Mark Millar : par où commencer, le parcours de lecture en six étapes, illustration article

Pour lire Mark Millar, commencez par Superman: Red Son (2003), un récit complet en trois numéros, puis Kick-Ass (2008), Old Man Logan (2008-2009), The Ultimates (2002-2007) et Civil War (2006-2007). Terminez par The Authority, dont Millar reprend la série au numéro 13 en 2000. Chaque étape précise le format à privilégier, et l'ordre va du récit qui se suffit au récit qui réclame un contexte.

Mark Millar écrit vite, fort et pour le grand écran de la page : des idées-chocs, des pages dépliantes, des affrontements montés comme des plans de cinéma. Cette efficacité rend son œuvre plus facile à aborder que celle de beaucoup de scénaristes de sa génération, à condition de choisir la bonne porte. Certaines de ses histoires se lisent seules, d'autres supposent une série entière derrière elles. Voici l'itinéraire que nous proposons pour quelqu'un qui ouvre son premier Millar.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Le parcours de lecture conseillé pour Mark Millar, étape par étape

Ce qui distingue Millar d'un autre scénariste

Un détail de méthode précède le choix du titre : Millar vend d'abord une idée. Millar construit ses séries autour d'une phrase de pitch qui tient en une ligne : et si Superman avait grandi en URSS, et si un adolescent sans pouvoir jouait au justicier, et si Wolverine était un vieillard dans une Amérique conquise. Le reste suit cette idée avec une rigueur de scénario de cinéma, ce qui explique le nombre d'adaptations. Les amateurs de continuité fine y trouveront moins leur compte que les lecteurs d'idées fortes.

Ses récits comptent en général de trois à huit numéros, sauf quand Millar reprend une série en cours. C'est un avantage pour le collectionneur : on achète un ensemble clos, sans avoir à poursuivre une parution mensuelle pendant des années. Cela fixe aussi la méthode de lecture. Chaque étape ci-dessous est choisie pour qu'on puisse s'arrêter après elle sans regret.

Gardez aussi à l'esprit que Millar écrit pour plusieurs dessinateurs aux styles très éloignés, de la précision de Bryan Hitch à l'énergie de John Romita Jr. Un même scénariste peut ainsi vous parler très différemment selon l'album : c'est une raison de plus de lire au moins un récit de chaque dessinateur avant de trancher.

Étape 1 : Superman: Red Son (2003), le récit complet

Trois numéros publiés par DC en 2003, sous la forme d'un « Elseworlds » : la fusée de Kal-El atterrit en Ukraine soviétique plutôt qu'au Kansas. Millar y compose un Superman au service de l'État et pose la question de ce que devient un surhomme quand son pays n'est pas celui que l'on croit. Dave Johnson dessine les couvertures et Kilian Plunkett une grande partie des pages intérieures.

C'est la meilleure première lecture, parce que tout est contenu dans un seul volume et qu'aucune connaissance préalable de la continuité n'est requise. On y retrouve déjà les procédés de Millar : un point de départ audacieux, des retournements espacés, un dernier tiers qui renverse le début. Le film d'animation de 2020 permet de comparer, dans notre article dédié. Pour le collectionner, le recueil est l'option naturelle ; les trois fascicules d'origine existent pour qui veut l'objet.

Étape 2 : Kick-Ass (2008), le Millar indépendant

Huit numéros dessinés par John Romita Jr., publiés à partir de 2008. Un lycéen sans pouvoir décide d'enfiler un costume et d'affronter la rue ; le récit refuse de lui épargner les conséquences. C'est un Millar détenteur de ses droits, sans les contraintes d'une grande maison, et la série marque le début d'un catalogue d'œuvres personnelles regroupées sous le nom de Millarworld.

