Le meilleur point d'entrée reste le run culte de John Ostrander lancé en 1987 : c'est lui qui a transformé une obscure équipe de guerre en la Suicide Squad moderne, celle d'Amanda Waller et de Task Force X. On y trouve tout l'ADN du concept — des criminels envoyés en mission suicide contre leur remise de peine — porté par une écriture politique, sombre et adulte qui n'a pas pris une ride.
La Suicide Squad est l'une des idées les plus élégantes de l'univers DC : et si le gouvernement recrutait ses super-vilains les plus dangereux pour mener les opérations que personne d'autre ne veut assumer ? En échange, une réduction de peine — et une bombe dans la nuque pour ceux qui tenteraient de fuir. Ce postulat brutal, mêlant espionnage, politique et tragédie, a donné naissance à quelques-uns des récits les plus intenses de l'éditeur.
Mais la franchise a une particularité : elle n'a pas un visage unique. Son personnage central n'est pas un membre de terrain mais sa directrice impitoyable, Amanda Waller, dite « le Mur ». Autour d'elle défilent des dizaines de recrues — Deadshot, Captain Boomerang, Bronze Tiger, l'Enchanteresse, plus tard Harley Quinn ou El Diablo — dont la composition change à chaque mission, chaque saison, chaque équipe créative. Lire la Suicide Squad, c'est donc suivre une succession de runs et de formations plutôt qu'un héros linéaire.
Ce guide vous propose un parcours raisonné : où poser le pied en premier, quel run fondateur maîtriser, quelles sagas connaître, comment naviguer l'ère moderne, et quelles pépites garder pour approfondir. L'objectif est simple : vous permettre de commencer sans vous noyer, tout en comprenant la logique éditoriale de l'ensemble.
Le meilleur point d'entrée : le run Ostrander (1987)
Si vous ne deviez lire qu'une seule chose pour comprendre la Suicide Squad, ce serait la série lancée par John Ostrander en 1987, bientôt co-écrite par Kim Yale, avec le dessinateur Luke McDonnell aux commandes visuelles des débuts. C'est ici que naissent la version définitive d'Amanda Waller, la prison de Belle Reve comme base d'opérations, et le nom de code Task Force X.
Pourquoi commencer là ? Parce que ce run pose toutes les règles du jeu : le marché passé avec les criminels, les bombes de contrôle, la mortalité réelle des personnages (personne n'est à l'abri), et surtout le ton — un thriller d'espionnage adulte qui parle de morale, de manipulation politique et de rédemption impossible. On y suit des figures qui deviendront iconiques : Deadshot dans sa version la plus torturée, Captain Boomerang en crapule comique, Bronze Tiger en soldat loyal, Rick Flag en meneur brisé, sans oublier l'Enchanteresse et Nightshade.
Détail savoureux pour les connaisseurs : c'est dans ce run que Barbara Gordon, après sa paralysie, réapparaît sous l'identité d'Oracle. Preuve que cette série, loin d'être un simple spin-off de vilains, a irrigué durablement tout l'univers DC.
Aux origines : de la Task Force de guerre au concept moderne
Avant Ostrander, la Suicide Squad existait déjà, mais sous une forme très différente. La toute première incarnation apparaît à la fin des années 1950 dans les pages de The Brave and the Bold, sous la plume de Robert Kanigher et le crayon de Ross Andru. Cette « Suicide Squadron » d'origine était une équipe d'aventuriers menée par Rick Flag père, affrontant menaces monstrueuses et dangers militaires — un ton pulp et héroïque, à des lieues du cynisme moderne.
La bascule s'opère avec la maxi-saga Legends (1986-1987), écrite par John Ostrander et Len Wein, dessinée par John Byrne. Cet événement post-Crisis sert de rampe de lancement : Amanda Waller y relance officiellement Task Force X, recrutant des vilains pour des missions officieuses. C'est le prologue idéal si vous voulez comprendre comment l'équipe se reforme avant de plonger dans la série régulière.
L'ordre logique pour l'amorçage est donc :
- Legends — pour la genèse de la Squad moderne et l'entrée en scène de Waller.
