Harley Quinn est née à la télévision, pas dans un comic. Elle apparaît pour la première fois le 11 septembre 1992 dans l'épisode « Joker's Favor » de Batman : The Animated Series, créée par Paul Dini et Bruce Timm. Son premier passage en bande dessinée arrive un an plus tard dans The Batman Adventures #12 (septembre 1993), et son intégration officielle dans la continuité DC principale ne se fait qu'en octobre 1999 avec le one-shot Batman: Harley Quinn #1. Elle obtient ensuite deux séries solo majeures (2000 et 2013) avant de devenir un phénomène cinématographique avec Margot Robbie à partir de 2016.
Peu de personnages de l'univers DC ont un parcours éditorial aussi singulier que Harley Quinn. La plupart des super-héros et super-vilains naissent sur une page de comic avant, éventuellement, de connaître une adaptation télé ou cinéma. Harley, elle, a fait le chemin inverse : conçue pour le petit écran, elle a dû « gagner » sa place dans les comics grâce à un engouement populaire que personne, à commencer par ses propres créateurs, n'avait anticipé.
Cette trajectoire atypique explique pourquoi sa bibliographie est aussi éclatée entre plusieurs continuités, plusieurs styles graphiques et plusieurs incarnations du personnage — la complice bouffonne du Joker des années 90, la criminelle indépendante des années 2000, puis l'anti-héroïne solo et queer-coded des années 2010-2020. Pour un collectionneur, comprendre cette chronologie est indispensable avant de se lancer dans la recherche de numéros clés, tant les prix et la rareté varient d'une ère à l'autre.
Dans cet article, on retrace dans l'ordre chronologique la naissance du personnage, son passage du dessin animé au comic-book, sa consécration éditoriale avec ses propres séries, puis son explosion culturelle au cinéma — en s'appuyant uniquement sur des faits de publication vérifiables : dates, créateurs, tirages et données de census CGC quand elles existent.
De la salle de doublage à la page dessinée : une création accidentelle
L'histoire commence le 11 septembre 1992, avec la diffusion de « Joker's Favor », vingt-deuxième épisode de Batman: The Animated Series, réalisé par Boyd Kirkland et écrit par Paul Dini. Le scénariste avait besoin d'un nouveau bras droit pour le Joker et s'est inspiré d'une prestation de l'actrice Arleen Sorkin dans le soap opera Days of Our Lives, où elle incarnait Calliope Jones habillée en bouffonne pour une séquence de rêve. Dini a proposé à Bruce Timm de designer un personnage féminin dans cet esprit de bouffon de cour, moitié rouge moitié noir, et Sorkin elle-même a été choisie pour lui prêter sa voix.
Le détail le plus révélateur de cette genèse, c'est que Harley n'était censée apparaître que dans cet unique épisode. Elle devait jouer le rôle d'une comparse jetable, le genre de personnage secondaire qu'on croise une fois et qu'on oublie. Mais la alchimie entre l'écriture de Dini, le design de Timm et l'interprétation de Sorkin a immédiatement fait mouche auprès du public et de l'équipe créative elle-même, qui a décidé de la faire revenir. Harley Quinn est ainsi devenue un pilier récurrent du DC Animated Universe bien avant d'exister officiellement sur papier.
Le premier passage en comic : The Batman Adventures #12
Il faut attendre presque un an pour que Harley traverse le pont entre l'animation et l'imprimé. The Batman Adventures #12, publié le 10 septembre 1993 par DC Comics, est la toute première apparition de Harley Quinn en bande dessinée — et sa première couverture. Cette série dérivée de la série animée, écrite dans le même ton et destinée initialement à un lectorat jeunesse, est aujourd'hui l'un des comics les plus recherchés des années 1990, précisément parce qu'elle marque la naissance imprimée d'un personnage devenu, trente ans plus tard, l'une des figures les plus rentables du catalogue DC.
Sur le plan de la rareté, ce numéro présente une particularité importante à connaître avant d'acheter : il existe une édition kiosque (newsstand) et une édition direct market, et le CGC ne les distingue pas systématiquement dans son census global — ce qui complique l'évaluation précise de la rareté relative de chaque variante. Les données de census recensaient environ 9 000 exemplaires certifiés au total, avec 936 exemplaires en grade 9.8 (le grade maximal alors observé) selon un relevé de juin 2021. Sur le marché secondaire, les exemplaires en 9.8 se sont historiquement échangés bien au-dessus des cotations de guide, certaines ventes ayant dépassé les 2 000 dollars lors des pics de demande, avec des transactions plus récentes autour de 1 700 dollars rapportées par les trackers spécialisés — un signal que l'intérêt pour ce numéro fondateur reste soutenu, même si les prix fluctuent fortement selon le grade exact et la variante (kiosque ou direct).
