La première apparition d'Elektra Natchios se trouve dans Daredevil #168, publié par Marvel avec une date de couverture de janvier 1981. C'est aussi le premier numéro que Frank Miller écrit, après avoir repris les crayonnés de la série quelques épisodes plus tôt, encré par Klaus Janson. Le récit installe une tueuse à gages grecque armée de sai, ancienne camarade d'université de Matt Murdock. Le numéro se cherche pour cette double signature : une création de personnage et une prise de contrôle narrative.
Peu de numéros clés se laissent raconter en deux lignes aussi nettement que celui-ci. Un collectionneur qui cible Daredevil #168 n'achète pas seulement une première apparition : il achète la bascule d'une série, le moment où le dessinateur arrivé en renfort prend aussi le scénario et commence à écrire pour lui-même. Pour qui construit une collection par jalons créatifs plutôt que par personnages, c'est un numéro qui répond à deux cases à la fois, et c'est exactement ce qui soutient sa demande depuis quarante ans.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que contient exactement Daredevil #168
Le numéro porte une date de couverture de janvier 1981 et s'intitule du nom de celle qu'il introduit. Frank Miller en signe le scénario et les crayonnés, Klaus Janson l'encrage ; l'association de ces deux noms sur la série deviendra la signature visuelle de toute la période qui suit. L'intrigue fait resurgir une femme que Matt Murdock a connue étudiant, devenue depuis une professionnelle de la traque rémunérée, et croise son contrat avec une affaire que l'avocat suit par ailleurs.
Le dispositif narratif est un va-et-vient entre présent et souvenir : la rencontre à l'université, la relation, puis la rupture provoquée par la mort violente du père d'Elektra, Hugo Natchios, diplomate grec. Cette construction en flash-back est précisément ce qui fait du numéro une vraie première apparition et non une simple silhouette de fin d'épisode : le personnage arrive avec un passé complet, une arme reconnaissable, les sai, et un lien intime avec le héros.
Pour un acheteur, cela compte. Certaines premières apparitions ne tiennent qu'à une case ou à une ombre, ce qui laisse toujours place à la discussion sur ce qu'il faut considérer comme la vraie première. Ici la question ne se pose pas : le personnage occupe le numéro, et la couverture l'affiche. Un numéro clé dont le contenu est visible en vitrine se revend plus facilement qu'un numéro clé qu'il faut expliquer.
Janvier 1981 : le dessinateur devient l'auteur, dans une série fragile
C'est le deuxième jalon du numéro, et celui que beaucoup de vendeurs oublient de mentionner. Miller avait rejoint la série comme crayonneur sur des scénarios qui n'étaient pas les siens. Avec le #168, il récupère l'écriture. Tout ce qui fera la réputation de cette période, le découpage sec, le recours au récitatif à la première personne, la place donnée au silence dans une page d'action, commence à être décidé par une seule personne.
Cette lecture change la façon de chasser le numéro. Les collectionneurs qui alignent les débuts d'auteurs, et non les débuts de personnages, le visent pour la même raison que les amateurs d'Elektra. Deux publics concurrents sur le même numéro, c'est une demande qui ne retombe pas quand la mode d'un personnage passe. Vous pouvez constater le phénomène sur n'importe quelle série où un dessinateur a pris le scénario en cours de route : le numéro de bascule résiste mieux que ses voisins.
Avant cette prise de pouvoir, Daredevil n'était pas un titre de tête chez Marvel. La série avait traversé des années de tirages modestes et de parutions moins régulières que les locomotives de l'éditeur, et la rumeur d'une menace d'arrêt a longtemps circulé parmi les lecteurs de l'époque. Les sources divergent sur la réalité administrative de cette menace ; ce qui est incontestable, c'est que la série est passée en quelques mois d'un titre discret à un titre dont on parlait.
Ce contexte a une conséquence très concrète sur le marché : les tirages de 1981 sur ce titre n'ont rien à voir avec ceux d'un numéro de la même année sur une série vedette. Moins d'exemplaires imprimés, moins d'exemplaires conservés, et une population de survivants en haut grade mécaniquement plus mince. La rareté relative du #168 en état élevé ne vient pas d'un tirage limité volontaire, elle vient de l'indifférence dans laquelle il est sorti.
Pourquoi ce numéro est devenu une clé
Trois forces se sont additionnées. La première est la carrière du personnage lui-même : Elektra a dépassé le cadre de la série où elle est née, a eu ses propres titres, et a été portée à l'écran, ce qui ramène périodiquement des acheteurs vers le numéro d'origine. La deuxième est la réputation critique de la période Miller, régulièrement rééditée en recueils, donc régulièrement redécouverte par de nouveaux lecteurs qui finissent par vouloir l'édition d'origine.
