Les numéros clés de Jonah Hex se lisent en deux colonnes : celle du western et celle de l'horreur. Côté origine, All-Star Western #10 (daté février-mars 1972, par John Albano et Tony DeZuniga) reste la seule vraie première apparition, prolongée par Weird Western Tales #12, le numéro où le titre change de nom et de registre. Côté bascule vers l'horreur, trois jalons comptent : DC Special Series #16 (1978), qui tue le personnage et fait empailler son cadavre, Hex #1 (1985), qui l'expédie dans un futur ravagé, et surtout Jonah Hex: Two-Gun Mojo #1 (1993) de Joe R. Lansdale et Tim Truman, récompensé par un Bram Stoker Award. Le relais de 2026 s'appelle Jonah Hex and the Shadow of Death #1, le 7 octobre 2026, écrit, dessiné et encré par Michael Walsh. Cet article classe ces numéros, explique pourquoi l'horreur colle à ce personnage depuis cinquante ans, et dit franchement ce que vaut collectionner un genre minoritaire.
Il existe chez DC une poignée de personnages dont la fiche d'état civil tient en une ligne et dont la bibliographie tient en quatre régimes éditoriaux différents. Jonah Hex en fait partie. Chasseur de primes au visage ravagé, il naît dans un comic de western daté de 1972, survit au naufrage commercial du genre, traverse une période post-apocalyptique, revient en récits pour lecteurs adultes, repasse par une série régulière longue de soixante-dix numéros, et se retrouve en octobre 2026 à l'affiche d'une minisérie présentée par son éditeur comme un récit de terreur.
Ce parcours n'est pas une anomalie. C'est la conséquence mécanique d'une situation : quand un genre perd son public, les personnages qui y survivent sont ceux qu'on peut déplacer ailleurs. Le western de kiosque est mort, l'horreur a prospéré, et Jonah Hex a servi de passerelle. Pour qui collectionne, cette histoire a un intérêt pratique immédiat : elle explique pourquoi certains de ses numéros sont difficiles à trouver sans être chers, et pourquoi d'autres sont chers sans être rares.
Nous sommes le 2 octobre 2026, cinq jours avant la sortie du nouveau numéro 1. Aucun exemplaire n'est en circulation, donc aucune cote n'existe pour lui, et cet article n'en inventera pas. Ce qui existe, en revanche, c'est une fiche technique publiée par l'éditeur, un auteur dont le parcours est documenté, et cinquante-quatre ans de publications dont on peut tirer une hiérarchie fiable.
Le western horrifique n'est pas une mode : chez DC, c'est une survie
Il faut commencer par remettre une chose en place, parce qu'elle détermine toute la suite. Jonah Hex n'a pas été conçu comme un personnage d'horreur. Il naît en 1972 dans un comic de western pur, dans un format d'anthologie, à une époque où ce genre occupait encore les tourniquets. Albano l'écrit, DeZuniga le dessine, et la seule concession à l'étrange tient à son visage, dont la moitié droite est détruite.
Ce qui change, c'est le marché. Au début des années 1970, le western de kiosque recule nettement, tandis que l'horreur revient en force après l'assouplissement du code d'autocensure de l'industrie. DC réagit de la manière la plus directe possible : deux numéros après l'arrivée de Jonah Hex, l'anthologie qui l'accueille change de nom. All-Star Western devient Weird Western Tales à partir du numéro 12, daté juin-juillet 1972, en conservant la numérotation. Le mot « weird » n'est pas décoratif : il aligne le titre sur un vocabulaire éditorial qui marchait alors très bien chez le même éditeur, du côté des récits de guerre étranges.
Autrement dit, le personnage a été poussé vers l'horreur par la couverture du magazine avant de l'être par ses propres histoires. Cette antériorité du packaging sur le contenu est une donnée utile, parce qu'elle revient à chaque nouvelle tentative, y compris celle de 2026. Elle explique aussi pourquoi les lecteurs de l'époque n'ont pas trouvé la chose incohérente : le western crépusculaire et le récit de terreur partagent déjà beaucoup, un décor isolé, une violence sans recours légal, et des personnages que personne ne viendra sauver.
Si vous voulez replacer ce basculement dans le calendrier général des époques de collection, le repère est à chercher dans notre panorama des âges du comic américain : Jonah Hex est un personnage de Bronze Age, créé dans la fenêtre exacte où les éditeurs testaient tous les genres pour voir lesquels tiendraient.
Les numéros clés, du plus structurant au plus accessoire
Voici la hiérarchie. Elle est classée par importance historique, pas par difficulté d'approvisionnement, et chaque fiche dit laquelle des deux colonnes elle alimente, le western ou l'horreur.
