Le Reverse-Flash (Eobard Thawne, alias Professor Zoom) apparaît pour la première fois dans Flash #139 (septembre 1963), créé par John Broome et Carmine Infantino. Son identité est révélée dans Flash #153 (1965), Barry Allen le tue dans Flash #324 (1983), et sa mythologie est entièrement réécrite par Geoff Johns dans Flash: Rebirth (2009-2010), point de départ de l'événement Flashpoint (2011). Flash #139 reste la clé recherchée par les collectionneurs, avec un marché structuré autour des exemplaires gradés CGC.
Il existe des ennemis récurrents, et il existe des ennemis qui définissent un personnage. Le Reverse-Flash appartient à la seconde catégorie : depuis plus de soixante ans, il n'est pas seulement l'opposé de Flash en costume jaune et rouge inversé, il est la preuve vivante que la vitesse peut se retourner contre celui qui la possède. Eobard Thawne n'attaque pas Barry Allen à coups de poing ou de gadgets — il attaque son passé, sa famille, sa chronologie tout entière, ce qui fait de lui l'un des rares vilains DC capables de réécrire l'histoire d'un héros sans jamais gagner le combat final.
Pour un collectionneur, l'histoire éditoriale du Reverse-Flash est un cas d'école : une première apparition Silver Age discrète qui grimpe lentement en cote, une identité révélée deux ans plus tard dans un numéro presque anecdotique, une mort spectaculaire qui devient un jalon narratif, puis une résurrection scénaristique quarante-six ans après ses débuts qui relance tout l'intérêt collector autour du personnage. Rares sont les vilains DC dont la bibliographie clé s'étale sur six décennies avec autant de cohérence.
Cet article retrace, numéro par numéro et fait par fait, l'histoire du Reverse-Flash en comics : sa création en 1963, les étapes qui ont bâti sa légende, son traitement dans les séries télévisées de l'Arrowverse, et les repères concrets pour aborder ce pan de collection sans se tromper.
Flash #139 : la naissance de l'anti-Flash en 1963
En septembre 1963, le scénariste John Broome et le dessinateur Carmine Infantino publient Flash #139, un numéro qui n'annonce en couverture aucune révolution particulière. C'est pourtant là que naît l'un des concepts les plus élégants du Silver Age DC : un scientifique du 25e siècle, brillant mais désabusé par la routine aseptisée de son époque, tombe en fascination obsessionnelle pour les exploits du Flash qu'il étudie dans les livres d'histoire. Ce personnage, encore anonyme dans ce premier récit, utilise la technologie de son temps pour reconstituer un costume inspiré de celui de Barry Allen, mais avec les couleurs inversées — jaune dominant, rouge en accent, exact miroir visuel du héros qu'il admire et qu'il va bientôt combattre.
Le choix éditorial est remarquable pour l'époque : plutôt que de donner à Flash un adversaire doté d'un gadget ou d'une force brute, Broome et Infantino créent un rival qui possède exactement les mêmes pouvoirs, obtenus par les mêmes moyens scientifiques, mais dirigés vers le crime plutôt que l'héroïsme. Le costume inversé n'est pas qu'un choix graphique commode pour différencier les deux personnages en pleine page : c'est une déclaration thématique. Le Reverse-Flash est ce que devient la vitesse quand elle est motivée par l'ego et l'obsession plutôt que par le devoir.
Le personnage reste alors désigné sous le nom de code Professor Zoom dans la continuité éditoriale de l'époque, sans identité civile précisée. Ce n'est qu'un an et demi plus tard, dans Flash #153 (1965), toujours sous la plume de John Broome, que le nom Eobard Thawne est associé au personnage, complétant l'origine esquissée dans le numéro 139 et ancrant définitivement le vilain dans le futur lointain de Central City — un choix qui permettra, des décennies plus tard, aux scénaristes de rejouer indéfiniment la temporalité du personnage sans jamais épuiser ses possibilités narratives.
