Raphael fait sa toute première apparition dans Teenage Mutant Ninja Turtles #1, publié en noir et blanc par Mirage Studios en mai 1984 (tirage d'origine estimé à 3 275 exemplaires). Il obtient son propre one-shot dès 1985, Raphael #1, qui introduit au passage un autre pilier de la franchise, Casey Jones. Les exemplaires haut de grade de ces deux comics restent parmi les clés les plus recherchées du comics indépendant américain des années 1980, avec des ventes CGC 9.8 dépassant les 250 000 dollars pour le tout premier numéro.
Sur les étagères d'un comic shop ou dans les vitrines d'une convention, Raphael se reconnaît en un coup d'œil : bandana rouge, double sai à la ceinture, air renfrogné. Mais avant de devenir l'un des quatre visages les plus reproduits de la pop culture mondiale, Raphael est né sur une planche à dessin de Northampton, dans le Massachusetts, sous le trait conjoint de deux jeunes illustrateurs sans grand moyen, Kevin Eastman et Peter Laird. Son histoire éditoriale est un cas d'école : celle d'un personnage secondaire d'un one-shot photocopié qui devient, quarante ans plus tard, le héros d'un blockbuster d'animation à plus de 180 millions de dollars de recettes.
Cet article retrace le parcours de Raphael à travers les comics, des toutes premières pages de Mirage Studios jusqu'aux séries IDW contemporaines, en passant par les adaptations qui ont façonné son image auprès du grand public. On y détaille aussi ce qui distingue les différents tirages des numéros clés, un point essentiel pour quiconque envisage d'investir dans ces pièces, ainsi que les repères de rareté et de cote disponibles publiquement pour les collectionneurs.
Aux origines : Raphael et la naissance de Mirage Studios (1984)
Raphael apparaît pour la première fois dans Teenage Mutant Ninja Turtles #1, un comic autoédité par Kevin Eastman et Peter Laird sous le label Mirage Studios. Le numéro est présenté pour la première fois lors d'une convention à Portsmouth, dans le New Hampshire, en mai 1984. Il s'agit d'un format inhabituel pour l'époque : un magazine noir et blanc, grand format, imprimé sur du papier journal bon marché, pensé au départ comme une parodie ponctuelle mêlant les codes de Daredevil de Frank Miller, des New Mutants et de Cerebus de Dave Sim. Le tirage de ce premier numéro est resté extrêmement limité : environ 3 275 exemplaires selon les recoupements les plus couramment cités par les spécialistes du marché.
Dans ce récit fondateur, les quatre frères tortues, Raphael, Leonardo, Michelangelo et Donatello, ne se distinguent pas encore par la couleur de leur bandana : en noir et blanc, une telle différenciation n'avait aucune utilité graphique. Raphael s'impose déjà, en revanche, par son tempérament : le plus impulsif, le plus prompt à la colère, le plus enclin à agir seul face à l'autorité de Leonardo. C'est ce trait de caractère, plus que la couleur d'un accessoire, qui fait de lui le personnage le plus complexe du quatuor dès les premières pages.
Un succès qui dépasse le tirage initial
Le succès surprise du numéro auprès des lecteurs et des revendeurs de comics indépendants a rapidement épuisé le stock de la première impression. Une deuxième impression a suivi en juin 1984, avec un tirage estimé entre 6 000 et 6 250 exemplaires, reconnaissable à la mention « Second Printing / June 1984 » imprimée à l'intérieur de la couverture et à une teinte de rouge légèrement plus claire sur l'illustration de couverture. Une troisième impression, datée de février 1985, a suivi avec un tirage nettement plus large, de l'ordre de 35 000 exemplaires, preuve de la popularité grandissante du titre en à peine un an.
Ces trois tirages se distinguent à l'œil nu pour un collectionneur averti : outre la mention imprimée à l'intérieur, la teinte de rouge de la couverture s'éclaircit d'un tirage à l'autre, et le nombre de gouttes de sang visibles dans le second « T » du mot « Turtles » passe d'une seule tache sur les deux premières impressions à quatre taches distinctes sur la troisième. L'adresse postale figurant à l'intérieur des couvertures change également : une boîte postale à Dover, dans le New Hampshire, pour les deux premières impressions, contre une boîte postale à Sharon, dans le Connecticut, pour la troisième. Ces détails, anodins en apparence, ont une incidence directe sur la valeur d'un exemplaire, le premier tirage étant de très loin le plus recherché.
