Aventures Fiction (Arédit, 1966) : le guide de collection complet, illustration article

Aventures Fiction relancée en 1966 chez Arédit-Artima compte 57 numéros, de juillet 1966 au premier trimestre 1978. Elle commence trimestrielle, s'emballe jusqu'à onze fascicules pour la seule année 1975, puis s'éteint en traînant. Son piège n'est pas la rareté : une première série homonyme, lancée huit ans plus tôt, partage avec elle les numéros 1 à 29. La date portée sur la couverture est le seul juge fiable.

Vous tenez un fascicule dont la couverture annonce « Aventures Fiction » et le numéro 7. Rien, sur cette couverture, ne vous dit laquelle des deux revues de ce nom vous avez en main, et les deux ont existé chez le même éditeur. C'est la situation la plus coûteuse qu'un vendeur puisse créer sans aucune mauvaise intention : il décrit ce qu'il lit, et ce qu'il lit est ambigu. Cet article donne d'abord les repères de la série de 1966, puis la méthode pour ne jamais payer l'une en croyant acheter l'autre.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité de la revue Aventures Fiction : éditeur, année de lancement, contenu de l'article

Ce que la revue publiait, et ce que le catalogue en dit vraiment

La série démarre en juillet 1966 avec « Les collectionneurs de planètes », signée côté scénario par Dave Wood, George Kashdan et Don Freeman, dessinée par Gil Kane, Bill Ely et John Allard. Trois noms au scénario et trois au dessin pour un seul titre relevé : c'est la signature d'un fascicule d'anthologie, qui aligne plusieurs épisodes courts par livraison.

Le catalogue ne garde qu'un titre d'histoire par fascicule, alors que le sommaire réel en comptait davantage. Vous lisez donc, numéro par numéro, un extrait de sommaire et non le sommaire. Cette limite n'est pas un détail de méthode : elle interdit d'affirmer, pour un numéro donné, quel épisode américain a été repris ni quel personnage y paraît pour la première fois en français. Ce que vous pouvez faire, et que personne ne fera pour vous, c'est ouvrir l'exemplaire et relever les autres épisodes.

Les titres relevés dessinent malgré tout une obsession. « Les robots renégats », « L'étonnante école des robots ! », « Les robots sans tête », « J'ai épousé un robot », « Robots à vendre », « Les robots de la vallée oubliée » : l'automate revient d'un bout à l'autre de la série, du numéro 8 au numéro 30. Le reste tire vers l'invasion, la dimension parallèle et le récit à chute, avec quelques incursions franches dans le fantastique tardif comme « Le manoir des spectres ».

Quatre régimes de parution, et ce qu'ils changent pour vous

Les dates de couverture racontent une histoire éditoriale en quatre temps, et chaque bascule modifie votre façon de chercher. Le premier temps est d'une régularité mécanique : de juillet 1966 à janvier 1971, les livraisons tombent en juillet, octobre, janvier et avril, sans un trimestre manqué, sur dix-neuf numéros. Pour un acheteur, cela veut dire qu'un trou dans cette plage est un trou de votre collection, jamais un trou de la revue.

À partir de mai 1971, l'éditeur accélère et publie tous les deux mois, le temps de quatre fascicules seulement. Puis il revient au trimestre pendant presque deux ans, jusqu'en mars 1974. Ces va-et-vient expliquent pourquoi les listes de vendeurs se contredisent sur « la périodicité » de la revue : il n'y en a jamais eu une seule.

Le troisième temps est le plus curieux. Les numéros 33 à 36 portent quatre mois consécutifs, de mai à août 1974. La revue devient mensuelle pour un été, ce qui produit quatre fascicules que les listes chronologiques classent souvent dans le désordre, parce que leurs dates se suivent de trop près pour que l'écart saute aux yeux.

Quand la couverture arrête d'indiquer un mois

Le numéro 39 est le dernier à porter un mois, janvier 1975. Tout ce qui suit est daté par trimestre, et cette unique différence de format est l'indice de datation le plus utile de la série : un exemplaire sans mois sur sa couverture appartient obligatoirement à la dernière moitié du parcours.

La conséquence pratique est moins agréable. Plusieurs fascicules partagent alors le même trimestre, parfois trois d'affilée, et rien sur la couverture ne les ordonne entre eux. Si vous reconstituez une collection dans l'ordre de parution, l'ordre ne vient plus de la date : il vient du numéro, et seulement de lui.

C'est aussi la période où la revue sort le plus. Onze fascicules portent une date de 1975, ce qui en fait de loin l'année la plus fournie et, mécaniquement, la plage la plus facile à compléter en brocante. Les tirages d'une année dense laissent plus de survivants que ceux d'une année creuse, et cela se sent au moment de chercher.

