Avengers #57 (couverture octobre 1968, en kiosque le 8 août 1968, 12 ¢) — « Behold...The Vision! », texte de Roy Thomas, planches de John Buscema, Marvel Comics. Particularité de ce dossier : le numéro suivant, paru le 10 septembre 1968 et intitulé « Even an Android Can Cry », est souvent cité comme le plus marquant des deux.
Il arrive qu'une première apparition soit éclipsée par ce qui la suit immédiatement. C'est le cas ici, et cela crée pour l'acheteur une situation moins simple qu'il n'y paraît.
Le premier numéro porte le statut ; le second porte la réputation. Savoir ce que vous voulez évite de payer pour ce que vous ne cherchez pas.
Le statut et la réputation
Deux fascicules consécutifs, deux fonctions distinctes, et une tension durable entre elles.
Le numéro d'août 1968 introduit le personnage. Il porte le titre qui l'annonce, il le montre en couverture, et c'est lui que recensent les catalogues au titre de la première apparition. Sur le plan du statut, aucune discussion possible.
Le numéro de septembre 1968 expose ses origines et ce qui l'habite. C'est celui dont le titre est resté, celui que citent les lecteurs quand on leur demande de résumer le personnage, et celui qui figure le plus souvent dans les sélections de récits marquants de la période.
Cette dissociation entre le numéro qui compte administrativement et celui qui compte affectivement n'est pas propre à ce dossier, mais elle est rarement aussi nette. Elle produit deux marchés qui se recoupent partiellement.
Conseil pratique : décidez avant de chercher. Si vous voulez la première apparition au sens strict, un seul numéro convient. Si vous voulez le récit qui a fait le personnage, c'est l'autre — et il coûte généralement moins.
Une identification sans piège
Bonne nouvelle rare sur les comics d'âge d'argent : ce dossier ne présente aucune difficulté d'identification.
Le catalogue ne recense qu'un seul tirage pour chacun de ces deux numéros. Pas de version au tarif majoré, pas d'édition destinée à un marché étranger, pas de retirage susceptible d'entretenir la confusion.
La vérification se limite donc à deux éléments, tous deux lisibles sur une photo de couverture correcte : le numéro et le prix imprimé, qui doit indiquer douze cents.
Cette simplicité a une conséquence appréciable sur la façon d'acheter : toute l'attention peut se porter sur l'état de l'exemplaire, sans avoir à trancher au préalable une question d'édition. Sur d'autres dossiers de la même décennie, ce préalable absorbe une bonne part de l'énergie de l'acheteur.
Thomas et Buscema
Roy Thomas tient le scénario, John Buscema le dessin. Le duo était alors installé sur la série et lui avait donné une facture reconnaissable.
L'apport de Buscema mérite d'être souligné sur ce personnage précis. Il fallait rendre expressif un visage rigide, sans mimique ni jeu de sourcils. La solution passe par la posture et le cadrage : le personnage est dessiné dans des attitudes qui portent l'émotion que le visage ne peut pas exprimer.
Ce parti pris explique une bonne part de l'effet produit par ces deux numéros. Le lecteur comprend ce que ressent une figure impassible, uniquement par la façon dont elle occupe la case.
Thomas, de son côté, appartient à cette génération d'auteurs venus du lectorat, attentifs à la mémoire de l'univers publié. Il construit ses récits en réutilisant des éléments existants plutôt qu'en inventant à partir de rien, ce qui donne à cette période de la série une densité particulière.
Une remarque sur l'équilibre du numéro, utile à qui achète pour lire. Le personnage n'occupe pas seul la scène : il s'inscrit dans une intrigue d'équipe qui suit son cours, avec les autres membres et leurs préoccupations propres. Sa part est importante mais partagée, ce qui est la règle dans une série collective et surprend parfois les acheteurs venus pour lui seul.
Ce que raconte le personnage
La proposition narrative est simple à énoncer et redoutablement efficace : une machine construite pour détruire, qui refuse cette fonction et cherche à devenir autre chose.