Cette étape complète la précédente par un ton plus cru, moins politique, plus ancré dans le quotidien. Elle se lit sans rien savoir d'autre, et prépare à la logique des séries personnelles que le scénariste crée ensuite, comme Wanted (2003-2004, avec J.G. Jones) ou Kingsman: The Secret Service (2012, avec Dave Gibbons). Nos comparaisons sur Kick-Ass, sur Wanted et sur Kingsman montrent ce que les films en ont gardé. Pour le collectionner, le premier numéro de Kick-Ass est le repère, et les recueils suffisent à qui veut lire.

Étape 3 : Old Man Logan (2008-2009), un futur sans retour

Dans Wolverine #66 à #72 et dans un Giant-Size associé, Millar et Steve McNiven imaginent un monde où les vilains ont gagné et divisé l'Amérique en fiefs. Logan, devenu fermier, accepte une dernière mission contre sa volonté. Le récit se lit comme un western, sa structure routière donnant à chaque épisode un décor et un antagoniste.

Il se place ici parce qu'il demande seulement une connaissance de base de Wolverine, quelques noms de héros et de méchants, et se suffit ensuite à lui-même. Nous lui avons consacré un guide de lecture complet et un classement des runs du personnage, qui détaillent les suites et dérivés. Côté exemplaires, la série Wolverine de 2008 circule largement en fascicules, alors que les recueils d'Old Man Logan diffèrent par le matériel annexe qu'ils embarquent.

Étape 4 : The Ultimates (2002-2007), la réinvention des Avengers

Avec Bryan Hitch au dessin, Millar publie The Ultimates en 2002-2004, puis The Ultimates 2 en 2005-2007. L'équipe y est ramenée à une structure militaire, dirigée par un Nick Fury à l'allure de cinéma, avec des personnages plus conflictuels que dans la version classique. Le travail de Hitch, en grand format, donne à ces pages une ampleur qui a fait école.

Le palier monte d'un cran : deux séries enchaînées, l'univers Ultimate à apprivoiser, et des allusions à l'actualité du début des années 2000 qui demandent un peu de recul. On la lit au bon moment, une fois que le style de Millar est familier. L'influence sur les adaptations de l'équipe au cinéma est régulièrement soulignée, sans qu'il soit utile de la détailler ici. Le retour du titre est analysé dans notre fiche sur The Ultimates #1 de 2024. Pour la collection, les deux séries tiennent en deux recueils, et les fascicules se trouvent sans difficulté.

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Les sections de l'article sur Mark Millar, dans l'ordre de lecture

Étape 5 : Civil War (2006-2007), l'événement

Sept numéros dessinés par Steve McNiven, au cœur de l'univers Marvel principal : une loi sur l'enregistrement des héros divise Iron Man et Captain America. Le récit est la pièce la plus ambitieuse de Millar pour la continuité principale, et il ne s'apprécie pleinement qu'avec ses satellites, c'est-à-dire des dizaines de numéros de séries annexes.

C'est ce lien avec le reste de l'univers qui la place au rang cinq. La lire seule est possible, mais vous passerez à côté de ce que les séries tierces racontent. Les repères de collection sont détaillés dans notre dossier sur les numéros clés de Civil War, et l'adaptation de 2016 est comparée dans l'article film contre comics. Le recueil central suffit pour lire ; les fascicules servent à qui veut constituer l'ensemble de l'événement.

Étape 6 : The Authority, la reprise de 2000

Millar prend la série The Authority au numéro 13, en 2000, après Warren Ellis, avec Frank Quitely parmi les dessinateurs. L'équipe de surhommes qui se permet d'agir comme un gouvernement parallèle y devient plus provocatrice encore. La série est classée en dernier parce qu'elle suppose de connaître le début signé par Ellis, d'accepter un registre de violence appuyé et de supporter des dessinateurs qui varient.

C'est cependant le laboratoire de nombreux gestes que Millar reprendra plus tard dans The Ultimates : l'équipe vue comme une puissance politique, les coups d'éclat à la page. Pour un lecteur qui a suivi les cinq étapes précédentes, elle éclaire d'où viennent ces procédés. Pour le collectionner, mieux vaut des recueils, car les fascicules de l'époque sont dispersés entre plusieurs collections.

