Jane Foster apparaît pour la première fois dans Journey into Mystery #84 (août 1962), créée par Stan Lee, Larry Lieber et Jack Kirby comme infirmière et amour de Donald Blake. Pendant plus de cinquante ans, elle reste un personnage secondaire avant qu'en 2014 le scénariste Jason Aaron et le dessinateur Russell Dauterman ne la transforment en la nouvelle Thor dans Thor vol. 4 #1, révélation confirmée dans le #8 de mai 2015. Elle porte le marteau pendant que la chimiothérapie combat son cancer, jusqu'à la conclusion de son run dans Mighty Thor #705-706 (2018), avant de devenir Valkyrie pendant la War of the Realms. Les clés majeures à surveiller restent JIM #84 (première apparition) et Thor #1 (2014) avec ses variantes Dauterman.
Peu de personnages secondaires de l'univers Marvel ont connu une trajectoire éditoriale aussi spectaculaire que Jane Foster. Introduite en 1962 comme simple faire-valoir romantique du docteur Donald Blake — l'identité mortelle du premier Thor —, elle a longtemps été cantonnée au rôle classique de love interest des comics de l'âge d'argent : capable, dévouée, mais rarement actrice de sa propre histoire. Il aura fallu attendre plus d'un demi-siècle pour qu'un scénariste décide de renverser complètement la table et de lui confier, littéralement, le marteau du dieu du tonnerre.
Cette bascule, opérée en 2014 par Jason Aaron, n'est pas un simple gimmick éditorial parmi d'autres. Elle a redéfini le personnage sur le long terme, a généré l'un des runs Thor les mieux reçus par la critique depuis Walt Simonson dans les années 1980, et a fini par irriguer jusqu'au cinéma avec Natalie Portman reprenant le rôle dans Thor: Love and Thunder en 2022. Pour un collectionneur, comprendre cette histoire en plusieurs actes est essentiel : elle explique pourquoi certains numéros précis concentrent toute la valeur marché, pendant que des dizaines d'autres épisodes où Jane apparaît restent, eux, de simple midgrade sans prime.
Dans ce guide, on retrace l'histoire complète de Jane Foster dans les comics — sa création, sa longue traversée du désert éditorial, sa métamorphose en Thor, son passage au statut de Valkyrie — puis on détaille ce qu'un acheteur ou un vendeur doit savoir avant de se positionner sur les numéros clés de sa saga.
Jane Foster : de l'infirmière de Donald Blake à personnage culte
Jane Foster naît sous la plume de Stan Lee et Larry Lieber, mise en images par Jack Kirby, dans Journey into Mystery #84, daté d'août 1962 et vendu à l'époque douze cents. C'est seulement la deuxième apparition de Thor dans les comics Marvel, deux mois après son introduction dans le numéro #83. Jane y est présentée comme l'infirmière du docteur Donald Blake, le chirurgien boiteux qui n'est autre que l'identité mortelle sous laquelle Odin a exilé son fils sur Terre pour lui apprendre l'humilité. La dynamique installée dès ce numéro est classique de l'époque : un triangle amoureux impossible, puisque Blake est amoureux de son infirmière sans jamais pouvoir lui révéler qu'il est également le dieu nordique qu'elle admire de loin.
Ce statut de love interest perdurera, avec des variations, pendant l'essentiel des décennies suivantes. Jane traverse les runs de Stan Lee, puis les incarnations successives du titre Thor sous la plume de multiples scénaristes, sans jamais vraiment devenir un agent actif de l'intrigue. Elle épouse même un temps le docteur Keith Kincaid dans les pages de Thor durant les années 1970, avant de revenir orbiter autour du personnage principal au gré des reboots. Le run le plus notable de cette période intermédiaire reste celui de J. Michael Straczynski (2007-2009), où Jane retrouve un rôle de médecin à Broxton, en Oklahoma, la ville reconstruite près d'Asgard tombée sur Terre — un point d'ancrage réaliste qui prépare, sans le savoir encore, la suite de son parcours.
Un rôle secondaire mais jamais anecdotique
Il serait injuste de réduire ces cinquante premières années à une simple attente. Jane Foster reste, tout au long de cette période, l'un des liens les plus stables entre Thor et la Terre : c'est par ses yeux que les lecteurs perçoivent souvent la dimension humaine d'un dieu nordique par ailleurs occupé à batailler contre des géants de glace ou Loki. Les scénaristes successifs s'en servent comme d'un révélateur moral du personnage principal — la manière dont Thor traite Jane en dit long sur son évolution en tant que héros digne de porter Mjolnir. C'est précisément cette légitimité narrative accumulée sur un demi-siècle qui rendra crédible, en 2014, le twist le plus commenté de la période Marvel NOW.