Ce qui distingue ce traitement de dizaines d'autres robots de fiction, c'est le sens de l'échec. Le personnage ne parvient pas à être humain, et le récit ne prétend pas le contraire. Il occupe un entre-deux permanent, ni machine ni personne, et c'est cette position inconfortable qui le rend intéressant sur la durée.
Le second numéro pousse cette idée jusqu'à son point le plus explicite, avec une scène finale devenue une référence — précisément parce qu'elle montre un être supposé dépourvu d'émotion en éprouver une.
Pour l'acheteur venu des adaptations, une précision utile : la version de 1968 est plus dépouillée et plus mélancolique que les incarnations récentes. On y trouve moins d'action et davantage de doute.
Un moment très dense de la série
Ces deux fascicules n'arrivent pas isolés. Ils appartiennent à une période où la même publication enchaîne les créations durables à un rythme inhabituel.
Quelques mois plus tôt, la série avait déjà introduit l'adversaire mécanique qui fabrique ce personnage. Les deux dossiers se touchent donc, et leurs collectionneurs respectifs se croisent sur des numéros proches.
Deux conséquences pratiques en découlent.
La demande sur cette portion de la série est plus large qu'elle n'en a l'air. Plusieurs communautés d'acheteurs y convergent, ce qui limite les périodes creuses et raréfie les bonnes affaires évidentes.
Les numéros situés entre les clés restent abordables. Ils appartiennent au même tirage, au même contexte de conservation, à la même équipe créative — mais aucun catalogue ne les signale. C'est là que se trouve la marge de manœuvre d'un acheteur patient.
Pour qui veut construire quelque chose de cohérent, cette portion de la série constitue à mon sens l'un des meilleurs ensembles courts de la fin des années 1960.
La couverture d'août 1968
Arrêtons-nous un instant sur l'image, qui relève d'une stratégie éditoriale classique de l'époque : annoncer la nouveauté par le titre autant que par le dessin.
Le nom du personnage y figure en toutes lettres, dans une formule d'annonce qui ne laisse aucun doute sur l'événement du numéro. C'était la méthode employée pour signaler au lecteur de passage qu'il tenait entre les mains quelque chose de nouveau — un procédé disparu depuis, remplacé par les communiqués et les réseaux.
Pour le collectionneur, cette convention a un avantage inattendu : elle rend le numéro identifiable au premier coup d'œil, même sur une photo médiocre ou dans un bac mal rangé. Peu de premières apparitions offrent ce confort.
Côté conservation, la composition présente le défaut habituel des couvertures de la période : de larges surfaces de couleur unie sur lesquelles le blanchiment du pli se remarque immédiatement. Examinez cette zone en lumière rasante avant toute décision.
Pourquoi ce personnage a duré
Une question mérite d'être posée : comment une figure introduite comme adversaire potentiel s'est-elle installée pour près de soixante ans ?
La réponse tient à une propriété rare de sa conception. Le personnage porte une question sans réponse plutôt qu'un pouvoir ou une vengeance. Or une question sans réponse ne s'épuise pas : chaque génération d'auteurs peut la reposer dans les termes de son époque.
C'est ce qui explique que le corpus traverse des décennies de sensibilités très différentes sans jamais paraître obsolète. Les récits des années 1980 l'abordent par la vie domestique, ceux des années 2010 par l'aliénation contemporaine — et les deux fonctionnent, parce que le matériau de départ ne prescrit rien.
Pour l'acheteur, cette longévité a une traduction concrète : la demande sur les fascicules fondateurs ne dépend pas d'une mode. Elle se renouvelle à chaque fois qu'un auteur reprend le personnage avec succès, ce qui s'est produit à intervalles réguliers.
Ce qu'il faut examiner
L'identification étant simple, l'évaluation se concentre entièrement sur l'objet. Quatre points sur ces numéros.
Les agrafes. Six décennies plus tard, elles ont souvent rouillé, et l'oxydation gagne le papier alentour en y laissant un halo brun. Rien ne rattrape ce défaut.
La tranche du bloc de pages. Réclamez-la photographiée de côté : rien ne renseigne plus vite sur l'acidification véritable, qu'une belle couverture dissimule aisément.
