Monstress #1 paraît en novembre 2015, écrit par Marjorie Liu et dessiné par Sana Takeda. Le numéro ouvre l'histoire de Maika Halfwolf, adolescente amputée d'un bras dans un monde en guerre, liée à une entité qu'elle ne contrôle pas. Il sort en format double, plus épais et plus cher que les lancements de son époque. La série a ensuite accumulé les récompenses, dont un Hugo, ce qui entretient la recherche de ce premier numéro.
Le cas de Monstress #1 est intéressant parce qu'il contredit une habitude de collectionneur. On apprend à repérer les lancements qui montent grâce à une annonce de film ou de série ; ici, rien de tel n'a jamais été diffusé. La demande s'est construite sur la reconnaissance critique et sur un objet matériellement différent des autres premiers numéros de la même saison : un fascicule au dos carré ou presque, dont l'épaisseur a déterminé la façon dont les exemplaires ont vieilli dans les boîtes.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Monstress #1 : novembre 2015, Marjorie Liu et Sana Takeda
Le premier numéro de Monstress sort en novembre 2015. Marjorie Liu signe le scénario, Sana Takeda les dessins et les couleurs. Les deux autrices se connaissaient avant ce lancement pour avoir travaillé ensemble sur des titres de super-héros, et Monstress est leur projet en propre, celui dont elles détiennent les droits.
L'épisode installe un univers de fantasy traversé par une guerre entre humains et une population aux attributs animaux. L'héroïne, Maika Halfwolf, a perdu un bras, et ce membre manquant n'est pas une cicatrice décorative : il abrite une présence qui parle, qui a faim, et qui agit parfois à sa place. Le numéro consacre l'essentiel de sa pagination à poser cette cohabitation, à décrire un marché, une institution religieuse militarisée, et à amener la première démonstration de ce que le bras peut faire.
Le dessin de Sana Takeda est une couleur directe très travaillée, avec des décors d'inspiration mêlée, mécanique et ornementale. Ce choix graphique a deux conséquences pour un acheteur. D'abord la couverture ne comporte presque aucune zone de couleur plate susceptible de pardonner une rayure. Ensuite les aplats sombres et les dégradés laissent voir la moindre marque de manipulation, ce qui pèse lourdement dans la notation. Nous y revenons plus bas.
Un premier numéro vendu en format double
C'est la particularité matérielle qui distingue ce lancement de novembre 2015 : le numéro ne fait pas la pagination standard d'un fascicule mensuel. Il est sensiblement plus épais, avec une bonne soixantaine de pages d'histoire, et il a été vendu à un prix de couverture supérieur à la norme de l'époque. La décision tenait à la densité du récit : l'univers demandait de la place avant que l'intrigue ne démarre.
Cette épaisseur change trois choses dans la vie d'un exemplaire. Le dos devient large, donc visible : un pli de dos sur un fascicule mince se devine, sur Monstress #1 il se lit à un mètre. Les agrafes travaillent davantage, et une chasse de cahier mal centrée en sortie d'imprimerie se remarque sur la tranche. Enfin le numéro ne se range pas comme ses voisins : glissé au milieu d'une série de fascicules fins, il crée une marche qui déforme les couvertures autour de lui, ou se déforme lui-même.
Pour un collectionneur, la conséquence pratique est simple : les exemplaires haut de gamme de ce numéro précis sont proportionnellement plus rares que pour un lancement mince de la même saison. Ce n'est pas une question de tirage, c'est une question de survie physique.
Pourquoi ce lancement est devenu une clé
Monstress #1 n'est pas une première apparition de personnage recyclable dans un univers partagé. Sa valeur de clé repose sur trois appuis distincts.
Le premier est la position : c'est l'entrée unique dans une série qui a ensuite tenu sur plusieurs dizaines d'épisodes et plusieurs arcs. Quand une série longue conserve son public, son numéro d'ouverture devient le seul maillon que personne ne peut remplacer par un recueil, du point de vue d'un collectionneur de fascicules.
Le deuxième est le palmarès, que nous détaillons dans la section suivante. Il a transformé un titre de fantasy en lecture recommandée hors du cercle des amateurs de comics, et élargi la base de gens susceptibles de vouloir le premier numéro.
Le troisième est la rareté relative des beaux exemplaires, conséquence directe du format. Sur un numéro mince, un acheteur patient finit par trouver un exemplaire quasi parfait. Sur celui-ci, le tri s'opère vite : les exemplaires lus une fois montrent déjà un dos marqué. Ceux qui restent nets ont souvent été mis de côté dès 2015, donc par des gens qui ne vendent pas.