2014 : le twist qui a transformé Jane Foster en Thor
À l'automne 2014, Marvel relance la série Thor avec un nouveau volume écrit par Jason Aaron et dessiné par Russell Dauterman, couleurs de Matt Wilson. Thor vol. 4 #1 paraît le 1er octobre 2014 au prix de 3,99 dollars et se conclut sur un cliffhanger fracassant : Thor Odinson se révèle indigne de soulever Mjolnir, murmurant simplement « je ne suis plus digne » avant qu'une silhouette féminine, restée dans l'ombre, ne s'empare du marteau à sa place. L'identité de cette nouvelle porteuse du marteau est volontairement maintenue secrète pendant plusieurs mois, alimentant une intense spéculation chez les lecteurs et sur les forums spécialisés.
La révélation tombe dans Thor vol. 4 #8, publié en mai 2015 : la nouvelle Thor n'est autre que Jane Foster elle-même. Le choix n'est pas anodin. Jason Aaron construit sa légitimité en s'appuyant directement sur l'inscription gravée sur Mjolnir depuis les origines du personnage — quiconque en est digne peut soulever le marteau, indépendamment du genre ou du lignage. En choisissant Jane, le scénariste boucle une boucle amorcée cinquante-deux ans plus tôt : le personnage longtemps cantonné au second plan devient littéralement le titulaire du titre.
Le prix du pouvoir : cancer et chimiothérapie
Le twist ne s'arrête pas à un simple changement de casting. Jason Aaron introduit une dimension tragique qui distingue radicalement ce run des précédentes incarnations féminines de super-héros : au moment où elle devient Thor, Jane Foster est en pleine chimiothérapie pour traiter un cancer. Chaque transformation en déesse du tonnerre purge son organisme des traitements en cours, ralentissant sa guérison sans jamais faire disparaître la maladie elle-même, puisque le cancer touche Jane au niveau cellulaire et survit donc à la métamorphose magique. Le récit installe ainsi une tension constante : chaque combat que mène Jane sous forme de Thor la rapproche un peu plus de la mort en tant que Jane Foster, mortelle. Cette mécanique narrative, saluée par la critique comme l'une des plus fortes de la décennie chez Marvel, transforme ce qui aurait pu rester un gimmick marketing en une véritable tragédie héroïque, où l'acte de sauver les Neuf Royaumes se paie littéralement de sa vie.
Le run se déploie sur plusieurs séries consécutives portées par le même trio créatif principal : Thor vol. 4 (2014-2015), puis Mighty Thor vol. 2 (2015-2018). Avec la renumérotation Marvel Legacy de 2017, la série reprend la numérotation historique du titre et se conclut avec Mighty Thor #700 à #706 (2017-2018), un choix éditorial qui relie symboliquement le run de Jane Foster à l'histoire complète du titre depuis Journey into Mystery. La conclusion de cette saga voit Jane Foster faire face au choix ultime entre continuer à se battre en tant que Thor au prix de sa vie, ou accepter la mort en tant que mortelle guérie.
De Thor à Valkyrie : la suite du parcours de Jane Foster
Le personnage ne disparaît pas avec la fin de son run comme Thor. Durant l'événement crossover War of the Realms (2019), où Malekith envahit les Neuf Royaumes, Jane Foster est amenée à devenir la première d'une nouvelle génération de Valkyries après la mort de Brunnhilde, l'ancienne titulaire du titre. Elle reçoit Undrjarn, l'Arme Totale, capable de se transformer en n'importe quelle arme selon la volonté de son porteur, et jusqu'en une paire d'ailes lui permettant de voler. Ce nouveau statut de Valkyrie donne lieu à une série solo, Valkyrie: Jane Foster, qui approfondit son rôle de psychopompe chargée d'escorter les héros tombés au combat vers le Valhalla — une continuité thématique évidente avec son passé de professionnelle de santé, désormais transposée dans un registre mythologique.
Jane Foster continue depuis d'apparaître régulièrement dans les pages Thor et dans divers événements Marvel, oscillant entre rôle de soutien et arcs solo ponctuels. Sa trajectoire complète — infirmière, médecin, Thor, Valkyrie — en fait aujourd'hui l'un des exemples les plus aboutis de personnage secondaire élevé, sur la durée, au rang de héros à part entière dans l'univers Marvel.
