La véritable première apparition de Witchblade et de Sara Pezzini n'est pas dans Witchblade #1, mais dans Cyblade/Shi: The Battle for Independents #1 (fin 1994, dessiné par Marc Silvestri) : un crossover souvent négligé qui reste le graal de la série, avec des exemplaires CGC 9.8 proposés autour de 250 $. Le numéro le plus emblématique demeure Witchblade #1 (octobre 1995), la première grande démonstration de Michael Turner, dont les copies CGC 9.8 s'échangent autour de 100 $, avec des primes fortes sur les variants foil et les exemplaires signés par Turner, décédé en 2008.
Peu de séries incarnent aussi bien les années 1990 que Witchblade. Lancée par Top Cow, le studio de Marc Silvestri au sein d'Image Comics, elle a fait de Sara Pezzini, une inspectrice de police porteuse d'un gantelet mystique, l'une des icônes de la décennie. Derrière ce succès, un nom revient sans cesse : Michael Turner, jeune dessinateur dont le trait fin et dynamique a défini l'esthétique de toute une époque. Comprendre les numéros clés de Witchblade, c'est donc autant une affaire de collection que d'histoire éditoriale.
Le problème, pour le collectionneur, c'est que Witchblade est un cas d'école de la spéculation des années 1990. Multiplication des variants, éditions foil, tirages exclusifs pour distributeurs, crossovers en pagaille : il faut savoir démêler les vrais numéros clés de la surproduction marketing. Certains fascicules valent réellement quelque chose ; beaucoup d'autres, tirés à profusion, ne dépassent guère leur prix de couverture d'origine, même en bel état.
Dans ce guide, nous passons en revue les numéros qui comptent vraiment : la véritable première apparition, le numéro 1 de la série régulière, les variants recherchés, et les crossovers historiques comme Medieval Spawn/Witchblade. Pour chacun, nous donnons le contexte éditorial et, quand elles existent, des indications de cote réelles observées sur le marché. Quand aucune cote fiable n'est disponible, nous préférons parler de rareté et de tirage plutôt que d'avancer un chiffre inventé.
Contexte : la naissance d'un phénomène des années 1990
Pour comprendre Witchblade, il faut revenir à 1992, année de la fondation d'Image Comics par un groupe de dessinateurs vedettes quittant Marvel. Marc Silvestri, transfuge de la série Uncanny X-Men, y crée son propre studio, Top Cow Productions, installé à Century City en Californie. Après Cyberforce, Top Cow cherche de nouvelles franchises. C'est dans ce contexte qu'un jeune dessinateur recruté en 1994, Michael Turner, se voit confier avec l'éditeur David Wohl, les scénaristes Christina Z et Brian Haberlin, la création d'un nouveau personnage : Witchblade.
Le concept est simple et redoutablement efficace pour l'époque : Sara Pezzini, inspectrice de la police de New York, se retrouve liée à un artefact ancestral, le Witchblade, un gantelet vivant qui se déploie en armure et en armes lorsqu'il perçoit un danger. Mélange de polar urbain, de fantastique et d'esthétique glamour très marquée par son temps, la série trouve immédiatement son public. Michael Turner, dont c'est la première œuvre majeure, y impose un style qui fera école et influencera toute une génération de dessinateurs.
Un détail éditorial mérite l'attention du collectionneur : la toute première apparition de Sara Pezzini et du Witchblade ne se trouve pas dans le numéro 1 de la série régulière, mais dans un one-shot crossover paru quelques mois plus tôt. Cette subtilité, typique de la stratégie marketing d'Image à l'époque, fait toute la différence sur le marché des numéros clés. C'est le premier piège à connaître, et le premier vrai trésor à traquer.
Les numéros clés de Witchblade à connaître
Voici, classés par importance pour le collectionneur, les fascicules qui structurent réellement la valeur de la série. Nous distinguons soigneusement la première apparition, le numéro 1 régulier, les variants et les crossovers fondateurs.