- Suicide Squad (1987), les premiers arcs — mise en place de l'équipe, de Belle Reve et des règles.
Les runs incontournables, dans l'ordre
Une fois le point d'entrée digéré, voici la colonne vertébrale à suivre, dans un ordre chronologique éditorial qui préserve la cohérence :
- Le run Ostrander/Yale (1987-1992) : le cœur battant de la franchise, sur plusieurs dizaines de numéros. On y traverse la formation de l'équipe, l'arc de l'Odyssée de Nightshade, les tensions internes, les pertes déchirantes et l'évolution de Waller. C'est long, dense et récompensant : privilégiez une lecture par recueils successifs plutôt qu'à l'unité.
- Suicide Squad de Keith Giffen (2001-2002) : une série plus courte qui relance le concept au début des années 2000, avec un mélange de nouveaux visages et de mission musclée. Une transition utile entre l'ère classique et l'ère moderne.
- Suicide Squad: Raise the Flag (2007) : le retour d'Ostrander lui-même sur une mini-série, idéale pour retrouver la tonalité originelle après des années. C'est un pont affectueux entre le run fondateur et la génération suivante de lecteurs.
Ce triptyque suffit à comprendre l'essentiel du personnage collectif avant l'ère New 52. Si vous êtes surtout venu pour l'ambiance classique, vous pouvez vous arrêter là et déjà vous considérer comme un lecteur averti.
Les grandes sagas et crossovers à connaître
La Suicide Squad brille particulièrement dans les crossovers, car sa nature d'unité clandestine la place au carrefour de tout l'univers espionnage de DC. Quelques temps forts à repérer :
- The Janus Directive : ce crossover de la fin des années 1980 croise la Suicide Squad avec plusieurs autres titres de l'écurie « agences secrètes » de DC, notamment Checkmate. C'est un sommet du run Ostrander, où les manipulations politiques atteignent leur paroxysme et où Waller doit composer avec des rivalités entre organisations occultes.
- Les tie-ins de l'ère New 52 : la série moderne s'est régulièrement connectée aux grands événements Batman, notamment autour des intrigues impliquant le Joker et Harley Quinn.
- Justice League vs. Suicide Squad : cet événement du milieu des années 2010, écrit par Joshua Williamson, oppose frontalement l'équipe de Waller aux plus grands héros de DC. C'est un excellent révélateur de ce qui rend la Squad si dérangeante : elle existe précisément parce que la Ligue refuse certaines besognes.
Ces sagas ne sont pas indispensables pour débuter, mais elles montrent comment la franchise dialogue avec le reste de l'univers et pourquoi Amanda Waller est l'une des figures de pouvoir les plus redoutées de DC.
L'ère moderne : de New 52 à aujourd'hui
Le relancement New 52 en 2011 marque un tournant grand public. La série de Adam Glass réinvente l'équipe pour une nouvelle génération et, surtout, y intègre pleinement Harley Quinn, aux côtés de Deadshot, King Shark ou El Diablo. C'est une version plus explosive, plus « pop », qui a largement préparé le terrain à la popularité cinématographique du concept. Lui succèdent notamment des passages signés Matt Kindt.
Vient ensuite New Suicide Squad (2014), écrite par Sean Ryan, qui poursuit dans une veine musclée. Puis l'ère Rebirth (2016) avec le run de Rob Williams, dont l'arc d'ouverture bénéficie du crayon prestigieux de Jim Lee. Ce run, très accessible, capitalise sur l'engouement du moment et introduit de nouveaux personnages tout en remettant Waller au centre du jeu. C'est une porte d'entrée moderne tout à fait recommandable pour qui découvre l'équipe via les adaptations.
Plus récemment, le run de Tom Taylor (avec le dessinateur Bruno Redondo, à la fin des années 2010) apporte un souffle neuf en confrontant de jeunes recrues idéalistes à la machine cynique de Task Force X. Enfin, côté récits pour lecteurs avertis, Suicide Squad: Get Joker de Brian Azzarello propose une histoire noire et adulte centrée sur une traque du Joker, publiée dans une collection à tonalité plus mature.