La troisième est la plus intéressante pour un collectionneur. Le personnage introduit ici meurt à l'intérieur du même run, quelques numéros plus loin, dans le #181, sous les coups de Bullseye. Naissance et mort tiennent dans une même série, sous la même plume, à un peu plus d'un an d'intervalle. Le marché traite donc ces deux numéros comme un couple, pas comme deux clés indépendantes.
Le #181, l'autre moitié du couple
Daredevil #181 est un numéro plus épais que la moyenne de la série et un épisode dont le dénouement a marqué les lecteurs de l'époque. Sa cote et celle du #168 évoluent souvent dans le même sens, parce qu'un acheteur qui vient chercher l'un se renseigne presque toujours sur l'autre dans la même session.
Pour votre stratégie d'achat, cela ouvre un arbitrage utile. Quand la demande sur un personnage repart, le numéro de première apparition monte généralement plus vite que le numéro de mort, parce que c'est lui que les guides citent en premier. L'écart entre les deux se resserre ensuite. Acheter la moitié la plus calme du couple pendant que l'autre fait parler est une discipline qui donne de meilleurs résultats que de courir la clé dont tout le monde parle le même mois.
Reste une nuance à garder en tête : le personnage est revenu par la suite. Un numéro de mort dont la mort n'est pas définitive porte moins de poids symbolique qu'une disparition tenue sur la durée, et cela pèse sur la hiérarchie entre les deux numéros. La première apparition, elle, ne peut pas être annulée par un rebondissement éditorial.
Ce qui fait varier la cote
Sur un numéro Marvel de 1981, l'état domine tout le reste. Les papiers de couverture de cette période marquent au moindre frottement, et les tranches blanchissent vite au pli. Sur le #168, la couverture présente de grandes zones sombres : tout micro-éclat de couche d'encre y devient visible, ce qui explique pourquoi les exemplaires parfaits en apparence se révèlent souvent moyens à l'examen sous lumière rasante.
Ensuite viennent la qualité du centrage, l'alignement des agrafes et la tenue du dos, trois points sur lesquels la production de l'époque était loin d'être homogène. À grade égal, un exemplaire bien centré se place mieux. Un cran de grade peut suffire à doubler la valeur de reprise sur une clé de cette nature, et deux crans en haut de l'échelle changent carrément de catégorie d'acheteur.
Le circuit de distribution d'origine compte aussi. Les exemplaires vendus en kiosque ont été manipulés, empilés, parfois marqués au feutre par le détaillant ; ceux passés par la vente spécialisée ont statistiquement mieux survécu. Si vous voulez situer votre exemplaire avant de décider de le garder ou de le vendre, une estimation vous donnera une base de comparaison plus fiable qu'un prix de vente isolé relevé sur une annonce.
Reconnaître l'édition d'origine d'une réimpression
Le contenu du #168 a été réédité de très nombreuses fois, en recueils de la période Miller, en intégrales, en anthologies consacrées au personnage. Aucun de ces volumes n'a de valeur de collection comparable au numéro d'époque, et la confusion est pourtant fréquente dans les lots achetés en vrac.
Le réflexe de base est de lire les mentions légales à l'intérieur du numéro plutôt que la couverture. La date de dépôt, le numéro de volume et la mention d'impression s'y trouvent, et c'est le seul endroit qui tranche. Marvel a par ailleurs réédité certains numéros clés sous forme de facsimilés, c'est-à-dire des reproductions modernes de la couverture et du contenu d'origine. Vérifiez sur l'exemplaire proposé qu'aucune mention de réédition n'apparaît dans les pages liminaires.
Deux autres cas méritent l'attention. Les tirages destinés à des marchés hors États-Unis portent parfois un prix de couverture différent, imprimé ou surimprimé, ce qui n'en fait ni des faux ni forcément des raretés : la valeur de ces variantes dépend du marché local et se vérifie au cas par cas. Et les éditions françaises de kiosque de l'époque ont diffusé cette période avec un découpage propre : un exemplaire français n'est pas l'équivalent du numéro américain et ne se compare pas à lui.
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Commencer mon essai →Les pièges à l'achat
Le premier piège est l'annonce qui vend « la première apparition d'Elektra » sans préciser le numéro, en comptant sur l'inattention. Le deuxième est le restaurage non déclaré : sur une couverture aussi sombre, une retouche d'encre au niveau du dos passe inaperçue à l'œil nu sur une photo compressée. Demandez systématiquement un cliché du dos à plat et un autre en lumière oblique.
Le troisième piège tient à la numérotation elle-même. La série a connu des renumérotations successives au fil des décennies, et un numéro 168 existe dans plus d'une série portant le même nom. Vérifiez l'année de publication avant de valider un achat à distance, surtout sur une place de marché où le vendeur renseigne les champs à la main.
Dernier point, les lots. Un vendeur qui propose une tranche continue autour de ce numéro a souvent retiré les deux clés du lot avant de le mettre en ligne. Ce n'est pas malhonnête, c'est la pratique courante, mais cela veut dire qu'un lot annoncé « run complet » mérite une demande de confirmation explicite sur la présence du #168 et du #181.
