Tommy Monaghan, tueur à gages du Chaudron irlandais de Gotham, naît sous la plume de Garth Ennis et le crayon de John McCrea dans The Demon Annual #2, annuel de 1993 rattaché au crossover Bloodlines. Sa série propre, Hitman, paraît chez DC d'avril 1996 à avril 2001 : 60 numéros, un annuel et un numéro #1 000 000. Les jalons à connaître sont l'annuel de 1993, l'histoire courte de Batman Chronicles #4 au printemps 1996, Hitman #1, le #9 qui introduit Sixpack, le #18 qui lance la Section 8, et surtout le #34 « Of Thee I Sing », rencontre avec Superman couronnée par l'Eisner 1999 du meilleur numéro. Le duo revient sur le personnage avec Hitman: It Was the Nineties Special #1, le 9 décembre 2026, vingt-cinq ans après la fin de la série. Collection de niche : peu d'exemplaires certifiés, haut grade difficile, demande portée par des lecteurs.
Il existe deux manières de rater une collection Hitman. La première consiste à croire qu'un personnage né dans un crossover d'annuels oubliable ne vaut pas d'être suivi, et à laisser passer les numéros pendant quinze ans. La seconde consiste à la traiter comme une série Batman, c'est-à-dire à supposer que les exemplaires se trouvent quand on les cherche, au grade qu'on veut, au moment où on les veut. Les deux erreurs ont la même source : on raisonne sur le prestige du titre au lieu de raisonner sur le nombre d'exemplaires qui circulent.
Le sujet redevient d'actualité pour une raison précise. Le 9 décembre 2026, DC publie Hitman: It Was the Nineties Special #1, écrit par Garth Ennis et dessiné par John McCrea, soit le retour des deux créateurs du personnage sur leur propre création après vingt-cinq ans de silence éditorial. Ce genre d'événement fait deux choses à un back catalogue de niche : il ramène des lecteurs vers des numéros qu'ils n'avaient jamais cherchés, et il révèle d'un coup à quel point l'offre disponible est mince.
Cet article recense ce qui existe, avec les dates et les numéros exacts, puis dit franchement ce que cela implique quand on veut constituer la série. Aucune cote n'est avancée : sur un titre aussi peu certifié, personne ne dispose de séries de prix assez fournies pour être honnête, et la rareté s'y mesure autrement qu'en montants.
D'où sort Tommy Monaghan
À l'été 1993, DC occupe ses annuels avec Bloodlines, un crossover dont le principe tient en une phrase : des parasites extraterrestres se nourrissent de moelle épinière humaine, et les rares victimes qui survivent à la morsure voient leur métagène s'activer. L'opération se déploie en chapitres, dont « Outbreak », « Earthplague » et « Deathstorm », chacun couvrant une poignée d'annuels, avant une mini-série de conclusion. L'intention commerciale est transparente : fabriquer en une saison une trentaine de personnages neufs et voir lesquels prennent.
Le bilan est sévère. La quasi-totalité de ces Nouveaux Sangs n'a jamais trouvé de lectorat, et beaucoup ont été liquidés lors des grands événements de la décennie suivante. Un seul en est sorti avec une carrière autonome : Tommy Monaghan, apparu dans The Demon Annual #2, l'annuel rattaché au chapitre « Deathstorm », dont la couverture est signée John McCrea et dont l'histoire porte simplement le titre « Hitman ».
Le détail à retenir, parce qu'il explique tout le reste, est la manière dont le personnage utilise ses pouvoirs. La morsure du parasite Glonth lui donne une vision à rayons X et une télépathie modérée, avec deux effets secondaires : ses yeux deviennent entièrement noirs, iris et cornée compris, et l'usage prolongé de ses dons lui coûte physiquement. Monaghan ne devient donc pas un super-héros. Il devient un tueur à gages qui se spécialise dans les contrats que les autres refusent, ceux qui visent des métahumains et des créatures surnaturelles, et qui compte bien davantage sur son improvisation et sur son adresse au tir que sur ses capacités.
Précision utile pour qui chasse l'annuel : la première apparition se situe dans un annuel du Démon parce qu'Ennis écrivait alors cette série, qu'il a reprise à partir du numéro 40. Monaghan y revient d'ailleurs ensuite, dans l'arc « Hell's Hitman » (The Demon #42 à 45) puis dans « Suffer the Children » (#52 à 54). Un article compagnon de ce lot traite précisément d'Etrigan et de Jason Blood, et c'est là qu'il faut aller pour la série hôte ; ici, on ne regarde que ce qui concerne Tommy.
