Le meilleur arc de Hellboy est Wake the Devil, de Mike Mignola (1996, cinq numéros), devant The Crooked Man de Mignola et Richard Corben (2008), Conqueror Worm (2001) et Seed of Destruction, écrit avec John Byrne (1994). Le classement retient sept arcs ou mini-séries, de 1994 à 2016, avec pour chacun le scénariste, le dessinateur, les numéros et le format le plus sensé pour le lire ou le réunir.
Hellboy n'a jamais eu de « run » au sens d'une longue succession de numéros confiés à un même scénariste : la série vit par mini-séries de trois à dix numéros, chacune titrée, chacune vendue puis recueillie. Classer les meilleurs runs revient donc à classer des arcs. Ce qui change d'un arc à l'autre, ce n'est pas le scénariste, presque toujours Mike Mignola, mais la main qui dessine, le registre (aventure, folklore, tragédie) et la place dans la grande ligne qui mène du démon rouge de 1944 à son sort final.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Comment nous avons classé ces arcs
Trois critères départagent les sept candidats. Le premier est l'autonomie : un arc doit se lire sans avoir parcouru les précédents, ou au moins sans que cela gâche le plaisir. Le deuxième est la tenue du récit sur sa longueur : une mini-série de cinq numéros qui garde son rythme jusqu'au bout passe devant une série de huit qui s'étire. Le troisième est le poids dans la mythologie : certains arcs déplacent ce que l'on sait du personnage, d'autres le laissent où il était.
Le rang ne mesure pas la rareté des fascicules : la dernière section traite de la collection une fois la lecture tranchée.
Top 1 : Mike Mignola, Wake the Devil (1996)
Wake the Devil, cinq numéros en 1996, est l'arc où la série trouve sa vitesse de croisière. Mignola écrit et dessine seul. Le Bureau for Paranormal Research and Defense envoie Hellboy en Europe de l'Est sur la piste d'un vampire, Vladimir Giurescu, dont le rôle remonte aux plans de l'Allemagne nazie évoqués dans le premier arc. La mission de terrain, avec une équipe réduite et Liz Sherman à ses côtés, donne au récit une charpente d'enquête que les arcs suivants reprendront sans jamais la surpasser.
Il compte pour le personnage parce qu'il règle un problème que Seed of Destruction laissait en suspens : savoir ce que Hellboy fait quand il n'est pas au centre d'une prophétie. Ici il est un agent de terrain fatigué, ironique, qui avance dans des châteaux et des cryptes à coups de répliques sèches et de gestes simples. Le dessin de Mignola, en aplats noirs et en lignes cassées, y atteint une netteté que la série retrouvera surtout dans ses courts récits.
Numéros de début et de fin : #1 à #5. Il s'adresse au lecteur qui veut le meilleur équilibre entre action et atmosphère, et qui accepte de connaître les grandes lignes du premier arc. Pour le collectionner, les cinq fascicules sont rassemblés dans un volume souple dédié, puis dans la première des éditions reliées de grand format, qui le réunit au premier arc.
Top 2 : Mike Mignola et Richard Corben, The Crooked Man (2008)
Trois numéros en 2008. Mignola signe l'histoire, Richard Corben la dessine, et le résultat est l'un des rares moments où le dessin d'un autre ne dilue pas la série mais la déplace. Hellboy se retrouve dans les Appalaches des années 1950 face à un récit de sorcellerie fondé sur le folklore populaire américain : Hellboy y enquête sur un pacte ancien et sur ce qu'il a laissé derrière lui dans une vallée isolée.
Ce qui fait la qualité de l'arc tient à son économie. Peu de personnages, une seule vallée, une menace qui se dévoile par touches. Corben, dessinateur de l'horreur américaine depuis les années 1970, donne aux visages et aux corps un poids que le trait de Mignola n'a pas : les villageois paraissent usés, les arbres paraissent habités.
Numéros #1 à #3. Il s'adresse au lecteur qui préfère le conte noir à la mythologie, et qui n'a pas besoin de connaître le reste de la série. Pour le collectionner, un volume souple en trois numéros suffit, et il se trouve facilement ; les fascicules d'origine séduiront ceux qui veulent voir le travail de Corben dans le format pour lequel il a été pensé.
Top 3 : Mike Mignola, Conqueror Worm (2001)
Conqueror Worm, quatre numéros parus en 2001 et 2002, ramène Hellboy vers l'Europe centrale et vers les restes du programme nazi dont la série avait posé le décor. Mignola écrit et dessine seul. L'arc enchaîne un château isolé, une capsule venue du ciel, des personnages secondaires (Roger l'homoncule, Lobster Johnson, déjà présent dans l'univers) et un affrontement qui ferme, de façon plus nette qu'aucun autre arc, la première partie de la série.
