Artima color, Marvel géant est une collection grand format lancée par Arédit en 1979, à l'époque où un autre éditeur français diffusait l'essentiel des séries Marvel en petit format. Le catalogue en recense vingt-neuf fascicules distincts, répartis sur deux séquences de numérotation qui se chevauchent : un numéro annoncé sans année ne désigne donc rien de précis. Au sommaire, Conan et Hulk dominent, accompagnés d'adaptations qui n'ont rien de super-héroïque.
Vous ouvrez un carton de brocante et vous tombez sur un grand fascicule couleur, frappé du mot « Marvel », qui ne ressemble à aucun des petits formats empilés chez vous depuis trente ans. Le logo n'est pas celui que vous attendez, le papier non plus, et le numéro inscrit en couverture ne s'insère dans aucune série que vous connaissez. C'est probablement un Artima color, et la difficulté commence là : cette collection a existé en marge du circuit habituel, avec une logique de numérotation qui piège encore les vendeurs aujourd'hui.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Du Marvel chez Arédit : pourquoi c'est une anomalie
Arédit n'était pas la maison que l'on associe spontanément aux super-héros américains en France. Son fonds s'est bâti sur le petit format, la série policière, le fascicule de kiosque à rotation rapide. Quand cette collection grand format démarre en 1979, l'essentiel du catalogue Marvel circule en VF par un autre canal, dans un format de poche bien identifié par les lecteurs de l'époque. Voir ce même vivier de personnages ressortir ailleurs, en grandes pages couleur, relève de l'accident industriel plutôt que de la stratégie lisible.
Pour un collectionneur, cette marginalité a une conséquence directe : ces fascicules ne figurent pas dans les repères mentaux que l'on s'est construits en classant des piles de petits formats. Ils n'ont pas de place naturelle dans une collection organisée par séries, puisqu'ils ne prolongent aucune série. Ils forment un bloc à part, qu'on découvre souvent par hasard et qu'on range mal.
Ce que ces fascicules contenaient réellement
Le titre promet du Marvel, mais le sommaire est plus large que cela. Les intitulés d'histoires relevés dans le catalogue font apparaître une adaptation musicale, « Sgt. Pepper's Lonely Hearts club band », créditée notamment à David Anthony Kraft et à George Pérez, ainsi qu'une « Beatles story » dans le fascicule qui la précède. On trouve également une adaptation de catastrophe cinématographique, « Meteor », portée par Ralph Macchio.
Autrement dit, la collection puisait dans la production de l'éditeur américain au sens large, y compris ses séries d'adaptation, et pas seulement dans son panthéon costumé. C'est une information utile quand vous cherchez des fascicules atypiques : certains numéros n'intéressent pas du tout le collectionneur de super-héros, et se négocient auprès d'un public complètement différent, celui des amateurs de musique illustrée ou de cinéma de genre.
Le reste du sommaire penche vers l'heroic fantasy et la force brute. Conan et Hulk reviennent plus souvent que n'importe quel autre personnage, au point de donner à la seconde moitié de la collection une physionomie presque monothématique. Attention toutefois : le catalogue ne retient qu'un titre d'histoire par fascicule, alors qu'un grand format de cette époque pouvait en contenir plusieurs. Ce qui est listé ici est une porte d'entrée, pas l'inventaire complet : le sommaire réel se vérifie sur l'exemplaire, pages en main.
Le piège central : deux numérotations qui se superposent
C'est le point à retenir avant tout le reste. Les numéros relevés ne forment pas une suite unique de 1 à 29 : ils forment deux séquences distinctes, l'une allant jusqu'au treizième fascicule, l'autre repartant d'un nouveau premier numéro et poussant jusqu'au seizième. Les treize premiers rangs existent donc en double.
Conséquence pratique : « Artima color Marvel géant numéro 5 » ne désigne pas un objet. Cela peut être le fascicule de 1980 qui porte au sommaire « Captain Britain », crédité à Christopher Claremont, Herb Trimpe et Fred Kida, ou celui de 1981 intitulé « Hulk contre le cybortron », signé Doug Moench. Même numéro, même titre de collection, deux fascicules sans rapport. Si vous achetez à distance sur la seule foi d'un chiffre, vous recevrez l'un ou l'autre au hasard.
La règle d'hygiène qui en découle est simple : dans votre propre inventaire, n'enregistrez jamais un numéro seul. Enregistrez toujours le couple numéro plus année, et si possible le titre d'histoire porté en couverture. Un tableur dont la colonne « numéro » contient deux fois la valeur 7 sans autre précision est un tableur qui vous fera racheter un doublon.
Un rythme par vagues, pas une périodicité
Les années de couverture dessinent un régime de parution irrégulier. La première séquence tient sur deux millésimes, 1979 et 1980, avec une bascule nette : les trois premiers rangs portent la première année, les suivants la seconde. Rien là d'un mensuel : on est dans une logique de lots, groupés sur une période courte puis relancés.
