John Romita Jr., souvent abrégé JRJR, est né le 17 août 1956 à New York. Fils de John Romita Sr., dessinateur emblématique de Spider-Man dans les années 1960, il publie sa première histoire, « Chaos at the Coffee Bean! », dans Amazing Spider-Man Annual #11 en 1977. Sa carrière couvre près de cinquante ans : Iron Man avec Michelinie et Layton, une première période sur Amazing Spider-Man de 1980 à 1984 où il cocrée le Hobgoblin (#238), Uncanny X-Men avec Claremont, Daredevil avec Ann Nocenti (création de Typhoid Mary) puis The Man Without Fear avec Frank Miller, le Spider-Man de J. Michael Straczynski, Kick-Ass, puis Superman chez DC en 2014. Il revient sur Spider-Man avec Zeb Wells en 2022, puis avec Joe Kelly dans le volume de 2025, et signe avec Paolo Rivera l'une des deux couvertures principales d'Amazing Spider-Man #1000.
Peu de familles ont autant marqué un personnage. John Romita Sr. a succédé à Steve Ditko sur Amazing Spider-Man au milieu des années 1960 et a donné au héros et à son entourage le visage qui s'est imposé pendant des décennies. Son fils, John Romita Jr., a dessiné le même personnage à toutes les époques suivantes, au point que leurs deux carrières réunies couvrent presque toute l'histoire de la série.
Ce serait pourtant une erreur de réduire JRJR à un héritier. Son style s'est construit en partie contre celui de son père : plus anguleux, plus massif, plus brutal. Il a dessiné à peu près tout l'univers Marvel, puis Superman et Batman chez DC, et cosigné l'une des séries indépendantes les plus adaptées de sa génération. Cet article retrace sa carrière dans l'ordre, en signalant à chaque étape les numéros qui comptent.
Un enfant de la maison
John Romita Jr. grandit dans le monde des comics. Sa première contribution à l'éditeur date de ses treize ans : un croquis de personnage qui inspire la création du Prowler, présenté dans Amazing Spider-Man #78 en 1969 par une autre équipe. Il étudie ensuite le design publicitaire et sort diplômé en 1976.
Ses premiers travaux professionnels sont des croquis de couvertures pour les rééditions britanniques de l'éditeur. Aux États-Unis, il débute par une illustration en pleine page dans un western en juin 1977, puis, deux mois plus tard, avec un récit de six pages dans Amazing Spider-Man Annual #11. Il commence donc sa carrière là où son père était devenu célèbre.
Iron Man, 1978-1982 : la première reconnaissance
Iron Man, avec David Michelinie et Bob Layton
C'est sur Iron Man que JRJR se fait un nom. L'équipe introduit Bethany Cabe, garde du corps et compagne de Tony Stark, et l'industriel rival Justin Hammer. Il dessine aussi la plupart des numéros de l'arc consacré à l'alcoolisme de Stark, qui culmine au numéro 128.
Amazing Spider-Man, 1980-1984 : le Hobgoblin
Au début des années 1980, il obtient sa première période régulière sur la série de son père. Avec le scénariste Dennis O'Neil, il présente Madame Web dans le numéro 210 et Hydro-Man dans le numéro 212. Il dessine aussi en 1981 les premiers numéros de Dazzler, puis en 1982 Contest of Champions, la première mini-série de l'éditeur.
Amazing Spider-Man #238
Le sommet de cette première période. Avec Roger Stern, JRJR cocrée le Hobgoblin, dont l'identité restera un mystère pendant des années. Le duo signe aussi, quelques mois plus tôt, l'arc « Nothing Can Stop the Juggernaut » aux numéros 229 et 230, souvent cité parmi les meilleurs récits de la série.
Uncanny X-Men et Star Brand : la période difficile
De 1983 à 1986, il dessine Uncanny X-Men avec Chris Claremont et l'encreur Dan Green, du numéro 175 au numéro 211 environ. Il y cocrée Forge. Lui-même a minimisé cette période : il estimait avoir peu créé de personnages, et sa relation avec Claremont était fraîche, le scénariste préférant ses dessinateurs précédents. Il reviendra pourtant sur le titre en 1993, avec Scott Lobdell, période qu'il dit avoir davantage appréciée.
Après les X-Men, on lui confie Star Brand, dans une ligne de séries nouvelles lancée par l'éditeur. Le titre se vend mal et il ne peut pas retrouver les mutants. Désabusé par cette expérience et par des tensions avec la rédaction, il envisage alors de quitter le métier.