Il compte parce qu'il est le dernier arc de la période « apprentissage » : celui où Mignola écrit encore pour un lecteur qui n'a pas besoin de tout connaître, et où chaque pièce posée dans les trois arcs précédents revient. Le récit est resserré, avec peu de pauses, et le dessin est à son sommet d'austérité : des cases larges, des figures à contre-jour, un usage appuyé du noir plein.
Numéros #1 à #4. Il s'adresse au lecteur qui a lu Seed of Destruction et Wake the Devil et qui veut voir la première phase se refermer. Pour le collectionner, il figure dans le volume souple qui porte son nom, puis dans le troisième tome des éditions reliées de grand format selon les découpages. Il se lit à la suite des précédents.
Top 4 : John Byrne et Mike Mignola, Seed of Destruction (1994)
Seed of Destruction, quatre numéros de mars à juin 1994, est le texte fondateur. Mignola conçoit l'histoire et dessine ; John Byrne l'accompagne au scénario, pour une première mini-série qui présente Hellboy, le B.P.R.D., Liz Sherman, Abe Sapien et le projet de Raspoutine. Le démon apparu en 1944, adopté par le professeur Bruttenholm, sert d'entrée pour un récit à la frontière du fantastique et de l'espionnage.
Il n'est que quatrième parce qu'il est le plus lourd des sept sur le plan de l'exposition : il faut installer le monde, les personnages, la théorie occulte, et cela se voit. Mais il reste indispensable. Sans lui, la plupart des gestes des arcs suivants ne s'éclairent pas et il pose le B.P.R.D. et son équipe, que tous les arcs suivants supposent connus. Voir notre article dédié à Hellboy: Seed of Destruction #1 pour le détail du premier numéro.
Numéros #1 à #4. Il s'adresse au lecteur qui veut tout lire dans l'ordre. Pour le collectionner, la question du fascicule est la plus sensible de tout le classement : le premier numéro a connu des réimpressions qui portent le même titre et le même numéro, et la recherche par titre mélange les éditions. Dans le doute, lisez en recueil et réservez l'achat de fascicule à un exemplaire dont l'édition est précisée.
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Commencer mon essai →Top 5 : Mike Mignola et Duncan Fegredo, Darkness Calls (2007)
Darkness Calls, six numéros, est l'arc du renouvellement. Mignola écrit, mais ce n'est plus lui qui dessine : Duncan Fegredo prend le crayon, avec un trait plus détaillé, plus texturé, plus proche de la peinture que de l'estampe. Le récit ramène Hellboy en Angleterre, puis dans un monde de folklore slave : la sorcière Baba Yaga, le personnage de Koshchei l'immortel, des alliances de circonstance, des ennemis qui ne se laissent pas vaincre en un coup de poing.
Il compte parce qu'il ouvre la longue séquence de la fin de la série : les trois arcs écrits par Mignola et dessinés par Fegredo forment un ensemble, avec ce que cela suppose de continuité. Il est cinquième, car le récit est un peu moins dense que les premiers du classement.
Numéros #1 à #6. Il s'adresse au lecteur qui a fini les trois premiers arcs du classement et qui est prêt à changer de dessinateur. Pour le collectionner, un volume souple et un volume relié existent ; l'achat de fascicules est surtout justifié pour les fans de Fegredo.
Top 6 : Mike Mignola et Duncan Fegredo, The Wild Hunt (2008-2009)
The Wild Hunt, huit numéros, est l'arc le plus ample de la série régulière. Hellboy est convoqué en Angleterre par une assemblée de géants qui lui offrent une place dans un rite de chasse, et le récit déploie, sur huit numéros, un dispositif de légendes arthuriennes et de généalogies cachées. Mignola écrit, Fegredo dessine, et la série atteint ici sa plus grande ambition mythologique.
Il compte pour le personnage parce qu'il rattache Hellboy à un lignage qu'il n'avait jamais pleinement reconnu, et qu'il le met face à un choix que la suite exploite. Il est sixième parce qu'il est l'arc où l'on sent le plus la tension entre un récit court et une mythologie qui réclame de l'espace : certaines scènes s'étirent, d'autres sont expédiées. C'est un arc excellent pour qui connaît le reste, et plus difficile pour qui l'aborde sans préparation.
Numéros #1 à #8. Il s'adresse au lecteur qui a lu Darkness Calls. Pour le collectionner, un volume souple existe, et l'édition reliée de grand format le réunit avec l'arc suivant selon les découpages. Les huit fascicules représentent un engagement plus long que les autres arcs, ce qui plaide pour le recueil.
Top 7 : Mike Mignola, Hellboy in Hell (2012-2016)
Hellboy in Hell, dix numéros entre 2012 et 2016, est l'arc de conclusion : Mignola reprend seul l'écriture et le dessin, après des années à confier le crayon à d'autres. L'action a quitté la Terre, le récit ralentit, les scènes se font plus silencieuses, et le dessin retrouve sa sécheresse d'origine avec des cases presque vides. Pour ce que cet arc raconte et ce qu'il laisse sans réponse, notre article sur la fin de la série en développe le contexte.
