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Aquaman naît en pleine Seconde Guerre mondiale, dans More Fun Comics #73 (novembre 1941), sous la plume de Mort Weisinger et le crayon de Paul Norris. Longtemps cantonné aux seconds rôles, il obtient sa propre série en 1962, traverse un drame fondateur avec la mort de son fils face à Black Manta en 1977, se réinvente en héros borgne de la main dans les années 1990 avec Peter David, puis retrouve son prestige grâce à Geoff Johns dès 2011 et à la saga cinéma portée par Jason Momoa depuis 2018. Chaque tournant éditorial a laissé des comics collectors identifiables, du pulp de guerre introuvable aux tirages modernes.

Aquaman traîne depuis des décennies une réputation de héros de second plan, moqué pour son pouvoir de « parler aux poissons ». Cette image trompeuse cache pourtant l'un des parcours éditoriaux les plus longs et les plus mouvementés de DC Comics : plus de huit décennies de publication ininterrompue, une poignée de morts et de résurrections narratives, un changement d'identité visuelle radical dans les années 1990, puis une reconquête complète du grand public grâce au cinéma. Comprendre cette histoire, c'est comprendre pourquoi certains numéros valent une fortune et d'autres presque rien.

Cet article retrace le fil chronologique complet du personnage, des pulps de la Golden Age jusqu'à l'ère post-DCEU, en expliquant à chaque étape ce qui s'est joué éditorialement et pourquoi cela compte pour un collectionneur aujourd'hui. Il se distingue volontairement de deux autres dossiers du site : si vous cherchez la liste précise des numéros à posséder pour la période 1960-1970, direction notre guide des numéros clés d'Aquaman de la Silver Age ; si vous voulez savoir quelles séries modernes lire en priorité pour apprécier le personnage aujourd'hui, notre sélection des meilleurs runs Aquaman répond à cette question précise. Ici, l'angle est narratif et chronologique : on remonte le fil complet, saga après saga, pour comprendre comment le roi des mers en est arrivé là.

Des origines en pleine Seconde Guerre mondiale à l'ère Silver Age

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1941 : la création d'un héros patriotique sous-marin

Aquaman apparaît pour la première fois dans More Fun Comics #73, daté de novembre 1941, dans un récit intitulé « The Submarine Strikes ». Le personnage est créé par le scénariste et futur rédacteur en chef Mort Weisinger et dessiné par Paul Norris. Ce même numéro marque également la toute première apparition de Green Arrow, ce qui en fait un numéro à double titre historique pour DC. Dans cette histoire d'origine, le héros affronte des sous-marins ennemis et affiche déjà l'essentiel de son arsenal de pouvoirs : respiration aquatique, force surhumaine et capacité à communiquer avec la faune marine.

Le contexte de création n'est pas anodin : les États-Unis viennent d'entrer en guerre, et une bonne partie des super-héros lancés à cette période portent une dimension martiale évidente, qu'il s'agisse de sabotage de sous-marins ennemis ou de protection des voies maritimes. Aquaman s'inscrit dans cette veine de héros au service de l'effort de guerre, bien avant de devenir le monarque atlante que l'on connaît aujourd'hui. More Fun Comics #73 est aujourd'hui un livre d'une rareté extrême : le recensement CGC ne compte qu'un peu plus d'une soixantaine d'exemplaires soumis toutes gradations confondues, et seulement six exemplaires notés au-dessus de 7.5. Une copie CGC FN+ (6.5) a atteint 192 000 dollars chez Heritage Auctions en janvier 2022, après qu'un exemplaire noté 7.5 s'était déjà vendu 111 000 dollars en 2021.

