Le Marvel Mangaverse est un univers parallèle imaginé par Ben Dunn, où le catalogue Marvel est redessiné selon les codes du manga. Il démarre avec Marvel Mangaverse: New Dawn #1, arrivé en magasin le 16 janvier 2002, suivi de sept autres fascicules autonomes en janvier, puis d'une série Marvel Mangaverse en six numéros signée Dunn d'avril à septembre 2002. Trois prolongements suivront : Spider-Man: Legend of the Spider-Clan (5 numéros, 2002-2003), X-Men: Ronin (5 numéros, 2003) et New Mangaverse: The Rings of Fate (5 numéros, 2006). L'ensemble porte le code Terre-2301. Marvel a relancé l'étiquette en septembre 2026 pour ses 25 ans, avec cinq fascicules hebdomadaires dont les couvertures principales sont toutes signées Yuji Kaku. Voici la liste complète, les créateurs exacts, et pourquoi cette ligne est restée une curiosité de collectionneur.
Il existe dans le catalogue Marvel une poignée de lignes dont personne ne parle pendant vingt ans, et qui ressurgissent parce qu'un anniversaire tombe ou qu'un film en recycle une silhouette. Le Mangaverse appartient à cette catégorie. Le problème, pour qui veut le constituer, est que son catalogue est à la fois court et éclaté : huit fascicules autonomes parus en trois semaines, une série limitée, deux miniséries sous un autre nom, une suite quatre ans plus tard. Aucune numérotation continue ne relie l'ensemble.
Nous sommes le 2 octobre 2026. La relance vient de s'achever, le dernier fascicule est sorti deux jours plus tôt, et aucun recul de marché n'existe sur ces cinq parutions. Tout ce qui suit sur elles relève de la description éditoriale, jamais de la cote.
Ce qu'était le Mangaverse, concrètement
Le principe n'était pas de traduire du manga japonais, ni de faire dessiner Marvel par des auteurs japonais. C'était l'inverse : confier le catalogue à des dessinateurs occidentaux formés aux codes graphiques du manga, et reconstruire les personnages dans cette grammaire. Ben Dunn, auteur et éditeur américain passé par la bande dessinée d'inspiration japonaise en langue anglaise, en est le concepteur.
Le résultat n'est pas un relookage. Iron Man devient Iron Maiden, soit Antoinette Stark, surnommée Toni, sœur de Tony et propriétaire de Stark Industries ; elle assume son identité publiquement, ce que son frère n'avait jamais fait. Le Hulk n'est plus une seconde personnalité de Bruce Banner mais un esprit colossal au service de Dormammu, dont la silhouette emprunte au cinéma de monstres japonais. Les Quatre Fantastiques deviennent une cellule d'intervention administrative, la Megascale Metatalent Response Team. Côté X-Men, Wolverine est le frère de Cyclope et c'est lui qui réunit l'équipe, tandis que Charles Xavier dirige le Hellfire Club, donc le camp adverse. Le Punisher, enfin, est une femme, Sosumi Brown, directrice d'une école privée à Tokyo dont la base opérationnelle est dissimulée dans l'établissement. La ligne ne racontait pas une variante, elle redistribuait les rôles.
L'univers a reçu plus tard une immatriculation officielle, Terre-2301, attribuée par l'édition 2005 de l'Official Handbook of the Marvel Universe consacrée aux univers alternatifs. C'est ce code, et pas le mot Mangaverse, qui permet de retrouver la ligne dans les index et les bases de personnages.
Le catalogue complet de la ligne d'origine
Voici la liste exhaustive, dans l'ordre de mise en vente. Les dates sont celles de l'arrivée en boutique, pas les dates de couverture, qui portent deux mois d'avance sur cette période.
Marvel Mangaverse: New Dawn #1
Ben Dunn écrit, dessine, encre et lettre ce premier fascicule, avec des couleurs de Guru-eFX. C'est l'acte de naissance de la Terre-2301 et la première apparition de la quasi-totalité de ses figures : Iron Maiden, le Bruce Banner local, son Captain America, son Docteur Strange, son Hank Pym, sa Tigra, son Namor. Le récit installe le dispositif qui portera la ligne, le Puits d'Énergie construit par Banner et détourné par Hydra.
