Le numéro 123 de The Flash paraît en septembre 1961 : « Flash of Two Worlds » naît de la collaboration entre le scénariste Gardner Fox et le dessinateur Carmine Infantino. En vibrant trop fort, Barry Allen atterrit chez Jay Garrick, le Flash des années 1940, dans un monde parallèle que les récits ultérieurs nommeront Terre-2. L'histoire ouvre la porte au multivers de DC, et c'est cette idée, bien plus que la rencontre elle-même, qui fait de ce fascicule une clé de l'âge d'argent.
Dans le panthéon des clés DC, The Flash #123 occupe une place singulière : ce n'est la première apparition d'aucun personnage majeur, et pourtant son nom revient dans toutes les conversations sur l'âge d'argent. Le collectionneur qui le cherche achète une idée, celle de mondes voisins qui se croisent, et il doit apprendre à distinguer cette idée du fascicule physique qui la porte, avec ses tirages, ses réimpressions et ses fragilités de papier de 1961.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
The Flash #123 : date, auteurs et récit de « Flash of Two Worlds »
Ce fascicule est la pièce de septembre 1961 de la première série The Flash. Sa numérotation hérite de celle d'un ancien titre, Flash Comics, ce qui explique que la série solo de Barry Allen démarre au #105 plutôt qu'au #1. L'éditeur du titre est Julius Schwartz, le même qui avait relancé le personnage cinq ans plus tôt. Le scénario est de Gardner Fox, l'un des deux créateurs de Jay Garrick en 1940. Le dessin est de Carmine Infantino, encré par Joe Giella.
L'argument tient en quelques lignes, sans qu'il soit utile d'en gâcher le déroulé. Lors d'un spectacle de charité, Barry Allen exécute un numéro de vibration pour amuser le public. Il dépasse le seuil prévu et disparaît. Il réapparaît dans un monde où Keystone City remplace Central City, et où un coureur en casque ailé existe en chair et en os. Ce coureur, c'est Jay Garrick, que Barry ne connaissait que comme héros de bande dessinée. Les deux hommes unissent leur vitesse contre des malfaiteurs, puis chacun regagne sa Terre.
À la relecture, le dispositif frappe : le récit prend au sérieux la fiction de l'éditeur. Dans le monde de Barry, les aventures de Jay Garrick ont été publiées comme des comics, et c'est en les lisant que Barry a choisi son nom de héros. Fox transforme ce détail en explication cosmologique, et réconcilie ainsi deux générations de lecteurs.
Le contexte éditorial : ce que DC publiait en 1961
En 1961, DC vit sur la formule inventée par Schwartz avec Showcase #4 : des héros réinventés, scientifiques, à l'identité civile soignée. Le Flash de Barry Allen a obtenu sa série en 1959, après quatre apparitions dans Showcase, et vend suffisamment bien pour que l'éditeur multiplie les relances : Green Lantern, Hawkman, l'Atom. Les héros de la Justice League se sont réunis pour la première fois en février-mars 1960, dans le #28 de The Brave and the Bold.
Dans ce paysage, les héros des années 1940 sont absents des kiosques, et les jeunes lecteurs de 1961 ne les connaissent que par ouï-dire. Faire revenir Jay Garrick était donc un pari à deux faces : flatter la mémoire des lecteurs plus âgés, et offrir aux plus jeunes une légende ancienne. La couverture, avec ses deux silhouettes rouges et jaunes réunies, annonçait la rencontre sans explication.
Jay Garrick, lui, est né sous la plume de Fox et le crayon de Harry Lampert, dans Flash Comics #1 de janvier 1940, avant de quitter les kiosques en 1949. Que le même scénariste signe la rencontre de 1961 rend l'histoire cohérente de l'intérieur, et c'est un argument pour classer ce numéro au-dessus d'un simple clin d'œil.
Pourquoi ce numéro est devenu une clé
La clé tient à ce que le récit autorise. Avant septembre 1961, faire cohabiter deux versions d'un héros exigeait une explication ad hoc, un rêve, une histoire imaginaire. « Flash of Two Worlds » installe un mécanisme réutilisable : deux Terres, deux continuités, un passage par la vibration. Deux ans plus tard, DC réemploie le procédé pour opposer puis réunir les équipes des deux mondes : Justice League of America #21 et #22, août et septembre 1963, toujours sous la plume de Fox.
La terminologie « Terre-1 » et « Terre-2 » se fixe à travers ces récits, et les sources divergent sur le degré d'explicitation du vocabulaire dans le #123 lui-même : à vérifier sur l'exemplaire plutôt que de se fier à la mémoire collective. Ce qui ne se discute pas, c'est la filiation : le multivers de DC, avec ses dizaines de Terres, ses crises et ses refontes, descend de ce fascicule. La saga Crisis on Infinite Earths, douze numéros parus de 1985 à 1986, en est la conséquence lointaine : elle refond tous ces mondes un quart de siècle après la porte entrouverte par Fox.