Il est septième, non parce qu'il est faible, mais parce qu'il suppose tout le reste : lu sans connaître le personnage, il paraît un exercice d'atmosphère, lu après trente ans de séries, il bouleverse. C'est une œuvre de lecteur confirmé.
Numéros #1 à #10. Il s'adresse au lecteur qui a lu les arcs précédents. Pour le collectionner, les fascicules sont de parution récente et peu d'obstacles séparent le lecteur d'un exemplaire ; l'édition reliée et le volume souple existent aussi. C'est l'arc où le choix du format dépend le moins du budget et le plus de la préférence de lecture.
Par lequel commencer selon votre profil
Vous découvrez Hellboy. Commencez par Wake the Devil, puis revenez à Seed of Destruction. Le deuxième arc de la série a l'avantage d'être le plus autonome des deux. Si vous préférez une expérience réellement sans pré-requis, lisez The Crooked Man : le récit est un conte complet en trois numéros.
Vous aimez le folklore et l'horreur. Commencez par The Crooked Man, puis passez aux histoires brèves rassemblées dans les recueils (voir notre article sur les histoires courtes). Darkness Calls vous intéressera ensuite pour son versant slave.
Vous aimez les grandes mythologies. Partez de Seed of Destruction, avancez jusqu'à Conqueror Worm, puis enchaînez les trois arcs écrits avec Duncan Fegredo avant de conclure par Hellboy in Hell. C'est l'ordre de parution, et il fonctionne.
Vous êtes collectionneur de fascicules. Visez les mini-séries des années 1990 pour l'objet, les arcs récents pour le plaisir de la série complète. La question des découpages, abordée dans le guide des recueils, vaut avant tout achat de volume.
Ce que valent ces runs en collection
Le marché ne classe pas les arcs comme nous le faisons. Il paie le point d'origine : le premier arc, et surtout son premier numéro, concentre l'essentiel de la demande, et les arcs qui suivent se rangent dans l'ordre inverse de leur ancienneté. La conséquence pour un collectionneur est simple : les arcs de notre top 1 à 3 sont, en fascicules, moins coûteux que le premier numéro de la série, tandis que les arcs de la fin sont le plus facile d'accès.
La méthode qui s'en déduit tient en trois gestes. D'abord, établir un rapport entre le prix d'un volume souple et celui d'un fascicule isolé de la même époque : sur cette série, un volume rassemble de quatre à dix numéros pour un prix qui ne dépasse pas, en général, celui d'un seul fascicule ancien. Ensuite, vérifier l'édition avant d'acheter un premier numéro, parce que les réimpressions portent le même titre et le même numéro que l'original. Enfin, ne pas confondre un exemplaire certifié et un exemplaire d'origine : la mention de grade ne dit rien de l'édition.
Pour qui cherche l'équilibre, le plan le plus rationnel consiste à lire en recueil et à acheter en fascicule uniquement les arcs que l'on aime assez pour les posséder en entier.
Questions fréquentes
Pour un lecteur qui découvre la série, Wake the Devil (1996, cinq numéros) offre le meilleur équilibre : récit complet, enquête de terrain, peu de connaissances préalables. Si vous voulez suivre l'ordre de parution, partez de Seed of Destruction (1994), l'arc fondateur, puis enchaînez.
Mike Mignola écrit presque tous les arcs de la série principale. Il dessine seul Wake the Devil, Conqueror Worm et Hellboy in Hell. Richard Corben dessine The Crooked Man, Duncan Fegredo les arcs de 2007 à 2010, et John Byrne accompagne Mignola au scénario de Seed of Destruction.
Ce n'est pas obligatoire pour les premiers arcs, qui se lisent presque séparément, mais l'ordre aide pour les trois arcs avec Duncan Fegredo et pour Hellboy in Hell, qui se répondent. The Crooked Man, situé dans les années 1950, se lit à n'importe quel moment.
Pour lire, les recueils : un volume rassemble plusieurs numéros à un prix souvent inférieur à celui d'un seul fascicule ancien. Les fascicules se justifient pour l'objet, surtout les mini-séries des années 1990. Vérifiez l'édition d'un premier numéro, car des réimpressions portent le même titre.
Non, c'est un arc de conclusion qui suppose de connaître le personnage et ses épreuves passées. Sa lenteur et son silence prennent leur sens après plusieurs arcs. Lisez-le en dernier, une fois Wake the Devil, Conqueror Worm et les arcs de Fegredo derrière vous.
Vous avez un fascicule de Hellboy, un premier numéro de 1994 ou une réimpression dont vous ne connaissez pas l'édition ? Faites-le estimer gratuitement.
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