La rareté relative de ce premier tirage se lit aussi dans l'évolution du recensement CGC au fil des années. Début octobre 2016, CGC recensait environ 700 exemplaires certifiés du premier tirage, dont seulement 24 dans la meilleure note de 9.8. Fin 2020, ce recensement était passé à 962 exemplaires certifiés, avec 32 copies en 9.8. Cette progression illustre un phénomène classique du marché du comic vintage : plus un titre gagne en notoriété, plus les collectionneurs font certifier des exemplaires jusque-là conservés sans certification, ce qui fait mécaniquement grossir le recensement sans que cela ne traduise une hausse du tirage d'origine, qui reste figé à environ 3 275 exemplaires pour ce tout premier tirage de mai 1984.
Raphael, personnage central d'une mythologie en construction
Au sein du quatuor, Raphael occupe rapidement une place à part dans l'économie narrative de la série Mirage. Armé de deux sai, une arme moins spectaculaire que le bô de Donatello ou les nunchaku de Michelangelo mais redoutablement efficace au corps à corps, il incarne la tension entre la discipline du clan et l'instinct individuel. Les scénaristes-dessinateurs Eastman et Laird construisent autour de lui une figure de frère rebelle, souvent en désaccord avec Leonardo sur la stratégie à adopter, ce qui deviendra l'un des ressorts dramatiques les plus réutilisés de la franchise dans toutes ses déclinaisons ultérieures, des dessins animés aux films.
Cette centralité narrative se traduit très vite par une reconnaissance éditoriale : Raphael devient le premier des quatre frères à recevoir son propre comic solo, un privilège qui en dit long sur la place qu'il occupait déjà dans l'esprit de ses créateurs et de leur lectorat naissant.
Raphael #1 (1985) : le premier spin-off et la naissance de Casey Jones
Publié par Mirage Studios en 1985, Raphael #1 marque une double première dans l'histoire éditoriale de la franchise : c'est le tout premier spin-off dédié à l'un des quatre personnages principaux, et c'est également la première apparition de Casey Jones, le justicier masqué à la crosse de hockey qui deviendra l'un des alliés récurrents les plus populaires des tortues. La couverture est signée Kevin Eastman, le récit et le dessin intérieur étant assurés conjointement par Eastman et Laird.
Sur le plan de la rareté, Raphael #1 se situe dans une catégorie à part : les recensements CGC montrent un nombre de gradations nettement plus restreint que pour le numéro #1 de la série mère, avec seulement quelques dizaines d'exemplaires recensés dans les toutes meilleures notes (9.6 et 9.8), reflet à la fois d'un tirage plus modeste à l'époque et de la fragilité intrinsèque de ces publications sur papier journal bon marché, mal préservées pendant les premières années de leur existence. Le guide Overstreet a longtemps situé la valeur d'un exemplaire en état NM- (9.2) autour de 600 dollars, un repère qui donne une idée de l'ordre de grandeur pour un exemplaire en très bel état, sachant que les exemplaires certifiés dans les toutes meilleures notes se négocient nettement au-dessus de cette fourchette lors des ventes aux enchères spécialisées.
Pourquoi Raphael porte un masque rouge : une décision plus arbitraire qu'on ne le pense
Contrairement à une idée reçue, la couleur rouge n'a jamais eu de signification symbolique profonde dans la conception originelle du personnage. Dans les premiers comics Mirage en noir et blanc, les quatre tortues portent un bandana identique, sans distinction chromatique, puisque le support ne l'imposait pas. C'est seulement à la fin des années 1980, lorsque la licence a été déclinée par Playmates Toys pour sa gamme de figurines et par Archie Comics pour la série Teenage Mutant Ninja Turtles Adventures, que des couleurs distinctes ont été attribuées à chaque personnage afin de les rendre immédiatement identifiables sur un packaging ou une planche de bande dessinée.
