Dan Mora (Daniel Mora Chavez) est un dessinateur costaricien révélé chez BOOM! Studios par Klaus (2015, avec Grant Morrison), qui lui vaut le prix Russ Manning du nouveau talent en 2016, puis par Once & Future (2019, avec Kieron Gillen, 30 numéros). Chez DC, il forme avec Mark Waid l'un des duos les plus réguliers de la décennie : Batman/Superman: World's Finest (2022), Shazam! (2023), l'événement Absolute Power (2024) et Justice League Unlimited (2025). Le 28 octobre 2026, il signe avec Justice League: Dark Realm Special #1 son premier scénario chez DC, consacré à l'origine de Cadejos, héros costaricien qu'il a cocréé avec Waid et qui s'inspire d'une figure du folklore d'Amérique centrale.
Certains dessinateurs se reconnaissent à un trait, d'autres à une manière de bouger. Dan Mora appartient à la seconde catégorie. Ses pages sont pleines de corps en mouvement, de capes qui claquent, de groupes de dix héros tenant dans une case sans que la lecture s'embrouille. En une décennie, il est passé d'un éditeur indépendant aux séries les plus visibles de DC, et ses couvertures sont devenues l'un des arguments de vente de l'éditeur.
Le mois d'octobre 2026 marque une nouvelle étape : pour la première fois, il écrit lui-même une histoire publiée par DC. Le moment est bon pour revenir sur son parcours, ses collaborations et ce qu'il faut connaître de ses numéros quand on commence à collectionner son travail. Ce site le classe déjà dans sa tier-list des meilleurs dessinateurs ; ici, on raconte sa carrière.
Un enfant qui dessine depuis l'âge de trois ans
Dan Mora vient d'une famille où l'on dessine. Ses premiers souvenirs de dessin remontent à l'âge de trois ans, quand il accompagnait sa mère à ses cours. Son père dessine et peint, en professionnel comme par plaisir. C'est lui qui rapporte à la maison des comics de Spider-Man et de Batman, ainsi que des livres d'illustration fantastique.
Parmi ses influences, il cite en premier Bruce Timm, le concepteur des séries animées Batman et Superman des années 1990, puis Greg Capullo, Chris Samnee, Ryan Ottley, Mark Bagley et Simone Di Meo. La liste dit beaucoup de son style : la lisibilité et l'économie de Timm, l'énergie des dessinateurs de super-héros des années 1990 et 2000, la souplesse des générations récentes. On retrouve chez lui cette capacité à simplifier un visage ou une silhouette sans perdre l'expression, héritée de l'animation.
BOOM! Studios : Klaus, puis Once & Future
Klaus
Grant Morrison imagine une origine de super-héros pour le père Noël, et confie le dessin à Dan Mora. La mini-série de sept numéros paraît en 2015 et 2016. Les deux auteurs reviennent ensuite chaque mois de décembre avec un numéro spécial de grand format, sur le modèle des épisodes de Noël des séries télévisées britanniques. Quatre spéciaux sont publiés.
Once & Future
Une série d'horreur autour de la légende arthurienne, écrite par Kieron Gillen, dessinée par Mora et mise en couleurs par Tamra Bonvillain. Une grand-mère chasseuse de monstres entraîne son petit-fils dans une guerre contre un roi Arthur ressuscité et ses chevaliers. Le récit joue librement avec les versions de la légende, ce que la critique a salué.
Ces deux séries montrent déjà les qualités qui feront son succès chez DC : la maîtrise des scènes d'action, la clarté du découpage, et un goût pour les récits qui revisitent des mythes connus de tous, qu'il s'agisse du père Noël ou de la Table ronde.
DC et Mark Waid : un duo au long cours
À partir des années 2020, Mora devient l'un des dessinateurs phares de DC, et l'essentiel de son travail se fait aux côtés du scénariste Mark Waid. Le duo enchaîne les séries qui réunissent plusieurs héros, un exercice où la capacité de Mora à gérer des cases chargées fait merveille.
Batman/Superman: World's Finest
Waid et Mora reprennent l'association historique des deux héros, dont on retrouve les jalons dans nos numéros clés de Superman, dans des aventures situées dans le passé de la continuité, avec un ton résolument classique. C'est dans cette série, au #21, qu'apparaît une première version de Cadejos.