Ce contexte éditorial de 1963 mérite d'être resitué dans son époque : le Silver Age DC venait tout juste de relancer Flash lui-même, quelques années plus tôt, sous la forme de Barry Allen dans Showcase #4 (1956), après l'abandon du premier Flash de la Golden Age, Jay Garrick. La création d'un adversaire miroir en 1963 s'inscrit donc dans une période où l'équipe éditoriale de DC, portée par Julius Schwartz comme rédacteur en chef du titre, cherchait systématiquement à approfondir la mythologie de ses héros relancés plutôt que d'empiler des menaces ponctuelles. Le Reverse-Flash n'est pas un simple produit de cette logique : il en est l'aboutissement le plus abouti, au point de devenir, bien plus tard, l'archétype revendiqué par d'autres éditeurs pour leurs propres duos héros-némésis à pouvoirs symétriques.
C'est aussi ce soin apporté à la cohérence conceptuelle qui explique la longévité éditoriale du personnage : contrairement à nombre de vilains Silver Age tombés dans l'oubli après quelques parutions, le Reverse-Flash n'a jamais quitté durablement la continuité DC depuis 1963, traversant Bronze Age, post-Crisis, New 52 et Rebirth avec une cohérence de caractérisation rare pour un personnage aussi ancien.
Le duel qui tourne à la tragédie : Fiona Webb et la mort de Thawne dans Flash #324
La relation entre Flash et son double inversé change de nature au tournant des années 1980. Sous la direction du scénariste Cary Bates, associé de nouveau à Carmine Infantino au dessin, l'antagonisme cesse d'être un jeu du chat et de la souris pour devenir une guerre personnelle. Thawne s'en prend directement à l'entourage de Barry Allen, culminant dans le meurtre de Fiona Webb, la fiancée du héros, tuée par le Reverse-Flash au moment précis de son mariage avec Barry.
C'est dans ce contexte que paraît Flash #324 (août 1983), intitulé « The Slayer and the Slain! ». Poussé à bout, Barry Allen brise pour la première fois la règle tacite qui interdit aux héros DC de tuer : il provoque la mort de Thawne au cours d'un affrontement à vitesse extrême. Le geste est lourd de conséquences éditoriales : il ouvre l'arc narratif connu sous le nom de « Trial of the Flash », dans lequel Barry Allen doit répondre de cet homicide devant la justice, une histoire qui occupera le titre pendant près de deux ans et qui contribuera, en creux, à la décision ultérieure de faire mourir Barry Allen dans Crisis on Infinite Earths #8 (1985) plutôt que de prolonger indéfiniment ce procès. Flash #324 marque ainsi un point de bascule : le Reverse-Flash n'est plus un rival récurrent que l'on retrouve numéro après numéro, il devient l'élément déclencheur d'une des périodes les plus sombres de la carrière de Barry Allen.
Le retour impossible : Flash (vol. 2) #74-79 et l'usurpation de Barry Allen
Après la mort de Barry Allen en 1985, le titre Flash passe à Wally West, son neveu par alliance et ancien Kid Flash. En 1993, le scénariste Mark Waid, associé au dessinateur Greg LaRocque, imagine l'un des récits les plus retors jamais consacrés au personnage : l'arc « The Return of Barry Allen », publié dans Flash (vol. 2) #74 à #79. Un homme se présentant comme Barry Allen ressuscité fait irruption dans la vie de Wally West un soir de Noël. Les retrouvailles tournent vite au malaise : ce Barry se montre plus brutal, plus expéditif dans sa manière de traiter les criminels, à mille lieues du modèle de rigueur morale que Wally avait connu.
La révélation finale est l'une des plus marquantes de la période post-Crisis : ce faux Barry Allen n'est autre qu'Eobard Thawne, qui a utilisé la chirurgie esthétique de son époque futuriste pour se remodeler physiquement à l'identique du héros qu'il idolâtrait au point de l'obsession. Mark Waid a construit ce récit précisément pour clore, de manière définitive et dérangeante, les espoirs des lecteurs de voir revenir Barry Allen — en transformant ce fantasme en cauchemar incarné par son pire ennemi. L'arc est aujourd'hui considéré comme l'un des sommets de l'ère Wally West et une pièce de référence pour comprendre la psychologie obsessionnelle du personnage de Thawne, bien au-delà du simple costume inversé.