All-Star Western #10
La seule première apparition qui compte, et il n'y a aucune ambiguïté à ce sujet. C'est aussi le numéro le plus demandé de toute la bibliographie du personnage, pour une raison évidente : c'est le seul que cherchent à la fois les collectionneurs de western, ceux qui suivent le personnage et ceux qui constituent des séries de premières apparitions du Bronze Age. Trois demandes différentes sur une offre unique.
Weird Western Tales #12
Le numéro où le western devient officiellement étrange. Ce n'est pas une première apparition, et il est régulièrement traité comme un numéro ordinaire de série. C'est pourtant le document le plus parlant de tout l'ensemble si votre collection raconte une idée plutôt qu'un personnage : il porte la trace matérielle d'une décision commerciale, le moment où un éditeur rebaptise un genre pour le sauver.
Jonah Hex #1
Le moment où le personnage cesse d'être une rubrique d'anthologie pour devenir une franchise. La série tient jusqu'en 1985 et compte 92 numéros, ce qui est considérable pour un western publié dans la décennie où le genre disparaît du kiosque. Fleisher l'écrit en continu, et c'est là que la couleur du personnage se fixe vraiment : une noirceur de ton qui dépasse largement ce que le western de bande dessinée pratiquait avant lui.
DC Special Series #16
Voici le numéro que les listes de clés oublient et qui raconte mieux que tout l'angle horrifique. Il montre la mort de Jonah Hex : abattu en 1904, à soixante-six ans, dans un saloon, alors qu'il cherchait ses lunettes. La suite est plus marquante encore. Après vengeance, son corps est volé, confié à un taxidermiste, habillé en costume criard et exposé comme attraction dans un parc à thème sur l'Ouest, avant de passer de main en main.
Hex #1
Le cas d'école de la relance par dépaysement. Fleisher arrache le personnage à son siècle et l'installe dans un vingt et unième siècle ruiné, autour d'une Seattle post-apocalyptique. Commercialement, l'opération reste modeste aux États-Unis ; critiquement, elle a été mieux accueillie en Europe et en Asie. Dix-huit numéros, puis arrêt.
Jonah Hex: Two-Gun Mojo #1
La pièce la plus importante de la colonne horreur, et de loin. Lansdale, romancier dont l'œuvre est massivement récompensée dans le domaine de l'épouvante, écrit un western peuplé de morts réanimés par la magie, dont une figure historique de l'Ouest ramenée d'entre les morts. L'ensemble a reçu un Bram Stoker Award en 1993, dans une catégorie dédiée aux autres médias que le roman.
Jonah Hex #1 (deuxième série)
Soixante-dix numéros largement conçus en récits complets, avec des dessinateurs qui changent souvent. C'est la série que l'on conseille à qui veut lire le personnage sans affronter un demi-siècle de continuité, et c'est aussi la plus simple à constituer en recueils. Son modèle économique, des histoires bouclées en un ou deux numéros, est précisément ce qui lui a permis de durer six ans dans un genre sans public de masse.
All-Star Western #1 (troisième série)
Dans la grande remise à plat de l'univers DC de 2011, le personnage réapparaît sous le titre historique, mais transplanté : on le retrouve dans le Gotham des années 1880, associé à un aliéniste dont le patronyme dira quelque chose à tout lecteur de Batman. Le western devient enquête gothique en milieu urbain.
Jonah Hex and the Shadow of Death #1
Minisérie de six numéros. La fiche publiée par l'éditeur donne 26 pages, un prix de couverture de 3,99 dollars aux États-Unis et un classement en avis parental adolescent renforcé. Le synopsis officiel parle d'une petite ville nommée Ashecott, de quelque chose de mauvais qui y arrive, plus ancien que la ville, venu d'un monde étranger au seul que ses victimes connaissent, et d'un enfant doté de capacités mystérieuses que cette chose cherche à capturer. L'éditeur présente Walsh comme un maître de l'horreur.
Pourquoi Michael Walsh est un choix cohérent, et non un coup de poker
Quand un éditeur qualifie lui-même un auteur de maître de l'horreur dans son propre argumentaire de vente, la prudence veut qu'on vérifie. Dans ce cas précis, la vérification tient.
