Une ligne de crédits de revue française documente le fascicule entier, pas l'histoire dont le titre est affiché à côté. Elle mélange des auteurs américains de planches, des illustrateurs français de couverture, parfois un traducteur ou un photographe. Un même nom y change d'orthographe et peut céder la place à un pseudonyme. Lue pour ce qu'elle est, cette ligne ne raconte pas qui a fait quoi, mais elle borne une période de parution et devient un instrument de datation.
Vous tenez un fascicule sans couverture, ou une couverture séparée de son bloc, et vous voulez savoir de quelle année il sort. Le sommaire ne porte pas de date. Reste une liste de noms, imprimée dans l'ourse ou reconstituée par un relevé de parutions. Cette liste est l'un des rares éléments exploitables d'un exemplaire dépareillé, à condition de ne pas lui demander ce qu'elle ne dit pas.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Une ligne de crédits décrit un fascicule, pas une histoire
C'est le malentendu le plus coûteux, et il vient de la mise en page des relevés. À droite d'un numéro figure un titre d'histoire ; dessous, des noms. L'œil conclut que ces noms ont fait cette histoire. Ils ne l'ont pas forcément faite. Le titre affiché est un repère d'identification, souvent celui de l'épisode d'ouverture ou celui que l'éditeur mettait en avant ; les noms, eux, sont ceux qui ont travaillé sur l'objet complet, couverture incluse, tous épisodes confondus.
La structure du relevé le dit d'elle-même. Sur les fascicules français que nous avons mesurés, la combinaison la plus fréquente est trois noms de scénaristes et trois noms de dessinateurs pour un seul titre d'histoire. Une revue de kiosque empilait plusieurs épisodes sous une même couverture : les crédits reflètent cet empilement, le titre non. Il n'y a donc aucun moyen, à partir de cette ligne seule, de dire lequel des trois dessinateurs a tenu le crayon sur l'épisode nommé.
Cette prudence n'est pas une coquetterie. Elle vous protège d'un achat raté : une annonce qui promet « un numéro dessiné par tel auteur » parce que son nom apparaît dans la ligne vous vend une déduction, pas un fait. Le seul juge est l'exemplaire, signature de planche en main.
Scénaristes et dessinateurs ne restent pas dans leur colonne
Les deux champs portent des étiquettes rassurantes, l'une pour l'écriture, l'autre pour le dessin. En pratique, un bon millier de noms distincts circulent dans nos relevés de revues françaises, et plus de cent vingt d'entre eux apparaissent dans les deux champs selon le numéro. Ce n'est pas une anomalie de saisie : beaucoup d'auteurs de comics écrivaient et dessinaient, et les crédits d'un fascicule composite enregistrent les deux casquettes sans les distinguer.
Le cas le plus net de nos mesures est celui de John Byrne, cité presque autant comme scénariste que comme dessinateur à travers une vingtaine de séries françaises. Jack Kirby, Steve Ditko et Jim Starlin présentent le même profil à plus petite échelle. Côté français, Jean-Yves Mitton apparaît massivement en dessin et plusieurs dizaines de fois en écriture, ce qui correspond à une réalité éditoriale : il dessinait des couvertures et produisait aussi des récits maison.
Conclusion pratique : ne vous servez jamais du champ dans lequel un nom se trouve pour affirmer son rôle sur un numéro donné. Servez-vous du champ comme d'un indice faible, et de la présence du nom comme d'un indice fort.
Des couvertures françaises au milieu d'auteurs américains
C'est la particularité qui déroute le plus un lecteur habitué aux éditions américaines. Dans un fascicule de kiosque français, la couverture n'était presque jamais celle de l'original : elle était peinte ou dessinée pour le marché français. Son auteur se retrouve donc crédité dans le même champ que les dessinateurs de planches, sans qu'aucune mention ne signale qu'il n'a touché à aucune page intérieure.
Jean Frisano est l'exemple massif. Il apparaît plus de six cents fois dans nos relevés, répartis sur une dizaine de séries différentes, toujours dans le champ réservé au dessin. Aucune de ces mentions ne porte sur une planche d'épisode. Près d'un millier de fascicules associent ainsi, dans la même ligne, un illustrateur de couverture travaillant en France et au moins un auteur de planches venu d'ailleurs.
Pour vous, cela change la lecture d'une annonce. « Dessins de Frisano » sur un fascicule de kiosque désigne une couverture, souvent le premier critère de valeur d'ailleurs, puisque c'est elle qui souffre et c'est elle qu'on regarde. Mais ce n'est pas un argument sur le contenu. Même logique pour Luciano Bernasconi, Giancarlo Agnello ou Ciro Tota, dont les noms voisinent sans hiérarchie avec ceux des auteurs d'outre-Atlantique.