La série : avril 1996, avril 2001, soixante numéros
Hitman démarre avec un numéro daté d'avril 1996 et s'arrête au numéro 60, daté d'avril 2001. Ennis écrit l'intégralité du titre, McCrea dessine tout sauf un numéro, le #21, confié à Steve Pugh. Cinq ans de parution à peu près mensuelle, des épisodes de vingt-deux pages pour la plupart, et un périmètre éditorial qu'il faut bien comprendre : contrairement à Preacher, que le même scénariste mène en parallèle sous le label Vertigo, Hitman paraît dans l'univers DC proprement dit.
Cette différence n'est pas administrative, elle est collectionnable. Un titre Vertigo vit dans sa bulle, avec ses personnages et son lectorat. Un titre logé dans la continuité principale croise les vedettes de la maison : Batman, le Joker, Catwoman, Green Lantern, Etrigan et Superman passent tous dans la série, et celle-ci s'accroche aux événements du moment, de The Final Night à DC One Million puis No Man's Land. Pour un acheteur, cela signifie qu'une partie de la demande sur certains numéros ne vient pas des amateurs de Hitman, mais des collectionneurs de Superman ou de Batman qui veulent une apparition précise. C'est très exactement ce qui distingue le #34 du reste de la série.
L'autre conséquence de ce positionnement est le ton. Le titre est conçu pour un lectorat adulte, il traite la violence sur un registre comique noir, et il n'a jamais cherché le grand public. Il a pourtant été reconnu : Hitman a reçu le National Comics Award du meilleur nouveau comic à l'international pour 1997, et Dogwelder, personnage secondaire de la Section 8, a été élu meilleur nouveau personnage de la même année par les lecteurs d'un magazine spécialisé de l'époque.
Les numéros charnières, dans l'ordre d'importance
Les fiches qui suivent ne couvrent que des numéros dont la date, l'équipe créative et le contenu sont établis. Elles ne disent pas ce que chacun vaut : elles disent pourquoi il est demandé, ce qui est l'information durable.
The Demon Annual #2
La pièce fondatrice, et la seule dont le statut ne se discute pas. L'histoire intitulée « Hitman » y installe en un numéro la morsure de Glonth, les pouvoirs, les yeux noirs, le bar de Sean Noonan, Pat Noonan, et la vendetta des frères Dubelz qui tiendra sur plusieurs années. C'est aussi, accessoirement, le seul numéro de tout le crossover Bloodlines dont la postérité tient à autre chose qu'à la nostalgie des années 1990.
Hitman #1
Premier numéro de la série solo, ouverture d'un arc en trois parties où Monaghan entre de force dans Arkham pour un contrat sur le Joker, croise Batman et l'inspectrice Tiegel, et découvre que l'affaire est montée par une entité démoniaque, le Mawzir, agent des Seigneurs de la Gâchette. C'est le point d'entrée de lecture le plus confortable, et le numéro le plus recherché de la série après l'annuel de 1993.
Hitman #34, « Of Thee I Sing »
Le numéro qui a fait sortir la série de son cercle. Monaghan croise Superman sur un toit de Gotham, juste après un sauvetage spatial où l'homme d'acier n'a pas pu ramener le dernier astronaute. Il n'y a pas de combat : il y a une conversation sur ce que l'Amérique demande à son symbole, et un tueur à gages qui remonte le moral de Superman sans que celui-ci devine ce qu'il fait là. Le numéro a remporté l'Eisner 1999 du meilleur numéro, remis à Ennis et McCrea.
Hitman #18
Au milieu de l'arc « Ace of Killers », Sixpack réunit sa bande de super-héros improbables : c'est la première apparition de la Section 8 en tant qu'équipe, et celle de Dogwelder, son membre le plus célèbre. Ces personnages ont eu une vie propre, avec All-Star Section Eight en 2015 puis Sixpack and Dogwelder: Hard-Travellin' Heroz en 2016, les deux fois par Ennis et McCrea.
Hitman #13 et #14
Deux numéros, un aquarium, des créatures marines réanimées, et le contrat le plus mal exécuté de la carrière de Monaghan. C'est l'histoire que les lecteurs citent en premier quand on leur demande d'expliquer pourquoi ils aiment la série, et elle figure à ce titre dans l'anthologie de morceaux choisis publiée en 2019.
