The Infinity Gauntlet #1 porte la date de juillet 1991. Jim Starlin écrit, George Pérez dessine, Josef Rubinstein encre : c'est le premier des six chapitres d'une mini-série dans laquelle Thanos, déjà en possession du gant et des gemmes, décide d'en user à l'échelle de l'univers. On le cherche parce qu'il ouvre la saga que le cinéma a popularisée, pas parce qu'il contient une première apparition.
Ce numéro est l'un des rares de 1991 à être réclamé pour de bonnes raisons narratives et acheté pour de mauvaises raisons de rareté. La mini-série est le sommet du cycle cosmique que Starlin construisait depuis deux ans chez Marvel, et le premier chapitre a tout du bon objet de collection : un auteur identifiable, un dessinateur de premier rang, une couverture reconnaissable à distance. Seulement voilà, il a été imprimé en 1991, au plus fort de la spéculation sur les comics neufs, et un vendeur qui vous parle de rareté sur ce numéro vous parle d'autre chose que de la réalité des cartons.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que contient réellement le numéro daté juillet 1991
Le fascicule ouvre une mini-série fermée en six parties, format habituel des grands événements Marvel de l'époque. Jim Starlin signe le scénario de bout en bout. Au dessin, George Pérez assure les premiers chapitres avant que Ron Lim ne prenne le relais sur la fin de la série : si vous achetez le lot complet, vous achetez donc deux mains, et cette bascule en cours de route fait partie de l'histoire éditoriale du titre.
Le chapitre d'ouverture installe la situation plutôt qu'il ne la déclenche. Thanos dispose déjà du gant et des gemmes quand la première page s'ouvre ; ce que le numéro met en place, c'est son rapport à cette puissance et la démonstration qu'il en donne. Les conséquences sont immédiates et irréversibles à l'échelle de l'univers Marvel, et c'est ce basculement, plus qu'une révélation de personnage, qui fait la valeur de lecture du fascicule.
Pour un collectionneur, la donnée la plus utile du numéro n'est pas sur la couverture mais dans l'ours, ce bloc de mentions légales en page intérieure. C'est là que se lit la date d'impression, et c'est la seule pièce qui distingue à coup sûr un exemplaire de 1991 d'une réimpression ultérieure. Prenez l'habitude de le photographier avant tout achat à distance.
Trois choses que ce numéro n'est pas
La première : ce n'est pas la première apparition de Thanos. Le personnage débute dans Iron Man #55, daté février 1973, sur un scénario de Mike Friedrich et des dessins de Jim Starlin lui-même. Dix-huit ans séparent les deux fascicules, et la différence de cote entre eux est sans commune mesure. Quand une annonce présente Infinity Gauntlet #1 comme « le numéro de Thanos », elle joue sur une confusion qui coûte cher.
La deuxième : ce n'est pas la première apparition du gant ni des gemmes. L'objet et les pierres existent dans la continuité Marvel avant juillet 1991, et la constitution de l'ensemble par Thanos se déroule dans les pages de Silver Surfer et dans la mini-série The Thanos Quest, publiée en 1990 par Starlin et Ron Lim. Autrement dit, l'acte fondateur de la saga est dans des fascicules antérieurs, moins chers et souvent moins demandés.
La troisième : ce n'est pas un début d'histoire. La mini-série est un aboutissement. Le lecteur qui attaque par le numéro de juillet 1991 arrive après la résurrection de Thanos, après sa quête des gemmes, après l'installation de son rapport avec la Mort. Cela change la façon de constituer un ensemble : le premier chapitre n'est pas la porte d'entrée, c'est le palier.
Le contexte éditorial de 1991 et la demande venue du cinéma
En 1991, le marché américain du comic book est en pleine surchauffe. Les tirages des titres événementiels atteignent des niveaux que l'industrie n'avait jamais vus, les boutiques spécialisées commandent en multiples d'exemplaires dans l'idée de revendre plus tard, et les acheteurs mettent de côté des piles entières au lieu d'un exemplaire. Une mini-série Marvel attendue, écrite par Starlin et dessinée par Pérez, se place exactement dans ce régime d'impression.
La conséquence est mécanique et elle est désagréable à entendre : des exemplaires de ce numéro, il en reste beaucoup, et beaucoup sont en bon état parce qu'ils ont été achetés pour être conservés, pas lus. Un fascicule de 1991 mis sous pochette le jour de sa sortie n'a aucune des blessures d'un fascicule de 1973 passé de main en main. Le haut de l'échelle de conservation n'est donc pas rare ici, contrairement à ce que l'intuition suggère.
La courbe d'intérêt pour ce numéro ne suit pas l'histoire du comic book, elle suit le calendrier des sorties en salles. Un collectionneur qui observe le marché depuis vingt ans le constate sans difficulté : pendant longtemps la mini-série a circulé comme un bon titre cosmique parmi d'autres, puis l'arrivée de Thanos et du gant au cinéma a déplacé la demande vers le grand public, celui qui cherche « le comic du film » et qui identifie la couverture du premier chapitre comme l'image de référence.