Le même nom, plusieurs orthographes
Les crédits des revues françaises n'ont pas été saisis par une seule main ni à partir d'une seule source, et cela se voit. Nous avons compté plus de cent paires de noms qui désignent presque certainement la même personne sous deux graphies. L'enjeu n'est pas la rigueur documentaire, il est très concret : une recherche portant sur une graphie ignore tout ce qui est rangé sous l'autre.
Les variantes suivent des motifs reconnaissables. Le diminutif contre le prénom complet : Chris et Christopher Claremont, Walt et Walter Simonson, Denny et Dennis O'Neil, Jim et James Owsley, Bob et Robert Kanigher. L'initiale qui remplace le prénom : M. D. Bright et Mark Bright, J. M. DeMatteis et John Marc DeMatteis. Le trait d'union qui tombe : la graphie Jean-Yves Mitton domine, mais quelques fascicules portent le même nom sans tiret, et un filtre exact les laisse de côté.
Il y a aussi les pièges inverses, où deux graphies proches désignent deux personnes réelles et distinctes. Jean Frisano et Thomas Frisano coexistent dans plusieurs séries. Walter Simonson et Louise Simonson également. Andy Kubert et Adam Kubert ne sont pas une faute de frappe l'un de l'autre. Avant de fusionner deux graphies dans votre tête, vérifiez qu'elles ne se chevauchent pas dans le temps sur une même série.
Quand un pseudonyme prend la place du nom
Certains créateurs changent de signature pendant une tranche de numéros, puis reviennent à leur nom. La ligne de crédits enregistre ce basculement sans le commenter, et l'effet sur une recherche est brutal : la série semble avoir deux auteurs là où il n'y en a qu'un.
Le cas le plus lisible de nos mesures concerne Ciro Tota dans Spidey. La graphie Cyrus Tota apparaît sur une série de fascicules de la première moitié des années quatre-vingt, puis la graphie Ciro Tota prend le relais et court jusqu'à la fin du titre. Les deux formes se croisent même sur des numéros voisins, parfois dans des champs différents. Un collectionneur qui ne chercherait que l'une des deux passerait à côté d'une bonne partie de la production du même homme sur la même revue.
D'autres signatures sont encore plus insaisissables. Les relevés conservent des entrées réduites à un prénom suivi d'une mention de signature, parce que l'exemplaire ne portait qu'un paraphe. On trouve aussi des fantaisies d'auteur conservées telles quelles, comme la variante d'Elliot Maggin où le point final est remplacé par un point d'exclamation : les deux graphies pèsent à peu près autant dans nos relevés, et aucune des deux ne ramène l'autre.
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Commencer mon essai →Des noms qui n'ont jamais dessiné de comics
Le champ réservé au dessin accueille parfois des contributions qui ne sont pas du dessin, et le champ d'écriture des gens qui n'ont rien écrit. C'est la conséquence logique du principe énoncé plus haut : ces champs décrivent qui a contribué au fascicule, et un fascicule de kiosque mobilisait d'autres métiers.
Nous relevons ainsi des traducteurs crédités avec la mention de leur rôle entre parenthèses, dans le champ des scénaristes, sur quelques numéros de Nova. Nous relevons l'entrée « photographie » dans le champ du dessin, sur une série de fascicules de Spidey, ce qui renvoie vraisemblablement à une illustration photographique de couverture ou de rubrique. Nous relevons des mentions collectives du type « divers » sur une trentaine de fascicules répartis dans une dizaine de séries, et même des mentions d'images d'illustration achetées sur catalogue.
Enfin, une poignée d'entrées ne sont pas des noms du tout : des fragments de parenthèses restés seuls, parce qu'une mention explicative contenait une virgule et que la liste a été découpée dessus. Si vous tombez sur une entrée qui se termine par une parenthèse fermante sans s'ouvrir, ce n'est pas un auteur obscur, c'est un morceau de phrase. Ne le cherchez pas, et ne l'ajoutez pas à votre fiche.
Les bornes d'un créateur, un outil de datation
Voici l'usage qui rend tout ce qui précède rentable. Pour une série donnée, listez le premier et le dernier numéro où un nom apparaît. Ces deux repères sont des bornes : un exemplaire de cette série qui porte ce nom se situe nécessairement entre elles. Ce n'est pas une datation à la semaine, c'est un intervalle, et un intervalle suffit souvent à trancher.
Un exemple se lit bien sur Spécial Strange. Jean Frisano y est crédité sur l'immense majorité des fascicules depuis le lancement, et sa dernière mention tombe au numéro 54. Ciro Tota, lui, n'apparaît que sur les deux derniers numéros de la série. Un Spécial Strange dépareillé qui crédite Tota appartient donc à la toute fin du titre, et vous le savez sans avoir ouvert le fascicule.
Le même raisonnement fonctionne par soustraction. Dans Strange, les mentions de Jack Kirby cessent une bonne décennie avant celles de Stan Lee : un exemplaire qui cite le second sans le premier est plus tardif qu'un exemplaire qui cite les deux. Croisez deux bornes et l'intervalle se resserre. Trois bornes sur un même fascicule laissent rarement plus de quelques années d'incertitude.
