Knull a été créé par Donny Cates et Ryan Stegman dans leur série Venom lancée en 2018. Il n'existe pas une seule « première apparition » mais trois réponses, chacune valable dans son registre : Thor: God of Thunder #6 (mars 2013) contient une silhouette anonyme identifiée comme lui cinq ans plus tard, Venom #3 (couverture datée août 2018) est le numéro que le marché retient comme sa première apparition, et Venom #4 (en kiosque le 25 juillet 2018) est celui où il se nomme et raconte son origine à Eddie Brock. L'éditeur lui-même présente le #4 comme son véritable début. Ajoutez King in Black #1 (2 décembre 2020) et, pour l'actualité, Venom #250 (1er octobre 2025), qui le ramène, et la mini-série Knull de janvier 2026, sa première série solo.
Knull est un cas d'école. Posez la question du premier numéro à cinq collectionneurs et vous obtiendrez trois réponses, toutes documentées, toutes défendables, et aucune complètement satisfaisante. Ce n'est pas un désaccord d'amateurs : c'est la conséquence directe de la manière dont ce personnage a été construit, par ajouts successifs, avec une identité révélée bien après sa première image imprimée.
Pour un collectionneur, cette situation n'est pas un détail d'érudition. Sur une première apparition, l'écart de valeur entre « le numéro où le personnage est visible » et « le numéro où le personnage est reconnu » se compte souvent en multiples. Acheter le mauvais numéro en croyant détenir le bon est l'erreur la plus coûteuse de la chasse aux keys modernes, et Knull est exactement le genre de personnage où elle se produit.
Cet article démonte le problème pièce par pièce, puis liste les numéros qui comptent vraiment, en distinguant ce qui est vérifié de ce qui relève de l'interprétation. Il est écrit au 1er octobre 2026, au lendemain de la conclusion du crossover Queen in Black, qui vient de redessiner la place du personnage dans la ligne Marvel.
Pourquoi « le premier Knull » n'a pas de réponse unique
Trois mécanismes se superposent chez ce personnage, et chacun crée son propre candidat au titre.
Le premier est l'attribution rétroactive. En 2013, Jason Aaron publie dans Thor: God of Thunder une origine de l'épée noire All-Black the Necrosword, où apparaît une entité en armure sombre qui n'est jamais nommée. Cinq ans plus tard, Donny Cates reprend ce fil et déclare que cette entité était Knull. L'image existait, le personnage n'existait pas encore. C'est la définition même d'une apparition rétroactive, un sujet que nous traitons en détail dans notre dossier sur la valeur des premières apparitions rétroactives.
Le deuxième est l'écart entre apparition et nomination. Dans le run de 2018, Knull est montré avant d'être identifié. Le lecteur voit une figure, une ombre, une silhouette dans un récit enchâssé, puis seulement au numéro suivant il entend le personnage se présenter. Les deux numéros sont donc des « premières » de nature différente, et le marché n'a jamais complètement tranché entre les deux.
Le troisième est la question des tirages. Comme beaucoup de keys modernes, les numéros concernés ont été réimprimés avec de nouvelles couvertures, parfois dans un ordre qui brouille la chronologie : une couverture montrant le personnage peut être parue après un numéro ultérieur du récit. Résultat, même la notion de « première couverture » demande une précision d'horloger.
Ces trois mécanismes ne se contredisent pas, ils se cumulent. Un collectionneur qui veut « le premier Knull » doit donc d'abord décider ce qu'il cherche : la première image, le premier nom, ou le numéro que les autres collectionneurs reconnaîtront.
Les quatre numéros qui se disputent le titre
Voici les candidats, dans l'ordre de parution, avec ce que chacun contient réellement.
