Leonardo #1 est un one-shot noir et blanc publié le 10 décembre 1986 par Mirage Studios, écrit et dessiné par Kevin Eastman et Peter Laird, avec une couverture portefeuille signée Laird. Quatrième et dernier des quatre fascicules solo consacrés à chaque Tortue Ninja (après Raphael, Michaelangelo et Donatello), il raconte le combat de Leonardo contre le Clan du Pied sur les toits de New York un soir de Noël. Longtemps considéré comme le moins onéreux du quartet en cote de guide, il reste rare en très haut grade : le recensement CGC de septembre 2021 ne comptait que 40 exemplaires notés 9.8, aucun au-dessus.
Dans l'histoire éditoriale des Tortues Ninja, quatre comics occupent une place à part : les one-shots solo publiés par Mirage Studios entre 1985 et 1986, chacun consacré à l'un des quatre frères. Raphael a ouvert le bal en 1985 avec l'apparition fondatrice de Casey Jones, Michaelangelo et Donatello ont suivi la même année, et c'est Leonardo #1, paru en décembre 1986, qui a refermé cette série de portraits individuels. Moins spectaculaire en apparence que son cadet Raphael, ce fascicule n'en demeure pas moins un jalon essentiel pour quiconque s'intéresse à la genèse de la franchise, à une époque où Eastman et Laird dessinaient encore eux-mêmes chaque page dans leur studio du New Hampshire.
Ce qui frappe à la lecture de Leonardo #1, c'est son parti pris narratif : un combat quasi muet, découpé en bandeaux qui alternent avec les scènes familiales de Noël vécues par le reste du clan. Ce choix de mise en page, à la fois économe et efficace, témoigne du savoir-faire déjà affirmé des deux créateurs trois ans à peine après le lancement de leur premier comic autoproduit. Comprendre ce fascicule, c'est aussi comprendre comment un projet indépendant tiré à quelques milliers d'exemplaires a fini par générer des séries animées, des films et une industrie du jouet mondiale.
Cet article retrace l'histoire complète de Leonardo #1 : son contexte de création au sein du quatuor de one-shots Mirage, le récit qu'il contient, l'équipe créative qui l'a produit, sa place particulière dans la cote des collectionneurs face à ses trois frères de papier, et les points de vigilance à connaître avant d'acheter un exemplaire d'époque.
Aux origines de Leonardo #1 : la naissance des one-shots Mirage Studios
Pour situer Leonardo #1, il faut remonter à mai 1984, date à laquelle Kevin Eastman et Peter Laird présentent Teenage Mutant Ninja Turtles #1 lors d'une convention à Portsmouth, dans le New Hampshire. Ce premier numéro, imprimé en noir et blanc dans un grand format proche du magazine sur du papier journal bon marché, n'est tiré qu'à 3 275 exemplaires. Personne, pas même ses auteurs, n'anticipe alors ce que ce petit comic autoproduit va déclencher : en quelques mois seulement, les exemplaires s'échangent déjà à plus de cinquante fois leur prix de couverture sur le marché de la revente entre collectionneurs, signe précoce d'un phénomène qui allait dépasser le cadre du comic book pour devenir une franchise multimédia.
Fort de ce succès inattendu, Mirage Studios développe la mythologie du quatuor de Tortues en leur consacrant, entre 1985 et 1986, quatre fascicules solo : un par personnage. Cette approche, assez inhabituelle pour un si petit éditeur indépendant, permet à Eastman et Laird d'approfondir chaque tempérament individuellement plutôt que de les traiter comme un bloc homogène. Raphael #1 ouvre la marche en avril 1985 et se distingue immédiatement par un événement fondateur pour la mythologie TMNT : c'est dans ces pages qu'apparaît pour la première fois Casey Jones, le justicier masqué à la crosse de hockey qui deviendra l'un des personnages secondaires les plus populaires de la franchise, aussi bien dans les comics que dans les dessins animés et les films qui suivront. La même année paraît Michaelangelo #1, dont le récit se déroule également à l'approche de Noël et met en scène la Tortue la plus facétieuse du groupe affrontant des malfrats qui détournent un camion de jouets destiné à un orphelinat. Donatello #1 complète le trio initial avant que Leonardo #1, en décembre 1986, ne vienne clore la série en donnant enfin la vedette au chef silencieux et discipliné du clan.