Cette demande a deux propriétés qu'il faut avoir en tête avant d'acheter. Elle est large, donc elle soutient les prix tant que l'intérêt dure. Et elle est peu renseignée, donc elle ne distingue pas un exemplaire de 1991 d'une réimpression, ni ce premier chapitre des fascicules de 1990 qui contiennent les moments réellement fondateurs. Un marché où l'acheteur majoritaire ne sait pas ce qu'il achète est un marché où le vendeur attentif gagne, et où l'acheteur pressé perd.
Ce qui fait vraiment varier la cote de ce fascicule
Avec un tirage élevé, la rareté ne vient plus du numéro mais de l'état. Le différentiel se joue donc sur les crans hauts de l'échelle de conservation, là où un demi-cran peut représenter un multiple de prix alors que deux crans plus bas l'écart se compte en pourcents. C'est l'inverse d'un numéro ancien et rare, où le simple fait de posséder un exemplaire complet suffit à porter la valeur.
Les défauts qui coûtent le plus sur un fascicule de cette époque sont les défauts d'origine et de manipulation fraîche : décentrage à l'impression, agrafes qui marquent le pli, blanchissement du dos quand le fascicule a été ouvert à plat une fois de trop, légère courbure due à un rangement vertical sans soutien. Sur un comic de 1991, un acheteur exigeant ne pardonne pas ces défauts, précisément parce qu'il existe assez d'exemplaires pour attendre le bon.
La deuxième variable est géographique. Le fascicule a circulé en Amérique du Nord dans des volumes incomparables à ceux des éditions traduites, et les reprises en français, en italien ou en espagnol relèvent d'une logique de cote distincte, avec leurs propres éditeurs et leurs propres dates. Comparer une édition traduite à l'original américain n'a pas de sens : ce sont deux objets. Si vous arbitrez sur une valeur, faites estimer l'exemplaire que vous avez réellement en main plutôt qu'un numéro générique.
Reconnaître une édition d'une autre
Premier repère, le carré du code-barres en couverture. Dans la production Marvel du début des années quatre-vingt-dix, les exemplaires destinés aux boutiques spécialisées et ceux destinés aux kiosques ne portent pas le même contenu dans cet emplacement, l'un affichant un code-barres commercial et l'autre un élément graphique. Le détail a son importance sur certains titres de l'époque, où une des deux filières a été imprimée en quantités bien moindres. Vérifiez ce carré sur photo avant d'acheter, et demandez un cliché net si l'annonce ne le montre pas.
Deuxième repère, l'ours. Une réimpression porte sa propre mention d'impression, et un recueil cartonné ou broché reprenant les six chapitres n'est pas un fascicule : c'est un livre, avec une valeur de lecture et une valeur de collection qui n'ont rien à voir. Beaucoup d'annonces confondent volontairement les deux en illustrant un lot par la couverture du premier chapitre.
Troisième repère, les fac-similés et rééditions anniversaires. Marvel a pris l'habitude de republier ses classiques dans des reproductions fidèles, et une telle reproduction, posée à côté d'un exemplaire de 1991, se distingue d'abord par sa date d'impression et par la qualité du papier, nettement plus blanc et plus lisse que celui d'époque. Si l'annonce parle de « nouvel état » sur un numéro de plus de trente ans, demandez l'ours avant tout.
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Commencer mon essai →Les pièges à l'achat propres à ce numéro
Le piège de loin le plus fréquent sur ce fascicule est la requalification en première apparition. Vous lirez « 1re apparition du gant de l'infini » sur des annonces de ce fascicule : c'est faux, et la correction est à votre avantage puisqu'elle ramène le fascicule à son statut réel de premier chapitre d'une mini-série à fort tirage. Un vendeur qui maintient l'affirmation après qu'on lui a opposé les fascicules de 1990 n'est pas un vendeur avec lequel traiter.
Les numéros voisins qui comptent autant ou davantage
Si vous reconstituez le cycle dans l'ordre où il a été écrit, trois ensembles précèdent celui de juillet 1991. Le retour de Thanos se joue dans la série Silver Surfer de l'époque, sous la plume de Starlin : ce sont les fascicules qui remettent le personnage en scène après des années d'absence, et leur cote a longtemps été ignorée par les acheteurs venus du cinéma. Ensuite vient The Thanos Quest, en deux parties en 1990, où la collecte des gemmes a lieu : c'est là que se trouve le geste fondateur de toute la saga.
Plus en amont, Iron Man #55 de février 1973 reste le sommet absolu de la lignée et appartient à une autre catégorie de collection, avec les contraintes d'état et les prudences d'authentification des numéros de cette décennie. Entre les deux extrêmes, les apparitions des années soixante-dix aux côtés du Surfer, de Hulk ou des équipes cosmiques offrent des points d'entrée bien moins disputés.