Cyblade/Shi: The Battle for Independents #1
Voici le véritable graal, et pourtant le moins connu du grand public. Ce one-shot crossover, fruit d'une collaboration entre Top Cow et Crusade Comics (l'éditeur de Shi, personnage créé par Billy Tucci), contient la toute première apparition de Sara Pezzini et du Witchblade, plusieurs mois avant la série régulière. Dessiné par Marc Silvestri lui-même, il est passé longtemps sous le radar, ce qui en fait aujourd'hui la pièce la plus stratégique de la collection. Beaucoup d'acheteurs pensent à tort que le numéro 1 régulier est la première apparition : c'est cette confusion qui rend ce one-shot si précieux pour ceux qui connaissent la nuance.
Witchblade #1
C'est LE numéro emblématique, celui que tout le monde recherche et qui lance la série régulière. Prix de couverture d'origine : 2,50 $, pour 36 pages. Scénario de David Wohl et Christina Z, co-intrigue de Brian Haberlin et Michael Turner, et surtout une couverture wraparound (déployée) de Turner qui est devenue une image culte des années 1990. Malgré son statut d'icône, il faut garder la tête froide : le tirage a été massif, à la mesure de l'engouement de l'époque, ce qui explique une cote raisonnable pour un numéro aussi célèbre. Les hauts grades restent néanmoins recherchés, car un exemplaire réellement irréprochable est plus rare qu'il n'y paraît sur une production des nineties.
Witchblade #1 — éditions signées et variants foil
Autour du numéro 1 gravite tout un écosystème d'éditions limitées, typique de la spéculation Image. On trouve notamment une édition Dynamic Forces signée par David Wohl limitée à 1 250 exemplaires, une autre signée par Michael Turner, David Wohl et D-Tron limitée à 1 500 exemplaires, ainsi que diverses éditions foil, dont une DFE Gold Foil (Movie Edition) plus tardive tirée à environ 3 000 exemplaires. La disparition de Michael Turner en 2008, emporté par un cancer des os à seulement 37 ans, a renforcé l'intérêt pour tout ce qui porte sa signature authentifiée.
Medieval Spawn/Witchblade #1
Ce crossover réunit deux poids lourds d'Image : Witchblade et Spawn, le personnage de Todd McFarlane. Prix de couverture 2,95 $, 36 pages. Sur le plan des numéros clés, il compte car il contient les premières apparitions de plusieurs personnages, dont Katarina Godliffe, la Medieval Witchblade (une porteuse du gantelet à l'époque médiévale), ainsi que Medieval Spawn. Il existe une édition American Entertainment Exclusive limitée à 5 000 exemplaires et une variante ETM Gold Foil, plus recherchées que le tirage standard. La popularité durable de Spawn tire ce titre vers le haut par rapport à d'autres crossovers Witchblade.
Tales of the Witchblade #1
Un an après le numéro 1, Top Cow lance cette série d'anthologie explorant l'histoire du Witchblade à travers les âges. Le premier fascicule, prix de couverture 2,95 $, arbore une couverture de Michael Turner et se décline en plusieurs versions : édition régulière (Turner cover), édition Gold, édition Platinum et une couverture exclusive distributeurs. Ces variantes métalliques, tirées à des quantités bien plus faibles que l'édition standard, sont celles à privilégier pour un collectionneur cherchant la rareté. Le titre reste plus confidentiel que la série mère, ce qui en fait une pièce d'appoint plus qu'un investissement central.
Les crossovers Witchblade / Tomb Raider et Wolverine
Fidèle à la stratégie de crossovers de Top Cow, Witchblade a croisé de nombreuses franchises. Les rencontres avec Tomb Raider (Lara Croft), autre propriété phare de Top Cow à l'époque, et avec Wolverine de Marvel, ont donné lieu à des one-shots très courus, souvent déclinés en éditions Gold Foil. Ces fascicules capitalisent sur la double base de fans des deux personnages. Leur valeur dépend fortement de l'édition précise (régulière ou foil) et de l'état, et le marché y est plus segmenté que pour les numéros clés principaux. Ce sont des pièces de complément idéales pour étoffer une collection thématique.
L'impact des adaptations sur la cote
Comme pour beaucoup de franchises, la valeur de Witchblade en collection a été rythmée par ses adaptations à l'écran. Le personnage a connu deux passages notables hors du papier, avec des effets mesurés mais réels sur la demande.
