Descender et Ascender : le guide complet — illustration article
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Descender compte 32 numéros (Image, 2015-2018) et Ascender lui succède en 18 numéros (2019-2021). Écrites par Jeff Lemire, entièrement peintes à l'aquarelle par Dustin Nguyen. Il faut lire Descender en premier : Ascender se déroule dix ans plus tard et bascule de la science-fiction vers la fantasy, en supposant tout ce qui précède.

Descender compte 32 numéros et Ascender lui succède en 18. Une seule histoire en deux mouvements, à lire dans l'ordre.

C'est l'œuvre la plus visuellement identifiable de Jeff Lemire, et celle dont les lecteurs parlent d'abord en montrant une page plutôt qu'en résumant l'intrigue. Cet article explique ce que contient chaque série, pourquoi la seconde change de genre, et comment s'y retrouver entre les formats.

Le point de départ de Descender

Neuf géants mécaniques apparaissent un jour au-dessus des neuf planètes principales de l'Union galactique. Ils ne parlent pas, n'attaquent pas immédiatement, puis frappent — et disparaissent aussitôt. La catastrophe fait des milliards de morts et déclenche, dans les décennies qui suivent, une chasse aux robots à l'échelle de la galaxie.

Dix ans après, sur une colonie minière abandonnée, un petit robot-compagnon se réveille. TIM-21 a l'apparence d'un enfant, la mémoire d'une famille humaine qu'il servait, et il ignore que son code partage quelque chose avec les géants. Il devient instantanément l'objet le plus recherché de la galaxie.

Le dispositif est classique — l'enfant-clé poursuivi — mais il est mis au service de la question qui traverse toute l'œuvre de Lemire : que devient un être défini par une fonction qu'on lui a retirée ? TIM-21 a été conçu pour tenir compagnie à un garçon qui n'existe plus. Tout le reste découle de là.

Ce que Ascender change

La seconde série reprend l'histoire une décennie après la fin de la première, et opère un basculement franc que beaucoup de lecteurs n'attendaient pas.

De la science-fiction à la fantasy

La technologie a disparu de la galaxie, remplacée par une magie contrôlée par une entité religieuse. Les vaisseaux ont laissé place aux dragons, les robots sont devenus des reliques traquées. Ce n'est pas une rupture arbitraire : la fin de Descender l'explique entièrement.

Un nouveau personnage principal

Le récit se centre sur Mila, une jeune fille, accompagnée d'un robot que les lecteurs de Descender reconnaîtront. Le schéma enfant-protecteur est reconduit, mais inversé : cette fois, c'est l'humaine qui est fragile et la machine qui protège.

Une conclusion, pas une suite ouverte

Ascender referme l'ensemble. Les deux séries forment un récit unique de cinquante numéros, avec un début, un milieu et une fin voulus — ce qui reste rare dans la bande dessinée sérielle.

L'aquarelle de Dustin Nguyen, et ce qu'elle produit

C'est l'élément dont il faut parler en premier, parce que c'est ce qui distingue la série de tout le reste du rayon science-fiction.

Nguyen peint chaque planche à l'aquarelle, sans encrage traditionnel. Il n'y a donc presque aucune ligne noire fermée : les formes sont délimitées par des variations de lavis, les fonds bavent, les contours des vaisseaux se dissolvent. Sur une bande dessinée de genre, où la lisibilité de l'action est habituellement la priorité absolue, c'est un choix à contre-courant.

Le résultat crée un écart permanent entre ce qui est montré et comment c'est montré. Descender raconte un génocide industriel, des chasseurs de primes, des corps mécaniques démembrés — et le tout est peint en bleus délavés, en roses pâles, avec la douceur d'un livre pour enfants. Cette dissonance fait tout : elle empêche la violence de devenir spectaculaire, et donne au récit sa mélancolie constante.