Des récompenses en série, sans aucune adaptation
Monstress a été largement récompensée. La série a obtenu un Hugo pour la meilleure histoire graphique, distinction décernée par le milieu de la science-fiction et de la fantasy plutôt que par celui de la bande dessinée, et elle a reçu plusieurs Eisner, pour la série elle-même puis pour le travail de Sana Takeda. D'autres prix se sont ajoutés selon les années ; si un vendeur cite un palmarès précis, vérifiez l'année annoncée plutôt que le nombre.
Ce point mérite d'être compris pour ce qu'il est, parce qu'il modifie la lecture du marché. Une demande portée par une annonce d'adaptation est brutale et réversible : elle monte en quelques jours et redescend quand le projet s'enlise. Ici, il n'existe à ce jour aucune adaptation diffusée. La demande provient de lecteurs amenés par le palmarès et par les recommandations, donc elle est plus lente, plus régulière, et elle ne retombe pas d'un coup.
Le revers est qu'il n'y a pas de pic à exploiter. Qui achète Monstress #1 en espérant une multiplication rapide se trompe de dossier. Qui l'achète comme une pièce de fond, dans un bel état, sur une série qui reste imprimée et lue, est dans la logique du titre. Le même raisonnement vaut pour d'autres séries créateur devenues des références de bibliothèque, comme Watchmen, dont la cote tient d'abord à un statut installé.
Ce qui fait varier la cote de ce numéro
Trois variables dominent, dans cet ordre.
L'état de la couverture d'abord. Sur une illustration en couleur directe aussi chargée, un frottement de surface ne se cache nulle part. Examinez en lumière rasante : les micro-rayures sur les zones sombres apparaissent alors que le scan d'une annonce ne les montrait pas. C'est le premier motif de déception à la réception.
L'état du dos ensuite, pour les raisons d'épaisseur déjà exposées. Un dos impeccable sur ce numéro vaut un cran de grade entier, et un cran de grade sur un lancement recherché peut faire varier la valeur dans un rapport important, sans commune mesure avec l'écart constaté sur un épisode courant de la même série.
La nature de l'exemplaire enfin : impression de lancement, impression ultérieure, ou variante de couverture. Monstress #1 a connu plusieurs couvertures alternatives dès sa sortie, et toutes ne se valent pas sur le marché de l'occasion. Une couverture alternative à faible diffusion peut dépasser la couverture principale, l'inverse se voit aussi. Le réflexe utile est de traiter chaque couverture comme un objet distinct, et de ne jamais comparer une annonce à une autre sans avoir identifié laquelle est en vente.
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Commencer mon essai →Reconnaître un exemplaire de lancement d'une impression ultérieure
La série ayant été rééditée, les exemplaires en circulation ne datent pas tous de novembre 2015. Les repères à contrôler, dans l'ordre de fiabilité :
La page des mentions légales, en début ou en fin de fascicule, porte la mention d'impression. C'est la source la plus sûre, et c'est aussi celle qu'une annonce ne photographie presque jamais. Demandez-la avant d'acheter, systématiquement, pour ce numéro comme pour tout lancement recherché.
La publicité et le contenu de fin de numéro ensuite. Une impression ultérieure actualise souvent ce qui annonce les épisodes suivants ou les recueils : si la fin du fascicule renvoie à des volumes parus après 2015, vous n'avez pas un exemplaire de lancement entre les mains.
Le papier et le vernis enfin, indices secondaires mais utiles quand on a les deux objets côte à côte. Comparez le rendu de la couverture : une teinte différente ou un vernis plus brillant signale un passage machine distinct. Seul, cet indice ne tranche rien, et le catalogue reste la référence pour savoir quelles impressions existent pour un numéro donné.
Les pièges à l'achat
Le piège le plus courant est le vocabulaire. Une annonce qui écrit « premier numéro » sans préciser l'impression décrit un contenu, pas un objet de collection. L'absence de précision n'est pas toujours un piège volontaire, mais elle vous oblige à poser la question, et un vendeur qui l'esquive deux fois vous dit quelque chose.
Le deuxième piège tient au format. Parce que le fascicule est épais et presque dos carré, des vendeurs le décrivent comme un recueil, ou le classent dans leurs recueils. Vous trouverez parfois ce numéro rangé au mauvais endroit, ce qui joue en votre faveur, mais aussi un recueil vendu comme le numéro un, ce qui joue contre vous. Comptez les pages annoncées : un volume de plusieurs épisodes n'a rien à voir avec une soixantaine de pages.
Le troisième piège est l'exemplaire bien conservé à plat mais pressé. Sur un fascicule épais, un exemplaire longtemps comprimé sous une pile présente un dos légèrement bombé ou une couverture qui ne se referme pas à plat. Demandez une photo de la tranche, de biais, pas de face.