Ce séquençage n'est pas anodin pour qui s'intéresse à la collection : Leonardo, en tant que dernier one-shot du quatuor, marque la fin d'un format éditorial que Mirage Studios n'a jamais reproduit à l'identique par la suite. Après 1986, l'éditeur se concentre sur la série mensuelle régulière et sur des mini-séries à plusieurs chapitres, abandonnant la formule du portrait solo en un seul numéro. Leonardo #1 fonctionne donc comme un point final logique à cette expérimentation narrative initiée par Raphael dix-huit mois plus tôt.
L'histoire racontée dans Leonardo #1 : « What Goes Around... Comes Around! »
Le récit contenu dans Leonardo #1 porte le titre « What Goes Around... Comes Around! » et s'ouvre sur une scène de patrouille en apparence anodine. Là où les trois précédents one-shots avaient chacun leur tonalité propre, Eastman et Laird choisissent pour Leonardo un procédé de mise en page particulièrement ambitieux : les pages sont scindées horizontalement, la partie supérieure étant réservée au combat solitaire et quasiment muet que mène Leonardo contre des soldats du Clan du Pied sur les toits de New York, tandis que la partie inférieure suit en parallèle ses frères, April O'Neil et Splinter en train de décorer l'appartement et de préparer un repas de Noël bien plus paisible.
Ce contraste visuel entre la violence silencieuse du combat de Leonardo et la chaleur domestique de la scène familiale crée une tension dramatique qui monte crescendo à mesure que les soldats du Pied se multiplient. L'affrontement bascule lorsque le Shredder lui-même fait son apparition à la tête de dizaines de sbires, submergeant Leonardo malgré son habileté au combat. Le récit se referme sur une image marquante : la Tortue, blessée, traverse la fenêtre de l'appartement pour alerter in extremis ses frères du danger qui approche, brisant du même coup la frontière entre les deux strates narratives qui structuraient la BD jusque-là.
Une équipe créative resserrée, typique du studio Mirage des débuts
Comme pour les trois autres one-shots de la série, Leonardo #1 porte la marque de fabrique du studio Mirage première période : un scénario et un dessin assurés conjointement par Kevin Eastman et Peter Laird, avec une couverture portefeuille (l'illustration se déploie sur l'intégralité du recto et du verso) signée par Laird. Le fascicule bénéficie également de contributions artistiques ponctuelles d'autres figures gravitant alors autour du studio, dont Steve Bissette, Michael Dooney et Ryan Brown, tandis que le lettrage est confié à Steve Lavigne, collaborateur régulier de Mirage sur cette période. Le comic se présente sous la forme d'un fascicule agrafé noir et blanc d'une trentaine de pages de récit pour 36 pages au total en comptant les couvertures et pages annexes, vendu 1,50 dollar au moment de sa sortie le 10 décembre 1986.
Cette économie de moyens — une équipe réduite, une impression bon marché, une distribution confidentielle par rapport aux standards des grands éditeurs de l'époque — est précisément ce qui rend aujourd'hui ces fascicules si recherchés par les collectionneurs. Contrairement à un comic Marvel ou DC du même millésime, tiré à des centaines de milliers d'exemplaires, les one-shots Mirage circulaient dans un réseau de comic shops indépendants et n'ont jamais bénéficié d'une distribution de masse, ce qui explique en partie leur rareté relative aujourd'hui, singulièrement en très haut grade.
Leonardo #1 face à ses trois frères : une cote à part dans le quatuor
Sur le plan de la cote, Leonardo #1 occupe une position particulière parmi les quatre one-shots Mirage. Il est régulièrement décrit par les spécialistes du marché comme le moins onéreux des quatre fascicules solo, sans le fait générateur qui a propulsé la valeur de son prédécesseur : Raphael #1 doit une grande partie de son statut de « clé » recherchée à la première apparition de Casey Jones, un argument de collection que ni Michaelangelo, ni Donatello, ni Leonardo ne peuvent revendiquer. Selon l'Overstreet Comic Book Price Guide édition 2023, un exemplaire de Raphael #1 en grade NM- 9.2 est évalué à 600 dollars, quand la même grille tarifaire, édition 2021, ne valorisait un Leonardo #1 en grade équivalent qu'à 45 dollars — un écart qui illustre bien le poids qu'une « first appearance » fait peser sur le marché du comic ancien.
