Death or Glory : guide de lecture — illustration article
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Death or Glory est le titre le plus rapide de Rick Remender, et le plus simple à aborder. Une jeune femme élevée dans la culture des routiers hors-la-loi doit réunir une somme impossible en quelques jours, et n'a pour cela que ce qu'elle sait faire : conduire. Dessin de Bengal, dont les séquences de poursuite atteignent une lisibilité que la bande dessinée réussit rarement dans ce registre. Pas de dimension parallèle, pas de magie, pas de futur — c'est son seul récit entièrement ancré dans le réel.

Dans une bibliographie dominée par la science-fiction et la fantasy, ce titre détonne. Il est aussi le plus facile à recommander à quelqu'un qui ne lit pas de bande dessinée de genre.

Cet article explique ce qu'il raconte, pourquoi son dessin mérite qu'on s'y arrête, et ce qu'il faut savoir avant de l'acheter.

Le point de départ

Glory a été élevée en marge de tout, par un père qui a fait de la route et du refus des institutions un mode de vie complet et revendiqué : pas de papiers, pas de comptes en banque, aucune adresse déclarée nulle part. Une existence entièrement tenue à l'écart du système, et payée au prix d'une précarité permanente que personne ne cherche à masquer.

Ce père tombe gravement malade. Le traitement qui pourrait le sauver coûte une somme que personne dans ce milieu ne peut réunir par des moyens légaux, et le délai se compte en jours plutôt qu'en mois. Glory reprend donc la route pour une série de convoyages qu'elle n'aurait jamais acceptés dans d'autres circonstances.

Le récit tient dans cette tension : une femme qui a hérité d'un refus doit s'en servir pour sauver celui qui le lui a transmis. La liberté revendiquée par son père devient à la fois son seul outil et tout le problème.

Ce qui rend ce titre singulier

Le seul récit ancré dans le réel

Aucun élément fantastique, aucune anticipation. Les contraintes du récit sont celles du monde tel qu'il est : l'argent, les distances, la fatigue, la police.

C'est ce qui en fait sa porte la plus accessible pour un lecteur non habitué au genre.

Des poursuites réellement lisibles

Bengal découpe ses scènes de conduite avec une clarté rare : on sait toujours où sont les véhicules les uns par rapport aux autres, et dans quel sens tout va.

Un rythme qui ne retombe jamais

Le compte à rebours médical structure l'ensemble. Il n'y a pratiquement pas de temps mort, ce qui rend la lecture en une seule fois très naturelle.

Un milieu documenté

La culture des routiers hors-la-loi n'est pas un décor pittoresque : elle a ses règles, son économie et ses hiérarchies, et le récit les prend au sérieux.

Le dessin, et ce qu'il résout

La poursuite en véhicule est l'une des séquences les plus difficiles à réussir en bande dessinée, et il vaut la peine de comprendre pourquoi ce titre y parvient.

Au cinéma, le mouvement est donné : la caméra suit, le spectateur comprend sans effort. Sur une page, chaque case est un arrêt sur image, et le lecteur doit reconstituer la trajectoire lui-même. La plupart des tentatives échouent en multipliant les plans serrés, qui donnent de l'énergie mais font perdre la géographie.

Bengal fait l'inverse. Il conserve des plans larges qui maintiennent en permanence la position relative des véhicules, et il obtient la vitesse par la composition plutôt que par le découpage. On ne perd jamais qui est devant, qui gagne du terrain, et ce qui arrive dans l'autre sens.

Cette clarté a un effet direct sur la lecture : les séquences d'action se lisent vite parce qu'elles sont compréhensibles du premier coup, ce qui accentue encore l'impression de rythme.

Ce qui peut déplaire

🎬

Une trame très classique

Une course contre la montre pour réunir une somme : le schéma est connu. Ce qui compte ici est l'exécution et le milieu décrit, pas l'originalité de la structure.

🏃

Peu de respiration

Le rythme soutenu laisse peu de place aux scènes calmes. Les lecteurs qui aiment que les personnages s'installent trouveront le récit pressé.

💥

Une violence sèche

Les affrontements sont brefs et brutaux, sans mise en scène héroïque. C'est cohérent avec le milieu décrit, mais cela surprend.

📏

Un format court

Le récit tient en peu de chapitres. C'est un avantage pour découvrir, une frustration pour qui aurait voulu passer plus de temps avec ces personnages.

Pourquoi c'est un bon cadeau. Ce titre est le plus facile à offrir de toute la bibliographie de son auteur : pas de prérequis, pas de genre à accepter, un récit complet en peu de volumes, et un dessin immédiatement séduisant.

C'est aussi le seul qu'on peut donner à quelqu'un qui n'a jamais lu de bande dessinée américaine sans avoir à expliquer quoi que ce soit au préalable.

Ce que le récit dit vraiment

Sous la course-poursuite, le titre traite un sujet que son résumé ne laisse pas prévoir, et qui le rattache au reste de l'œuvre.

Le père a organisé toute sa vie autour d'un refus : ne rien devoir à personne, ne figurer nulle part, ne dépendre d'aucune institution. C'est une position cohérente et tenue jusqu'au bout — jusqu'au moment où elle rencontre une maladie qui ne se soigne que dans le système auquel il a tourné le dos.

La liberté revendiquée s'avère donc avoir un prix différé, exigible d'un coup et payable par quelqu'un d'autre. C'est encore le mécanisme habituel de l'auteur : on obtient ce qu'on voulait, et la facture arrive plus tard.

La différence, ici, est que ce n'est pas le protagoniste qui a contracté la dette. Glory paie pour un choix qu'elle n'a pas fait, ce qui déplace la question de la culpabilité vers celle de la transmission — un angle que l'auteur n'aborde nulle part ailleurs aussi frontalement.

