Étranges Aventures est un petit format publié par Arédit-Artima de juillet 1966 à mars 1983, soit 78 numéros étalés sur près de dix-sept ans à un rythme majoritairement trimestriel. La revue mêle des récits d'origine américaine, des séries britanniques et des adaptations issues du roman populaire français. Sa longévité et son âge en font une collection difficile à compléter, où l'identification des numéros tardifs pose autant de problèmes que l'état des premiers.
Si vous avez hérité d'une pile de petits formats et que vous y trouvez une couverture Étranges Aventures, vous tenez un objet plus ancien que la quasi-totalité des revues de super-héros qui circulent en brocante. Le premier numéro est daté de juillet 1966, avant les grandes revues qui structurent le souvenir des collectionneurs français. Et pourtant la série court jusqu'en mars 1983. Cette double caractéristique, ancienne et longue, commande tout ce qui suit.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Une revue à trois sources, et non une revue de super-héros
La première erreur est de ranger Étranges Aventures parmi les revues de costumés. Le catalogue des numéros raconte autre chose. Sur les premières années, les noms qui reviennent au scénario sont Dave Wood, Bob Haney, Ed Herron et Gardner Fox, et au dessin Bernard Baily, Mort Meskin, Bob Brown, Gil Kane, Ramona Fradon ou Carmine Infantino. C'est un fonds de récits d'aventure et de science-fiction d'origine américaine. Les intitulés français le confirment : « Le retour du mort » ouvre le numéro 1, et la suite aligne « Les Criminels du passé » ou « Les gangsters de l'espace ».
Une deuxième source apparaît très vite : la bande dessinée britannique. Peter O'Donnell au scénario, John Allard et Steve Dowling au dessin, mais aussi Ted Cowan avec Reg Bunn, ou Frank S. Pepper, Brian Lewis, Eric Bradbury. Leur présence est régulière du numéro 7 jusqu'au milieu des années 1970. L'information est pratique : si vous cherchez une signature américaine connue et tombez sur des planches au trait très différent, vous n'avez pas un faux, vous avez la part britannique du sommaire.
La troisième source donne à la revue son caractère local. Le numéro 11, daté de janvier 1969, porte au scénario F. Richard-Bessière ; le numéro 28, février 1973, associe André Caroff à l'illustrateur Michel Gourdon ; le numéro 31 cite Stefan Elg. Et deux intitulés sortent franchement du registre comics : « OSS. 117 » au numéro 33 et « Coplan » au numéro 44. Arédit-Artima adossait sa revue au roman populaire français qu'il publiait par ailleurs, ce qui explique qu'un même fascicule puisse contenir des univers sans rapport entre eux.
Un rythme trimestriel, et le moment où il se dérègle
Les dates dessinent d'abord une mécanique régulière : juillet 1966, octobre 1966, puis des parutions de janvier, avril, juillet et octobre année après année. Quatre fascicules par an, ce qui explique qu'il ait fallu dix-sept ans pour atteindre le numéro 78. Pour celui qui complète la série, cette lenteur est une bonne nouvelle : il n'y a pas des centaines de numéros à traquer. C'est aussi une mauvaise nouvelle, parce que chaque fascicule a été tiré une seule fois, et que les survivants sont dispersés.
Puis le rythme se dérègle. En 1974, cinq numéros se succèdent à un mois d'intervalle : juin, juillet, août, septembre, novembre pour les numéros 34 à 38. Une trimestrielle qui sort cinq fois en six mois est une revue dont l'éditeur réorganise sa gamme. Dans un lot acheté en vrac, cette grappe de 1974 se présente souvent groupée, pour la raison simple qu'elle a été achetée groupée à l'époque. À l'inverse, trois trimestres séparent le numéro 53 du numéro 54, entre 1976 et 1977 : un vendeur qui vous annonce une suite « complète et continue » sur ces années décrit une série qui, elle-même, ne l'était pas.
Pourquoi les dates tardives sont moins précises
À partir du numéro 39, la datation cesse de donner un mois et se contente d'un trimestre, et cela jusqu'au numéro 57. Ce n'est pas une négligence de catalogage, c'est très probablement ce que portaient les fascicules eux-mêmes, les petits formats ayant souvent abandonné la date mensuelle au profit d'une mention trimestrielle.
La conséquence est directe pour qui trie une pile. Les numéros 39, 40 et 41 partagent la même mention de premier trimestre 1975 ; les numéros 63 et 64 partagent le quatrième trimestre 1979. Dans ces cas, la date ne sert plus à ordonner : seul le numéro de fascicule le fait. Trois numéros, enfin, ne sont documentés que par une simple année, le 3 en 1967, le 15 en 1970 et le 19 en 1971. Si vous tenez l'un des trois, inutile de chercher une date plus fine : un vendeur qui vous en annonce une l'a déduite, pas lue.