Les pépites à garder pour plus tard
Une fois les fondamentaux acquis, plusieurs récits latéraux enrichissent considérablement l'expérience :
- Secret Six de Gail Simone : née dans le sillage des événements Villains United, cette série met en scène une bande de vilains-mercenaires (dont Deadshot et Catman) partageant l'ADN moral de la Squad. Simone y déploie un humour noir et une profondeur émotionnelle qui en font l'un des grands runs de vilains de DC. Un incontournable pour qui aime cette famille de personnages.
- Les annuals et arcs secondaires du run Ostrander : ils approfondissent des personnages comme Deadshot ou l'Enchanteresse, et méritent d'être lus après la série principale.
- Les mini-séries centrées sur Deadshot : Floyd Lawton étant l'un des visages les plus emblématiques de la Squad, ses récits solo éclairent utilement sa psychologie autodestructrice.
Ces titres ne sont pas des points de départ, mais des prolongements idéaux une fois que vous maîtrisez le concept d'ensemble et ses figures récurrentes.
Où et comment lire : éditions et conseils de parcours
La bonne nouvelle, c'est que l'essentiel de la franchise est disponible en recueils et intégrales. Le run Ostrander a fait l'objet de rééditions en volumes successifs qui suivent l'ordre de publication : c'est la manière la plus confortable de le lire, sans avoir à chasser les numéros isolés. Les runs modernes (New 52, Rebirth, Tom Taylor) sont également compilés en recueils d'arcs, souvent découpés par saga.
Quelques conseils pour un parcours fluide :
- Débutant total : commencez par un recueil moderne accessible (le run Rob Williams de l'ère Rebirth) pour vous familiariser avec le ton, puis remontez vers Ostrander pour la profondeur.
- Lecteur exigeant / amateur de récits classiques : attaquez directement par Legends puis le run Ostrander dans l'ordre. C'est le parcours le plus gratifiant sur le long terme.
- Collectionneur : visez les intégrales et omnibus qui regroupent les arcs complets ; ils garantissent l'ordre de lecture et évitent les trous narratifs.
Enfin, gardez en tête la règle d'or de la Suicide Squad : l'équipe change tout le temps. Ne vous attachez pas trop vite à un membre — c'est précisément ce turn-over permanent, et la menace de mort qui plane sur chaque mission, qui fait toute la tension du concept. Amanda Waller, elle, reste. Et c'est par ses yeux que se lit le mieux cette galerie de damnés en sursis.
Questions fréquentes
Le run fondateur de John Ostrander, lancé en 1987 et co-écrit par Kim Yale, est le meilleur point de départ. Il installe Amanda Waller, Belle Reve et Task Force X, et définit le ton adulte de la franchise. Pour une approche plus contemporaine, le run Rob Williams de l'ère Rebirth (2016) est très accessible.
C'est fortement recommandé. Cette maxi-saga post-Crisis, signée Ostrander, Wein et Byrne, sert de prologue : Amanda Waller y relance officiellement l'équipe. La lire d'abord éclaire la formation de la Squad avant la série régulière, mais ce n'est pas strictement obligatoire pour comprendre le run.
Amanda Waller, surnommée « le Mur », est la véritable figure centrale. Directrice impitoyable de Task Force X, elle est le fil rouge qui relie toutes les formations, des recrues classiques comme Deadshot et Captain Boomerang aux versions modernes intégrant Harley Quinn.
Les adaptations s'inspirent surtout de l'ère New 52 (à partir de 2011), qui a intégré Harley Quinn et modernisé l'équipe. Le concept de base — des vilains envoyés en mission suicide contre une remise de peine — vient toutefois directement du run Ostrander, bien plus sombre et politique.
The Janus Directive, à la fin des années 1980, est un sommet du run Ostrander : il croise la Squad avec d'autres agences secrètes de DC comme Checkmate. Plus récemment, Justice League vs. Suicide Squad oppose frontalement l'équipe de Waller aux grands héros de l'univers DC.