Elle a un corollaire pratique. Les scènes d'action y sont parfois difficiles à suivre : sans contours nets, deux vaisseaux qui se croisent se lisent moins vite qu'ailleurs. C'est le prix de l'atmosphère, et les lecteurs qui viennent chercher de la lisibilité d'action y sont régulièrement gênés.

Les personnages qui portent le récit

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TIM-21

Robot-compagnon à l'apparence d'un garçon de dix ans. Il ne comprend pas qu'on le traque, ni pourquoi la famille qu'il aimait a disparu. Sa naïveté n'est jamais traitée comme un ressort comique : c'est le point de vue qui rend la galaxie insupportable.

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Docteur Quon

Le concepteur de la série de robots dont TIM fait partie, devenu alcoolique et haï depuis la catastrophe. Le personnage le plus ambigu de la série, et celui dont la trajectoire morale est la plus travaillée.

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Bandit

Le chien-robot de TIM. Sans dialogue, sans arc propre, il porte pourtant plusieurs des séquences les plus fortes des deux séries. Une preuve que Lemire sait tenir une émotion sans un mot.

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Telsa

Officière de l'Union chargée d'escorter TIM, tiraillée entre son devoir et ce que ce devoir implique. C'est par elle que la série interroge le militaire plutôt que le monstre.

Les Moissonneurs, et ce que la série dit vraiment

Le mystère des géants mécaniques structure les 32 numéros de Descender, et il vaut mieux ne pas se le faire gâcher. On peut en dire ceci sans rien déflorer : la réponse n'est pas militaire, elle est morale.

La série passe son temps à installer une opposition apparemment nette — les humains victimes d'un côté, les machines menaçantes de l'autre — puis à la démonter méthodiquement. Les pogroms anti-robots qui suivent la catastrophe sont décrits avec un réalisme désagréable : foules, milices, camps, revente de pièces détachées. Lemire ne fait pas de la science-fiction sur l'intelligence artificielle, il écrit sur ce qu'une population fait d'une minorité qu'elle a désignée.

C'est là que la douceur de l'aquarelle prend tout son sens. Peindre un démembrement de robot en lavis pastel n'esthétise pas la violence : cela empêche le lecteur de la ranger dans la case « action de genre » où il l'aurait mise sans y penser. On ne peut pas s'exciter devant ces pages, et c'est délibéré.

Faut-il lire les deux ?

Oui, si l'on entre dedans. Descender seule laisse le lecteur sur une révélation majeure et une situation ouverte : s'arrêter là revient à lire les deux tiers d'un roman. Les 32 numéros ne constituent pas un récit refermé.

La réserve porte sur le changement de genre. Un lecteur venu pour la science-fiction pure peut être déçu par le virage fantasy d'Ascender — dragons, sorcellerie, ordre religieux. Le basculement est justifié narrativement, mais il change réellement la nature du plaisir de lecture. Mieux vaut le savoir avant d'ouvrir le premier tome de la seconde série plutôt que de le découvrir au deuxième numéro.

Les formats, et le piège habituel

Les deux séries suivent le schéma classique d'Image Comics : parution en numéros souples, puis recueils regroupant cinq à six numéros, puis éditions de bibliothèque réunissant plusieurs recueils.

Les numéros souples — 32 pour Descender, 18 pour Ascender. La forme d'origine, celle où l'aquarelle est imprimée sur un papier qui la sert le moins bien.

Les recueils — le format le plus répandu et le plus économique. C'est celui par lequel la plupart des lecteurs francophones découvrent la série.

À noter pour les éditions françaises : la série a circulé sous des découpages qui ne recoupent pas toujours ceux des recueils américains, et le passage de Descender à Ascender a parfois été édité avec un décalage de calendrier. Vérifiez la plage de numéros en pages de garde plutôt que le numéro de tome affiché sur la tranche — c'est la seule donnée qui permette de savoir où l'on en est.

Les éditions de bibliothèque — grand format, papier épais. Sur une série entièrement peinte, ce n'est pas un luxe cosmétique : les lavis de Nguyen gagnent énormément à être vus en grand, et c'est l'un des rares cas où l'édition de luxe change réellement l'expérience de lecture.

