concret documenté par la presse spécialisée : à l'automne 2021, la sortie du film Eternals — dont les spectateurs ont partagé sur les réseaux sociaux des éléments d'intrigue en lien avec la mythologie des Titans — a suffi à générer un regain d'activité sur Iron Man #55, avec des ventes constatées en nette hausse par rapport aux mois précédents sur plusieurs grades intermédiaires (exemplaires en CGC 4.5, 8.0, 8.5 et 9.2 notamment), sans qu'il s'agisse pour autant d'une flambée spéculative extrême.
Pour les collectionneurs, la leçon à retenir est double. D'une part, les clés fondatrices publiées avant l'ère cinématographique (Iron Man #55 en tête) restent structurellement plus rares en volume de tirage que les productions des années 1990 et 2000, ce qui explique une partie de l'écart de prix constaté aux grades élevés. D'autre part, la demande liée aux adaptations n'est pas un phénomène figé dans le temps : elle se réactive à chaque nouvelle exposition médiatique du personnage, qu'il s'agisse d'un film, d'une série ou même d'une simple bande-annonce mentionnant son nom. C'est pourquoi il est utile de vérifier régulièrement une cote plutôt que de se fier à un prix mémorisé il y a plusieurs mois.
Guide d'achat : ce qu'il faut vérifier avant d'acheter un comic Thanos
Acheter un comic mettant en scène Thanos, qu'il s'agisse de sa première apparition ou d'un numéro plus récent, demande une méthode rigoureuse tant l'écart de valeur entre deux exemplaires apparemment proches peut être important. Voici les points de vigilance principaux :
- Vérifiez le numéro exact et son statut de clé. Iron Man #55 (1973) est la première apparition de Thanos, Drax, Mentor, Kronos, Starfox et les Blood Brothers en une seule fois — assurez-vous que le vendeur ne confond pas ce numéro avec une réédition, un fac-similé ou une simple réimpression tardive de la série Iron Man.
- Distinguez apparition et couverture. Sur les numéros où Thanos figure en couverture sans jouer un rôle central dans le récit intérieur, la valeur collectionneur est généralement inférieure à celle des numéros où il est réellement acteur de l'intrigue ; lisez toujours un résumé fiable de l'histoire avant d'acheter sur la seule foi d'une image de couverture.
- Regardez l'écart de prix entre les tranches de grade. Sur une clé Bronze Age comme Iron Man #55, la grille de valeur grimpe fortement entre les grades 8.0-8.5 et le sommet 9.6-9.8 : un saut d'un demi-point de grade CGC peut représenter une différence de plusieurs centaines de dollars, il vaut donc la peine de comparer plusieurs grades avant d'arbitrer entre un exemplaire raw et un exemplaire certifié.
- Méfiez-vous des restaurations non déclarées sur les exemplaires anciens non certifiés : coins recollés, dos renforcé ou couleur retouchée font chuter la valeur réelle d'un exemplaire présenté comme « proche du neuf ».
- Sur les mini-séries comme The Infinity Gauntlet, privilégiez le numéro #1 pour la valeur collectionneur : c'est structurellement le numéro le plus recherché d'une mini-série événement, loin devant les numéros #2 à #6 qui se négocient nettement moins cher pour un même grade.
- Contextualisez le prix avec l'actualité du personnage. Une nouvelle apparition de Thanos au cinéma, en série ou dans un jeu vidéo peut faire bouger la demande à court terme ; une cote consultée plusieurs mois plus tôt n'est pas toujours fiable au moment de l'achat.
- Comparez toujours plusieurs ventes réelles récentes plutôt qu'une seule annonce en cours, les prix affichés à la vente pouvant s'écarter sensiblement des prix effectivement conclus.
Pour suivre en temps réel la valeur d'un numéro donné selon son grade, l'estimateur du site s'appuie sur les ventes eBay effectivement conclues plutôt que sur des annonces en cours — un réflexe à avoir avant toute négociation. Et pour les collectionneurs qui gèrent une collection Thanos ou plus large sur la durée, l'application de gestion de collection permet de suivre le grade, la date d'acquisition et l'évolution de cote de chaque exemplaire au même endroit.