Cet écart de cote ne signifie pas pour autant que Leonardo #1 soit un comic banal ou facile à dénicher en haute conservation. Le recensement des exemplaires gradés par CGC, arrêté en septembre 2021, ne dénombrait que 40 copies notées au grade maximal observé de 9.8, sans aucun exemplaire au-dessus dans la base à cette date. À titre de comparaison, le recensement CGC d'avril 2024 pour Raphael #1 comptait déjà 155 exemplaires au grade 9.6 et 56 exemplaires notés au-dessus — des volumes bien supérieurs qui reflètent à la fois une notoriété plus forte auprès des collectionneurs poussant à la soumission en masse pour certification, et une attention accrue portée à ce numéro précis dès sa sortie. Un record de vente avoisinant les 400 dollars a par ailleurs été rapporté pour Leonardo #1 par la presse spécialisée du secteur, tandis qu'une mise aux enchères observée en septembre 2021 s'est conclue autour de 270 dollars pour un exemplaire de haut grade.
Pour un collectionneur, cette situation ouvre une lecture à deux niveaux. D'un côté, Leonardo #1 reste accessible comparé aux trois autres one-shots du quatuor, ce qui en fait une porte d'entrée réaliste pour qui souhaite réunir l'ensemble de la série sans consacrer un budget disproportionné au dernier chapitre. De l'autre, sa relative rareté en très haut grade — di à sa nature de comic noir et blanc bon marché des années 1980, particulièrement sensible aux plis de dos et aux taches d'humidité — signifie qu'un exemplaire NM/M authentique et bien conservé demeure un objet dont la disponibilité réelle sur le marché reste limitée, indépendamment de sa cote de guide.
Pourquoi l'écart de valeur entre les quatre one-shots ne cesse pas de se creuser
La dynamique du marché du comic ancien tend historiquement à récompenser les numéros porteurs d'un événement narratif identifiable — première apparition d'un personnage, origine d'un costume, mort d'un héros — plus que les épisodes qui, aussi bien exécutés soient-ils sur le plan artistique, s'inscrivent dans la continuité sans rupture. Leonardo #1 en est une illustration presque manuelle : le récit qu'il propose est salué pour son sens du rythme et sa mise en page audacieuse, mais il ne contient aucune première apparition de personnage secondaire majeur ni aucun tournant scénaristique repris ensuite dans les adaptations télévisées et cinématographiques. C'est cette absence de « hook » collectionnable qui explique, plus que la qualité intrinsèque du récit, l'écart de cote persistant avec Raphael #1.
Comment reconnaître un vrai Leonardo #1 de 1986
La question de l'authenticité se pose avec d'autant plus d'acuité que Leonardo #1 a connu plusieurs vies éditoriales après sa parution initiale en fascicule autonome. Dès 1988, Mirage Studios réunit les numéros 1 à 11 de la série régulière ainsi que les quatre one-shots — Raphael, Michaelangelo, Donatello et Leonardo — au sein d'un recueil intitulé TMNT: The Collected Book Volume One. Ce recueil existe en version souple, avec une couverture noir et blanc en portefeuille signée Laird, et en version reliée limitée à 1 000 exemplaires, dotée d'une jaquette couleur illustrée par Eastman. Un second tirage de ce même recueil paraît en mai 1990, cette fois avec une couverture couleur signée A.C. Farley. Plus récemment, le récit de Leonardo #1 a également été repris dans le recueil moderne IDW consacré aux années Mirage, aux côtés des numéros 8 à 11 de la série régulière et des one-shots Michaelangelo et Donatello.
Pour un acheteur qui recherche spécifiquement le fascicule d'origine de décembre 1986 — et non l'une de ces multiples rééditions en recueil — plusieurs points de vigilance s'imposent :
- Vérifier la mention de date dans l'indicia : l'exemplaire d'origine porte une date de parution de décembre 1986 et un prix de couverture de 1,50 dollar imprimé sur la couverture ; toute mention différente indique un recueil ou une réédition postérieure.
- Examiner l'intégrité de la couverture portefeuille : l'illustration de Peter Laird se déploie sur l'ensemble recto-verso du fascicule ; les plis de dos, très fréquents sur ce format agrafé bon marché des années 1980, dévaluent sensiblement la note de conservation.
- Ne pas confondre le one-shot avec les recueils Collected Book : les versions de 1988 et 1990 regroupent plusieurs numéros dans un seul volume relié ou souple et ne constituent pas l'édition originale autonome recherchée par les puristes de la première parution.
- Privilégier les exemplaires certifiés CGC ou CBCS pour les hauts grades : compte tenu du faible nombre d'exemplaires recensés au sommet de l'échelle de notation, une certification tierce apporte une garantie difficile à obtenir par une simple inspection visuelle sur une annonce en ligne.
- Comparer plusieurs ventes récentes plutôt que de se fier à une seule cote de guide : les valeurs Overstreet évoluent avec un temps de retard sur le marché réel ; pour un comic aussi peu échangé que Leonardo #1, l'observation de plusieurs transactions récentes donne une image plus fidèle du prix courant.