Le piège de collection propre à ces deux séries : elles portent des titres différents alors qu'elles forment un seul récit. Un lecteur qui possède les recueils de Descender et cherche « la suite » ne trouvera rien sous ce nom, et peut conclure que la série s'arrête là.

Inversement, un catalogue qui range Ascender comme une œuvre indépendante ne signalera jamais qu'il manque les 32 numéros qui la précèdent. Enregistrez-les comme deux séries distinctes, mais notez le lien — c'est exactement le genre d'information qu'on croit ne jamais oublier et qu'on a oubliée deux ans plus tard.

Où ces séries se placent dans l'œuvre de Lemire

Descender marque son installation durable chez Image comme auteur de séries de genre au long cours, après Sweet Tooth chez Vertigo. C'est aussi le titre qui a le plus circulé hors du lectorat comics traditionnel, porté par son aspect visuel.

Thématiquement, la série prolonge exactement ce que faisaient Essex County et Sweet Tooth. On y retrouve l'enfant confié à un adulte inadéquat, le père défaillant — ici démultiplié en créateur qui renie sa création — et la communauté qui rejette celui qu'elle a fabriqué. La science-fiction n'est pas un changement de sujet : c'est un nouveau costume pour le même sujet.

La différence tient au dessinateur. Lemire ne dessine pas Descender, et c'est ce qui explique que beaucoup de lecteurs l'aiment sans aimer Essex County : ils rencontrent le scénariste sans rencontrer le dessin qui rebute. C'est la porte d'entrée la plus large de son œuvre, et la moins représentative de ce qu'il est comme auteur complet.

Cataloguer une série en deux titres

Cinquante numéros répartis sur deux séries au nom différent, déclinés en numéros, recueils et éditions de bibliothèque : c'est le cas typique où la mémoire ne suffit plus au bout de six mois.

La question pratique qui se pose en boutique est toujours la même : « est-ce que j'ai déjà celui-là ? » Un catalogue qui enregistre les numéros d'origine, et non les titres de volumes, y répond immédiatement — y compris quand l'objet en rayon est une édition de bibliothèque dont la couverture ne mentionne aucun numéro.

Questions fréquentes

Non, sauf à accepter de ne rien comprendre à l'enjeu central. Ascender repose entièrement sur la situation créée par la fin de Descender, et plusieurs personnages y reviennent sans être présentés. Les deux séries forment un seul récit de cinquante numéros.

Parce que la fin de Descender transforme réellement l'univers : la technologie disparaît et autre chose la remplace. Ce n'est pas un caprice d'auteur mais la conséquence directe de l'intrigue. Cela reste un changement de plaisir de lecture, qu'il vaut mieux anticiper.

L'édition de bibliothèque en grand format, si le budget le permet. Sur une série entièrement peinte sans encrage, la taille de reproduction et la qualité du papier changent réellement ce qu'on voit — c'est l'un des rares cas où le format de luxe n'est pas qu'un objet.

Oui. Ascender conclut l'ensemble, et les deux séries forment un récit complet avec une vraie fin. C'est un point à souligner : beaucoup de séries indépendantes s'arrêtent faute de ventes, ce n'est pas le cas ici.

C'est le plus large, mais pas le plus représentatif, et la nuance mérite d'être faite. Lemire n'y dessine pas : vous découvrez un excellent scénariste de science-fiction sans jamais rencontrer le trait tremblé qui fait sa singularité et qui rebute une partie des lecteurs. Beaucoup de gens aiment Descender et détestent Essex County pour cette seule raison. Si vous voulez savoir qui est Lemire comme auteur complet, il faut passer par un livre qu'il dessine lui-même. Lemire n'y dessine pas : vous découvrez un excellent scénariste de science-fiction sans rencontrer le trait qui fait sa singularité. Pour cela, Essex County ou Sweet Tooth sont plus fidèles à ce qu'il est.

Deux titres, un seul récit — un seul catalogue

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