Martian Manhunter (J'onn J'onzz) est créé par le scénariste Joseph Samachson et le dessinateur Joe Certa. Il apparaît pour la première fois dans Detective Comics #225 (novembre 1955), en histoire de complément intitulée « The Strange Experiment of Dr. Erdel ». Membre fondateur de la Justice League (Brave and the Bold #28, mars 1960, puis Justice League of America #1, octobre-novembre 1960), il traverse près de sept décennies d'histoire éditoriale, entre longue traversée du désert, séries solo cultes et rumeurs persistantes d'apparition dans le DCU de James Gunn.
Il y a des personnages DC dont le nom seul évoque une silhouette, une couleur, une posture. Martian Manhunter appartient à cette catégorie très restreinte : la peau verte, la cape rouge, le regard fixe d'un être qui n'appartient à aucun monde. Pourtant, contrairement à Superman ou Batman, son parcours éditorial n'a jamais été linéaire. C'est une histoire faite de creux et de résurgences, de décennies d'anonymat suivies de relances audacieuses, et d'un statut de « membre fondateur oublié » qui colle à sa légende depuis les années 1950.
Pour un collectionneur, cette irrégularité éditoriale est justement ce qui rend Martian Manhunter passionnant à suivre. Contrairement à des personnages omniprésents dont chaque numéro est scruté, J'onn J'onzz a connu de longues périodes de silence commercial entrecoupées de moments charnières bien identifiables : sa création en 1955, son entrée dans la Justice League en 1960, sa première série solo en 1998, sa relance en 2015, et aujourd'hui l'attente fébrile de sa possible arrivée à l'écran dans le DCU de James Gunn. Chacun de ces jalons a laissé une trace précise dans les catalogues et dans les cotes.
Cet article retrace, numéro par numéro et décennie par décennie, l'histoire éditoriale réelle de Martian Manhunter : sa genèse chez DC au milieu des années 1950, son rôle dans la fondation de la Justice League, sa longue absence des kiosques entre 1968 et le début des années 1980, ses tentatives de relance solo, et l'effet (encore hypothétique) que pourrait avoir une apparition cinématographique sur la demande collector.
Des origines discrètes à Detective Comics jusqu'à la fondation de la Justice League
Martian Manhunter naît dans un contexte très particulier de l'histoire de DC Comics. En novembre 1955, la maison publie Detective Comics #225, un numéro dont la couverture met en avant Batman et Robin, comme il est d'usage depuis la création du titre. Mais en pages intérieures, en position de récit de complément, se glisse une histoire courte signée par le scénariste et scientifique Joseph Samachson et mise en images par le dessinateur Joe Certa : « The Strange Experiment of Dr. Erdel ».
Le pitch fondateur tient en quelques cases : le professeur Saul Erdel, dans son laboratoire de la ville fictive de Middletown, met au point un rayon expérimental de téléportation. Le dispositif, censé être un simple test, aspire par erreur un être humanoïde à la peau verte depuis la planète Mars : J'onn J'onzz. Pris de panique face à cette créature inconnue, sous le choc, Erdel meurt sur-le-champ d'une crise cardiaque — et J'onn se retrouve seul, coincé sur une planète qui n'est pas la sienne, sans aucun moyen de rentrer chez lui. Doté de pouvoirs de métamorphose, il choisit d'adopter une apparence humaine et de vivre incognito sous l'identité de John Jones, détective de la police de Middletown.
Ce postulat de départ — un exilé solitaire, dernier représentant d'une civilisation disparue, contraint de se fondre dans une humanité qu'il observe de l'intérieur — restera la colonne vertébrale du personnage pendant sept décennies, quelles que soient les retouches apportées à sa continuité. Samachson et Certa poursuivent l'aventure sous forme de récit de complément régulier dans Detective Comics, un format modeste, loin des couvertures, qui explique en grande partie pourquoi Martian Manhunter n'a jamais bénéficié du même relief éditorial que les héros vedettes de l'époque.
Le tournant arrive au printemps 1960. Dans The Brave and the Bold #28 (mars 1960), scénarisé par Gardner Fox et dessiné par Mike Sekowsky, DC réunit pour la première fois ses figures de proue autour d'une menace commune : Starro le Conquérant, une étoile de mer extraterrestre géante capable de créer des clones à son image pour asservir la planète. Ce numéro marque la toute première apparition de la Justice League of America en tant qu'équipe, avec une composition originale de sept membres : Superman, Batman, Wonder Woman, Flash (Barry Allen), Green Lantern (Hal Jordan), Aquaman, et Martian Manhunter. J'onn J'onzz fait donc partie du noyau fondateur du plus célèbre supergroupe de DC dès son tout premier rassemblement à l'écrit.
Quelques mois plus tard, la Justice League obtient son propre titre régulier avec Justice League of America #1 (octobre-novembre 1960), qui contient également l'origine et la première apparition du très recherché super-vilain Despero. Ce numéro figure aujourd'hui à la 20e place du classement Overstreet des cinquante meilleurs comics de l'âge d'argent, une reconnaissance qui témoigne de son statut de pierre angulaire de la mythologie DC — et par extension, de jalon important pour tout collectionneur suivant Martian Manhunter à la trace depuis ses débuts.