Les numéros voisins qui comptent
Au-delà du lancement, les épisodes du premier arc ont leur intérêt propre. Les tout premiers numéros d'une série créateur sont tirés selon les commandes des libraires, et ces commandes ont augmenté au fil de la première année de Monstress plutôt que diminué, le titre ayant trouvé son public progressivement. Sur beaucoup de séries, les numéros deux à quatre sont donc plus difficiles à réunir en bel état que la suite, et ils se négocient parfois au-dessus d'épisodes bien plus tardifs.
Vérifiez aussi la présence de numéros spéciaux ou de hors-séries liés à l'univers : ils apparaissent après coup dans le catalogue et beaucoup de collections s'arrêtent à la numérotation principale sans savoir qu'il leur manque une pièce. Pour un titre à univers dense, c'est l'écart classique entre une collection complète et une collection qui se croit complète. On observe la même chose sur les séries longues au lectorat large, qu'il s'agisse de The Walking Dead ou de titres de fantasy au format mensuel.
Ce que la notation change sur un numéro épais
Faire noter Monstress #1 répond à une question précise : prouver l'état d'une couverture que les photographies rendent mal. Sur ce numéro, l'intérêt est réel, parce que la couleur directe chargée est exactement le cas où un acheteur distant doute, et où une évaluation indépendante lève le doute mieux qu'une description écrite.
Deux réserves cependant. La notation a un coût fixe, et elle ne se justifie que si l'exemplaire est déjà très au-dessus de la moyenne : sur un exemplaire lu, elle officialise un état moyen et ne crée aucune valeur. Et sur un fascicule épais, le boîtier protège d'autant mieux qu'il empêche le dos de continuer à travailler, ce qui est un argument de conservation plus que de revente.
Si vous faites noter, faites-le avant le premier déménagement, pas après. L'expérience montre que ce sont les transports qui achèvent les dos larges.
Suivre Monstress dans une collection
Pour un titre comme celui-ci, l'inventaire doit retenir plus que le numéro et l'année. Notez la couverture exacte, l'impression, l'état du dos séparément de l'état général, et le fait que le numéro est en format double, car cette dernière information explique pourquoi il n'a pas la même place de rangement que ses voisins. Un suivi qui distingue couverture principale et couvertures alternatives vous évite le doublon le plus fréquent sur cette série.
Le reste relève d'une discipline simple : une pochette à la bonne taille, un carton rigide adapté à l'épaisseur, et un rangement vertical qui ne coince pas le fascicule entre deux voisins minces. Monstress #1 est un numéro qui se dégrade par la mécanique, pas par la lumière, et c'est donc le rangement, plus que l'exposition, qui décide de son état dans dix ans.
En résumé : un lancement de novembre 2015 signé Marjorie Liu et Sana Takeda, inhabituel par son format double, porté par un palmarès qui inclut un Hugo et plusieurs Eisner, et sans aucune adaptation pour agiter sa cote. C'est une clé de fond, à acheter en bel état et à vérifier page des mentions légales en main.
Vous possédez Monstress #1 et vous ne savez pas si votre exemplaire est une impression de lancement, ni ce que son dos vaut sur ce format épais ?
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Parce qu'il a été publié en format double, avec une bonne soixantaine de pages d'histoire au lieu de la pagination habituelle d'un fascicule mensuel, et un prix de couverture supérieur en conséquence. Marjorie Liu et Sana Takeda avaient un univers entier à installer avant que l'intrigue de Maika Halfwolf ne démarre réellement.
Aucune adaptation n'a été diffusée à ce jour. C'est précisément ce qui rend la cote de ce numéro atypique : la demande vient du palmarès de la série et des recommandations de lecture, pas d'une annonce de tournage. Elle monte plus lentement, mais elle ne s'effondre pas quand un projet est abandonné.
Un Hugo pour la meilleure histoire graphique, remis par le milieu de la science-fiction et de la fantasy, ainsi que plusieurs Eisner, pour la série puis pour le travail graphique de Sana Takeda. D'autres distinctions se sont ajoutées selon les années. Si une annonce cite un palmarès détaillé, contrôlez les années avancées.
La page des mentions légales porte la mention d'impression : c'est le seul repère fiable. En second recours, regardez le contenu de fin de numéro : s'il renvoie à des recueils parus après 2015, vous avez une impression ultérieure. Le papier et le vernis ne tranchent rien seuls, sauf comparaison directe entre deux exemplaires.
Seulement si l'exemplaire est nettement au-dessus de la moyenne. L'intérêt est réel ici, car la couleur directe très chargée de Sana Takeda rend les micro-rayures invisibles en photo et un acheteur distant doute. Sur un exemplaire lu, dont le dos large est déjà marqué, la notation ne fait qu'officialiser un état moyen.