Pour les collectionneurs qui découvrent le personnage, ce numéro reste la référence absolue en matière de « première apparition comic », à ne pas confondre avec sa première apparition tout court (qui reste télévisuelle) ni avec son entrée dans la continuité DC principale, qui arrive plus tard.
L'intégration dans l'univers DC principal : Batman: Harley Quinn (1999)
Pendant sept ans, Harley Quinn reste un personnage cantonné à la continuité de la série animée et à ses produits dérivés (comics jeunesse, jouets, produits dérivés), sans existence officielle dans l'univers DC « classique » de Batman. Ce cloisonnement prend fin en octobre 1999 avec la publication de Batman: Harley Quinn #1, un one-shot prestige de 48 pages écrit par Paul Dini lui-même et dessiné par Yvel Guichet.
Ce numéro a une double fonction narrative : il raconte l'origine du personnage adaptée pour le lectorat des comics mainstream, et il l'insère dans la trame de Batman: No Man's Land, l'un des grands événements éditoriaux de Batman de la fin des années 1990. C'est ce one-shot qui fait officiellement de Harley Quinn un personnage de l'univers DC partagé, capable dès lors de croiser Batman, Robin ou toute autre figure de Gotham en dehors du cadre isolé de la série télé. Pour un lecteur qui veut comprendre comment Harley est passée du statut de curiosité télévisuelle à celui de vilaine à part entière du canon DC, ce numéro est le chaînon manquant.
La première série solo : Harley Quinn (2000-2004)
Fort du succès grandissant du personnage, DC lui offre sa première série ongoing en l'an 2000. Harley Quinn #1 paraît le 11 octobre 2000, écrit par Karl Kesel avec des dessins de Terry Dodson et des encrages de Rachel Dodson. La série tourne autour d'un postulat fort : Harley rompt (provisoirement) avec l'emprise du Joker et tente de mener une carrière criminelle indépendante à Gotham, entourée d'une nouvelle bande de complices surnommée les « Quinntets ».
Cette première tentative de série solo a duré de 2000 à 2004, posant les bases narratives que beaucoup d'auteurs reprendront ensuite : une Harley capable d'exister sans être définie uniquement par sa relation toxique avec le Joker, dotée d'un humour propre et d'une galerie de personnages secondaires qui lui appartiennent en propre. C'est une période de la bibliographie souvent sous-estimée par les nouveaux lecteurs, alors qu'elle contient l'ADN de ce que deviendra la Harley plus autonome des années 2010. Notre guide de lecture Harley Quinn détaille dans quel ordre aborder ces différentes eras si vous souhaitez lire la série dans sa continuité plutôt que de suivre uniquement sa chronologie de publication.
Le reboot New 52 : une refonte visuelle radicale (2011)
En septembre 2011, DC relance l'intégralité de son catalogue avec l'initiative éditoriale « New 52 », qui redémarre toutes les continuités à zéro. Harley Quinn y fait sa réapparition dans Suicide Squad #1, écrit par Adam Glass avec Federico Dalocchio et Scott Hanna aux dessins, Val Staples aux couleurs et Jared K. Fletcher au lettrage. Elle y est recrutée de force par Amanda Waller dans la Task Force X après une tentative désespérée d'attirer l'attention du Joker par une série de meurtres.
Ce numéro marque un tournant visuel majeur : le costume de bouffon rouge et noir historique est abandonné au profit d'un ensemble corset et short très différent, inspiré des designs des jeux vidéo Batman: Arkham Asylum et Batman: Arkham City. La peau du personnage devient blanchie façon porcelaine et sa chevelure blonde est remplacée par un dégradé bicolore rouge et bleu — un look qui définira l'image de Harley Quinn dans la culture populaire pendant toute la décennie 2010, bien au-delà des comics.