De la disparition progressive à la traversée du désert (1968-1984)
Le paradoxe de Martian Manhunter tient dans ce contraste frappant : membre fondateur d'une équipe qui deviendra l'une des plus rentables de l'histoire du comics, il reste pourtant, individuellement, l'un des personnages les moins mis en avant de son époque. Sa série de récits de complément dans Detective Comics se poursuit tout au long des années 1960, migrant ensuite vers House of Mystery, avant d'être purement et simplement abandonnée en 1968.
S'ensuit une période de près de quinze ans durant laquelle Martian Manhunter ne bénéficie d'aucun support régulier. Il continue certes d'apparaître ponctuellement dans les pages de la Justice League of America ou dans des récits collectifs, mais sans jamais retrouver l'exposition qu'il avait connue à ses débuts. Cette éclipse prolongée façonne durablement la perception du personnage dans le grand public : un fondateur de la Ligue, certes, mais un fondateur que l'on associe rarement à des séries marquantes, contrairement à un Batman ou un Green Lantern qui n'ont jamais quitté les rayons.
Ce n'est qu'en 1984, alors que la Justice League originale se disloque dans les pages de la continuité DC de l'époque, que Martian Manhunter revient occuper une place centrale. Aux côtés d'Aquaman, il prend en main la reconstruction d'une toute nouvelle formation, composée presque exclusivement de personnages inédits ou secondaires, installée à Detroit — un épisode que les fans surnomment rétrospectivement la « Justice League Detroit ». Ce virage marque le retour définitif de J'onn J'onzz au premier plan de l'univers DC : depuis cette date, il n'a plus jamais quitté durablement le devant de la scène, que ce soit comme membre récurrent des diverses incarnations de la Ligue ou comme protagoniste de ses propres récits.
1998 : la première série solo, enfin
Il aura fallu attendre plus de quarante ans après sa création pour que Martian Manhunter obtienne, pour la toute première fois, une série ongoing entièrement dédiée à son personnage. En 1998, DC Comics lance Martian Manhunter, écrite par John Ostrander et dessinée par Tom Mandrake, un duo créatif reconnu pour son travail sur des personnages torturés et moralement complexes comme Spectre ou Suicide Squad.
Cette série marque un tournant narratif majeur pour le personnage. Ostrander approfondit considérablement la mythologie des Martiens Verts, explore le traumatisme de J'onn face à l'extinction quasi totale de son espèce, et installe l'idée que le héros maintient plusieurs identités secrètes disséminées à travers le monde, notamment dans l'hémisphère sud, loin des radars des super-héros traditionnels basés aux États-Unis. Le personnage y gagne une épaisseur psychologique inédite : plus qu'un simple allié loyal de la Justice League, il devient un survivant hanté, habité par la culpabilité et le deuil, dont l'humour pince-sans-rire (et le goût prononcé pour les céréales Chocos, devenu running gag emblématique) contraste avec la gravité de son passé.
La série tient plusieurs années avant d'être arrêtée, faute d'un lectorat suffisant pour justifier sa poursuite face à la concurrence des séries plus commerciales de l'époque — un sort qui, ironiquement, illustre une nouvelle fois la difficulté chronique de Martian Manhunter à s'imposer commercialement en tête d'affiche, malgré la qualité reconnue du travail d'Ostrander et Mandrake, aujourd'hui considéré par une large partie du fandom comme la meilleure incarnation solo du personnage.
La relance New 52 de 2015 et le repositionnement du mythe
Près de vingt ans après la série Ostrander/Mandrake, DC retente l'expérience solo avec Martian Manhunter (2015), lancée en juin de cette année-là dans le cadre de l'ère New 52, sous la plume du scénariste Rob Williams et le crayon d'Eddy Barrows, accompagné à l'encrage par Eber Ferreira. Cette itération adopte un ton résolument différent des précédentes : elle interroge frontalement la fiabilité de tout ce que les lecteurs croyaient savoir sur le personnage, en installant une intrigue de thriller paranoïaque autour d'une invasion martienne dissimulée, où des Martiens changeformes infiltrent discrètement la société humaine.
Les six premiers numéros sont rassemblés dans le recueil « The Epiphany », suivis d'un second arc collecté sous le titre « The Red Rising ». Si cette relance n'a pas rencontré un succès commercial retentissant, elle a le mérite de proposer une porte d'entrée moderne et autonome dans la mythologie du personnage, sans nécessiter une connaissance approfondie de sa continuité antérieure — un point non négligeable pour tout lecteur ou collectionneur souhaitant découvrir J'onn J'onzz sans remonter jusqu'aux comics des années 1950 ou 1990.