La seconde séquence s'étire davantage et laisse apparaître un trou. Les rangs du milieu portent les millésimes 1981 puis 1982, et les trois derniers sautent directement à 1984. Aucun fascicule relevé ne porte l'année 1983. Pour vous, ce blanc d'un an signifie que les trois derniers numéros ont probablement circulé dans des conditions différentes des précédents, avec un tirage et une diffusion qui n'ont plus rien à voir avec le lancement. Ce sont statistiquement les plus difficiles à retrouver en bon état, et c'est par eux qu'il faut commencer une recherche sérieuse.
Cette irrégularité explique aussi pourquoi aucune collection complète ne se constitue par abonnement rétrospectif chez un marchand : il n'y a pas de « année complète » à acheter d'un bloc, puisque les années ne contiennent pas le même nombre de fascicules.
Les signatures qui reviennent, et ce qu'elles vous apprennent
Un nom domine le relevé : Doug Moench, crédité sur onze fascicules des deux séquences confondues, du Hulk de 1980 jusqu'à « Un Paradis en enfer » en 1982. Cette présence massive n'est pas un hasard de sélection : elle indique que la collection a largement pioché dans un même gisement de récits, celui des publications où ce scénariste était alors très actif. Si ses pages vous intéressent, cette collection est un terrain à part entière.
Roy Thomas tient le second rang, présent de 1980 à 1984, jusqu'au fascicule intitulé « King Conan ». Ses apparitions coïncident presque toutes avec Conan, et John Buscema est crédité à ses côtés sur plusieurs d'entre elles, avec des encreurs qui changent, Tony DeZuniga ici, Alfredo Alcala là. Pour un collectionneur attentif à la finition graphique, ce détail compte davantage que le numéro : l'encrage transforme complètement le rendu d'une même équipe de départ.
Une précision méthodologique s'impose. Dans le catalogue, les crédits de cette collection sont agglomérés dans un seul champ, sans séparer qui a écrit de qui a dessiné. On lit « Christopher Claremont, Lee Elias, Dave Hunt » sur le « Power-man » de 1980 sans que la répartition des rôles soit donnée. Ne recopiez donc pas ces listes comme si elles étaient des attributions fermes : prenez-les comme la liste des personnes impliquées, et vérifiez le détail sur la page de crédits de l'exemplaire quand elle existe.
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Le premier réflexe est de chercher l'année, pas le numéro. Si la couverture ou l'ourlet intérieur porte 1979 ou 1980, vous êtes sur la première séquence ; 1981, 1982 ou 1984 vous place sur la seconde. En l'absence totale d'année lisible, le sommaire tranche : un fascicule dont la vedette est Conan ou Hulk de façon exclusive appartient presque toujours à la seconde vague, alors qu'une adaptation musicale ou cinématographique ne peut venir que de la première.
Le second réflexe concerne les réimpressions. Un fascicule du relevé, le treizième de la première séquence, porte dans son intitulé la mention « 2e éd. » à côté du nom de Steve Englehart. Cette mention est précieuse : elle prouve que la collection a connu au moins une réédition identifiée comme telle. Cherchez donc systématiquement, en page de titre ou au dos, une indication d'édition. Deux exemplaires visuellement jumeaux peuvent appartenir à deux tirages, et seuls ces petits caractères le disent.
L'état d'un grand format de kiosque
Le grand format de cette période combine deux fragilités. La couverture, souple et large, se corne au moindre rangement vertical mal calé, et le dos agrafé supporte mal d'être ouvert à plat. Un exemplaire qui a été lu plusieurs fois présente presque toujours un pli vertical au centre de la couverture et un léger bâillement des agrafes.
Le papier intérieur, lui, jaunit. Ce n'est pas un défaut rédhibitoire, c'est la norme pour ce type de production : un exemplaire au papier parfaitement blanc doit même éveiller votre attention, soit qu'il ait été conservé dans des conditions exceptionnelles, soit qu'il s'agisse d'autre chose que ce que l'annonce prétend. Ce qui dégrade vraiment la valeur, ce sont les traces d'eau, les manques de coin et les déchirures qui traversent une case.
Pensez enfin aux agrafes. Sur ces formats larges, la rouille des agrafes tache le pli central et finit par fragiliser le cahier au point qu'il se détache. Vérifiez ce pli avant tout le reste : un fascicule dont le cahier central se promène librement n'est plus un exemplaire de collection, c'est une réserve de pages.
Les pièges à l'achat
Le piège numéro un reste la numérotation double, et il se manifeste surtout par omission. Une annonce qui mentionne le titre de collection et un chiffre sans donner l'année ne vous ment pas forcément, mais elle ne vous dit rien. Demandez une photo de la couverture entière et, si le vendeur accepte, une photo de l'ourlet où figure la date.