Le triomphe critique et commercial : Harley Quinn (2013)
La consécration éditoriale du personnage arrive avec la série solo lancée en 2013 par le duo Amanda Conner et Jimmy Palmiotti, dessinée principalement par Chad Hardin, avec des contributions ponctuelles d'artistes comme Darwyn Cooke, Sam Kieth, Tony S. Daniel, Paul Pope ou Walter Simonson. Débutant par un numéro #0 en 2013 puis poursuivie en ongoing jusqu'au numéro #30, cette série installe Harley à Coney Island, loin de Gotham et du Joker, entourée d'un nouveau cercle d'amis et de colocataires hauts en couleur.
Le ton de cette série — comédie noire, auto-dérision, rythme effréné, mélange d'ultra-violence cartoonesque et de tendresse — a rencontré un succès public et critique considérable, propulsant Harley Quinn parmi les personnages les plus vendus du catalogue DC de l'époque. C'est cette version qui a directement influencé l'écriture du personnage au cinéma quelques années plus tard. Si vous cherchez à identifier les arcs narratifs les plus marquants toutes eras confondues plutôt qu'une chronologie de publication, notre article sur les meilleurs arcs de Harley Quinn aborde la question sous un angle différent, centré sur la qualité des histoires plutôt que sur leur place dans la continuité éditoriale.
L'impact des adaptations sur la cote
Le passage de Harley Quinn au cinéma en prises de vue réelles a eu un effet direct et mesurable sur l'intérêt collectionneur pour ses comics d'origine. Margot Robbie incarne le personnage pour la première fois dans Suicide Squad (2016), puis reprend le rôle dans Birds of Prey (and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn) en 2020, avant de retrouver le personnage dans The Suicide Squad de James Gunn en 2021. Chacune de ces sorties a généré des pics de recherche et d'achat autour des comics fondateurs du personnage, en particulier The Batman Adventures #12 et le one-shot Batman: Harley Quinn (1999), les deux numéros les plus directement associés à sa « naissance » aux yeux du grand public.
Au-delà du cinéma, la série animée pour adultes Harley Quinn, diffusée depuis 2019 sur la plateforme qui deviendra HBO Max, a également entretenu un regain d'intérêt constant, notamment auprès d'un lectorat plus jeune découvrant le personnage par ce biais avant de remonter vers les comics. Ce phénomène est typique des personnages nés hors des pages : chaque nouvelle exposition médiatique agit comme une piqûre de rappel commerciale sur les comics sources, alors que pour un personnage classique la logique est souvent inverse.
Guide d'achat
Avant de vous lancer sur le marché des comics Harley Quinn, quelques repères pratiques pour ne pas vous tromper de numéro ou de version :
- Distinguez bien les trois « premières apparitions » : la première apparition au sens strict est télévisuelle (1992, non collectible en soi), la première en comic est The Batman Adventures #12 (1993), et la première dans la continuité DC principale est Batman: Harley Quinn #1 (1999). Ce sont trois numéros différents recherchés pour des raisons différentes.
- Vérifiez la variante kiosque vs direct market sur Batman Adventures #12 : le CGC ne sépare pas toujours ces deux versions dans son census, ce qui peut créer des écarts de valeur mal compris par les acheteurs débutants — demandez toujours au vendeur de préciser l'edition avant d'acheter en haut grade.
- Ne négligez pas la série 2000-2004 : moins chère et moins spéculative que les numéros de 1993 ou 1999, elle reste un point d'entrée solide pour lire l'évolution du personnage sans budget de collectionneur confirmé.
- Le numéro #0 de la série 2013 a gagné en reconnaissance a posteriori grâce au succès critique de la série Conner/Palmiotti ; comparez plusieurs ventes récentes plutôt que de vous fier à un seul prix affiché.
- Privilégiez les exemplaires certifiés CGC ou CBCS pour les numéros clés (1993 et 1999 en particulier), la contrefaçon et le sur-classement étant fréquents sur les titres à forte demande.
- Suivez les sorties médiatiques (films, séries animées) qui font mécaniquement bouger la demande sur les numéros fondateurs — acheter en dehors des pics d'actualité peut permettre de meilleures affaires.
Pour organiser methodiquement votre collection au fur et à mesure de vos acquisitions, l'application de gestion de collection permet de suivre vos numéros, leur état et leur valeur estimée au même endroit. Et pour toute pièce que vous possédez déjà ou que vous envisagez d'acheter, la estimation gratuite du site s'appuie sur les ventes eBay réelles pour vous donner une fourchette de prix basse, médiane et haute en fonction de l'état déclaré.