Flash: Rebirth (2009-2010) : Geoff Johns redéfinit la mythologie du Reverse-Flash
Le retour de Barry Allen à la vie active, orchestré par Geoff Johns dans l'événement Final Crisis puis confirmé dans la mini-série Flash: Rebirth (six numéros, avril 2009 à février 2010), s'accompagne d'une réécriture profonde de l'origine du Reverse-Flash. Johns révèle que Thawne n'est pas seulement l'adversaire adulte de Barry : il est responsable, en remontant le temps, du meurtre de Nora Allen, la mère de Barry, tuée alors que ce dernier n'était qu'un enfant — un crime pour lequel le père de Barry, Henry Allen, a été injustement emprisonné pendant des décennies dans la continuité pré-existante.
Ce changement transforme rétroactivement toute la mythologie du personnage : la rivalité entre Flash et Reverse-Flash cesse d'être une simple opposition de super-vitesse pour devenir une tragédie familiale orchestrée depuis l'enfance de Barry. Flash: Rebirth est aussi le récit qui popularise la Force Véloce (Speed Force) comme mécanisme narratif central de l'univers Flash, et qui installe Thawne comme la source structurelle du traumatisme fondateur de Barry Allen, bien plus qu'un simple vilain du mois.
Flashpoint et l'héritage post-2011
La conséquence directe de cette réécriture arrive en 2011 avec Flashpoint, événement en cinq numéros scénarisé par Geoff Johns et dessiné par Andy Kubert. Barry Allen, incapable de vivre avec le souvenir du meurtre de sa mère, remonte le temps pour empêcher Thawne de la tuer. Le geste, en apparence salvateur, fracture la ligne temporelle et engendre une réalité alternative désastreuse que Barry doit ensuite s'employer à réparer — l'événement qui servira de porte d'entrée au lancement éditorial New 52 chez DC Comics.
Avec le programme Rebirth de 2016, Thawne retrouve un statu quo plus proche de son origine pré-Flashpoint, avec des nuances de motivation retravaillées par les scénaristes successifs du titre. Cette valse de continuités — origine classique en 1963, révélation du meurtre de Nora Allen en 2009, réinitialisation de 2011, restauration de 2016 — est précisément ce qui rend la bibliographie du Reverse-Flash aussi dense : chaque étape éditoriale majeure correspond à un numéro identifiable, recherché pour sa valeur narrative autant que pour sa place dans l'histoire du personnage.
Ne pas confondre : Reverse-Flash et Zoom (Hunter Zolomon)
Un point de vigilance revient souvent chez les collectionneurs débutants : le nom « Zoom » est parfois associé au Reverse-Flash, notamment via le surnom historique « Professor Zoom » porté par Thawne. Mais DC Comics a introduit en 2003, dans Flash #197, un personnage distinct sous le nom de code Zoom : Hunter Zolomon, un ancien profileur du FBI devenu vilain sous la plume de Geoff Johns. Zolomon possède une relation à la vitesse radicalement différente de celle de Thawne — il perçoit le monde ralenti autour de lui plutôt que d'accélérer lui-même — et son parcours éditorial, bien que parfois entremêlé à celui de Thawne dans les adaptations télévisées, reste une lignée à part dans les comics. Pour la recherche de clés d'achat, il est donc essentiel de distinguer les numéros consacrés à Eobard Thawne (Reverse-Flash / Professor Zoom) de ceux consacrés à Hunter Zolomon (Zoom), qui ne partagent ni la même première apparition ni la même bibliographie de collection.
L'impact des adaptations sur la cote
Le Reverse-Flash a bénéficié d'une exposition télévisée particulièrement soutenue grâce à l'Arrowverse du network The CW. Le comédien Matt Letscher incarne la version originelle d'Eobard Thawne dès 2014, d'abord dans la série Arrow, avant de reprendre le rôle dans The Flash et Legends of Tomorrow pour des versions du personnage déplacées dans le temps. En parallèle, Tom Cavanagh campe Thawne dissimulé sous l'identité de Harrison Wells pendant la première saison de The Flash (2014), une double incarnation qui a marqué durablement la perception populaire du personnage et que Cavanagh poursuivra sur plusieurs saisons suivantes. Lors du crossover « Crisis on Earth-X » (2017), seul Cavanagh reprendra le rôle, Letscher n'ayant pas été sollicité pour l'occasion.