Le pli de dos. Ces couvertures comportent de larges surfaces colorées où le moindre frottement laisse une ligne claire, immédiatement visible.
L'intégrité du fascicule. Les pages publicitaires de l'époque comportaient des bons à découper. Un manque, invisible sur une photo de couverture, fait chuter l'exemplaire d'une catégorie entière.
Un dernier mot sur la provenance. Ces fascicules circulent aujourd'hui surtout par lots issus de collections anciennes ou de successions. Cela signifie que leur état dépend largement de la manière dont un inconnu les a rangés il y a quarante ans — d'où des écarts considérables entre deux exemplaires proposés le même jour au même prix. Prenez le temps de comparer plusieurs offres avant de conclure : sur ce dossier, la patience se paie mieux que la négociation.
Trois façons d'entrer
Le choix se pose avant la recherche, pas pendant.
La première apparition seule. Le numéro d'août 1968, dans le meilleur état accessible. C'est l'objectif le plus lisible, et le seul qui satisfasse une exigence d'antériorité.
Le récit d'origine seul. Le numéro de septembre, généralement plus abordable, et pourtant celui qui contient ce que les lecteurs retiennent. Excellent rapport pour qui achète d'abord pour lire.
Le couple. Les deux ensemble, qui forment un tout : l'arrivée puis l'explication. C'est l'option que je recommande, d'autant que l'écart de prix entre les deux rend l'ajout du second peu coûteux une fois le premier acquis.
Côté budget, voyez notre décryptage de la cote ; côté lecture, notre sélection de runs.
Ce qu'on nous demande sur ce numéro
Avengers #57, daté d'octobre 1968 en couverture et proposé en kiosque à partir du 8 août 1968 pour douze cents. Le récit s'intitule « Behold...The Vision! », avec Roy Thomas au scénario et John Buscema au dessin, chez Marvel Comics.
Parce qu'il contient le récit d'origine et la scène qui définit le personnage. Paru le 10 septembre 1968 sous le titre « Even an Android Can Cry », c'est lui que retiennent les lecteurs et qui figure dans les sélections de récits marquants de la période. Le premier numéro porte le statut, le second porte la réputation.
Le numéro d'août si vous tenez à la première apparition au sens strict. Celui de septembre si vous achetez d'abord pour lire : il est généralement plus abordable et contient ce que les lecteurs retiennent. Le mieux reste de prendre les deux, l'écart de prix rendant l'ajout du second peu coûteux une fois le premier acquis.
Non, et c'est une simplification appréciable. Le catalogue ne recense qu'un seul tirage pour chacun : ni tarif majoré, ni édition étrangère, ni retirage. La vérification se limite au numéro et au prix imprimé de douze cents, tous deux lisibles sur une photo de couverture correcte.
Le sens de l'échec. Une machine construite pour détruire refuse sa fonction et cherche à devenir autre chose — sans y parvenir. Le récit ne prétend pas le contraire : le personnage occupe un entre-deux permanent, ni machine ni personne, et c'est cette position inconfortable qui le rend intéressant sur la durée.
Parce qu'il porte une question sans réponse plutôt qu'un pouvoir ou une vengeance — et une question sans réponse ne s'épuise pas. Chaque génération d'auteurs peut la reposer dans les termes de son époque : par la vie domestique dans les années 1980, par l'aliénation contemporaine dans les années 2010. Le matériau de départ ne prescrit rien, ce qui explique qu'il ne paraisse jamais obsolète.
Non. Il s'inscrit dans une intrigue d'équipe qui suit son cours, avec les autres membres et leurs préoccupations propres. Sa part est importante mais partagée — c'est la règle dans une série collective, et cela surprend parfois les acheteurs venus pour lui seul.
Ceux situés entre les clés de cette période. La série enchaînait alors les créations durables, et ces fascicules intermédiaires partagent le même tirage, le même contexte de conservation et la même équipe créative — sans qu'aucun catalogue ne les signale. C'est là que se trouve la marge de manœuvre d'un acheteur patient.
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