L'impact des adaptations sur la cote
Martian Manhunter occupe une position singulière dans l'histoire des adaptations télévisées et cinématographiques de DC : il apparaît régulièrement, mais presque toujours en second plan, ce qui explique pourquoi son passage à l'écran n'a jamais provoqué le même emballement spéculatif que Batman ou Superman.
Dans Smallville, l'acteur Phil Morris incarne une version du personnage présentée comme un vieil ami de Jor-El venu surveiller Kal-El et intervenir en cas de besoin ; le personnage y perd temporairement ses pouvoirs avant qu'ils ne lui soient restitués par Doctor Fate. Dans l'Arrowverse, c'est David Harewood qui prête ses traits à J'onn J'onzz, d'abord dissimulé sous l'identité de Hank Henshaw, directeur du DEO dans la série Supergirl, avant d'apparaître également dans The Flash, Arrow et Legends of Tomorrow — la version la plus développée et la plus récurrente du personnage à l'écran à ce jour.
Côté cinéma, Harry Lennix interprète Martian Manhunter dans Zack Snyder's Justice League (2021), la version longue diffusée sur HBO Max. Le twist scénaristique révèle que le personnage se cachait en réalité sous l'apparence du Général Swanwick, un rôle secondaire que Lennix tenait déjà dans Man of Steel (2013) et Batman v Superman: Dawn of Justice (2016) — une idée initialement portée par une théorie de fans avant d'être officiellement intégrée à la continuité de Snyder.
Quant au DCU actuel piloté par James Gunn, aucune apparition de Martian Manhunter n'est officiellement confirmée à l'heure où nous publions cet article (juillet 2026). Le personnage n'apparaît pas dans Superman (2025). En revanche, les indices se sont multipliés : James Gunn a publié à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux des références directes aux céréales Chocos, la marque fétiche du personnage dans les comics, alimentant les spéculations d'une arrivée dans « Man of Tomorrow », le quatrième long-métrage du DCU attendu pour juillet 2027. Des rumeurs de casting ont également circulé, sans confirmation officielle de DC Studios à ce jour. Pour un collectionneur, ce climat d'anticipation mérite d'être suivi de près, mais sans céder à la précipitation : tant qu'aucune confirmation officielle n'existe, toute variation de cote liée à cette rumeur reste de nature strictement spéculative.
Guide d'achat : comment aborder la collection Martian Manhunter
Collectionner Martian Manhunter demande une approche différente de celle appliquée aux héros les plus médiatisés de DC : l'offre est moins abondante sur les jalons majeurs, mais les points d'entrée accessibles sont nombreux pour qui veut construire une collection cohérente sans se ruiner.
- Identifiez bien les trois jalons distincts de 1955-1960 : Detective Comics #225 (première apparition du personnage, novembre 1955), The Brave and the Bold #28 (première apparition de la Justice League en tant qu'équipe, mars 1960) et Justice League of America #1 (premier numéro du titre solo de l'équipe, octobre-novembre 1960, avec la première apparition de Despero). Ce sont trois numéros différents, avec des profils de rareté et de demande distincts — ne les confondez pas lors d'un achat.
- Sur Detective Comics #225, vérifiez systématiquement la présence d'une restauration. S'agissant d'un comic de l'âge d'or vieux de plus de 70 ans, les exemplaires non restaurés en haut grade sont rares ; un label CGC bleu (« Universal ») garantit l'absence de restauration, tandis qu'un label « Qualified » ou « Restored » doit se traduire par un prix nettement inférieur.
- La série Ostrander/Mandrake de 1998 reste un point d'entrée abordable pour découvrir l'exploration la plus aboutie de la psychologie du personnage, sans le prix des jalons de l'âge d'or ou de l'âge d'argent.
- La relance New 52 de 2015 (Williams/Barrows) constitue une porte d'entrée moderne, facile à trouver en TPB (« The Epiphany », « The Red Rising »), idéale pour qui veut lire l'histoire du personnage sans investir dans les exemplaires vintage.
- Gardez un œil sur les annonces DCU : une confirmation officielle de casting pour « Man of Tomorrow » (2027) pourrait générer un regain d'intérêt ponctuel sur les numéros clés listés ci-dessus. Mieux vaut acheter en amont, sur la base de la rareté réelle du numéro, que de courir après une hausse une fois l'annonce faite.
- Avant tout achat, croisez plusieurs sources de prix (ventes réalisées récentes plutôt que prix demandés) pour éviter de surpayer un numéro sur la seule base d'une cote catalogue ancienne.
Pour suivre l'évolution réelle des prix sur les numéros clés de Martian Manhunter, l'estimateur gratuit du site s'appuie sur les ventes eBay effectivement conclues plutôt que sur des prix catalogue théoriques, ce qui permet d'obtenir une fourchette basse, médiane et haute réaliste avant de se positionner sur une enchère ou une offre. C'est également un bon réflexe pour tenir à jour sa collection : l'application de gestion de collection du site permet de centraliser ses numéros et de suivre leur valorisation dans le temps, ce qui est particulièrement utile sur un personnage dont la cote peut évoluer rapidement en cas d'annonce cinématographique.