Le premier fut la série télévisée diffusée sur TNT, précédée d'un téléfilm pilote en août 2000, puis déclinée en série de juin 2001 à août 2002. Yancy Butler y incarnait Sara Pezzini pendant deux saisons et 23 épisodes. Cette exposition à la télévision américaine a donné une visibilité grand public au personnage et généré, à l'époque, des éditions dérivées comme la Witchblade Movie Edition, elle-même déclinée en variante Gold Foil par Dynamic Forces. Ces produits marketing restent des curiosités pour collectionneurs plus que des pièces d'investissement.
Le second fut l'anime produit en 2006 par le studio japonais Gonzo en partenariat avec Top Cow. Diffusée à partir d'avril 2006 sur 24 épisodes, cette adaptation proposait une histoire et des personnages en partie nouveaux, tout en s'inscrivant dans la continuité de la licence. Elle a nourri l'intérêt d'un public international, notamment amateur d'animation japonaise, sans pour autant provoquer de flambée durable sur les numéros papier d'origine.
Plus récemment, la réédition en fac-similé de Witchblade #1 parue en 2025, reprenant la couverture historique de Michael Turner (y compris en variante foil), témoigne d'un intérêt patrimonial persistant pour le titre. Ces fac-similés ne remplacent évidemment pas les originaux de 1995 aux yeux des collectionneurs, mais ils entretiennent la notoriété du numéro clé et rappellent la place de Turner dans l'histoire du médium. Pour suivre l'évolution de ces cotes dans le temps, il peut être utile de consigner ses acquisitions dans une application de gestion de collection plutôt que de se fier à sa mémoire.
Guide d'achat
Acheter du Witchblade intelligemment, c'est avant tout savoir distinguer le numéro clé authentique de la variante spéculative sans lendemain. Voici les conseils concrets à garder en tête :
- Ne confondez pas les deux « premières fois ». La première apparition de Sara Pezzini et du Witchblade est dans Cyblade/Shi: The Battle for Independents #1, pas dans Witchblade #1. Si vous cherchez la vraie pièce fondatrice, c'est ce one-shot qu'il faut viser.
- Méfiez-vous de la surproduction des années 1990. Beaucoup de fascicules Witchblade ont été tirés en très grand nombre. Un exemplaire courant en état moyen ne vaut souvent guère plus que son prix de couverture d'origine : payez en conséquence.
- Privilégiez les hauts grades sur les numéros clés. Sur des comics récents et abondants, la valeur se concentre sur les états quasi parfaits. Un Witchblade #1 en CGC 9.8 se distingue nettement d'un exemplaire 9.2, alors même que les copies existent en quantité.
- Vérifiez toujours l'édition exacte. Foil, Gold, Platinum, DFE, American Entertainment, éditions signées : le libellé change tout. Une variante limitée à quelques milliers d'exemplaires n'a rien à voir avec l'édition standard, et les vendeurs ne sont pas toujours précis.
- Pour les signatures, exigez la certification. Les exemplaires signés par Michael Turner prennent de la valeur, mais une signature n'a de poids sur le marché que si elle est authentifiée (CGC Signature Series, CBCS ou COA reconnu). Une dédicace non certifiée reste invérifiable.
- Comparez les cotes récentes avant d'acheter. Les prix des comics des années 1990 fluctuent au gré des modes et des annonces d'adaptation. Basez-vous sur des ventes réelles récentes, et non sur des prix affichés isolés. Notre estimateur gratuit s'appuie sur les ventes eBay pour donner une fourchette réaliste.
- Inspectez les défauts typiques du foil. Les couvertures métallisées marquent facilement (griffures, plis, éclats). Sur ces variantes, l'état de la surface foil est déterminant pour la valeur.
En appliquant ces règles, on évite les deux erreurs classiques : surpayer une variante marketing sans rareté réelle, ou passer à côté du one-shot fondateur faute d'en connaître l'existence. Un suivi rigoureux de sa collection, grâce à un outil de Suivi de collection, aide à garder une vision claire de ce que l'on possède réellement et de son évolution.