The Scumbag : un dessinateur par numéro — illustration article
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The Scumbag est la seule série de Rick Remender où le dessinateur change à chaque numéro, et c'est le dispositif du titre plutôt qu'un accident de production. Une comédie d'espionnage dont le sort du monde repose sur l'individu le plus répugnant qui soit. Pour un collectionneur, cela renverse la logique habituelle : le numéro d'un fascicule y désigne surtout quel artiste l'a dessiné, et non sa place dans le récit. C'est le seul titre de sa bibliographie où le champ « dessinateur » doit être renseigné exemplaire par exemplaire.

Sur toutes ses autres séries, il pratique le duo unique du premier au dernier chapitre. Ici il fait exactement l'inverse, et de manière assumée.

Cet article explique ce que le titre raconte, ce que ce dispositif produit, et pourquoi il change concrètement la façon de le collectionner.

Le point de départ

Ernie Ray Clementine est un individu sale, lâche, drogué en permanence et dépourvu de toute qualité rédemptrice. Il ne cherche rien, ne veut rien, ne regrette rien, et n'a jamais accompli quoi que ce soit.

Une organisation secrète le recrute — non pas malgré ce qu'il est, mais à cause de cela. Sa nullité même le rend impossible à anticiper, donc utile dans un conflit où les deux camps se surveillent avec des moyens démesurés.

Le récit avance ensuite par escalade absurde, en enchaînant les situations d'espionnage classiques traitées par le mauvais bout. C'est le seul titre franchement comique de son auteur, et le contraste avec le reste de sa production est total.

Le dispositif : un dessinateur par numéro

Une anthologie autant qu'une série

Chaque chapitre est confié à un artiste différent, avec des styles sans rapport les uns avec les autres. Le récit se poursuit, mais l'objet change complètement d'aspect à chaque numéro.

C'est ce qui donne au titre son intérêt principal, et sa principale difficulté.

Un choix cohérent avec le sujet

Un récit fondé sur l'instabilité et l'imprévisibilité de son protagoniste gagne à ne jamais offrir la même surface visuelle deux fois de suite.

Une qualité inégale, par construction

Certains chapitres sont remarquables, d'autres moins. C'est le prix d'une anthologie, et il serait malhonnête de le passer sous silence.

Aucune unité graphique

Ce que ses autres séries recherchent — une main unique qui tient l'ensemble — est ici volontairement sacrifié. Un lecteur qui vient pour cela sera dérouté.

Ce que ce dispositif change pour un collectionneur

C'est ici que le titre se distingue de tout le reste de sa bibliographie, et la conséquence est très concrète.

Sur une série ordinaire, le numéro d'un fascicule indique sa place dans le récit et rien d'autre. On l'acquiert pour compléter, et deux exemplaires de numéros différents ont la même nature.

Ici, chaque numéro est un objet graphique distinct. On peut vouloir un chapitre précis parce qu'un artiste qu'on suit l'a dessiné, sans se soucier de l'intrigue. Deux lecteurs peuvent viser le même titre pour des raisons qui n'ont aucun rapport entre elles.

La conséquence pratique est directe. Un catalogue qui enregistre « série X, dessinée par Y » — formulation suffisante sur ses autres titres — devient ici entièrement faux. Le champ doit être rempli numéro par numéro, faute de quoi l'information la plus utile disparaît.

La conséquence pour la recherche d'un exemplaire. Sur ce titre plus que sur tout autre, les annonces sont indexées au nom du dessinateur — un vendeur met en avant l'artiste, pas le scénariste ni le numéro.

Chercher « The Scumbag #4 » remonte donc beaucoup moins d'offres que de chercher le nom de l'artiste concerné. C'est vrai à un degré qu'aucune de ses autres séries n'atteint.

Ce qui peut déplaire

🤢

Un humour délibérément répugnant

Le comique repose largement sur la crasse, les fluides et la dégradation. C'est assumé et cohérent, mais cela ne fait pas rire tout le monde.