Walsh est le dessinateur constant de The Silver Coin, anthologie d'épouvante lancée chez Image Comics en 2021, destinée à un lectorat adulte, bâtie sur un principe simple : chaque numéro raconte une histoire de terreur distincte dans un même univers surnaturel, autour d'une pièce de monnaie maudite, et le récit s'ouvre en 1978 avec un groupe de rock qui la découvre. Le dispositif fait tourner les scénaristes, parmi lesquels Chip Zdarsky, Kelly Thompson, Ed Brisson et Jeff Lemire, tandis que Walsh assure la continuité graphique de bout en bout. L'éditeur de Shadow of Death le crédite par ailleurs sur Exquisite Corpses, également chez Image.
Ce profil compte pour trois raisons. D'abord, un dessinateur d'anthologie d'horreur sait construire une peur qui doit fonctionner en vingt pages, ce qui correspond exactement au format d'un épisode de minisérie. Ensuite, un auteur complet produit une unité de ton que le western horrifique réclame plus que d'autres genres, puisque tout y repose sur l'atmosphère plutôt que sur l'action. Enfin, sa carrière s'est faite hors des gros titres de super-héros, ce qui le rapproche du modèle Lansdale de 1993 : un spécialiste de l'épouvante invité à passer par le western, et non un auteur maison chargé d'ajouter des monstres.
Ce que cela ne dit pas, en revanche, c'est la qualité du résultat. Personne ne l'a lu. Toute affirmation sur la réussite artistique de cette minisérie, cinq jours avant sa sortie, serait une opinion déguisée en information.
Collectionner un genre minoritaire : les quatre réalités à accepter
C'est le cœur de la question pratique, et elle mérite des réponses nettes plutôt que des encouragements vagues. Collectionner le western, chez un éditeur dont la production est à 95 % costumée, obéit à des règles qui ne sont pas celles des grandes franchises.
Première réalité : les tirages d'origine sont faibles, mais la demande aussi. Un comic de western du milieu des années 1970 a été imprimé en quantité bien moindre qu'un titre de super-héros contemporain, et il a été moins conservé, parce que son lectorat ne collectionnait pas. L'offre est donc étroite. Mais la demande est étroite également, et les deux s'annulent assez largement. Le résultat typique est un numéro difficile à trouver dans un bel état, sans être spécialement coûteux. C'est l'inverse exact du profil d'un numéro clé de super-héros, facile à trouver et cher.
Deuxième réalité : l'état est le vrai sujet, davantage que le numéro. Un comic de kiosque des années 1970 a vécu. Dans un genre où personne ne mettait les exemplaires sous pochette, la distribution des états est très déséquilibrée vers le bas. Un exemplaire propre d'un numéro quelconque de Weird Western Tales est parfois plus difficile à obtenir qu'un exemplaire moyen d'une pièce célèbre. C'est précisément dans cette configuration que la question de la gradation devient pertinente, et notre guide de la notation CGC explique comment l'arbitrer sans dépenser plus que la valeur du comic.
Troisième réalité : la liquidité est limitée. Un genre minoritaire se revend lentement. Sur le marché de l'occasion, un numéro de western attend son acheteur plus longtemps qu'un numéro de Batman, parce que le nombre de personnes qui le cherchent à un instant donné est faible. Cela ne rend pas la collection moins intéressante, mais cela disqualifie l'approche spéculative : si votre horizon est de revendre dans dix-huit mois, ce n'est pas le bon rayon.
Quatrième réalité : la bibliographie est éclatée entre plusieurs titres. C'est la particularité la plus pénible du personnage. Son histoire éditoriale passe d'une anthologie à une anthologie renommée, puis à une série solo, puis à un titre abrégé, puis à des miniséries sous une autre étiquette éditoriale, puis à une nouvelle série solo, puis à un titre historique recyclé. Sept contenants pour un seul personnage. C'est la raison pour laquelle une liste manuelle sur un carnet finit toujours par dérailler, et pourquoi un suivi numéro par numéro structuré par série, et non par personnage, est ici une nécessité plutôt qu'un confort.
Une méthode en cinq étapes pour aborder ce personnage
Lisez avant d'acheter de l'ancien
Commencez par la série de 2005, dont les récits sont largement autonomes et les recueils accessibles. Vous saurez en trois ou quatre lectures si le personnage vous intéresse réellement, pour un engagement financier minime. Beaucoup de collections de western s'arrêtent après une clé achetée par réflexe et jamais lue.
Choisissez votre colonne
Western ou horreur. Les deux sont légitimes, mais elles ne pointent pas vers les mêmes numéros ni les mêmes budgets. La colonne western mène à 1972 et 1977, la colonne horreur mène à 1978, 1985 et 1993. Une collection qui poursuit les deux à la fois coûte deux fois plus cher et raconte deux fois moins bien.