Six fascicules autonomes
Marvel sort six titres le même mercredi. Marvel Mangaverse: Spider-Man #1, « Spider Scroll », est écrit, dessiné et couvert par Kaare Andrews seul. X-Men #1, « X-Men: Equinox », est écrit par C.B. Cebulski, dessiné par Jeff Matsuda et A.J. Jothikumar, encré par Andy Owens. The Punisher #1, « Kind to Be Cruel », est écrit par Peter David et dessiné par Lea Hernandez. Fantastic Four #1 est écrit par Adam Warren, encré par Robert Stull, couverture de Keron Grant. Ghost Riders #1 est écrit par Brian Smith et Chuck Austen, qui en assure le dessin. Avengers Assemble #1 est écrit par Ken Siu-Chong avec le collectif Udon, dessiné par Alvin Lee, Arnold Tsang, Omar Dogan, Shane Law et Erik Ko.
Marvel Mangaverse: Eternity Twilight #1
Troisième et dernier mercredi de la salve, avec un huitième fascicule écrit par Ben Dunn et Kevin Gunstone, dessiné par Dunn. Les huit fascicules de janvier 2002 seront ensuite rassemblés en un volume relié.
Marvel Mangaverse #1 à #6
Ben Dunn écrit et dessine les six numéros, parus le 3 avril, le 8 mai, le 5 juin, le 3 juillet, le 7 août et le 5 septembre 2002. Les chapitres portent des titres : « Hungry Planet », « The Galactus Syndrome », « The Evil Entity », puis « Liberty's Doom » en trois parties. C'est ici qu'apparaissent le Galactus local, virus anti-vie fabriqué par les Skrulls, un Captain Marvel propre à cet univers et un Docteur Fatalis dont l'identité réelle est la sœur de la Panthère Noire. Couvertures des numéros 4 à 6 par Takeshi Miyazawa.
Spider-Man: Legend of the Spider-Clan #1 à #5
Kaare Andrews poursuit son Spider-Man du Mangaverse sur cinq numéros, dessinés par Skottie Young. Le Peter Parker de cet univers est le dernier survivant d'un clan de ninjas Araignée, entraîné par un oncle Ben devenu son maître d'armes et tué par Venom, lui-même au service du Caïd. La minisérie ajoute Black Cat, un symbiote d'origine mystique présenté comme une malédiction, et un Norman Osborn.
X-Men: Ronin #1 à #5
Écrite par J. Torres et dessinée par Makoto Nakatsuka, cette minisérie suit l'affrontement entre les X-Men et le Hellfire Club, qui cherche à enrôler Jean Grey. La Force du Phénix, aperçue en arrière-plan de la première salve, y prend toute sa place, et les Sentinelles deviennent des robots pilotés par des humains. Les chapitres portent des titres japonais translittérés, de « Hajime No Ippo » à « Shima ».
New Mangaverse: The Rings of Fate #1 à #5
Trois ans et demi après la série principale, C.B. Cebulski écrit une suite dessinée par Tommy Ohtsuka. Le postulat est brutal : La Main, qui fait là sa première apparition dans cet univers, a exterminé environ quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population surhumaine de la Terre-2301. Les survivants, dont le Spider-Man du clan Araignée, une Spider-Woman, Wolverine et un Iron Man revenu, forment une nouvelle équipe, et Carol Danvers reprend le costume d'un Captain America.
S'ajoute un épisode isolé publié dans Spider-Man Family, mis en vente le 29 novembre 2006 et daté janvier 2007, écrit par C.B. Cebulski et dessiné par Skottie Young : il reprend le Spider-Man du clan Araignée après sa minisérie, mais les index le rattachent à une autre immatriculation que la Terre-2301, et sa continuité a ensuite été contournée. Au total : vingt-quatre fascicules publiés entre janvier 2002 et mai 2006, répartis sur sept titres dont deux ne mentionnent pas la ligne à laquelle ils appartiennent.
Pourquoi cette ligne est devenue une niche
Elle a visé deux publics sans en toucher aucun. Le début des années 2000 est le moment où le manga s'installe en librairie générale, dans un format relié bon marché, tandis que le fascicule de super-héros reste cantonné à la boutique spécialisée. Le Mangaverse a été vendu dans le second circuit à un lectorat recruté dans le premier. Les tirages n'ont jamais été élevés, et surtout peu d'exemplaires ont été conservés : personne ne mettait de côté un fascicule expérimental d'une ligne secondaire.
Les titres se cachent. Une collection se complète par mot-clé. Avec deux miniséries sur trois qui ne portent pas le nom de la ligne, et un fascicule intitulé Eternity Twilight dépourvu de tout nom de personnage, la ligne est structurellement mal indexée. Beaucoup de collections du Mangaverse sont incomplètes non par manque d'exemplaires mais par ignorance de leur existence.