Dans l'autre sens, les six chapitres de la mini-série elle-même méritent d'être tenus ensemble : la bascule du dessin en cours de route donne à l'ensemble une cohérence d'objet que les numéros isolés n'ont pas. Et pour le côté lecture, les séries qui ont accueilli les contrecoups de l'événement du côté des héros terrestres, autour des Avengers et de Doctor Strange, complètent utilement le tableau.
Ce que la notation change, et ce qu'elle ne change pas
Faire noter un fascicule consiste à le confier à un service tiers qui l'évalue, l'attribue à un cran de l'échelle et le scelle dans un boîtier. Sur un numéro à fort tirage comme celui-ci, l'opération n'a d'intérêt économique que dans la partie haute de l'échelle : le coût du service et de l'acheminement ne se récupère pas sur un exemplaire moyen, parce que le marché trouve sans difficulté un autre exemplaire moyen non noté.
En revanche, la notation ne crée pas de rareté. Un exemplaire noté reste un exemplaire d'un tirage de 1991, et le boîtier ne change rien à la quantité d'exemplaires disponibles. Un vendeur qui justifie un écart de prix par le seul fait de la mise sous boîtier, sans que le cran attribué soit dans la zone haute, vous vend un emballage.
Comment le suivre dans une collection
Ce numéro appartient à deux ensembles qui ne se recoupent pas : la mini-série de six chapitres, et le cycle Starlin qui va de la série du Surfer aux événements cosmiques des années suivantes. Un catalogue de collection qui n'enregistre que la série et le numéro vous laissera incapable de voir où en est le second ensemble. Notez donc, à côté de chaque entrée, le cycle auquel elle appartient et le rang de lecture.
Enregistrez aussi, pour cet exemplaire précis, trois informations que vous ne retrouverez pas plus tard : la filière de distribution lue dans le carré du code-barres, la date d'impression lue dans l'ours, et l'état constaté à la réception avec une photo du dos et des agrafes. Ce sont exactement les trois points sur lesquels un acheteur vous interrogera si vous revendez, et les trois que personne ne pense à relever à l'achat.
Ce qu'il faut retenir avant d'acheter
The Infinity Gauntlet #1 de juillet 1991 est un excellent fascicule de lecture, le premier chapitre d'une mini-série importante, dessiné par un auteur de premier rang. Il n'est ni une première apparition, ni un objet rare, ni le début de l'histoire qu'il raconte. Les trois corrections vont dans le même sens : elles baissent le prix que vous devriez accepter de payer.
Achetez-le pour ce qu'il est, en vérifiant l'ours et le carré du code-barres, en comptant les six chapitres si l'annonce parle de série complète, et en gardant à l'esprit que les fascicules de 1990 contiennent les moments que vous croyez acheter ici. C'est la seule façon de ne pas payer l'exposition cinéma au prix de la rareté.
Vous hésitez entre un exemplaire de 1991 et une réédition présentée comme telle sur ce premier chapitre de la mini-série ? Faites trancher sur pièce avant de payer.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Non. Thanos débute dans Iron Man #55, daté février 1973, sur un scénario de Mike Friedrich et des dessins de Jim Starlin. Le fascicule de juillet 1991 arrive dix-huit ans plus tard et ouvre simplement une mini-série. Les annonces qui présentent ce premier chapitre comme le numéro de première apparition sont inexactes, et l'écart de cote entre les deux fascicules est considérable.
Dans des fascicules antérieurs. Le retour de Thanos puis sa collecte des gemmes se déroulent dans la série Silver Surfer de l'époque et dans The Thanos Quest, mini-série en deux parties publiée en 1990 par Starlin et Ron Lim. Quand la mini-série de 1991 commence, Thanos porte déjà le gant complet : le geste fondateur est ailleurs.
Parce qu'il a été imprimé en 1991, dans un marché en surchauffe où les boutiques commandaient en multiples et où les acheteurs mettaient de côté des piles entières. Il subsiste donc beaucoup d'exemplaires, dont beaucoup en bel état puisqu'ils n'ont jamais été lus. La rareté ne vient pas du numéro lui-même, seulement des crans hauts de conservation.
Jim Starlin écrit l'intégralité. Au dessin, George Pérez assure les premiers chapitres, encré par Josef Rubinstein, puis Ron Lim reprend le crayon pour la fin de la série. Cette bascule en cours de publication fait partie de l'histoire éditoriale du titre, et elle explique la différence de traitement graphique entre le début et la fin de l'ensemble.
Seulement si votre exemplaire se situe dans la zone haute de l'échelle de conservation. En dessous, le coût du service ne se récupère pas, puisque le marché trouve sans effort un autre exemplaire équivalent non noté. La notation garde un intérêt annexe : elle fixe un état à une date et doit mentionner un éventuel pressage ou une restauration.