Les hors-série
Batman Chronicles #4, daté du printemps 1996, contient une histoire Hitman d'Ennis et McCrea qui précède le lancement de la série et sert de rampe de lancement. Hitman Annual #1, daté d'octobre 1997, propose « A Coffin Full of Dollars », dessiné par Carlos Ezquerra. Hitman #1 000 000, daté de novembre 1998, est le tie-in du crossover DC One Million. Hitman/Lobo: That Stupid Bastich, daté de septembre 2000, est un one-shot dessiné par Doug Mahnke. Enfin JLA/Hitman #1 et #2, parus à partir de novembre 2007, sont le retour d'Ennis et McCrea six ans après la fin de la série, pour l'histoire qui n'avait jamais trouvé de place dans le mensuel.
Hitman #60
La série se termine comme elle avait prévenu qu'elle se terminerait, et le dernier numéro referme l'arc « Closing Time » entamé au #53 en septembre 2000. Un dernier numéro de série mature n'est jamais tiré au niveau du premier : c'est mécaniquement l'un des numéros les moins imprimés du run, et l'un des plus durs à trouver en état correct.
Le croisement avec les vedettes de la maison
Un collectionneur venu de Superman ou de Batman peut aborder Hitman par un angle plus étroit, et c'est une stratégie défendable. Trois objets suffisent alors.
Le #34 d'abord, pour la rencontre avec Superman. L'histoire courte « How To Be A Super-Hero! », écrite par Ennis à la même période dans Superman 80-Page Giant #1, ensuite : Superman y accompagne Sixpack dans une patrouille imaginaire et lui explique posément pourquoi on ne brûle pas les prisons. JLA/Hitman enfin, où Monaghan est récupéré par Batman parce que la Ligue a besoin de quelqu'un qui a survécu au virus Bloodlines, et où la question morale est posée franchement : la Ligue désapprouve, Superman admet admirer son courage.
Côté Batman, la série fournit l'inverse d'une apparition prestigieuse. Monaghan est pour le justicier une nuisance mineure, et le running gag tient précisément à cela. Les apparitions de Batman sont nombreuses mais rarement déterminantes pour le prix d'un numéro, à l'exception de l'histoire de Batman Chronicles #4, qui bénéficie du double statut d'antériorité et de titre Batman.
Ce que « personnage de niche » veut dire quand on achète
Il faut le dire sans détour, parce que c'est l'information la plus utile de cet article : Hitman n'est pas une collection difficile parce que les exemplaires sont chers. Elle est difficile parce qu'il n'y en a pas beaucoup en circulation, et parce que ceux qui circulent sont souvent moyens.
La population certifiée est faible. Faire noter un comic coûte un montant fixe par exemplaire, indépendant de sa valeur. Sur un titre dont la plupart des numéros ne justifient pas cette dépense, presque personne ne la fait. Résultat : pour la majorité des soixante numéros, il n'existe quasiment pas d'exemplaires certifiés, et les rares qui existent se concentrent sur l'annuel de 1993, le #1 et le #34. Cette situation a deux effets opposés. D'un côté, un exemplaire certifié en haut grade n'a presque pas de comparables, donc rien ne fixe sa valeur. De l'autre, l'absence de comparables rend toute estimation fragile, dans les deux sens.
Le haut grade est rare pour des raisons matérielles. Les numéros de la fin des années 1990 ont été achetés par des lecteurs adultes qui les ont lus, pas par des spéculateurs qui les ont scellés. Ajoutez le format annuel pour la première apparition, le papier et les encres de l'époque, et vous obtenez une population dont le centre de gravité se situe en état correct à bon, pas en état neuf. Un exemplaire vraiment propre de The Demon Annual #2 est un objet beaucoup plus rare que sa réputation de « comic des années 1990 » ne le suggère.
La demande vient de lecteurs, pas de spéculateurs. C'est la caractéristique la plus importante et la plus mal comprise. Une demande de lecteurs monte lentement, par recommandation, et elle redescend très peu : les gens qui cherchent Hitman le cherchent parce qu'on leur a dit de le lire, et ils ne revendent pas six mois plus tard. Une demande de spéculateurs, à l'inverse, double en trois semaines sur une annonce de film et s'évapore aussi vite. Concrètement, cela veut dire qu'il ne faut pas attendre de ce titre de mouvement brutal, et qu'il ne faut pas non plus craindre d'effondrement. Il faut s'attendre à de la lenteur, à l'offre comme à la demande.