🎢

Une qualité qui varie d'un chapitre à l'autre

Le changement d'artiste à chaque numéro produit mécaniquement des inégalités. Un lecteur peut adorer un chapitre et s'ennuyer au suivant.

📉

Aucune progression de personnage

Le protagoniste ne s'améliore pas, et ce refus est le principe même du titre. Ceux qui attendent une évolution seront systématiquement déçus.

🔀

Un ton très éloigné de son œuvre

Un lecteur venu par ses récits graves trouvera ici quelque chose de méconnaissable. Ce n'est pas une variation de registre, c'est un autre métier.

Comment lire une série à artistes multiples

Ce format est assez rare pour qu'on ne sache pas spontanément l'aborder, et deux réflexes se révèlent contre-productifs.

Le premier est de juger chaque chapitre au même titre. Dans une anthologie, l'inégalité n'est pas un défaut d'exécution mais une propriété du format : on y trouve des pièces remarquables et des pièces quelconques, et c'est précisément l'écart qui rend l'ensemble intéressant.

Le second est d'attendre la continuité visuelle. Sur une série ordinaire, un changement de dessinateur crée une rupture qu'on ressent comme une perte. Ici la rupture est le rythme même de la lecture, et la ressentir comme telle revient à se battre contre le livre.

La bonne disposition consiste à traiter chaque numéro comme une reprise du même thème par un interprète différent. Ce qu'on suit alors n'est plus seulement l'intrigue mais ce que chaque artiste fait du même personnage — et le protagoniste, précisément parce qu'il est immuable et inerte, constitue un excellent point de comparaison d'un chapitre à l'autre.

Ce que la comédie permet à cet auteur

Il serait facile de traiter ce titre comme une récréation sans importance. Deux observations s'y opposent.

La première est que le mécanisme habituel de l'auteur y est intact, simplement inversé. Ses récits sérieux montrent quelqu'un qui obtient ce qu'il voulait et le paie. Ici, un personnage qui ne veut absolument rien se voit imposer une mission, et le comique naît de ce qu'il refuse de payer quoi que ce soit — un anti-héros au sens strict, non pas moralement ambigu mais totalement inerte.

La seconde est que la comédie autorise une charge que le sérieux interdirait. Le récit ridiculise les deux camps d'un conflit idéologique avec une égalité de traitement qu'un registre grave rendrait pesante ou partisane. La bêtise du protagoniste sert de mesure commune : personne n'en sort grandi.

Cela ne fait pas de ce titre son meilleur, et rien n'oblige à le lire pour comprendre son œuvre. Mais cela en fait autre chose qu'un intermède : c'est le seul endroit où il écrit sans gravité, et le résultat éclaire par contraste tout le reste.

Comment l'aborder

Trois recommandations, dont la première évite l'essentiel des déceptions.

Jamais en premier. Ce titre donne de son auteur une image totalement fausse. Un lecteur qui commencerait par là et enchaînerait sur sa fantasy croirait avoir changé d'écrivain.

En volumes, pour le récit ; au numéro, pour les dessinateurs. C'est le seul de ses titres où les deux approches sont légitimes et distinctes. Le volume donne l'histoire, les fascicules donnent les artistes.

Sans exiger la régularité. Accepter d'emblée que certains chapitres soient moins réussis change complètement l'expérience. C'est une anthologie : on n'y juge pas chaque pièce au même titre.

Côté collection

On reste ici dans le bas de gamme tarifaire de sa bibliographie, mais avec un fonctionnement qui n'a d'équivalent nulle part ailleurs chez lui.

Le premier numéro reste, comme sur toutes ses séries, l'objet le plus recherché — imprimé avant que la série n'ait fait ses preuves, donc en quantité prudente. C'est la seule constante qu'il partage avec le reste de sa bibliographie.