Thor: God of Thunder #6
Le numéro raconte l'origine de Gorr le Boucher des Dieux et celle de l'épée All-Black the Necrosword. On y voit une entité en armure noire dont l'identité n'est pas révélée. Cinq ans plus tard, le run Venom établit que cette entité est Knull, et que la Necrosword est son œuvre. Ce numéro possède donc l'antériorité chronologique, mais aucune intention créative : en 2013, Knull n'existait pas comme personnage, pas même comme projet. C'est une pièce de contexte pour qui collectionne Thor, et un pari pour qui collectionne Knull.
Venom #3 (volume de 2018)
C'est le numéro que l'on vous proposera si vous demandez « la première apparition de Knull » : la fiche encyclopédique de référence le désigne comme sa première apparition complète, et c'est la mention qui figure sur la plupart des exemplaires notés. Dans le récit, le personnage est montré au cœur d'un flash-back, sous une forme que certains lecteurs qualifient d'avatar plutôt que de présence pleine. Le numéro reste le pivot du run de Cates et Stegman.
Venom #4 (volume de 2018)
C'est ici que Knull se présente à Eddie Brock et déroule son origine par une série de flash-backs télépathiques : la création des symbiotes, la rébellion, l'emprisonnement. Marvel, dans ses propres contenus éditoriaux consacrés au personnage, décrit ce numéro comme son véritable début. Le lecteur y rencontre un personnage nommé, parlant, doté d'une histoire, ce qui correspond à la définition usuelle d'une apparition complète dans bien d'autres cas de jurisprudence collectionneur.
King in Black #1
Ce n'est pas une première apparition, et c'est pour cela qu'il mérite sa place ici : c'est le numéro où Knull cesse d'être une menace de série pour devenir une menace d'univers. L'événement compte cinq numéros, publiés du 2 décembre 2020 au 7 avril 2021, avec la même équipe que le run Venom. Pour beaucoup de lecteurs venus par le cinéma ou par les sites de résumés, c'est le point d'entrée réel dans le personnage.
Laquelle de ces réponses correspond à quoi
Plutôt que de désigner un vainqueur, il est plus honnête d'associer chaque numéro à une intention de collection. C'est aussi plus utile quand vient le moment d'acheter.
Vous voulez le numéro reconnu par les autres collectionneurs
Prenez Venom #3 de 2018, en première impression, couverture principale. C'est la mention qui figure sur les labels et dans les catalogues, donc celle qui sera comprise sans explication le jour d'une revente. En matière de première apparition, la liquidité suit l'étiquette, pas l'argumentation.
Vous voulez le numéro qui contient vraiment le personnage
Prenez Venom #4. C'est le numéro où Knull parle, se nomme et expose son origine, et c'est celui que l'éditeur présente comme son début. Si votre critère est le contenu plutôt que la convention, c'est le bon choix, et il est généralement moins disputé.
Vous jouez l'antériorité
Prenez Thor: God of Thunder #6. C'est une position de pari : elle ne paie que si le marché finit par traiter l'apparition rétroactive comme la vraie première, ce qui s'est déjà produit sur d'autres personnages mais reste minoritaire. Avantage réel : le numéro n'a pas été thésaurisé à sa sortie.
Vous voulez lire l'histoire complète
Prenez le run de 2018 dans l'ordre, puis King in Black. Les trois numéros discutés plus haut forment une séquence continue : les séparer les prive de leur effet. C'est le seul usage où la question de la première apparition n'a aucune importance.
Dans tous les cas, notez la mention exacte
Impression, numéro de tirage, couverture, mention portée sur le label si l'exemplaire est noté. Sur un personnage à premières apparitions multiples, c'est cette précision qui distingue un exemplaire vendable d'un exemplaire à discuter. Notre page sur la différence entre caméo et apparition complète détaille le vocabulaire à employer.
Ce que King in Black a réellement changé
L'événement de 2020 mérite quelques lignes de récit, parce que son issue explique la configuration actuelle du personnage et donc la demande d'aujourd'hui.