- Envisager l'acquisition du quatuor complet : pour un collectionneur qui vise l'ensemble Raphael, Michaelangelo, Donatello et Leonardo, il est souvent plus cohérent de raisonner en termes de série complète que numéro par numéro, la disponibilité des trois autres titres influençant directement le calendrier d'achat de Leonardo.
L'impact des adaptations sur la cote
Comme pour beaucoup de comics fondateurs devenus la matrice d'une franchise multimédia, la cote des one-shots Mirage — Leonardo #1 y compris — a toujours réagi aux cycles de visibilité de la licence Tortues Ninja plus qu'à l'actualité éditoriale des comics eux-mêmes. La première série télévisée animée diffusée à partir de 1987 a introduit les Tortues Ninja à un public d'ampleur nationale aux États-Unis, transformant en quelques années un comic confidentiel en produit dérivé omniprésent. Le premier long-métrage live-action sorti en 1990 a prolongé cet engouement sur grand écran, suivi de deux suites au début des années 1990.
Chaque relance majeure de la franchise a, depuis, généré un regain d'intérêt comparable pour les comics d'origine chez les collectionneurs nostalgiques : la série animée diffusée à partir de 2003, le long-métrage d'animation sorti en 2007, la série produite pour Nickelodeon lancée en 2012, puis les deux films portés par Michael Bay en 2014 et 2016, et plus récemment le long-métrage d'animation Teenage Mutant Ninja Turtles: Mutant Mayhem sorti en 2023. Ce mécanisme est classique dans le monde du comic ancien : chaque nouvelle génération de spectateurs découvrant les Tortues Ninja à l'écran est susceptible de se tourner, tôt ou tard, vers les comics fondateurs pour explorer la genèse du personnage, ce qui entretient une demande de fond sur des titres comme Leonardo #1 bien au-delà du cercle des seuls lecteurs de comics des années 1980.
Pour Leonardo #1 spécifiquement, cette dynamique se traduit moins par des pics spéculatifs que par une demande régulière de la part de collectionneurs qui cherchent à compléter leur série des quatre one-shots plutôt qu'à spéculer sur un seul numéro isolé. C'est un profil de collection différent de celui d'un comic à first appearance pure, où la demande peut s'envoler brutalement autour de la sortie d'un film consacré au personnage concerné.
Guide d'achat
- Fixez-vous d'abord un objectif de collection clair : rechercher Leonardo #1 seul, ou viser la réunion complète des quatre one-shots Mirage (Raphael, Michaelangelo, Donatello, Leonardo), ce qui change radicalement le budget et le calendrier d'achat.
- Gardez à l'esprit que la cote de guide de Leonardo #1 reste nettement inférieure à celle de Raphael #1, faute de first appearance associée ; ne payez pas un Leonardo au prix d'un Raphael sous prétexte qu'ils appartiennent à la même série de one-shots.
- Inspectez systématiquement le dos du fascicule sur les photos d'une annonce : les plis de reliure et le jaunissement du papier journal bon marché des années 1980 sont les défauts les plus courants sur ce type d'agrafé noir et blanc.
- Demandez systématiquement confirmation qu'il s'agit bien du fascicule solo d'origine de décembre 1986, et non d'un extrait tiré d'un des recueils Collected Book de 1988 ou 1990, ni d'une réimpression IDW moderne.
- Pour un achat en très haut grade, la certification CGC ou CBCS est particulièrement recommandée compte tenu du faible nombre d'exemplaires recensés au sommet de l'échelle — l'écart de prix entre un exemplaire gradé et un exemplaire brut de qualité équivalente peut être significatif sur ce titre précis.
- Croisez plusieurs ventes récentes avant de fixer votre budget : sur un comic aussi peu échangé que Leonardo #1, une seule transaction ne reflète pas nécessairement le marché du moment, contrairement à des titres à plus fort volume d'échanges.
- Documentez votre exemplaire dès l'achat (photos recto-verso, numéro de certification le cas échéant, provenance) : pour un one-shot de cette rareté, un historique de provenance clair facilite grandement une éventuelle revente future.
Pour suivre l'évolution de la cote de votre exemplaire dans la durée, ou pour organiser l'ensemble de votre collection de comics Mirage et au-delà, l'usage d'un outil dédié de suivi de collection simplifie grandement le travail par rapport à un simple tableur. Notre application de gestion de collection de comics permet justement de centraliser vos fascicules, leur état et leur valeur estimée au fil du temps.