Vérifiez le millésime, systématiquement
Deux séries portent le titre All-Star Western, deux séries portent le titre Jonah Hex, et une troisième s'appelle simplement Hex. Avant toute transaction, exigez l'année de publication. C'est l'erreur la plus fréquente sur ce personnage, et elle se produit de bonne foi dans les deux sens.
Traitez les miniséries des années 1990 comme des ensembles
Cinq numéros, cinq numéros, trois numéros. Ces récits ne se comprennent pas en numéros isolés, et leur intérêt de collection tient à l'ensemble complet. Un premier numéro orphelin de Two-Gun Mojo est une curiosité ; les cinq réunis sont une pièce cohérente.
Abordez 2026 en lecteur, pas en investisseur
Une minisérie récente se juge à la lecture. Prenez le numéro 1 parce que le projet vous intéresse, enregistrez les cinq suivants dans votre liste de numéros manquants pour ne pas en rater un, et laissez la question de la valeur à plus tard. Elle se posera dans quelques années, ou jamais.
Ce que le western horrifique apporte à une collection généraliste
Dernier point, moins technique mais plus déterminant dans la durée. Une collection entièrement composée de super-héros finit par se ressembler. Elle s'évalue par comparaison avec des milliers d'autres collections identiques, et elle se mesure au seul critère de la pièce la plus chère possédée. Introduire un genre minoritaire change la nature de l'objet.
Le western horrifique est un bon candidat pour cela, et pas seulement chez DC. Le croisement a produit, hors des grands éditeurs historiques, des séries structurantes comme le East of West de Jonathan Hickman et Nick Dragotta, western de science-fiction apocalyptique, ou le Preacher de Garth Ennis et Steve Dillon, qui mélange route, Ouest et théologie. Du côté de l'horreur sans western, le Swamp Thing de 1972, né la même année que Jonah Hex, montre que DC testait alors plusieurs sorties de secours en parallèle. Notre classement des comics western situe ces titres les uns par rapport aux autres, et notre guide sur les comics d'horreur à collectionner fait le même travail de l'autre côté de la frontière.
Il y a enfin un avantage concret, rarement mentionné : dans un genre peu suivi, votre connaissance vaut davantage que votre budget. Personne ne se battra avec vous pour un numéro 47 d'une série de western des années 1970. Savoir lequel compte, et pourquoi, suffit. C'est l'argument central de notre guide sur l'intérêt de diversifier hors des deux grands éditeurs, et il s'applique parfaitement à l'intérieur du catalogue de DC lui-même, dès qu'on quitte les costumes.
Pour le reste, Jonah Hex a connu une adaptation au cinéma en 2010, dont nous avons détaillé ailleurs ce qu'elle garde et ce qu'elle invente : notre comparaison du film de 2010 face aux comics traite cette question en entier, et il n'y a aucune raison de la refaire ici. Signalons simplement un point qui concerne la collection : une adaptation à l'écran reste, pour un personnage de genre minoritaire, le seul événement capable d'élargir brutalement le nombre de gens qui cherchent sa première apparition. C'est une donnée à garder en tête, sans en tirer de prédiction.
Ce que nous ne savons pas, et qu'il faut refuser d'écrire
Par honnêteté, voici la liste de ce qui ne peut pas être affirmé aujourd'hui sur ce sujet, et que vous verrez pourtant affirmé ailleurs.
Le tirage de Jonah Hex and the Shadow of Death #1 n'est pas public. Aucun chiffre de précommande n'a été communiqué, et les relevés de ventes disponibles portent sur des semaines déjà écoulées, non sur une sortie à venir. Un article qui vous annonce un tirage pour ce numéro fabrique un chiffre.
Les cotes actuelles des clés de 1972 et de 1977 ne sont pas reprises ici, parce qu'aucune source consultée n'en publie de relevé daté et vérifiable à l'échelle de cet article. Ce que l'on peut dire sans risque est d'ordre relatif : la première apparition de 1972 domine toute la bibliographie, le numéro 1 de 1977 vient ensuite, et tout le reste se situe nettement en dessous. Cette hiérarchie est stable depuis longtemps. Les montants, eux, dépendent de l'état, du moment et de l'endroit, et aucun ne figure dans ce texte faute d'avoir pu être daté.
Enfin, la suite du programme n'est pas connue. Une convention majeure se tient du 8 au 11 octobre 2026, soit le lendemain de la sortie du numéro 1, et des annonces y sont attendues. Aucune n'a été faite à la date de rédaction. Si vous lisez quelque part qu'une suite, un croisement ou une relance ont été annoncés pour ce personnage, vérifiez la date de publication de l'article avant de le croire.