Les titres d'histoire qui n'en sont pas

Un relevé mérite une mise en garde, parce qu'il surprend quiconque consulte une liste de sommaires sans y être préparé. Pour quatorze numéros, le titre enregistré n'est pas celui d'un récit mais celui d'une page de l'éditeur : « 4ème de couverture », « Arédit pense à vous ! », « Arédit présente... », « Artima pense à vous ! », « Artima présente la gamme... ». Ces pages existaient bel et bien dans les fascicules, elles ont simplement été indexées à la place du premier récit.

Trois autres entrées portent un nom de revue ou de licence plutôt qu'un titre d'épisode : « Etranges Aventures » au numéro 29, « Flash Espionnage » au numéro 32, « Conan » au numéro 56. Ce sont très probablement des annonces pour d'autres parutions de la maison, relevées comme contenu. Vous pouvez en tirer un réflexe : devant un sommaire qui vous paraît vide de récit, suspectez une page publicitaire indexée avant de conclure que le fascicule était maigre.

Ces pages ont un intérêt que les collectionneurs sous-estiment. Les encarts de gamme du milieu des années soixante-dix nomment la collection Comics Pocket, et le libellé passe de la marque Arédit à la marque Artima entre le numéro 41 et le numéro 42. Un exemplaire dont l'encart interne porte encore l'une plutôt que l'autre se situe donc dans une fourchette très étroite du parcours, indépendamment de ce qu'annonce la couverture.

Deux Aventures Fiction : la collision des numéros 1 à 29

Voici le vrai service que cet article peut vous rendre. Une première revue du même titre, chez le même éditeur, a paru à partir de mars 1958 et s'est arrêtée à son vingt-neuvième numéro, en septembre 1960. Les deux séries ont donc en commun toute la plage allant du premier au vingt-neuvième numéro. Au-delà, l'ambiguïté disparaît d'elle-même : un numéro 30 ou plus ne peut venir que de la série de 1966.

Le discriminant le plus simple est la date de couverture, et il ne se trompe jamais. La première série est mensuelle et entièrement contenue entre 1958 et 1960. La seconde ne commence qu'en 1966 et ses vingt-neuf premiers fascicules s'étalent jusqu'en 1973, sur sept ans, parce qu'ils sortaient au rythme d'un par trimestre. Une annonce qui mentionne un numéro bas sans donner d'année n'est pas une annonce exploitable : demandez la date avant toute chose.

Un second repère, plus discret, vient de la régularité du calendrier. Dans la première série, les mois se suivent un à un et un encart y propose un tarif d'abonnement pour douze numéros, ce qui n'a de sens que pour une revue mensuelle. Dans la série de 1966, les encarts parlent gamme et collection, jamais abonnement annuel. Deux fascicules portant le même chiffre ne se ressemblent donc même pas par leurs pages de service.

Frise de parution de Aventures Fiction : le nombre de numéros parus chaque année, et les années sans parution

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Les indices d'atelier qui séparent les deux séries

Quand la couverture est abîmée au point que la date est illisible, les créateurs crédités donnent une piste sérieuse. La première série repose sur un noyau très étroit : Gardner Fox au scénario sur une large majorité de ses fascicules, et Sid Greene au dessin sur près de la moitié. Or Sid Greene n'apparaît pas une seule fois dans les relevés de la série de 1966. Un intérieur crédité à son nom vous situe immédiatement dans la revue des années cinquante.

Le mouvement inverse fonctionne aussi. Dans la série de 1966, Dave Wood et Robert Kanigher portent l'essentiel du scénario sur la première moitié du parcours, et Ross Andru revient au dessin sur une douzaine de fascicules répartis du numéro 6 au numéro 37. Aucun de ces trois noms ne structure la série de 1958. Gil Kane, lui, traverse les deux : il n'aide donc à rien et ne doit pas servir d'argument.

Prudence tout de même : le catalogue ne liste les créateurs que d'une histoire par fascicule, et les deux revues puisaient dans les mêmes réservoirs de matériel. Ces indices valent comme présomption forte, pas comme preuve. La date reste le juge, les créateurs ne sont que le témoin.

Les numéros qui comptent dans cette série

Le fascicule de juillet 1966 reste le plus demandé de la série, parce qu'il est le seul que les lecteurs n'avaient aucune raison d'acheter par habitude. Au-delà, trois profils de fascicules intéressants se dégagent, et aucun ne tient à une apparition de personnage, faute de sommaire complet.

Le premier profil est celui des bascules de régime. Le numéro 20, daté mai 1971, est le fascicule qui rompt la série trimestrielle, et son titre relevé mentionne explicitement Green Lantern ; le numéro 39 est le dernier à porter un mois. Ces deux-là servent de bornes dans une collection, et un vendeur attentif le sait.