Peter Laird lui-même a confirmé, des années plus tard sur son blog personnel, qu'aucune discussion approfondie n'avait présidé au choix des couleurs : la répartition s'est faite de façon largement arbitraire entre les équipes de Playmates et celles du studio d'animation de Fred Wolf, sans logique symbolique particulière associée à Raphael et au rouge. Des croquis d'époque montrent même que Donatello a un temps porté de l'orange et Michelangelo du violet, avant que les couleurs ne soient permutées puis figées dans la configuration que l'on connaît aujourd'hui, rouge pour Raphael, bleu pour Leonardo, orange pour Michelangelo et violet pour Donatello.
L'impact des adaptations sur la cote
La trajectoire de Raphael en comics ne peut se lire indépendamment des adaptations qui ont, à chaque décennie, relancé l'intérêt du grand public pour la franchise et, par ricochet, pour ses comics fondateurs.
Le premier film live-action, sorti en 1990, occupe une place particulière dans cette histoire : l'acteur Josh Pais y interprète Raphael à la fois en costume et en doublage vocal, ce qui fait de lui le seul comédien de la distribution originale à avoir assuré les deux rôles pour un même personnage. Ce film, comme la série animée qui l'a précédé à la fin des années 1980, a ancré durablement l'image d'un Raphael sarcastique et bagarreur dans l'imaginaire collectif, bien au-delà du lectorat initial des comics Mirage.
Plus récemment, le film d'animation Teenage Mutant Ninja Turtles: Mutant Mayhem, sorti en 2023 et distribué par Paramount, a offert à Raphael une nouvelle génération de fans : le personnage y est doublé par Brady Noon. Le film a rencontré un net succès commercial, avec un total de recettes mondiales d'environ 181,9 millions de dollars pour un budget de production de 70 millions de dollars, confirmant que la franchise conserve un pouvoir d'attraction intact plus de quarante ans après la sortie du premier comic Mirage.
Ce type d'événement médiatique a un effet mécanique bien documenté sur le marché du comic vintage : chaque sortie de film ou de série ravive l'intérêt pour les tout premiers numéros Mirage, qui restent la pièce de référence absolue pour tout collectionneur cherchant à posséder l'acte de naissance du personnage. La vente d'un exemplaire de Teenage Mutant Ninja Turtles #1 certifié CGC 9.8 pour 264 000 dollars chez Goldin Auctions en février 2022 illustre ce sommet de marché, tandis que des exemplaires en grade intermédiaire, autour de VF 8.0, se négociaient déjà à plus de 16 000 dollars fin 2020 selon les données de recensement disponibles à cette période.
L'ère IDW : Raphael au XXIe siècle
Après plusieurs décennies marquées par différents éditeurs et de multiples relances, la franchise trouve en 2011 un nouveau foyer éditorial durable chez IDW Publishing. La série ongoing débute en août 2011 avec une équipe créative réunissant Kevin Eastman lui-même au scénario et à la mise en page, Tom Waltz à l'écriture, et Dan Duncan au dessin. Cette itération devient la plus longue de l'histoire éditoriale de la franchise, avec 150 numéros publiés avant qu'une renumérotation ne redémarre la série à #1, sous la houlette de la scénariste et dessinatrice Sophie Campbell à partir du numéro #101 en janvier 2020, puis de Jason Aaron pour le relaunch suivant.
Dans cette continuité IDW, Raphael bénéficie dès décembre 2011 d'un nouveau one-shot qui lui est dédié, s'inscrivant dans une série de numéros spéciaux consacrés individuellement à chacune des quatre tortues et permettant d'approfondir leur psychologie respective en marge de l'intrigue principale. Ces publications, beaucoup plus récentes et tirées en quantités bien supérieures aux comics Mirage des années 1980, restent aujourd'hui accessibles à des tarifs modestes pour les lecteurs qui souhaitent découvrir ou compléter l'arc narratif du personnage sans viser l'investissement patrimonial que représentent les tout premiers numéros.