Un personnage en est sorti. C'est le facteur décisif, et il est récent : le Spider-Man du clan Araignée créé par Kaare Andrews est apparu au cinéma en 2023, dans Spider-Man: Across the Spider-Verse, comme membre de la Spider-Society. Ce qui attire la demande, ce n'est jamais la ligne, c'est le personnage qui en sort et qui vit ailleurs. Les sept autres fascicules de janvier 2002 n'ont pas eu cet effet, aucun de leurs personnages n'ayant trouvé de seconde vie.
Nous ne donnons ici aucun chiffre, et ce n'est pas une prudence de façade : les ventes publiques de ces fascicules sont trop éparses et trop inégales selon l'état pour qu'une moyenne ait un sens, et aucune source consultée n'en publie de relevé daté. Ce qui est descriptible, c'est la hiérarchie : le fascicule Spider-Man et le lancement devant, les autres loin derrière.
La relance de septembre 2026, fascicule par fascicule
Marvel a choisi un format inhabituel : cinq fascicules autonomes, un par mercredi de septembre 2026, tous datés novembre 2026 en couverture, et toutes les couvertures principales confiées au même auteur, le mangaka Yuji Kaku. Cette unité graphique tranche avec la dispersion de 2002. Le dispositif repose sur deux fascicules d'encadrement signés Joe Kelly et Jack Kelly, dessinés par Kenny Ruiz ; entre les deux, trois récits indépendants. D'où un décompte à deux vitesses qu'il faut connaître avant de chercher : cinq fascicules à l'inventaire, mais quatre récits, puisque le premier et le dernier, de la même équipe et avec le même trio de héros, forment un seul récit en deux temps. Les deux fascicules des Kelly sont les seuls à être affichés à 5,99 $ au lieu de 4,99 $, écart cohérent avec leur rôle d'encadrement.
Marvel Mangaverse: Web of Blood #1
Le fascicule met en scène un Spider-Man incarné par Miles Morales, une Laura Kinney devenue Weapon X-Tremis et une Illyana Raspoutine baptisée Legion, face au retour du Phénix. Là où 2002 reconstruisait les personnages historiques, 2026 part de la génération suivante.
Marvel Mangaverse: Iron Knight #1
Riri Williams construit une armure mue par la magie après la mort apparente de son amie Lunella Lafayette. Le parallèle avec 2002 est frappant : la ligne d'origine avait déjà fait d'Iron Man un robot géant pilotable, soit la mécanique la plus identifiable du manga d'action. La même franchise sert de point d'entrée, mais par la magie plutôt que par la technologie.
Marvel Mangaverse: Arcane Avengers #1
Bucky Barnes, Bloodline et Wiccan forment un groupe de sorciers chargé de traquer des yōkai. C'est le fascicule qui assume le plus franchement l'imaginaire folklorique japonais, là où la ligne de 2002 passait surtout par le robot et le ninja.
Marvel Mangaverse: Ghostlocke #1
Kwannon affronte un Carnage qui tue aussi bien des humains que des yōkai. C'est le fascicule le plus sombre des cinq, et celui qui s'inscrit le plus directement dans la tendance horrifique que Marvel pousse à l'automne 2026, parallèlement à sa ligne Midnight lancée en octobre.
Marvel Mangaverse: Web of Destiny #1
Le trio du premier fascicule se réunit pour sauver la Terre. Un détail de calendrier mérite d'être noté : ce fascicule est sorti le mercredi où Marvel publiait aussi Amazing Spider-Man #1000, dont l'histoire principale est signée par le même Joe Kelly. Un numéro à plus de quatre cent mille précommandes, en rupture le jour de sortie, absorbe toute l'attention d'une journée.
Les 25 ans, et ce que le compte ne dit pas
Marvel présente la relance comme un vingt-cinquième anniversaire, en septembre 2026. Or le premier fascicule de la ligne est arrivé en boutique le 16 janvier 2002 : vingt-cinq ans après, nous serons en janvier 2027. Nous n'avons pas pu vérifier le point de départ retenu par l'éditeur, et nous ne le devinons pas. Deux explications sont possibles, aucune n'est documentée dans les sources consultées : soit l'anniversaire est compté depuis la conception de la ligne, antérieure à sa publication, soit il est arrondi pour tomber sur une fenêtre de calendrier libre.
L'information utile pour un collectionneur est ailleurs. La date qui sert à dater un exemplaire est celle de mise en vente, et non la date de couverture, en avance de deux mois selon la convention de l'époque. Sur une ligne où huit fascicules portent la même date de couverture tout en étant sortis sur trois mercredis différents, la distinction cesse d'être un détail.