Pour un collectionneur, la distinction est utile : un numéro qui introduit un personnage se valorise avec le personnage, tandis qu'un numéro qui introduit un concept se valorise avec l'histoire du média. Le #123 est de la seconde catégorie. Sa demande ne dépend d'aucun film, elle se renouvelle à chaque retour du multivers à l'écran ou en librairie, et elle est portée par les amateurs d'âge d'argent plus que par les spéculateurs.
Ce qui fait varier la cote du #123 : état, provenance, ventes comparables
Sur un fascicule de 1961, l'état pèse davantage que tout autre paramètre. Le papier de l'époque vire, les arêtes s'écaillent, la tranche se plie dès qu'on le feuillette, et les agrafes rouillent quand l'exemplaire a séjourné dans une cave humide. Un exemplaire en haut de l'échelle de notation se distingue d'un exemplaire moyen par des écarts qui se comptent en multiples, non en pourcentages. Un cran de grade au sommet peut doubler la cote, alors qu'au milieu de l'échelle la progression reste plus linéaire.
Les records aux enchères de ce numéro, documentés par les maisons spécialisées, concernent des exemplaires certifiés dans les très hauts grades et ne disent rien d'un exemplaire courant. Ne partez jamais d'un record. Cherchez plutôt les ventes terminées du même niveau de certification que le vôtre, sur une période récente, et acceptez de n'en trouver que quelques-unes : le #123 passe rarement en vente, et une médiane fondée sur trois ou quatre transactions reste une fourchette à manier avec prudence.
La provenance joue aussi : un exemplaire issu d'une collection documentée inspire davantage confiance qu'un fascicule sorti d'un lot anonyme. Aucune version alternative d'époque n'est recensée dans nos sources : ici, c'est l'état qui sépare les exemplaires.
Reconnaître l'original d'une réimpression ou d'un facsimilé
L'original de 1961 est imprimé sur un papier journal vieilli, mat, légèrement rugueux. Une reproduction moderne affiche un papier plus blanc, plus lisse, et une netteté d'impression que le procédé de 1961 ne permettait pas.
Les histoires de la période ont été reprises à de nombreuses reprises : volumes reliés de la collection Showcase Presents en noir et blanc, recueils d'archives en couleurs, intégrales. Ces livres ne se confondent avec rien. Le risque vient des éditions facsimilé, qui reproduisent la couverture et la pagination d'un fascicule ancien : DC en a publié pour plusieurs numéros de l'âge d'argent. Vérifiez si une telle édition existe pour le #123, et cherchez la mention de facsimilé en couverture. Sa présence disqualifie l'exemplaire comme original.
Les éditions étrangères demandent le même soin : elles ont circulé avec des couvertures parfois recadrées, ont leur intérêt propre, mais ne valent pas l'édition américaine d'origine.
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Les pièges à l'achat
Premier piège : la restauration. Sur un papier de 1961, on rebouche des déchirures, on recolle des fragments de couverture, on retouche des couleurs. Une restauration n'est pas un défaut caché si elle est déclarée, mais un exemplaire restauré se négocie nettement en dessous d'un exemplaire non restauré de même apparence. À ce sujet, notre guide sur l'étiquette de restauration et sa décote explique comment lire cette mention.
Deuxième piège : l'assemblage, c'est-à-dire une couverture d'un exemplaire collée sur les pages d'un autre. Troisième piège : l'annonce vague qui promet un « Flash 123 » sans année, laquelle peut désigner le #123 de la série relancée en 1987, parue plus tard. Exigez la date de couverture, septembre 1961, et une photo de la première page intérieure.
Quatrième piège : la lecture hâtive d'une note. Un chiffre ne dit pas ce qui l'a motivé : défaut de pages, pliure de dos, perte de couleur. Comparez les photos avant de comparer les prix. Pour lire les statistiques de certification d'un numéro rare, consultez notre guide du recensement des exemplaires notés.
Les numéros voisins qui comptent aussi
Le #123 ne se comprend pas seul. Showcase #4, de 1956, pose Barry Allen ; vous trouverez son dossier dans notre analyse de Showcase #4. Dans la série solo, le #105 inaugure la première série régulière et le #110 apporte Kid Flash, tandis que le #139, daté de septembre 1963, introduit le Reverse-Flash, dont l'histoire est retracée dans notre article dédié. Ces numéros forment l'ossature de la collection Silver Age de Flash.