L'impact des adaptations sur la cote
La trajectoire de Jane Foster au cinéma a directement influencé le marché des comics la concernant. Natalie Portman incarne le personnage dès Thor (2011) et Thor: The Dark World (2013), mais en tant que simple astrophysicienne, love interest classique fidèle à la période pré-2014 du personnage. C'est lors du Comic-Con de San Diego, en juillet 2019, que Kevin Feige et le réalisateur Taika Waititi annoncent que le quatrième film Thor s'intitulera Thor: Love and Thunder et que Natalie Portman y reprendra son rôle — mais cette fois dans la peau de la Mighty Thor version comics, un choix explicitement inspiré par le run de Jason Aaron et Russell Dauterman. Le film sort finalement en juillet 2022, après un report lié à la pandémie.
Cette annonce a immédiatement relancé l'intérêt spéculatif pour les épisodes fondateurs de l'arc Jane Foster / Thor, en particulier Thor vol. 4 #1 (2014) et ses nombreuses variantes de couverture, dont les tirages limités signés par Russell Dauterman (variantes 1:10, 1:20 et 1:25, notamment la « design variant » très recherchée des collectionneurs). Le numéro #8, qui contient la révélation de l'identité de Jane, ainsi que les épisodes narrant explicitement son combat contre le cancer, ont également vu leur demande progresser sur le marché secondaire à mesure que la sortie du film approchait. Sur le segment plus ancien, Journey into Mystery #84 reste la référence absolue : en tant que première apparition du personnage et deuxième apparition historique de Thor, ce numéro de l'âge d'argent affiche des ventes documentées particulièrement élevées sur les plus hauts grades — un exemplaire non restauré coté 9.4 s'est vendu 35 850 dollars en juillet 2012, tandis qu'un exemplaire 9.0 non restauré atteignait 8 500 dollars en janvier 2019 ; à des grades plus courants autour de 6.0, les ventes se situent plutôt dans une fourchette de 1 100 à 1 300 dollars. Ces chiffres illustrent l'écart considérable de valeur entre les très hauts grades collectionneurs et les exemplaires de lecture, un phénomène classique sur les comics Silver Age à faible tirage recensé.
Il faut noter que, contrairement à d'autres personnages dont la première apparition concentre toute l'attention, la saga Jane Foster répartit sa valeur sur plusieurs points d'entrée bien identifiés : la première apparition du personnage (1962), la première apparition en tant que Thor (2014), la révélation de son identité (2015), et dans une moindre mesure les numéros de conclusion de son run (2017-2018). Un collectionneur qui cible spécifiquement « l'histoire Jane Foster » doit donc raisonner en termes de portefeuille de clés plutôt que de numéro unique.
Guide d'achat
- Vérifiez la nature exacte de la clé avant d'acheter : Journey into Mystery #84 est la première apparition du personnage sous sa forme originelle d'infirmière, tandis que Thor vol. 4 #1 (2014) est la première apparition de Jane en tant que Thor (silhouette non identifiée en couverture) — deux clés très différentes en rareté et en profil d'acheteurs, à ne pas confondre lors d'une recherche.
- Sur Journey into Mystery #84, privilégiez les exemplaires non restaurés : l'écart de valeur entre un exemplaire « unretouched » et un exemplaire restauré ou avec défauts de couleur (Silver Age oblige) est considérable ; demandez systématiquement le détail du grading si le comic n'est pas encapsulé.
- Repérez les variantes de Thor #1 (2014) : la couverture standard de Russell Dauterman, la « design variant » 1:10, et les ratios plus rares (1:20, 1:25) n'ont pas du tout la même liquidité ni la même cote ; la couverture standard reste la plus facile à revendre, les variantes rares s'adressent à un public plus restreint.
- Le numéro #8 (révélation de l'identité) mérite d'être surveillé séparément : souvent délaissé au profit du #1, il constitue pourtant le véritable point de bascule narratif et reste sous-coté par rapport à son importance dans l'histoire du personnage.
- Ne négligez pas les épisodes de conclusion (Mighty Thor #700-706) : ils closent l'arc du cancer et de l'adieu au marteau, un point culminant émotionnel du run qui intéresse particulièrement les lecteurs venus de l'adaptation cinématographique.
- Passez systématiquement par un estimateur basé sur les ventes réelles avant de fixer un prix d'achat ou de vente, la cote de ces numéros ayant beaucoup fluctué au gré des annonces cinéma depuis 2019.
- Pensez à la conservation à long terme : pochette et carton pour tout Silver Age comme JIM #84, et pour les tirages modernes (2014-2018), un stockage à l'abri de la lumière reste recommandé même si le papier est de meilleure qualité que dans les années 1960.
Pour organiser ce type de recherche sur plusieurs clés à la fois — dates de sortie, créateurs, variantes — l'usage d'une application de gestion de collection permet de garder une trace précise de ce que l'on possède déjà et de ce qui manque encore à la série.