Knull arrive sur Terre accompagné de dragons symbiotes. Les Avengers lui opposent le Sentry, qu'il met hors de combat sans effort, puis il fait former à ses dragons une sphère autour de la planète pour la couper du Soleil. La résolution passe par Eddie Brock, qui reçoit la puissance de l'Enigma Force et élimine Knull. Eddie ressort de l'événement en nouveau roi des symbiotes, et son fils Dylan Brock, porteur du codex symbiote, s'installe durablement dans la franchise.
Deux conséquences pour qui collectionne. La première est que Knull a passé plusieurs années hors jeu : entre 2021 et 2025, la demande sur ses numéros a dépendu presque entièrement de l'actualité des adaptations, pas de la publication en cours. La seconde est que l'événement a généré un volume considérable de numéros satellites, des préludes aux séries dérivées, et que ce volume pèse encore sur l'offre disponible. Il s'est accompagné d'une série Symbiote Spider-Man dédiée écrite par Peter David, et de séries consacrées à Namor, aux Valkyries, aux Thunderbolts ou au croisement entre Gwenom et Carnage. Aucune ne porte de première apparition de Knull : les présenter comme des keys du personnage est un abus de langage courant sur le marché de l'occasion.
Le retour : Venom #250, puis une première série solo
Le personnage est revenu il y a exactement un an. Venom #250, paru le 1er octobre 2025, numéro géant écrit par Al Ewing et dessiné par Terry Dodson, ramène Knull et lance la saga symbiote qui occupe la franchise depuis. Le contexte a changé : le symbiote est alors lié à Mary Jane Watson, et c'est contre cette configuration que Knull revient se venger. Après ce numéro anniversaire, la série reprend sa numérotation héritée avec le #251.
Puis, le 14 janvier 2026, Marvel a lancé Knull, une série limitée en cinq numéros, écrite par Al Ewing et Tom Waltz, dessinée par Juanan Ramirez, avec des couvertures de Ryan Stegman. C'est un fait notable pour un collectionneur, et il est vérifiable : c'est la toute première série solo consacrée au personnage depuis sa création en 2018. Huit ans séparent donc sa première apparition de son premier titre à son nom.
Le numéro 1 de cette mini-série est, à ce jour, le seul « numéro 1 de Knull » existant. Ce statut est modeste comparé à une première apparition, mais il est unique et ne se répétera pas : un personnage n'a qu'une première série solo. Pour une collection thématique, c'est une pièce logique et récente, donc facile à trouver en bon état. Son récit est aussi ce qui rend la suite lisible : Knull y est prisonnier, dépossédé de son trône, et prépare sa revanche contre celle qui le détient. C'est le fil qui conduit directement à l'été 2026.
Queen in Black : ce que l'événement de l'été 2026 change
Le crossover Queen in Black s'est achevé hier, avec son cinquième et dernier numéro mis en vente le 30 septembre 2026. La série principale compte cinq numéros, écrits par Al Ewing et dessinés par Iban Coello, avec des couvertures de Ryan Stegman sur l'ensemble. Le numéro 1, paru le 1er juillet 2026, était un numéro inaugural de 56 pages à tarif majoré.
Le renversement est le suivant. Hela, déesse asgardienne de la mort, a capturé Knull, s'est emparée de l'essentiel de sa puissance et a pris son titre : elle se proclame Queen in Black. Elle débarque sur Terre à la tête d'une légion d'espèces extraterrestres liées à des symbiotes. Knull, de son côté, est aux confins du système solaire, où il lève une armée entièrement neuve. Le texte de présentation de l'éditeur est explicite sur ce point : les deux offensives convergent vers la même planète, sans se coordonner.
Pour la demande, trois effets se cumulent, et ils vont dans des directions différentes.