Le second piège est le lot vendu comme « série complète ». Vu la structure du relevé, une complétude réelle suppose de réunir les deux séquences, donc vingt-neuf objets, et non treize ou seize. Un lot présenté comme intégral alors qu'il s'arrête à un seul treizième numéro est au mieux une séquence complète, ce qui est déjà respectable, mais ce n'est pas la collection.
Le troisième piège vient du voisinage éditorial. La maison a produit beaucoup de fascicules sous des titres proches, avec des maquettes de la même famille graphique. Il est facile de vendre, et d'acheter de bonne foi, un fascicule de la même écurie en croyant compléter celui-ci. La seule vérification qui vaut est le libellé exact du titre de collection, lu en entier sur la couverture, et pas le simple air de famille du bandeau.
Compléter la série sans s'épuiser
La stratégie la plus efficace consiste à inverser l'ordre naturel. Ne commencez pas par les premiers numéros, qui sont les plus visibles et donc les plus demandés : commencez par les trois fascicules de 1984, isolés après une année sans parution, parce que ce sont eux qui décideront si la collection est achevable dans votre budget et votre patience. Si vous ne les voyez jamais passer, autant le savoir avant d'avoir acheté le reste.
Ensuite, travaillez par vague plutôt que par numéro. Une séquence complète de 1979 à 1980 est un ensemble cohérent, qui raconte la période où la collection cherchait encore son contenu, entre adaptations et super-héros. La seconde vague, concentrée sur Conan et Hulk, raconte autre chose. Les deux se collectionnent séparément, et il n'y a aucune honte à n'en viser qu'une.
Enfin, surveillez les ventes généralistes plutôt que les places spécialisées en comics. Ces fascicules remontent surtout dans des lots de bandes dessinées de kiosque, parce que leur appartenance est ambiguë.
La cote aujourd'hui, et comment la suivre
La valeur de ces fascicules repose sur trois facteurs qui jouent dans cet ordre : la rareté réelle du rang concerné, l'état du pli central et de la couverture, et la présence d'un contenu recherché par un public extérieur aux comics. Un fascicule d'adaptation musicale peut ainsi dépasser en demande un numéro de super-héros plus difficile à trouver, simplement parce qu'il intéresse deux marchés au lieu d'un.
Pour suivre cela sans se raconter d'histoires, raisonnez en rapports plutôt qu'en valeurs absolues. Notez ce que vous voyez passer, et comparez un exemplaire défraîchi à un exemplaire propre du même rang : l'écart que vous observez vaut mieux que n'importe quelle grille, parce qu'il intègre l'état réel du marché français pour un objet aussi confidentiel. Tenez ce relevé sur plusieurs mois, car une collection peu diffusée produit des transactions trop rares pour qu'une seule vente fasse référence.
Et inscrivez dans votre inventaire ce que le marché ne vous dira pas : l'année, la mention d'édition, le titre d'histoire. Ce sont ces trois champs qui, dans cinq ans, feront la différence entre une liste exploitable et une liste de chiffres ambigus. Pour tenir cette trace sans tableur maison, un suivi structuré par exemplaire vous évitera de racheter ce que vous possédez déjà.
Questions fréquentes
Le catalogue recense vingt-neuf fascicules distincts. Ce chiffre surprend parce que les numéros ne montent jamais aussi haut : la collection comporte deux séquences de numérotation, une courte et une plus longue, dont les treize premiers rangs portent les mêmes chiffres. Un lot de seize fascicules n'est donc pas complet, même si la numérotation imprimée semble le suggérer.
Cherchez l'année avant le numéro. Les millésimes 1979 et 1980 désignent la première vague, 1981 et au-delà la seconde. Si aucune date n'est lisible, le contenu vous aide : une adaptation musicale ou un récit de catastrophe appartient à la première période, tandis qu'un fascicule entièrement consacré à Conan ou à Hulk relève presque toujours de la seconde.
Les années relevées sautent de 1982 aux trois derniers fascicules datés 1984, sans rien entre les deux. Les raisons de cette interruption ne se lisent pas dans les données, et les sources divergent sur l'histoire éditoriale de cette collection. Ce qui est sûr, c'est l'effet pour vous : les numéros d'après la coupure sont les plus délicats à retrouver en bon état.
Non, et c'est une limite à connaître. Un seul titre d'histoire est retenu par fascicule, alors qu'un grand format de cette époque pouvait en aligner plusieurs. Le titre listé vous sert à identifier l'objet, pas à en connaître le contenu intégral. Pour savoir ce que contient vraiment votre exemplaire, il faut l'ouvrir et noter chaque épisode.
Elle indique une réimpression, et le relevé en atteste au moins une dans la première séquence, sur un fascicule lié à Steve Englehart. Cette mention change la nature de l'objet sans toujours changer son apparence. Prenez donc l'habitude de lire les petits caractères de la page de titre et du dos avant de conclure que deux exemplaires identiques sont réellement le même tirage.