Sub-Mariner Comics est la première série solo consacrée à Namor, publiée par Timely Publications à partir du printemps 1941 (numéro daté Spring 1941, en kiosque en mars) jusqu'en 1949, puis brièvement ressuscitée chez Atlas entre 1954 et 1955 (numéros #33 à #42). Le numéro #1, avec sa couverture d'Alex Schomburg montrant Namor pilonnant les forces de l'Axe, s'est vendu jusqu'à 84 000 $ en très haut grade (CGC 9.0, pedigree Larson, novembre 2019). Le personnage renaîtra ensuite dans une série moderne intitulée simplement Sub-Mariner (1968-1974), qui introduit des adversaires devenus cultes comme Tiger Shark.
Avant Superman et Batman, avant même que le mot « super-héros » ne s'impose dans le vocabulaire américain, il y avait déjà un personnage ambigu, colérique et à moitié nu, prêt à noyer des villes entières pour venger son peuple. Namor le Sub-Mariner n'est pas un héros au sens classique : c'est un prince déchu, mi-humain mi-Atlante, dont la première mission n'a jamais été de sauver les surfaciens mais de les punir. Cette ambivalence fondatrice, rare pour l'époque, est au cœur de ce qui fait de Sub-Mariner Comics l'un des titres les plus étudiés de l'histoire éditoriale de ce qui deviendra Marvel Comics.
Créé par le scénariste-dessinateur Bill Everett pour le studio de packaging Funnies Inc., Namor précède de plusieurs mois la création de Captain America et partage avec la Torche Humaine (Carl Burgos) le statut de pionnier absolu de l'éditeur Timely. Sa série éponyme, lancée en 1941, est le théâtre de son premier arc narratif entièrement autonome : la guerre de l'Atlantide contre les puissances de l'Axe. C'est aussi l'un des titres les plus fragiles et les plus recherchés du marché du Golden Age, pour des raisons à la fois historiques, artistiques et statistiques que nous allons détailler point par point.
Cet article retrace l'histoire éditoriale complète de Sub-Mariner Comics, des origines obscures du personnage dans une publication promotionnelle quasi introuvable jusqu'à ses résurrections successives, en passant par les données de census CGC et les ventes documentées qui permettent de comprendre pourquoi ce titre continue de fasciner les collectionneurs près de quatre-vingt-cinq ans après sa création.
Genèse d'un antihéros : avant la série solo
Namor n'est pas né dans Sub-Mariner Comics. Sa toute première apparition remonte à 1939, dans Motion Picture Funnies Weekly #1, un fascicule promotionnel de 36 pages destiné à être distribué gratuitement dans les salles de cinéma américaines. Le projet a été un échec commercial retentissant : les exploitants de salles n'y ont vu aucun intérêt, et la quasi-totalité du tirage n'a jamais été distribuée. Résultat : selon le guide Overstreet, seulement huit exemplaires sont aujourd'hui recensés, dont un seul en état quasi neuf à pages blanches, les autres présentant des pages brunies caractéristiques d'un tirage jamais mis en circulation normale. L'exemplaire dit « pay copy » gradé CGC 9.0 s'est vendu 43 125 $ chez Heritage Auctions en octobre 2005 ; un exemplaire CGC FN- 5.5 a atteint 20 315 $ en 2009, et un CGC VG/F 5.0 s'est négocié 15 800 $ en 2016. Ce statut de raretissime en fait l'une des pièces les plus mythiques du hobby, bien au-delà du strict périmètre de la série qui nous intéresse ici.
C'est quelques mois plus tard, en octobre 1939, que Namor accède réellement au grand public : il apparaît dans Marvel Comics #1, le tout premier comic book publié par Timely Publications, aux côtés de la Torche Humaine. Le succès est immédiat. Namor devient rapidement l'un des trois piliers de l'écurie Timely, avec la Torche Humaine de Carl Burgos et Captain America de Joe Simon et Jack Kirby. Sa popularité grandissante dans les pages de Marvel Mystery Comics pousse logiquement l'éditeur à lui offrir, un an et demi plus tard, sa propre série mensuelle.