Daredevil : le tournant
Daredevil, avec Ann Nocenti
L'éditeur Ralph Macchio lui propose Daredevil, avec la scénariste Ann Nocenti. Pour la première fois, il fait des crayonnés complets et participe aux intrigues. Il demande en plaisantant l'encreur Al Williamson, et l'obtient le lendemain. Le duo crée Typhoid Mary, adversaire durable de Daredevil. JRJR a dit que c'était la première fois qu'il se sentait partie prenante de la création.
En 1993, il retrouve le personnage pour Daredevil: The Man Without Fear, en cinq numéros, avec Frank Miller au scénario et Williamson à l'encrage. Le projet est né d'un traitement de film refusé que Miller lui avait envoyé, et qui s'est allongé en cours de route jusqu'à 144 pages. JRJR a souvent dit que c'était, en matière de narration, le meilleur travail de sa carrière. Des éléments en ont été repris par une série télévisée en 2015. Pour situer ces numéros dans l'histoire du personnage, notre sélection des numéros clés de Daredevil est un bon point de repère.
Les années 1990 : un dessinateur à tout faire
La décennie le voit passer d'un titre à l'autre : le second « Armor Wars » d'Iron Man avec John Byrne, Punisher War Zone en 1992, une mini-série Cable, le croisement Punisher et Batman. L'encreur Klaus Janson devient un partenaire fréquent. En 1998, il relance Thor avec Dan Jurgens, et en 1999 il dessine la relance de Peter Parker: Spider-Man avec Howard Mackie. Entre 1995 et 1998, il avait déjà tenu ce titre sur une longue période.
Straczynski, Kick-Ass et les années 2000
Amazing Spider-Man vol. 2, avec J. Michael Straczynski
Le retour sur Spider-Man qui marque une génération. Avec Straczynski au scénario et Scott Hanna à l'encrage, l'arc « Coming Home », numéros 30 à 35, remporte un prix Eisner en 2002. Le numéro 36, daté de décembre 2001, est un hommage aux victimes des attentats du 11 septembre.
La suite de la décennie est éclectique : Wolverine avec Mark Millar, Black Panther, The Sentry, une relecture des Eternals avec Neil Gaiman en 2006, la mini-série centrale de « World War Hulk » en 2007. En 2008, il revient encore sur Amazing Spider-Man, et lance surtout avec Millar une série dont ils sont propriétaires, Kick-Ass, adaptée au cinéma en 2010. Il en est l'un des producteurs et réalise une séquence animée du film. Notre comparaison entre le film Kick-Ass et la bande dessinée revient sur cette adaptation.
En 2010, il relance aussi Avengers avec Brian Michael Bendis, puis dessine Captain America en 2013 avec Rick Remender.
Le passage chez DC, 2014-2020
En 2014, surprise : JRJR rejoint DC et dessine Superman à partir du numéro 32, avec Geoff Johns, encré par Klaus Janson. Suivent All-Star Batman avec Scott Snyder en 2016, The Silencer avec Dan Abnett, Superman: Year One avec Frank Miller en 2019, et un passage sur Action Comics. Pendant six ans, le dessinateur de Spider-Man par excellence dessine les héros de l'éditeur concurrent.
Le retour : 2022, 2025, et le #1000
En 2022, il revient sur Amazing Spider-Man avec Zeb Wells, pour la relance du titre. En 2023, son père, John Romita Sr., meurt à 93 ans. Puis en avril 2025, le nouveau volume de la série, écrit par Joe Kelly, alterne au dessin entre Pepe Larraz et lui. C'est dans ce cadre qu'il signe, avec Paolo Rivera en peinture, l'une des deux couvertures principales du millième numéro, sorti le 30 septembre 2026. Le deuxième tirage, prévu le 28 octobre 2026, en reprend une version crayonnée.
Il y a quelque chose de circulaire dans cette couverture. Le père avait donné à Spider-Man son visage des années 1960 et 1970 ; le fils, cinquante ans après ses débuts dans un annual de la série, signe l'image d'ouverture de son millième numéro. Pour replacer ces périodes dans l'ensemble de la série, consultez notre guide de lecture de Spider-Man.
Reconnaître son style
JRJR cite comme influences son père, Jack Kirby, John Buscema, les peintres de la famille Wyeth et l'illustrateur Charles Dana Gibson. Son trait se reconnaît à ses silhouettes trapues et puissantes, à ses visages carrés, à ses mains larges et à des décors urbains denses. Il préfère, de son propre aveu, les récits de rue aux récits cosmiques, même s'il affirme aborder tous les genres de la même manière.
Commencer par Daredevil
The Man Without Fear, en cinq numéros, montre l'essentiel de son art narratif en peu de pages.
Lire les deux Spider-Man classiques
La période Stern au début des années 1980, puis la période Straczynski de 2001 à 2004.
Finir par le présent
Le volume de 2025, jusqu'au #1000, pour voir un dessinateur de près de soixante-dix ans toujours en activité régulière.