Cette omniprésence télévisée a maintenu un intérêt constant pour les clés de collection liées au personnage, en particulier Flash #139, régulièrement citée par les guides de gradation comme l'une des premières apparitions Silver Age les plus recherchées de la galerie de vilains de Flash. À titre indicatif, les données de gradation existantes recensent une quinzaine d'exemplaires notés 9.0 ou plus par CGC, dont seulement trois exemplaires au grade 9.6 — une rareté qui explique la prime accordée aux hauts grades sur ce numéro précis. Une vente documentée d'un exemplaire CGC 9.6 a atteint 8 365 dollars en 2006, tandis que des exemplaires en grades intermédiaires (FN 6.0, GD- 1.8) ont montré une progression de valeur sensible sur la période 2012-2018 selon les mêmes bases de données de gradation. Ces chiffres datent de plusieurs années et ne remplacent pas une estimation actualisée sur les ventes récentes.
À l'inverse, il est utile de noter que le personnage du Reverse-Flash n'apparaît pas dans le long-métrage The Flash sorti en 2023 avec Ezra Miller : le film lui substitue un antagoniste nommé Dark Flash, une version corrompue de Barry Allen lui-même portant un costume jaune en clin d'œil visuel au Reverse-Flash, sans que Eobard Thawne n'y figure comme personnage à part entière. Ce choix scénaristique rappelle que l'exposition d'un personnage de comics au cinéma n'est jamais garantie, même pour un vilain aussi central dans les comics que le Reverse-Flash — un facteur à garder en tête pour qui spécule sur l'effet d'une sortie cinéma sur la cote d'un numéro.
Guide d'achat : comment aborder les comics du Reverse-Flash
Constituer une collection cohérente autour du Reverse-Flash suppose de connaître précisément la hiérarchie des numéros clés et les pièges classiques du marché des comics Silver Age et Bronze Age. Voici les repères à connaître avant d'acheter :
- Flash #139 (1963) est la pièce maîtresse absolue : première apparition du personnage encore anonyme, c'est le numéro qui structure toute la cote du personnage et celui sur lequel la demande en haut grade (9.0 et plus) dépasse largement l'offre disponible sur le marché.
- Vérifiez systématiquement l'authenticité de la restauration sur les exemplaires anciens de Flash #139 : un comic de plus de soixante ans en grade élevé non gradé mérite une inspection sous lumière rasante ou, mieux, un passage par une entreprise de gradation professionnelle avant tout achat significatif.
- Ne confondez pas Flash #139 (première apparition anonyme) et Flash #153 (identité de Thawne révélée) : ce sont deux clés distinctes avec des cotes et des niveaux de rareté différents, souvent mélangées dans les descriptions d'annonces généralistes.
- Flash #324 (1983) et l'arc « The Return of Barry Allen » (Flash vol. 2 #74-79, 1993) constituent des clés secondaires solides pour qui veut retracer l'histoire narrative complète du personnage plutôt que sa seule première apparition.
- Les numéros de Flash: Rebirth (2009-2010) sont plus accessibles budgétairement et représentent un point d'entrée pertinent pour comprendre l'origine moderne de Thawne, tout en restant des comics récents à tirage plus élevé que le Silver Age.
- Distinguez toujours les clés de Reverse-Flash (Eobard Thawne) de celles de Zoom (Hunter Zolomon), notamment Flash #197 (2003), qui appartiennent à une lignée de vilain différente malgré des noms parfois confondus par le grand public.
- Comparez plusieurs ventes réalisées récentes plutôt qu'une seule annonce avant de fixer un budget d'achat, la volatilité des prix sur les clés Silver Age pouvant être significative d'une vente à l'autre selon l'état exact et la provenance.
Pour organiser le suivi de ces acquisitions au fil du temps — gradation visée, budget alloué à chaque clé, historique des exemplaires déjà en collection — l'application de gestion de collection de comics permet de centraliser ces informations plutôt que de s'appuyer sur des fichiers dispersés.