Sub-Mariner Comics #1 (1941) : le numéro fondateur
Sub-Mariner Comics #1 arrive en kiosque en mars 1941, avec une date de couverture « Spring 1941 ». C'est un pavé éditorial généreux pour l'époque : 68 pages, dont 40 entièrement consacrées à Namor, le reste étant occupé par les aventures de l'Ange (The Angel) signées Paul Gustavson, personnage déjà connu des lecteurs de Marvel Mystery Comics. La couverture, signée Alex Schomburg — artiste qui deviendra la signature visuelle de Timely durant toute la Seconde Guerre mondiale — montre Namor s'attaquant directement aux forces nazies. C'est un jalon historique précis : il s'agit du premier personnage à affronter les puissances de l'Axe sur la couverture d'un comic book américain, presque un an avant l'entrée en guerre des États-Unis. Ce choix éditorial n'est pas anodin ; il ancre d'emblée la série dans une dimension de propagande patriotique qui deviendra la norme chez Timely jusqu'en 1945.
Sur le plan de la rareté physique, Sub-Mariner Comics #1 souffre des mêmes handicaps que la quasi-totalité des comics du Golden Age : papier pulp acide, agrafes rouillées, dos fragiles, et une conservation domestique désastreuse pendant des décennies. Le census CGC recense à ce jour 32 exemplaires gradés au niveau Universal, auxquels s'ajoutent un exemplaire Qualified, un Signature Series et trois copies restaurées professionnellement — des chiffres qui témoignent à la fois de la désirabilité du numéro et de son extrême rareté en haut grade. L'exemplaire le mieux coté ayant atteint les enchères publiques est un CGC 9.0 du pedigree Larson, une collection réputée pour la fraîcheur de sa conservation : il s'est vendu 84 000 $ en novembre 2019, contre 37 088 $ lors d'une vente antérieure en juillet 2002 pour ce même exemplaire — une progression qui illustre la trajectoire de fond du marché du Golden Age sur près de deux décennies.
Un titre marqué par les couvertures « guerre » et « bondage » de Schomburg
Alex Schomburg n'est pas seulement l'auteur de la couverture inaugurale : il devient le couvreur emblématique de Sub-Mariner Comics pendant une bonne partie du run Timely, alternant entre scènes de bataille tourbillonnantes contre l'Axe et des compositions plus provocatrices, catégorie que les collectionneurs regroupent aujourd'hui sous l'appellation « bondage covers ». Le guide Overstreet accorde traditionnellement une prime aux couvertures de ce type ainsi qu'à celles directement citées dans l'ouvrage polémique de Fredric Wertham, Seduction of the Innocent (1954), qui a alimenté la panique morale anti-comics des années 1950 et conduit à la création du Comics Code. Cette imagerie contrastée — patriotisme guerrier d'un côté, provocation visuelle de l'autre — fait partie intégrante de l'identité graphique du titre et explique en partie pourquoi certains numéros intermédiaires de la série, souvent négligés par les non-spécialistes, suscitent un intérêt disproportionné chez les collectionneurs de couvertures Schomburg.
La guerre Namor contre la Torche Humaine : un cross-over fondateur
S'il fallait ne retenir qu'un seul arc narratif pour comprendre pourquoi Namor a marqué durablement l'histoire du comic book américain, ce serait sans doute son affrontement avec la Torche Humaine, mis en scène sur plusieurs numéros de Marvel Mystery Comics (#8 à #10, 1940). Cette bataille homérique, qui précède le lancement de Sub-Mariner Comics, est considérée par de nombreux historiens du médium comme le tout premier cross-over de super-héros de l'histoire de l'édition américaine — bien avant que la formule ne devienne un pilier du modèle économique de l'industrie. Namor y apparaît déjà dans son rôle le plus durable : celui d'un antihéros dont la colère est aussi dangereuse pour ses adversaires que pour les innocents pris entre deux feux. Cette tension entre héroïsme et destruction irrigue toute la série qui porte son nom à partir de 1941, où les scénarios oscillent constamment entre défense de l'Atlantide, vengeance personnelle et loyauté de circonstance envers les surfaciens en guerre contre le nazisme.