Shazam!
Le duo relance Shazam!, héros dont nous comparons ailleurs le film de 2019 et les comics, avec un premier numéro scénarisé par Waid et dessiné par Mora. L'humour et la légèreté du personnage conviennent bien à l'énergie de son trait.
Absolute Power
Le grand événement de DC en 2024, où Amanda Waller s'attaque aux super-héros. Waid écrit, Mora dessine. Le #3 présente la version actuelle de Cadejos, héros costaricien qui refuse de croire à la propagande anti-héros et combat les forces de Waller en Amérique centrale, avec sa partenaire Rana Dorada.
Justice League Unlimited
Dans la foulée de l'événement, Waid et Mora lancent une série, à ne pas confondre avec la série animée du même nom, où la Justice League devient une organisation ouverte à tous les héros. Cadejos en fait partie. La série atteint son #25 le 25 novembre 2026.
Octobre 2026 : le premier scénario
Le 28 octobre 2026, DC publie Justice League: Dark Realm Special #1. Dan Mora y signe son premier scénario chez l'éditeur, et l'histoire est consacrée à l'origine de Cadejos. Le choix est cohérent : Cadejos est un personnage qu'il a cocréé, qui vient de son pays, et dont le nom renvoie à une figure du folklore d'Amérique centrale, le cadejo, un chien surnaturel que l'on appelle justement « el Cadejos » au Costa Rica et au Nicaragua.
Dans les comics, Cadejos est un héros à l'apparence monstrueuse, aux griffes et aux crocs de bête, qui vole et dont le corps produit en permanence des flammes infernales auxquelles il résiste. Son ancrage dans une légende locale est rare chez les super-héros des grands éditeurs américains, et c'est sans doute ce qui en fait un sujet naturel pour un premier scénario.
Ce que l'on ne sait pas encore, au moment d'écrire ces lignes, c'est l'accueil que recevra le numéro, ni si DC confiera ensuite à Mora d'autres histoires en tant qu'auteur complet. Ce spécial est un premier pas, et il sera intéressant de voir si un dessinateur aussi demandé peut dégager du temps pour l'écriture.
Ce qui fait le style de Dan Mora
La lisibilité des groupes. Peu de dessinateurs savent placer une dizaine de personnages dans une même case sans que l'œil se perde. Mora le fait en hiérarchisant les silhouettes et en orientant les regards. C'est pour cela que ses séries sont presque toutes des séries d'équipe.
Le mouvement. Ses héros sont rarement immobiles. Les poses, les capes, les drapés indiquent une direction, et la lecture suit le geste d'une case à l'autre.
Le classicisme assumé. Ses Superman, Batman ou Wonder Woman ont l'allure héroïque des versions les plus connues, sans relecture sombre ni déconstruction. Associé à l'écriture de Mark Waid, ce classicisme donne des séries que l'on peut offrir à un lecteur débutant comme à un lecteur de quarante ans de comics.
Les couvertures. Mora dessine énormément de couvertures, principales et alternatives, pour ses propres séries comme pour d'autres. Pour un collectionneur, c'est à la fois une chance et un piège : son nom sur une couverture ne garantit pas qu'il a dessiné l'intérieur.
Collectionner Dan Mora
Commencer par les séries complètes
Klaus et Once & Future se lisent du début à la fin, et leurs premiers numéros sont les pièces de départ d'une collection consacrée à l'auteur.
Distinguer intérieurs et couvertures
Noter, pour chaque numéro, si Mora a dessiné l'intérieur, la couverture principale ou seulement une couverture alternative. Ce sont trois objets différents pour un collectionneur d'auteur.
Suivre Cadejos
World's Finest #21, Absolute Power #3, puis le spécial du 28 octobre 2026 forment la chronologie du personnage. C'est la seule création de Mora qui ait aujourd'hui une vraie continuité chez DC.
Ne pas spéculer sur le spécial
Un premier scénario est un moment intéressant de la carrière d'un auteur, pas une garantie de valeur. Acheter le numéro pour le lire, au prix de couverture, reste la décision la plus saine.