Le second profil est celui des signatures inattendues. Stan Lee est crédité sur cinq fascicules consécutifs, des numéros 21 à 25, dans une revue dont tout le reste de l'attelage vient d'ailleurs. Jack Kirby, lui, s'installe tardivement et durablement, crédité au dessin sur une douzaine de livraisons entre le numéro 21 et la fin. Steve Ditko n'apparaît qu'une fois, au numéro 55. Ces concentrations créent une demande qui ne suit pas la numérotation, et c'est précisément là que les lots en vrac recèlent des surprises.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Compléter la série : où ça casse

La numérotation est continue et sans trou : tout ce qui est annoncé a bien paru, du premier au cinquante-septième numéro. L'obstacle n'est donc pas un numéro fantôme, c'est la queue de comète. Après le troisième trimestre 1976, la revue cesse d'être régulière : le quatrième trimestre de cette année ne reçoit rien, le fascicule suivant attend le premier trimestre 1977, et le dernier de cette année-là ne vient qu'à la toute fin, avant une ultime livraison au premier trimestre 1978.

Pour un collectionneur, cette agonie se lit directement dans la difficulté d'achat. Des fascicules sortis à un rythme aussi lâche, dans une collection que les lecteurs abandonnaient, ont été moins achetés, moins conservés, et surtout moins repérés comme appartenant encore à la série. Vous les trouverez plus souvent dépareillés, rangés par un libraire avec d'autres titres de la maison, que dans un lot cohérent.

La stratégie qui marche est donc inversée par rapport à l'instinct. Commencez par la queue, tant qu'un lot complet passe à votre portée, et laissez pour plus tard la plage de 1975, la plus fournie de la série, que vous retrouverez toujours. Un numéro 1 attendra lui aussi, parce qu'il circule en vente individuelle et jamais en vrac.

La cote, l'état et le suivi de votre collection

Aucun montant n'a de sens ici, parce qu'il dépend de l'état, du marché du jour et de la présence des pages de service. Ce qui a du sens, c'est le rapport : sur cette série, un exemplaire complet de son encart de gamme et de sa quatrième de couverture se négocie nettement au-dessus du même exemplaire amputé, et l'écart s'élargit sur les fascicules tardifs, ceux dont la couverture ne porte plus qu'un trimestre.

Cette prime a une cause mesurable : ces encarts sont la seule chose qui distingue matériellement certains fascicules partageant le même trimestre, et ce sont aussi les premières pages qu'un lecteur arrachait pour commander.

Pour tenir cette série proprement, enregistrez trois choses par exemplaire : le numéro, la date exactement telle qu'elle est imprimée (mois ou trimestre, sans la convertir), et l'état des pages de service. La date recopiée telle quelle vous dira dans deux ans, sans rouvrir le fascicule, si vous détenez la revue de 1966 ou son homonyme de 1958. C'est exactement le genre de champ que nos guides de collection vous conseillent de remplir au moment de l'achat, parce que personne ne le remplit après.

Si vous héritez d'un vrac où les deux séries sont mélangées, le tri se fait en une passe : les fascicules numérotés au-delà de vingt-neuf partent sans discussion dans la série de 1966, et les autres se trient par année de couverture.

Questions fréquentes

La série compte cinquante-sept fascicules, numérotés sans interruption, du premier daté juillet 1966 au dernier daté du premier trimestre 1978. Aucun numéro annoncé n'est resté inédit : si votre collection présente un trou, il vous manque bien un exemplaire. Attention cependant, les numéros bas existent aussi dans la série homonyme de 1958.

Regardez l'année portée sur la couverture. La première série tient entièrement entre 1958 et 1960 et sort chaque mois. Celle de 1966 commence en juillet de cette année et ne dépasse jamais un fascicule par trimestre sur sa première moitié. Si la date est illisible, un numéro supérieur à vingt-neuf tranche à lui seul.

L'éditeur abandonne la datation mensuelle après le fascicule de janvier 1975 et passe au trimestre jusqu'à la fin de la série. C'est un repère de datation commode, mais il a un coût : plusieurs fascicules partagent alors le même trimestre et seul leur numéro permet de les ordonner entre eux.

Non. Pour quatorze numéros de la série, la page relevée dans le catalogue est une page de l'éditeur et non un récit. Le fascicule contenait bien ses histoires, simplement non répertoriées à cet endroit. Ouvrez l'exemplaire et relevez vous-même les épisodes présents avant de juger son contenu.

Ross Andru et Gil Kane reviennent le plus souvent au dessin sur la première moitié, Jim Aparo et Jack Kirby sur la seconde. Stan Lee est crédité sur cinq fascicules qui se suivent, au début des années soixante-dix, et Steve Ditko sur un seul, tout près de la fin. Ces concentrations guident mieux la recherche que la numérotation.