Constituer la ligne aujourd'hui
Établissez la liste avant de chercher
Vingt-quatre fascicules, sept titres, deux qui ne portent pas le nom de la ligne. Tant que cette liste n'est pas écrite quelque part, chaque recherche repart de zéro et vous achèterez deux fois le même fascicule tout en ignorant l'existence du suivant.
Commencez par la série de six
La série Marvel Mangaverse de 2002 est numérotée de 1 à 6 et se trouve souvent en bloc. C'est la partie la plus simple à boucler, et elle donne la cohérence narrative de la ligne. Les huit fascicules de janvier viennent ensuite, un par un, selon les occasions.
Traitez les miniséries comme des séries à part entière
Legend of the Spider-Clan et X-Men: Ronin ne se cherchent pas sous l'étiquette Mangaverse. Enregistrez-les sous leur titre réel, en notant leur rattachement à la ligne dans un champ de commentaire.
Soyez exigeant sur l'état plutôt que sur le nombre
Un exemplaire fatigué d'un titre rare se revendra moins bien qu'un exemplaire propre d'un titre courant. La certification, dont le coût ne dépend pas de la valeur de l'objet, n'a de sens ici que sur le lancement et sur le fascicule Spider-Man.
Décidez si la relance de 2026 fait partie du même ensemble
Les cinq fascicules de septembre 2026 ne partagent avec 2002 ni les personnages, ni les auteurs, ni la continuité. Les ranger avec la ligne d'origine ou les traiter à part est légitime dans les deux sens, mais ce choix doit être tenu, sinon votre inventaire deviendra illisible.
Les pièges propres à cette ligne
Confondre le Mangaverse avec les autres manga Marvel. Le catalogue contient plusieurs objets qui relèvent du rapprochement avec le manga : adaptations japonaises de personnages Marvel, séries animées produites au Japon, coéditions en volumes reliés. Le Mangaverse n'est aucun de ces objets. C'est une ligne de fascicules américains dessinés aux codes du manga, immatriculée Terre-2301. Elle n'a rien à voir non plus avec le programme de mangas originaux annoncé chez Kadokawa, qui est l'exact mouvement inverse : des auteurs japonais, un éditeur japonais, et une parution qui démarre au Japon. La distinction entre comics, manga et bande dessinée se joue d'ailleurs sur le format et le circuit, pas sur le style de dessin.
Croire que le fascicule Spider-Man est un numéro 1 de série. Il est autonome, complet en lui-même, et il n'existe pas de numéro 2. Ce qui lui succède porte un autre titre, Legend of the Spider-Clan, et repart d'un numéro 1.
Acheter la relance de 2026 comme un investissement. Les cinq fascicules sont sortis il y a quelques semaines, dans un format de récits autonomes qui ne construit aucune série à suivre. Aucun historique de ventes n'existe, et toute estimation aujourd'hui serait une invention. Ce qui se décidera dans les années qui viennent, c'est si un de leurs personnages réapparaît ailleurs.
Oublier le volume relié. Pour un lecteur, c'est l'accès le plus simple au texte. Pour un collectionneur, c'est une pièce différente, qui ne remplace pas les fascicules : les deux formats s'inventorient séparément.
Tenir une ligne éclatée dans son inventaire
Sur une série de cent numéros, l'inventaire se gère par les trous dans la séquence. Ici les trous sont invisibles, puisque chaque fascicule est un numéro 1. Dans l'application, trois gestes suffisent. Créez une collection personnalisée nommée d'après la ligne et rattachez-y les sept titres, y compris ceux qui ne portent pas le nom Mangaverse : ce rattachement manuel remplace la numérotation absente. Renseignez la date de mise en vente en plus de la date de couverture, sans quoi l'écart de deux mois rend tout classement chronologique faux. Notez enfin l'état réel au moment de l'achat. Le reste relève du suivi numéro par numéro habituel, avec un confort rare : sur une ligne close depuis 2006, votre liste de manquants ne bougera plus.
Faut-il s'y intéresser ?
Oui, si vous aimez les périphéries du catalogue ou si vous collectionnez les variantes de Spider-Man. Le Mangaverse documente un moment précis de l'édition américaine, celui où le fascicule de super-héros a tenté de parler la langue de son concurrent le plus sérieux, et sa meilleure pièce tient debout seule.
Non, si votre objectif est un rendement. Une ligne de vingt-quatre fascicules close depuis vingt ans, dont un seul personnage a trouvé une suite, ne constitue pas une stratégie. Et sur la relance de septembre 2026, la seule réponse honnête au 2 octobre 2026 est qu'il n'y a rien à en dire encore. Dans les deux cas le geste est le même : acheter ce qui vous intéresse, le conserver correctement, et l'enregistrer avec sa vraie date.