Après les six étapes : pour aller plus loin

Une fois le parcours terminé, plusieurs pistes s'ouvrent selon vos goûts. Les amateurs de Wolverine peuvent lire l'arc Enemy of the State, publié dans la série Wolverine en 2004-2005 avec John Romita Jr. aux dessins. Ceux qui préfèrent le Millar d'équipe ont la série Fantastic Four écrite avec Bryan Hitch à partir du numéro 554, en 2008. Les curieux de l'univers personnel iront vers Nemesis (2010, dessin de Steve McNiven), Marvel 1985 (2008, Tommy Lee Edwards) ou Jupiter's Legacy (2013, Frank Quitely).

Ces titres sont moins nécessaires que les six premiers : ils prolongent un style plus qu'ils n'apportent une lecture indispensable. Leur place dans une bibliothèque dépend de votre goût pour le dessinateur associé plus que du nom du scénariste. Si vous suivez un illustrateur en particulier, c'est lui qui doit guider vos achats, et le catalogue permet de retrouver tout ce qu'il a signé avec Millar.

Enfin, un mot sur ce qu'il vaut mieux éviter au départ : les séries récentes de Millar publiées en petits formats successifs se lisent mieux une fois le style apprivoisé, parce qu'elles reprennent ses procédés sans les présenter. Commencez par les récits clos, et gardez les titres en cours pour la fin.

Comment lire : fascicules ou recueils

Les récits courts de Millar se lisent bien en recueil : Red Son, Kick-Ass, Old Man Logan et Civil War y gagnent leur continuité. Réservez les fascicules à ce que vous voulez conserver comme objets : le premier numéro de Kick-Ass, le #66 de Wolverine, le premier de The Ultimates. Chacun est expliqué dans le hub consacré à Mark Millar, où figurent aussi les repères de l'auteur.

Un dernier point d'organisation : les séries de Millar sont publiées par plusieurs éditeurs, et leurs éditions françaises ne suivent pas le même rythme. Avant d'acheter un tome, vérifiez dans le catalogue la liste des numéros qu'il contient, en particulier pour les mini-séries qui apparaissent dans plusieurs recueils.

Récapitulatif : l'ordre conseillé

Les questions fréquentes sur Mark Millar auxquelles répond cet article

Questions fréquentes

Par Superman: Red Son (2003). Le récit tient en trois numéros et ne suppose aucune lecture antérieure de Superman. Kick-Ass (2008) est une bonne deuxième lecture si vous préférez un ton plus contemporain et un univers sans super-héros établis.

Non. Les deux récits appartiennent à des univers différents : The Ultimates se déroule dans l'univers Ultimate, Civil War dans l'univers principal de Marvel. Les lire dans n'importe quel ordre ne change rien à la compréhension. Seule la familiarité avec le style de Millar facilite l'entrée.

Oui, pour l'essentiel. Le récit présente son héros, son monde et ses ennemis en cours de route. Quelques clins d'œil échappent à qui ne connaît pas les X-Men, mais l'intrigue de Millar et Steve McNiven reste compréhensible dès le premier épisode, publié dans Wolverine #66.

Ce sont les séries créées par Mark Millar en dehors des grandes maisons, comme Wanted, Kick-Ass ou Kingsman: The Secret Service. L'ensemble a été racheté par Netflix en 2017. Elles se lisent séparément, sans ordre imposé, et plusieurs ont donné lieu à des films.

Pour lire, les recueils : ils regroupent les mini-séries dans le bon ordre. Pour collectionner, privilégiez les fascicules des premiers numéros, comme Kick-Ass #1 ou Wolverine #66. Dans les deux cas, contrôlez dans le catalogue la liste exacte des numéros avant d'acheter.

Vos fascicules de Mark Millar, de Wolverine #66 à Kick-Ass #1, se valorisent selon l'édition, le tirage et l'état précis de chaque exemplaire.

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