Quand le titre indexé n'est pas une histoire
Voici le point le plus contre-intuitif de cette série. Pour une vingtaine de numéros, le premier intitulé enregistré au sommaire n'est pas un récit mais une page de publicité maison. « Arédit pense à vous ! » revient des numéros 34 à 38, puis au 41 ; « Artima pense à vous ! » au 42 ; « Artima présente la gamme... » occupe une longue série, du 47 au 55 puis au 57. Les numéros 21, 22 et 25 portent « Les publications ci dessous... », le numéro 75 une annonce de présentation renouvelée de la collection Comics Pocket. Le numéro 14 est même indexé sous « 4ème de couverture ».
Ces pages font partie du fascicule, et à ce titre elles sont indexées comme les autres, mais elles ne vous disent rien du contenu narratif. Deux règles en découlent. Ne concluez jamais d'une annonce rédigée à partir d'un titre de ce genre que vous savez ce que contient le numéro. Et traitez ces pages comme une information d'édition précieuse : le passage de la signature « Arédit » à la signature « Artima » autour des numéros 41 et 42 est un repère de datation interne, lisible sur l'exemplaire lui-même.
Reconnaître une édition et situer le fascicule
Arédit et Artima désignent la même maison à des moments différents de son histoire, et la gamme à laquelle la revue appartient est nommée dans ses propres pages sous l'appellation Comics Pocket. C'est votre premier point d'appui quand la couverture est frottée au point que la date a disparu : le libellé de la collection, la signature de l'éditeur et le numéro de fascicule suffisent presque toujours à situer un exemplaire sans date lisible.
Deuxième point d'appui, le contenu lui-même, qui change de camp au fil des années. À partir du numéro 21, daté de juillet 1971, apparaissent au sommaire Stan Lee, Larry Lieber et Jack Kirby, puis Steve Ditko aux numéros 23 à 25 ; la décennie suivante fait entrer Steve Englehart, Jim Starlin, Herb Trimpe ou George Pérez. Au tournant des années 1980, les signatures basculent une nouvelle fois : Jack C. Harris, Bob Rozakis, Sheldon Mayer, Jim Aparo, Luis Dominguez, Leo Durañona. Un sommaire vous dit donc approximativement dans quelle tranche de la série vous êtes, même sans couverture.
Troisième point d'appui, et il faut le dire franchement : le catalogue ne conserve qu'un seul intitulé d'histoire par numéro, alors qu'un petit format en contenait plusieurs. Le sommaire complet reste à vérifier sur l'exemplaire, page par page. C'est pour cela qu'aucun guide sérieux ne peut vous affirmer qu'un Étranges Aventures précis contient la première parution française de tel personnage, ni qu'il reprend tel fascicule américain.
Les numéros qui comptent, et pourquoi
Dans une série aussi longue, tout n'a pas le même poids. Le numéro 1 de juillet 1966 compte par position : c'est le point de départ, et aussi le plus vieux fascicule de l'ensemble, donc statistiquement le plus abîmé. Le numéro 78, daté de mars 1983, compte par symétrie : « Bêtes de Somme » clôt la série, et les derniers numéros d'un petit format ont souvent été tirés plus faiblement que les premiers.
Viennent ensuite les numéros dont l'intitulé signale un récit en plusieurs parties. Les numéros 63, 64 et 65 portent tous trois le même titre, « Hulk contre l'exosquelette », juste après un numéro 62 intitulé « L'incroyable Hulk ». Acheter le 64 sans le 63 ni le 65, c'est acheter un tiers de récit. Le numéro 61 s'annonce lui aussi comme une deuxième partie. Ces numéros se vendent mieux réunis, et un vendeur attentif le sait.
Enfin, quelques intitulés attirent l'attention pour ce qu'ils suggèrent sans le prouver : « Le Chevalier de la Nuit » au numéro 26, « Captain Comète et Superman » au numéro 70. Un titre français de petit format était souvent une invention de la rédaction, pas une traduction : il indique une piste, pas une identification.
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Ce qui distingue cette série, c'est l'écart d'âge interne : près de dix-sept ans séparent le premier numéro du dernier. Un exemplaire de 1966 et un exemplaire de 1982 n'ont pas vécu la même durée, et cela se voit. Cherchez d'abord la tenue du dos, puis le report d'encre de la couverture sur la première page, deux défauts qui s'aggravent avec le temps de stockage plutôt qu'avec la manipulation.
Le second effet de cet écart est économique. Pour un même défaut apparent, un numéro des années 1966 à 1969 reste plus défendable qu'un numéro de 1981, simplement parce que l'offre d'exemplaires frais est quasi nulle sur les premiers. Raisonnez par tranche de date et non sur l'ensemble de la série, sans quoi vous surpayerez les numéros tardifs et laisserez passer les anciens.
Les pièges à l'achat
Le piège le plus fréquent est le lot décrit comme « complet » sur la foi d'une numérotation continue. Avec 78 numéros et des mentions de date aussi irrégulières, c'est l'absence de doublon et la cohérence des trimestres qui demandent une vérification. Demandez une photo des tranches alignées plutôt qu'une liste recopiée.