Une précaution s'impose : les bornes sont propres à une série. Un nom qui s'arrête tôt dans une revue peut courir jusqu'au bout dans une autre, parce que les équipes de couverture et les stocks d'épisodes traduits n'évoluaient pas au même rythme d'un titre à l'autre. Établissez vos bornes titre par titre, jamais globalement.
Formuler une recherche qui ne rate pas l'annonce
Un nom mal orthographié dans une annonce est une annonce invisible. Le vendeur a recopié ce qu'il lisait sur son exemplaire, ou ce qu'il croyait lire, et votre alerte exacte ne se déclenche pas. Les variantes mesurées plus haut sont donc moins un problème de catalogue qu'un problème de chasse.
La méthode est simple. Cherchez sur le nom de famille seul quand il est discriminant, et laissez tomber le prénom : Claremont, DeMatteis, Kupperberg, Bernasconi suffisent à eux seuls. Pour les patronymes courants, Miller, Smith, Jones, Garcia, le nom seul noie la recherche ; gardez alors le prénom, mais créez une alerte par variante plausible, diminutif compris.
Ajoutez systématiquement le titre de la revue à la requête, jamais le nom du personnage. Les annonces de revues françaises sont rédigées autour du titre de kiosque et du numéro, pas autour du héros, et une recherche centrée sur le personnage vous ramènera surtout des albums récents. Pensez aussi à chercher la graphie fautive attendue : un vendeur écrira plus volontiers le prénom complet là où le fascicule portait une initiale.
Dernier réflexe, pour les signatures ambiguës : quand vous savez qu'un créateur a utilisé deux formes, créez les deux alertes le même jour et notez-les ensemble sur votre fiche de série. C'est ce que permet un suivi de collection tenu par numéro plutôt que par auteur, et c'est aussi ce qui vous évite d'acheter deux fois le même fascicule sous deux noms différents.
Ce que vous pouvez écrire sur votre fiche, et ce qu'il faut laisser vide
Une fiche de collection honnête distingue trois niveaux. Ce qui est lu : le numéro, la date portée, les noms relevés. Ce qui est déduit : l'intervalle de parution obtenu par les bornes, la probabilité qu'une graphie en désigne une autre. Ce qui reste inconnu : la répartition des rôles sur chaque épisode, l'identité de l'auteur de la couverture quand plusieurs illustrateurs sont cités ensemble.
Notez les trois niveaux séparément, et n'écrasez jamais le troisième par une supposition. Un fascicule dont vous savez honnêtement que les rôles ne sont pas attribuables se revend mieux qu'un fascicule décrit avec une attribution inventée, parce que l'acheteur avancé repère l'erreur et doute ensuite de tout le reste de votre description.
C'est aussi la raison pour laquelle nous ne tranchons pas, dans ce guide, la correspondance entre un épisode français et son édition d'origine. La ligne de crédits n'en dit rien, et une ligne de crédits bien lue vaut mieux qu'une correspondance mal devinée. Les séries à héros multiples sont celles où cette discipline rapporte le plus, parce que leurs sommaires empilent le plus de contributeurs.
Questions fréquentes
Parce que la ligne de crédits décrit le fascicule entier et non l'histoire dont le titre s'affiche à côté. Une revue de kiosque réunissait plusieurs épisodes et une couverture inédite sous une même agrafe. Les trois noms correspondent à ces contributions additionnées, sans que l'on puisse dire lequel a travaillé sur quel épisode.
Rien dans les relevés ne permet de l'affirmer, et son profil de contributeur pointe vers les couvertures. Son nom figure dans le champ du dessin parce que ce champ ne sépare pas la couverture des planches. Pour savoir qui a dessiné un épisode précis, il faut l'exemplaire et la signature portée sur la planche.
Tout indique une seule personne sous deux signatures. Les deux graphies se succèdent et se croisent sur des numéros proches de Spidey, dans la même fonction. Traitez-les comme un seul créateur pour vos recherches, en créant une alerte par graphie, mais ne fusionnez pas deux noms voisins sans avoir vérifié ce chevauchement.
Elles datent un exemplaire dépareillé. Le premier et le dernier numéro où un nom apparaît délimitent une période ; un fascicule portant ce nom tombe dedans. En croisant deux ou trois noms présents ou absents, l'intervalle se resserre à quelques années, ce qui suffit pour identifier une tranche de parution sans couverture ni ourse lisible.
Les traiter comme ce qu'elles sont : des contributions réelles au fascicule, mais pas des attributions de dessin ni de scénario. Une mention collective signale un sommaire à contributeurs multiples non détaillés. Un traducteur crédité documente le travail d'adaptation française. Ni l'une ni l'autre n'est un auteur de planches à chercher dans les annonces.