L'offre est irrégulière, pas chère. Sur un titre très demandé, le problème est le prix. Ici, le problème est la disponibilité : il se passe des semaines sans qu'un numéro précis apparaisse sur le marché de l'occasion, puis une collection entière se défait et dix numéros sortent d'un coup. La bonne méthode n'est donc pas de surveiller un prix, c'est de savoir en permanence ce qui vous manque pour décider en quelques minutes quand un lot se présente.
Méthode pour constituer la série sans se tromper
Commencez par la liste complète, hors-série compris
Soixante numéros, l'annuel, le #1 000 000, le one-shot avec Lobo, les deux JLA/Hitman, l'histoire de Batman Chronicles #4 et celle du Superman 80-Page Giant #1. Une collection Hitman incomplète l'est presque toujours sur cette seconde moitié de liste, parce que la numérotation ne la signale pas.
Achetez le milieu de run en lots
Les numéros sans première apparition ni vedette invitée ne se chassent pas à l'unité : le temps passé et les frais d'envoi coûtent plus que les comics. Attendez les ensembles, et acceptez les doublons comme le prix d'un rattrapage rapide.
Réservez votre budget d'exigence à trois objets
L'annuel de 1993, le #1 et le #34 sont les seuls dont l'état conditionnera la valeur de l'ensemble. Sur ces trois-là, attendez un bel exemplaire plutôt que de prendre le premier disponible. Sur les cinquante-sept autres, un état lisible et propre suffit amplement.
Vérifiez l'annuel comme un annuel, pas comme un mensuel
Sur un dos carré collé, les défauts se logent là où on ne regarde pas : tranche écrasée, premier cahier qui se détache, pliure verticale au centre, coins arrondis par la manipulation. Demandez des photos de la tranche et du dos avant d'acheter, pas seulement de la couverture.
Décidez de la notation par exception
Faire certifier un numéro du milieu de run n'a pas de sens économique : le coût de l'opération dépasse l'objet. La question ne se pose sérieusement que sur la première apparition et, éventuellement, sur le #34 si vous en tenez un exemplaire remarquable. Pour arbitrer, lisez d'abord ce que la notation mesure et ce qu'elle ne mesure pas.
Enregistrez chaque entrée le jour même
Sur une série que l'on complète par opportunités pendant des années, la mémoire devient fausse vite. Notez le numéro, l'état constaté et le prix payé dans votre inventaire au moment de l'achat : c'est ce qui vous permettra plus tard de reconnaître une bonne occasion en quelques secondes.
Le retour de décembre 2026 : ce qui est su, ce qui ne l'est pas
Hitman: It Was the Nineties Special #1 est daté du 9 décembre 2026, écrit par Garth Ennis et dessiné par John McCrea. C'est tout ce qui est établi, et c'est déjà considérable : le titre affiche sa période, le duo d'origine est au complet, et la sortie tombe vingt-cinq ans après le numéro 60 d'avril 2001. À noter au passage, le même duo signe en novembre 2026 un one-shot horrifique chez un autre éditeur, The Snail : la collaboration n'a rien d'une retrouvaille forcée, elle n'a jamais vraiment cessé.
Ce que personne ne peut dire aujourd'hui, en revanche : le tirage, le nombre de couvertures, la présence ou non de vedettes de la maison, et bien sûr ce que le spécial contient. Toute annonce chiffrée sur ces points, à cette date, est une invention. Les conventions d'automne peuvent apporter des précisions, et il faudra les lire quand elles seront publiées, pas les anticiper.
Ce que l'histoire éditoriale permet en revanche de prévoir avec un peu d'assurance, c'est le comportement du back catalogue. Un retour d'auteur sur un titre de niche produit à peu près toujours la même séquence : une vague de recommandations de lecture, une demande qui se porte d'abord sur les recueils reliés puis sur la première apparition, et un tarissement de l'offre en numéros d'origine pendant quelques mois, le temps que les vendeurs réalisent ce qui se passe. Sur un titre abondant, cette vague ne se voit pas. Sur un titre où il n'y a presque rien en circulation, elle se voit immédiatement.
La conclusion pratique est plate et solide : si vous voulez l'annuel de 1993, c'est maintenant qu'il faut le chercher, non pas pour spéculer mais parce que la fenêtre de disponibilité est la variable réelle. Si vous voulez lire la série, les recueils existent en sept volumes et une anthologie, et ils sont faits pour ça. Et si vous voulez les deux, séparez clairement le budget de lecture du budget de collection : c'est le seul moyen de ne pas payer un numéro de lecture au prix d'une pièce de collection.