L'arrêt de 1949 et la résurrection Atlas de 1954-1955
Comme la quasi-totalité des titres de super-héros de l'immédiat après-guerre, Sub-Mariner Comics s'essouffle à mesure que le public se détourne du genre au profit du western, de l'horreur et du romance comic. La série s'arrête après son numéro #31 en 1949. Selon une pratique alors courante consistant à conserver le tarif postal préférentiel attaché à un numéro de série, la numérotation est provisoirement reprise par des titres sans aucun rapport thématique — Amazing Mysteries #32, puis Best Love #33 — une bizarrerie administrative typique de l'édition Timely/Atlas de la période.
Namor lui-même disparaît des kiosques jusqu'à son retour remarqué dans Young Men #24 (décembre 1953), aux côtés de Captain America et de la Torche Humaine. Ce retour éphémère du trio fondateur convainc Atlas (le nom que porte alors Timely) de retenter l'aventure d'un titre solo : une nouvelle série Sub-Mariner Comics, reprenant la numérotation historique à partir du #33, est publiée d'avril 1954 à octobre 1955, sur dix numéros (jusqu'au #42). Le numéro #33 rouvre les origines du personnage, complétant le récit fondateur déjà posé dans Marvel Comics #1 quinze ans plus tôt. Cette deuxième vie sera cependant de courte durée : la mode des super-héros de l'immédiat après-guerre ne survit pas à la morosité éditoriale du milieu des années 1950, et le titre disparaît de nouveau en 1955, cette fois pour treize ans.
1968 : la renaissance en série solo moderne
Il faudra attendre le dégel des quotas de distribution imposés à Marvel par son distributeur historique, Independent News, propriété de DC Comics, pour que Namor obtienne enfin une série pérenne. En mai 1968, Sub-Mariner #1 (parfois catalogué Prince Namor, the Sub-Mariner) lance officiellement la première série solo continue du personnage à l'ère Marvel moderne, sous la plume de Roy Thomas et le crayon de John Buscema. Ce numéro fondateur retrace de façon condensée toute la mythologie du personnage, de son enfance atlante à ses exploits de la Seconde Guerre mondiale, jusqu'à ses affrontements plus récents avec les Quatre Fantastiques et sa période d'amnésie errant sans-abri dans les rues de New York — un pont narratif habile entre l'héritage Golden Age et la continuité Silver Age naissante.
Cette série de 72 numéros, publiée jusqu'en 1974, introduit plusieurs éléments devenus incontournables dans la mythologie de Namor : Tiger Shark (Todd Arliss), l'un de ses adversaires récurrents les plus emblématiques, y fait sa première apparition au numéro #5 ; le numéro #8 met en scène un affrontement mémorable avec la Chose des Quatre Fantastiques ; le numéro #34 l'oppose à Hulk. Le numéro #50, sorti pour l'anniversaire de la série, est intégralement écrit, dessiné, encré et mis en couleurs par Bill Everett lui-même — un fait rarissime dans l'industrie de l'époque, où la production en chaîne rendait ce genre de tour de force presque impossible. Everett, le créateur originel du personnage, retrouve ainsi Namor près de trente ans après l'avoir inventé, peu avant sa disparition en 1973.