Au-delà, la logique diverge. Sur ses autres titres, les numéros suivants n'ont aucune tension et ne méritent pas de recherche active. Ici, certains chapitres peuvent être recherchés indépendamment de leur rang, en fonction de la notoriété de l'artiste qui les a dessinés. Un numéro tardif peut donc valoir davantage qu'un numéro précoce, ce qui n'arrive nulle part ailleurs chez lui.

Cela ne signifie pas que ces exemplaires soient chers : le titre reste peu suivi et l'offre abondante. Mais cela signifie qu'un classement par numéro ne reflète pas l'ordre des valeurs, et qu'il faut regarder le contenu de chaque fascicule.

Ce qu'il faut enregistrer

Sur ce titre, un champ prime sur tous les autres, et il n'est habituellement pas rempli.

Le dessinateur, par numéro. C'est l'information qui distingue les exemplaires entre eux, oriente la recherche, et explique les écarts de prix. Renseignée une fois pour la série entière, elle est simplement fausse.

Le format. Fascicule ou volume relié : les deux portent le même titre, et le volume fait disparaître l'information sur les artistes que le fascicule porte.

Quelle couverture, sur le premier numéro. L'étiquette « variant » reste ici, comme ailleurs, muette sur le nombre d'exemplaires imprimés.

Ce qu'on attend d'un inventaire n'est donc pas la même chose que d'habitude. La bonne question n'est plus « quel numéro me manque-t-il ? » mais « quel artiste me manque-t-il ? » — et une simple suite de numéros est incapable d'y répondre.

À qui le conseiller

Le public de ce titre ne recoupe que partiellement celui de son auteur, et il vaut mieux le savoir avant d'offrir ce livre à quelqu'un.

Il convient aux lecteurs qui aiment la comédie franchement grossière et l'assument, à ceux qui suivent des dessinateurs plutôt que des scénaristes, et à qui cherche une lecture sans engagement — on peut en lire trois chapitres et s'arrêter sans rien perdre.

Il convient mal, en revanche, à qui a découvert cet auteur par ses récits graves et en attend la même chose. Le décalage est trop grand pour être vécu comme une variation : c'est un autre registre, exercé avec d'autres moyens, et la déception serait garantie.

Il convient mal également à qui range ses lectures par cohérence visuelle. Une série dont chaque volume est dessiné par une main différente ne satisfait pas ce goût-là, et rien dans le titre ne viendra le compenser.

Questions fréquentes

C'est un choix de construction, pas une difficulté de production. Un récit fondé sur l'imprévisibilité et l'instabilité de son protagoniste gagne à ne jamais présenter deux fois la même surface visuelle, et l'auteur a fait de cette rotation le dispositif central du titre.

Absolument pas, et c'est même le seul de ses titres qu'il ne faut pas lire en premier. Le ton comique, l'absence de progression du personnage et la rotation des artistes en font un objet à part, qui donnerait de son œuvre une image entièrement trompeuse.

Plus légitimement que sur n'importe quelle autre de ses séries, oui. Chaque fascicule constitue un objet graphique autonome par son artiste, et l'acquérir pour cette seule raison a du sens même sans suivre l'intrigue. C'est le seul de ses titres où cette démarche se défend.

C'est possible ici, alors que cela n'arrive jamais sur ses autres séries. La valeur d'un chapitre dépend en partie de la notoriété de l'artiste qui l'a dessiné, et un dessinateur très suivi peut fort bien intervenir tardivement. Le rang dans la série ne reflète donc pas l'ordre des prix.

Les deux approches se justifient et ne visent pas la même chose. Le volume relié donne l'intrigue au meilleur prix et se range facilement ; les fascicules conservent l'identité de chaque artiste et permettent de viser un chapitre précis. C'est le seul titre de sa bibliographie où l'on peut raisonnablement vouloir les deux.

Un dessinateur par numéro, donc un champ par numéro

Renseigné une fois pour la série entière, il est simplement faux — et l'information la plus utile disparaît.

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