Distinguer un vrai premier tirage : les pièges à connaître
Le marché du comic vintage américain, et celui des comics Mirage en particulier, comporte son lot de pièges pour l'acheteur non averti. Le tirage de Teenage Mutant Ninja Turtles #1 étant limité à environ 3 275 exemplaires pour la première impression, contre 35 000 pour la troisième, la tentation de faire passer un troisième tirage pour un premier est réelle sur le marché de l'occasion non certifié. Les repères de vérification restent toutefois simples à appliquer : la mention de tirage à l'intérieur de la couverture, la boîte postale indiquée (Dover, New Hampshire, pour les deux premiers tirages, contre Sharon, Connecticut, pour le troisième), le nombre de taches de sang dans le logo, et la nuance exacte de rouge de la couverture.
Pour Raphael #1 (1985), la problématique est différente : il n'existe pas de multiplicité de tirages à ce niveau de notoriété, mais la rareté des exemplaires en très haut grade impose une vigilance particulière sur l'état de conservation, ces comics sur papier journal ayant été imprimés sans marché de collection organisé à l'époque, donc rarement protégés dès leur sortie. Le recensement CGC de ce numéro reste sensiblement plus restreint que celui du numéro #1 de la série mère : seules quelques dizaines de copies figurent aujourd'hui dans les notes 9.6 et 9.8 cumulées, un chiffre qui, rapporté au tirage d'origine bien plus modeste que celui des tirages ultérieurs de Teenage Mutant Ninja Turtles #1, confirme que ce spin-off mérite une attention au moins équivalente de la part des collectionneurs sérieux, même s'il reste moins connu du grand public que le numéro fondateur de 1984.
Un dernier point de vigilance concerne les contrefaçons et reproductions non autorisées qui circulent depuis des années sur ces deux titres, portées par leur cote élevée : l'absence de certification CGC ou CBCS, un papier trop blanc pour l'âge annoncé, ou une impression trop nette pour une production artisanale de 1984-1985 doivent alerter tout acheteur avant une transaction portant sur un montant significatif.
Guide d'achat : comment collectionner Raphael en comics
- Vérifiez systématiquement le tirage avant d'acheter un Teenage Mutant Ninja Turtles #1 : contrôlez la mention intérieure de couverture, la boîte postale (Dover NH pour les 1er/2e tirages, Sharon CT pour le 3e) et le nombre de taches de sang dans le mot « Turtles » plutôt que de vous fier uniquement au prix affiché par le vendeur.
- Privilégiez les exemplaires certifiés CGC pour les pièces à fort enjeu financier : compte tenu du papier journal fragile utilisé par Mirage Studios en 1984-1985, l'écart de valeur entre un exemplaire non gradé et un exemplaire certifié en haute note peut être considérable.
- Ne négligez pas Raphael #1 (1985) au profit du seul TMNT #1 : en tant que premier spin-off de la franchise et première apparition de Casey Jones, ce numéro possède une double clé historique qui justifie son statut de pièce recherchée, malgré une notoriété grand public moindre.
- Distinguez bien les comics Mirage des années 1980 des publications IDW plus récentes : les one-shots Raphael parus chez IDW depuis 2011 sont abondants et abordables ; ils conviennent à une lecture ou une collection thématique, pas à une recherche de rareté patrimoniale.
- Examinez l'état des agrafes et des marges : le format magazine grand format de Mirage Studios rend ces comics particulièrement sensibles aux plis de coin et à l'oxydation du papier, deux défauts qui pèsent lourd dans la notation finale.
- Comparez plusieurs ventes réalisées avant de vous positionner sur un prix : la cote de ces comics fluctue avec l'actualité de la franchise (sorties de films, séries), un estimateur basé sur les ventes eBay réelles reste le moyen le plus fiable de situer un exemplaire dans le marché du moment.
- Tenez un inventaire précis de votre collection : pour suivre l'évolution de vos pièces Mirage et IDW dans le temps, y compris leurs certifications et leur provenance, une application dédiée comme l'application de gestion de collection permet de centraliser ces informations plutôt que de les disperser entre plusieurs factures et captures d'écran.