Le deuxième piège tient aux intitulés publicitaires évoqués plus haut. Une annonce qui reprend « Artima présente la gamme... » comme titre de contenu n'a pas été rédigée par quelqu'un qui a ouvert le fascicule. Cela vous apprend surtout que le vendeur ne décrira pas les défauts qu'il n'a pas regardés.
Le troisième piège concerne les attributions. Les sommaires associent, dans un même numéro, des auteurs qui n'ont jamais travaillé ensemble, par exemple Stan Lee et Peter O'Donnell au numéro 33. C'est normal : plusieurs histoires d'origines différentes cohabitaient. Une annonce qui présente un seul nom comme l'auteur du numéro se trompe, et vous paierez cette confusion si vous ne la relevez pas.
Compléter la série et suivre la collection
Compléter 78 numéros répartis sur dix-sept ans demande une méthode différente de celle qu'on applique à une mensuelle. Les lots anciens circulent par tranches, souvent constituées au moment de l'achat d'origine : la grappe de 1974 d'un côté, les trimestres de 1975 et 1976 de l'autre. Visez ces blocs, et gardez les achats isolés pour les trous que vous ne comblez pas autrement, en particulier le 1, le 3, le 15 et le 19, dont la datation incomplète décourage les vendeurs de les mettre en avant.
Pour le suivi, tenez une liste à trois colonnes seulement : le numéro, la date telle qu'elle est portée sur l'exemplaire, et l'état constaté. La deuxième colonne compte autant que les autres sur cette série, puisqu'une partie des fascicules n'offre qu'un trimestre ou une année. C'est la seule façon de savoir, trois ans plus tard, si le numéro 15 qu'on vous propose est bien celui qui vous manque.
La cote aujourd'hui
Nous ne donnons aucun montant, parce qu'il serait faux dès le mois suivant et différent d'un pays à l'autre. En revanche, trois rapports se vérifient. Le numéro 1 se négocie à un multiple des numéros courants, et l'écart se creuse avec l'état. Les numéros d'une continuité, comme la suite 62 à 65, valent sensiblement plus réunis que la somme de leurs valeurs isolées. Enfin, un lot de plusieurs dizaines de numéros se vend au fascicule moins cher qu'un numéro seul, ce qui en fait la meilleure porte d'entrée si vous démarrez.
Pour estimer un exemplaire, comparez avec des ventes conclues portant le même numéro et un état décrit de façon comparable, et non avec des annonces en cours. Sur une trimestrielle ancienne, les ventes conclues sont peu nombreuses : il faut parfois remonter loin pour trouver un point de comparaison honnête.
Ce qu'il faut retenir
Étranges Aventures est un petit format de 78 numéros qui a tenu de juillet 1966 à mars 1983 en mélangeant trois traditions, américaine, britannique et française. Son intérêt tient moins à un numéro clé qu'à la difficulté réelle de reconstituer l'ensemble.
Trois réflexes suffisent. Lisez la date telle qu'elle est imprimée, et acceptez qu'elle soit parfois réduite à une année. Méfiez-vous des intitulés qui sont en réalité des publicités de l'éditeur. Vérifiez le sommaire sur l'exemplaire. Pour prolonger, les hubs consacrés à Hulk et à Superman replacent dans leur chronologie d'origine les personnages dont les intitulés tardifs de la revue portent le nom.
Questions fréquentes
La série compte 78 numéros. Le premier est daté de juillet 1966 et le dernier, intitulé « Bêtes de Somme », de mars 1983. Le rythme est majoritairement trimestriel, ce qui explique une durée de vie de près de dix-sept ans pour un nombre de fascicules modeste au regard des revues mensuelles de la même époque.
Trois numéros, le 3, le 15 et le 19, ne sont documentés que par une année, respectivement 1967, 1970 et 1971. À partir du numéro 39, la datation devient trimestrielle au lieu d'être mensuelle. Cette imprécision vient de ce que portaient les fascicules eux-mêmes : elle n'est pas comblable, et une date plus fine annoncée par un vendeur est une déduction.
Que le premier élément indexé du fascicule est une page de publicité de l'éditeur, non un récit. Ce cas se présente sur une vingtaine de numéros, avec des variantes signées Arédit ou Artima. L'information est utile pour dater une édition, mais elle ne dit rien du contenu narratif, qu'il faut lire sur l'exemplaire.
C'est préférable. Les numéros 63, 64 et 65 portent le même intitulé, « Hulk contre l'exosquelette », à la suite d'un numéro 62 intitulé « L'incroyable Hulk ». Il s'agit d'une continuité découpée sur plusieurs fascicules, entre le quatrième trimestre 1979 et le premier trimestre 1980. Acquis séparément, ces numéros laissent un récit incomplet.
Rien ne permet de l'affirmer. La revue assemblait dans un même numéro des histoires d'origines différentes, américaines, britanniques et parfois françaises, et le catalogue ne conserve qu'un intitulé par numéro. Toute équivalence annoncée entre un numéro français et un numéro américain doit donc être vérifiée page par page sur l'exemplaire.