Un effet d'actualité sur les numéros fondateurs. Quand un personnage redevient central pendant un trimestre entier, les lecteurs nouveaux remontent la chaîne et cherchent le point de départ. Mécaniquement, la pression se reporte sur les numéros de 2018, et c'est là que la confusion sur la première apparition coûte le plus cher : un acheteur pressé prend le premier exemplaire étiqueté « premier Knull » qu'on lui présente, sans vérifier l'impression.
Un effet de croisement avec une autre franchise. C'est la nouveauté de 2026. Jusqu'ici, Knull appartenait au périmètre symbiote. En devenant l'adversaire de Hela, il entre dans le périmètre asgardien, ce qui lui ouvre un second public de collectionneurs, celui des numéros clés de Thor. Ce croisement rend aussi plus défendable l'intérêt pour Thor: God of Thunder #6, non plus comme simple antériorité technique, mais comme pièce charnière entre deux mythologies désormais liées.
Un effet de saturation sur les numéros de l'événement. L'événement s'est accompagné de séries courtes et de numéros spéciaux, dont une série en trois numéros autour des forces de lumière et d'ombre, une autre en trois numéros consacrée à Venom, des numéros uniques centrés respectivement sur Hela et sur Thor, et une séquence de la série Venom en cours. Cette abondance est une bonne nouvelle pour qui veut lire, et une mauvaise nouvelle pour qui espère une rareté rapide. Les numéros d'un événement très commandé ne manquent jamais dans les mois qui suivent.
En résumé, l'été 2026 renforce les numéros anciens et dilue les numéros neufs. C'est le schéma habituel, mais il est particulièrement net ici parce que la base de départ, en 2018, est courte : trois numéros, parus en quelques semaines, dans une seule série.
La chasse, concrètement
Quelques points pratiques, propres à ce personnage et à cette période.
Vérifiez toujours l'impression avant le prix. Sur Venom #3 et Venom #4, les réimpressions sont nombreuses et visuellement différentes de l'originale. Une couverture montrant Knull est souvent le signe d'une impression ultérieure, pas d'une pièce supérieure. L'information figure dans les mentions légales imprimées à l'intérieur du numéro : demandez une photo de cette page plutôt que de la seule couverture.
Méfiez-vous du mot « key » appliqué au run entier. Le run de 2018 compte des dizaines de numéros, dont trois seulement portent une question de première apparition. Les autres sont de bons comics, parfois vendus au prix d'un key sous prétexte d'appartenir au même run.
Ne surpayez pas l'actualité. Un événement qui vient de s'achever produit un pic d'attention qui retombe. Les numéros de 2018 ont une demande de fond, indépendante du calendrier éditorial ; les numéros de 2026 n'en ont pas encore.
Pensez la cohérence de l'ensemble. Si votre collection est organisée autour du symbiote, ces numéros s'insèrent dans une continuité qui commence en 1988 avec Amazing Spider-Man #300 et se poursuit dans l'ensemble de la franchise Venom. Nos numéros clés Venom de l'ère moderne replacent les keys de 2018 dans cette chaîne plus large, cotes à l'appui.
Tenir ces numéros dans une collection
Le problème pratique de Knull n'est pas de trouver les numéros : ils sont récents et disponibles. Le problème est de garder la trace de ce que l'on possède exactement. Pour chaque exemplaire, trois informations suffisent, à saisir le jour de l'achat : le numéro de tirage, la référence de la couverture, et la mention de première apparition si elle est portée. Six mois plus tard, personne ne se souvient si l'exemplaire rangé dans la boîte est une première ou une troisième impression, et le vérifier suppose de ressortir le comic de sa pochette.
Dans l'application, le réflexe utile consiste à traiter les trois numéros de 2018 comme une entrée unique de votre plan de collection, avec une note rappelant laquelle des trois définitions vous avez retenue. Les séries de 2026 se suivent, elles, comme des séries en cours classiques. Et si vous détenez déjà un exemplaire dont vous ignorez la valeur actuelle, notre estimation gratuite part des ventes observées plutôt que d'un barème théorique.