Les numéros voisins qui comptent aussi
Autour de cette prise de contrôle, plusieurs numéros du même run ont leur propre demande. Le #170 ramène Kingpin dans la série et ouvre l'arc qui installe ce personnage comme adversaire principal de l'avocat. Un peu plus loin, le #176 introduit Stick, le mentor aveugle, et les numéros #183 et #184 font intervenir le Punisher dans un épisode souvent cité pour son traitement du sujet.
Ces numéros se trouvent encore à des conditions très inférieures à celles des deux clés principales, alors qu'ils appartiennent au même ensemble créatif. Pour un collectionneur qui veut la période plutôt que la seule première apparition, c'est là que se situe le meilleur rapport entre dépense et cohérence de collection.
Ce que la notation change
Faire noter un exemplaire de ce numéro se justifie à partir du moment où son état se situe dans le haut de l'échelle, parce que c'est là que l'écart de valeur entre deux grades voisins dépasse largement le coût de l'opération. En dessous, la notation coûte souvent plus qu'elle ne rapporte, et elle immobilise l'exemplaire plusieurs semaines.
Il y a cependant un argument propre au #168 en faveur de la notation, même en grade moyen : l'authentification. Sur une clé aussi rééditée, un boîtier scellé portant la référence exacte du numéro d'époque supprime d'un coup la discussion sur la nature de l'exemplaire. Pour une vente à distance, c'est ce qui raccourcit le plus la négociation.
Comment suivre les deux numéros dans une collection
La bonne pratique consiste à traiter le #168 et le #181 comme une seule ligne d'objectif dans votre suivi, avec deux exemplaires à acquérir. Cela évite le travers classique du collectionneur qui monte en grade sur la première apparition et laisse l'autre moitié du couple en état médiocre, créant un déséquilibre qui se paie à la revente.
Dans le suivi consacré à ce personnage, enregistrez pour chaque exemplaire l'état estimé, la date d'achat, le circuit d'origine et, s'il est noté, le numéro d'étiquette. Ces quatre informations suffisent à reconstituer un historique utilisable des années plus tard, quand vous ne vous souviendrez plus de la provenance. Les autres guides de clés appliquent la même méthode numéro par numéro.
Ce qu'il faut retenir
Daredevil #168, janvier 1981, est à la fois la première apparition d'Elektra Natchios et le premier numéro écrit par Frank Miller sur la série, encré par Klaus Janson. Cette superposition de deux jalons dans un même fascicule explique une demande stable, entretenue par les rééditions de la période et par les apparitions du personnage hors du papier.
À l'achat, concentrez-vous sur trois vérifications : les mentions légales pour écarter réimpressions et facsimilés, l'état réel de la couverture sombre sous lumière rasante, et la cohérence du couple #168 et #181 dans votre collection. Le reste, la hiérarchie entre les deux numéros, la bonne fenêtre d'achat, le choix de faire noter ou non, se décide ensuite sur des données qui vous appartiennent.
Vous possédez déjà le #168, le #181 ou une tranche de cette période de la série ? Situez vos exemplaires avant d'arbitrer entre garder, monter en grade ou revendre.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Dans Daredevil #168, daté de janvier 1981 en couverture, publié par Marvel. Le numéro est écrit et crayonné par Frank Miller, encré par Klaus Janson. Le personnage y est présenté avec un passé complet, dont sa relation étudiante avec Matt Murdock et la mort de son père Hugo Natchios, et non en simple apparition de dernière page.
Parce qu'il cumule deux faits de collection. C'est la première apparition du personnage, et c'est aussi le premier numéro de la série dont Frank Miller signe le scénario en plus du dessin, après plusieurs épisodes où il ne crayonnait que des récits écrits par d'autres. Deux publics différents visent donc le même fascicule.
Le #168 reste le plus cité des deux et le plus difficile à obtenir en haut grade, donc le plus sûr sur la durée. Le #181, numéro de la mort du personnage, suit souvent le mouvement avec retard. Acheter celui des deux dont on parle le moins au moment où vous cherchez donne généralement une meilleure entrée.
La couverture ne tranche pas, puisqu'elle est reproduite à l'identique. Ouvrez le numéro et lisez les mentions légales des pages liminaires : une réédition y porte une date d'impression récente et une mention de réimpression. Un exemplaire d'époque affiche les références de 1981. En cas de doute sur le papier, comparez avec un autre Marvel de la même année.
Le #170, qui ramène Kingpin dans la série, le #176 qui introduit Stick, et les #183 et #184 avec le Punisher. Ils appartiennent au même ensemble créatif que le #168 et s'obtiennent encore à des conditions bien plus accessibles, ce qui en fait la meilleure façon de posséder la période sans se limiter aux deux clés.