Le milieu décrit, et ce qu'il apporte

La culture des routiers vivant en marge n'est pas un décor exotique plaqué sur une intrigue standard. Elle fournit au récit sa logique interne, et cela mérite d'être détaillé.

Ce milieu fonctionne sur une économie parallèle : des convoyages payés en liquide, des réseaux d'entraide qui remplacent les assurances, des réputations qui tiennent lieu de contrats. Rien n'y est écrit, tout repose sur la parole donnée et sur la crainte des représailles.

Cette organisation produit une contrainte narrative précieuse : Glory ne peut se tourner vers aucune institution. Pas de prêt bancaire, pas d'aide sociale, pas de recours en cas de vol. Chaque problème doit se résoudre à l'intérieur du milieu, avec ses moyens.

C'est ce qui empêche le récit de s'effondrer sous une objection évidente. Dans un thriller ordinaire, on se demande toujours pourquoi le personnage ne prévient pas la police ; ici la question ne se pose jamais, parce que le monde décrit rend la réponse impossible.

Le milieu fait aussi un travail thématique. Une communauté bâtie sur le refus de toute dépendance se révèle, à l'épreuve, entièrement dépendante d'elle-même — les personnages ne doivent rien au système et tout à leurs pairs, ce qui n'est pas exactement la liberté annoncée.

Sa place dans un parcours de lecture

Il fonctionne bien en première ou en dernière position, mais pour des raisons opposées.

En premier, parce qu'il ne demande rien : ni goût pour la science-fiction, ni familiarité avec l'auteur, ni engagement de longue durée. Si le ton passe, tout le reste de sa production s'ouvre.

En dernier, parce qu'un lecteur qui connaît ses autres titres verra immédiatement ce qu'il fait ici sans le décor habituel — la même mécanique, dépouillée de tout artifice de genre. C'est instructif.

Il fonctionne moins bien au milieu d'un parcours, où sa brièveté et sa simplicité apparente le feraient passer pour une œuvre mineure. Ce n'est pas le cas : c'est un exercice de style réussi, et le seul de ce registre dans sa bibliographie.

Côté collection

Ce titre appartient au segment le plus accessible de sa production, avec les mêmes caractéristiques que ses autres séries courtes.

Les volumes reliés couvrent l'intégralité et constituent la façon la plus économique de lire. Les fascicules n'ont d'intérêt que pour le premier numéro, seul objet que le marché recherche réellement sur ce type de série.

Comme sur toutes ses séries courtes, deux points de vigilance : les réimpressions sont plus espacées que sur ses titres phares, ce qui produit des indisponibilités temporaires en neuf sans créer de rareté durable ; et le volume unique portant le nom de la série sans numéro de tome se confond facilement, dans un catalogue, avec un premier tome dont la suite manquerait.

Enfin, la mention du dessinateur mérite d'être conservée : sur les marchés d'occasion, une part des annonces met son nom en avant plutôt que celui du scénariste, et une recherche menée par le seul nom de l'auteur du texte laisse passer des exemplaires.

Ce qu'il faut enregistrer

Trois champs suffisent, et ils règlent les erreurs les plus fréquentes.

Le format. Fascicule, volume relié ou édition regroupée : les trois portent le même titre et ne contiennent pas la même chose.

Le dessinateur. Il oriente la recherche d'un exemplaire manquant et identifie la série aussi sûrement que son titre.

La couverture, sur le premier numéro. C'est le seul fascicule de la série qui présente des versions multiples, et le mot « variante » seul ne dit rien du tirage.

La question qu'un inventaire doit trancher avant chaque achat reste la même sur tout ce segment : possédé-je déjà ces chapitres sous une autre forme ? Un titre seul ne le dira jamais.

Sur ce titre précis, un piège supplémentaire mérite d'être signalé. Les récits complets en un volume sont souvent réédités plus tard dans une présentation différente, parfois enrichie de pages de croquis ou d'une préface. Ces éditions portent le même titre et racontent la même histoire, mais elles ne se revendent pas au même prix et ne comblent pas les mêmes attentes. Noter l'année de l'édition possédée règle la question une fois pour toutes.

Questions fréquentes

Pas du tout, et c'est même le titre de sa production qui demande le moins de contexte. Aucun genre à accepter, aucune série à avoir lue, aucun univers à connaître : le récit se tient entièrement seul et se comprend dès la première page.

C'est le seul entièrement dépourvu d'élément fantastique ou d'anticipation. Ses autres titres passent tous par un genre — science-fiction, fantasy, horreur — même lorsqu'ils traitent des sujets très concrets. Ici, les contraintes du récit sont celles du monde réel.

Elles le sont, et c'est plus difficile qu'il n'y paraît. Le dessinateur conserve des plans larges qui maintiennent la position relative des véhicules, là où la plupart des tentatives multiplient les gros plans et font perdre la géographie de la scène. On ne se demande jamais qui est devant.

Oui, l'histoire est menée à son terme et sa conclusion est écrite comme telle. Le format court n'est pas le résultat d'une interruption mais un choix de construction, cohérent avec le compte à rebours qui structure l'intrigue.

À peu près à n'importe quel lecteur adulte, ce qui est unique dans cette bibliographie. Il ne suppose aucune habitude de la bande dessinée américaine, aucun goût préalable pour un genre particulier, et son dessin est immédiatement séduisant. Réserve à connaître toutefois : la violence y est sèche et fréquente.

Un volume unique se confond avec un tome 1

Sur les séries courtes, noter le format évite de chercher indéfiniment une suite qui n'existe pas.

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