L'impact des adaptations sur la cote
Namor a longtemps été l'un des rares personnages fondateurs de l'univers Marvel à n'avoir jamais eu de véritable adaptation cinématographique en prise de vue réelle, malgré plusieurs tentatives avortées depuis les années 1990. Cette situation a changé le 11 novembre 2022 avec la sortie de Black Panther: Wakanda Forever, réalisé par Ryan Coogler, dans lequel le personnage est incarné par Tenoch Huerta. L'adaptation prend cependant des libertés notables avec le matériau d'origine : au lieu de l'Atlantide classique des comics, le royaume sous-marin de Namor devient Talokan, une civilisation d'inspiration mésoaméricaine ayant fui la surface pour échapper aux colonisateurs espagnols — un choix scénaristique assumé, en partie motivé par le fait que le nom « Atlantis » est déjà associé à l'Aquaman de DC Comics au cinéma. Les pouvoirs et l'origine mutante du personnage sont eux aussi réinterprétés par rapport à la continuité comics historique.
Ce type d'adaptation grand public a un effet généralement bien documenté sur le marché du comic book ancien : elle relance l'intérêt pour les premières apparitions et les numéros fondateurs du personnage concerné, en particulier chez les collectionneurs venus du cinéma qui découvrent l'existence d'une bibliographie papier antérieure de plusieurs décennies. Pour Namor, cet effet profite mécaniquement aux titres évoqués plus haut — Marvel Comics #1, Motion Picture Funnies Weekly #1 et Sub-Mariner Comics #1 — dans la mesure où ce sont les seuls jalons imprimés capables de documenter la genèse réelle du personnage porté à l'écran. À l'inverse, les changements profonds apportés à l'origine du personnage dans le film (mutation, Talokan plutôt qu'Atlantide) rendent les numéros golden age d'autant plus précieux aux yeux des puristes, puisqu'ils sont les seuls à raconter la version originale, non révisée, du mythe.
Guide d'achat
- Vérifiez systématiquement la restauration sur les numéros Golden Age : le census CGC de Sub-Mariner Comics #1 comprend trois exemplaires classés « professionnellement restaurés » — un détail qui doit apparaître clairement sur le slab et dans toute annonce de vente, et qui impacte fortement le prix par rapport à un exemplaire non restauré de grade équivalent.
- Distinguez bien les deux séries homonymes : la série Timely originale (1941-1949, puis 1954-1955, #1 à #42) et la série Marvel moderne lancée en 1968 (simplement intitulée Sub-Mariner, #1 à #72) n'ont ni la même rareté, ni la même fourchette de prix, ni le même profil de collectionneur. Une annonce ambiguë mélangeant les deux titres est un signal d'alerte.
- Privilégiez les couvertures Schomburg identifiées : les couvertures de guerre et les couvertures dites « bondage » de l'artiste bénéficient d'une prime reconnue par le guide Overstreet ; vérifiez l'attribution de la couverture avant d'évaluer un numéro intermédiaire de la série 1941-1949.
- Consultez le census CGC avant tout achat en haut grade : pour un numéro golden age aussi fragile, la rareté en VF/NM ou supérieur est extrême (32 exemplaires Universal recensés pour le seul numéro #1) ; un vendeur qui annonce un grade élevé sans certification tierce mérite une vérification approfondie.
- Repérez les numéros clés de la série 1968 : #1 (relance moderne, origine complète), #5 (première apparition de Tiger Shark), #8 (crossover avec la Chose), #34 (affrontement avec Hulk) et #50 (numéro anniversaire entièrement réalisé par Bill Everett) concentrent l'essentiel de la demande sur ce run.
- Méfiez-vous des fascicules d'origine confondus avec des réimpressions : de nombreux fac-similés et compilations (notamment les omnibus modernes réunissant les récits golden age) circulent sous des titres très proches de la série originale ; seul un exemplaire d'époque authentifié possède la valeur de collection décrite dans cet article.
- Faites estimer votre exemplaire avant de vendre ou d'acheter : la volatilité du marché golden age (le CGC 9.0 pedigree Larson du #1 a plus que doublé de valeur entre 2002 et 2019) rend indispensable une estimation actualisée basée sur les ventes réelles plutôt que sur un ancien guide de prix imprimé.