Du côté de la rencontre des mondes, Justice League of America #21 et #22 donnent la suite directe à l'idée de 1961, avec deux équipes face à face. Plus loin, Flash Comics #1, janvier 1940, reste la première apparition de Jay Garrick, avec une cote sans commune mesure avec celle du #123, au point qu'on ne l'envisage que dans une autre catégorie de budget. Si le point de départ vous intéresse davantage que la rencontre, c'est ce numéro-là qu'il faut viser.
Les récits de Fox et d'Infantino de 1960 à 1963 forment un bloc que l'on peut approcher par les recueils avant d'acheter les fascicules. Le guide de lecture de la série, notre parcours Flash, indique par où commencer selon l'époque.
Ce que la notation change
La certification fige l'état, la restauration éventuelle et l'authenticité dans une coque scellée. Pour un numéro dont les grands exemplaires se comptent en dizaines, cette fixité a une valeur : elle rend les ventes comparables entre elles, et elle protège le fascicule d'une manipulation répétée. Elle a aussi un coût et un inconvénient : le papier ne se feuillette plus, et un exemplaire sous coque se lit mal.
Si vous visez la revente, la note est indispensable : elle détermine la liquidité. Si vous voulez un fascicule à lire et à montrer, un exemplaire non noté en état correct, acheté auprès d'un vendeur de confiance, offre un meilleur rapport entre plaisir et coût. Les étiquettes colorées ont chacune leur signification, que notre article sur les couleurs d'étiquette détaille.
Sur du papier de 1961, deux notes voisines recouvrent un écart réel : demandez des photos nettes des quatre coins, de la tranche et du revers de couverture.
Comment le suivre dans une collection
Le #123 se range comme un pivot. Dans une collection Flash organisée par ère, il ouvre le bloc des numéros « multivers » et précède la rencontre des deux équipes de 1963. Notez pour chaque exemplaire la date de couverture, la présence ou l'absence de restauration, le niveau de certification et le prix payé avec sa date : sur une pièce qui se négocie rarement, l'historique de vos propres achats est une donnée utile.
Si vous ne possédez pas encore l'original, constituez la lecture avant la pièce : un recueil de la période de Fox et d'Infantino vous donne le récit complet, et vous permet d'attendre l'exemplaire qui vous convient plutôt que d'acheter sous la pression. L'historique du personnage dans son ensemble est retracé dans notre article d'histoire de Flash, qui replace ce numéro parmi les autres tournants.
Conclusion : un fascicule qui vaut par ce qu'il a rendu possible
The Flash #123 n'a pas besoin d'une première apparition pour peser sur un catalogue. En septembre 1961, Gardner Fox et Carmine Infantino ont donné à DC un outil narratif qui a structuré ses publications pendant un quart de siècle, et que l'éditeur n'a jamais cessé de rouvrir. Pour le collectionneur, la bonne approche tient en trois gestes : vérifier la date et l'édition, lire l'état avant le chiffre de la note, et comparer des ventes de même niveau plutôt qu'un record isolé.
Questions fréquentes
Oui, c'est leur première rencontre dans l'histoire éditoriale, avec « Flash of Two Worlds », daté de septembre 1961. Jay Garrick existait depuis Flash Comics #1 de janvier 1940, et Barry Allen depuis Showcase #4 de 1956, mais aucun récit ne les avait fait se croiser avant ce numéro de Gardner Fox et Carmine Infantino.
C'est la première visite de Barry Allen sur la Terre de Jay Garrick, donc l'acte de naissance du concept. La désignation « Terre-1 » et « Terre-2 » se stabilise surtout avec les récits suivants, dont Justice League of America #21 et #22 de 1963 ; vérifiez le vocabulaire exact dans l'exemplaire que vous visez.
Parce qu'il introduit un concept, le multivers de DC, et non un personnage. Cette idée a nourri les rencontres annuelles de 1963 puis la série Crisis on Infinite Earths de 1985. La demande vient donc des amateurs d'âge d'argent et d'histoire du médium plus que de la spéculation sur les adaptations à l'écran.
Nos sources ne mentionnent pas de version alternative d'époque pour ce fascicule : l'état, une restauration éventuelle et la provenance font la différence entre deux exemplaires. Les reproductions modernes, comme les éditions facsimilé ou les recueils, se reconnaissent à leur papier, à leur impression et à la mention de l'édition.
Noté si vous pensez à la revente ou à l'investissement, parce que la note rend les ventes comparables et garantit l'authenticité. Non noté, avec un vendeur de confiance et des photos complètes, si vous voulez lire et montrer le fascicule. Dans les deux cas, vérifiez l'absence de restauration non déclarée.
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