Une itinérance éditoriale de vingt ans

Contrairement à Superman ou Batman, Aquaman n'a pas eu de série à son nom pendant plus de deux décennies. Le personnage migre au fil des années 1940 et 1950 entre plusieurs titres anthologiques : il reste un pilier de More Fun Comics jusqu'à son transfert vers Adventure Comics, avant d'apparaître aussi ponctuellement dans World's Finest Comics et Detective Comics. Cette existence de personnage « d'appoint », publié en histoires courtes de quelques pages en complément d'autres héros, explique en partie pourquoi il traîne longtemps une image de héros secondaire, malgré une présence ininterrompue en kiosque depuis 1941 — une régularité de publication que peu de personnages DC de la Golden Age peuvent revendiquer.

1962 : Aquaman obtient enfin sa propre série

Il faut attendre 1962, et le climat porteur de la Silver Age relancée par des essais concluants dans Showcase, pour que DC lance enfin Aquaman volume 1. Le numéro 1, daté février 1962, est écrit par Jack Miller et dessiné par Nick Cardy, qui deviendra l'artiste emblématique du personnage pour toute la décennie. L'histoire d'ouverture, « The Invasion of the Fire Trolls », introduit au passage le sprite aquatique Quisp, l'un des tout premiers personnages récurrents propres à cette nouvelle série.

Cette première mouture de la série tient 56 numéros avant d'être interrompue en 1971, un sort commun à beaucoup de titres de super-héros à cette période de reflux du marché. DC la relance en 1977 en poursuivant la numérotation d'origine, mais le titre est de nouveau stoppé au numéro 63, victime de la vague d'annulations connue sous le nom de « DC Implosion ». Cette double interruption, propre à beaucoup de séries Silver Age, complique aujourd'hui la constitution d'une collection complète et explique pourquoi certains numéros de la fin des années 1970 sont nettement plus rares que ceux du cœur des années 1960. Pour le détail numéro par numéro de cette période et les clés à repérer, notre guide dédié aux numéros clés de la Silver Age d'Aquaman creuse cet aspect en profondeur ; on ne le duplique pas ici, l'objectif de cette section étant de situer ce lancement dans la trajectoire globale du personnage.

1967 : Aquaman conquiert le petit écran avant le grand

La même décennie voit le personnage s'imposer à la télévision, un vecteur de notoriété tout aussi déterminant que la bande dessinée pour le grand public. La série animée Aquaman, produite par le studio Filmation, est diffusée sur CBS à partir du 9 septembre 1967 : il s'agit d'une déclinaison en format 30 minutes de The Superman/Aquaman Hour of Adventure, débarrassée des segments consacrés à Superman et Superboy. Le héros y est doublé par Marvin Miller, aux côtés d'Aqualad (voix de Jerry Dexter), et le programme s'arrête en juin 1970 après avoir quitté l'ombre de Superman pour une saison en solo. Ce passage télévisuel installe durablement le personnage dans la culture populaire américaine, avant qu'il ne rejoigne la distribution de Super Friends à partir de 1973, où il est crédité en quatrième position derrière Superman, Batman et Wonder Woman — une place qui en dit long sur sa notoriété d'alors, solide sans être dominante. Cette exposition télévisée continue de la fin des années 1960 au milieu des années 1980 a largement contribué à fixer l'image « classique » du roi des mers dans l'imaginaire collectif, celle que la bande dessinée allait ensuite bousculer à plusieurs reprises.

Les années 1970 : Black Manta et le drame de « Death of a Prince »

Deux événements de la décennie 1970 pèsent lourd dans l'histoire du personnage. D'abord l'arrivée de son ennemi juré : Black Manta fait sa première apparition dans Aquaman #35 (septembre-octobre 1967), sous la plume de Bob Haney et le crayon de Nick Cardy. Dans ce récit d'origine, il n'est encore qu'un pirate sans nom cherchant à s'emparer de la technologie atlante — son passé et son identité seront considérablement étoffés dans les décennies suivantes, jusqu'à devenir l'un des antagonistes les plus complexes de l'univers DC.

Le second événement, bien plus sombre, est la saga connue a posteriori sous le nom de « Death of a Prince », publiée dans Adventure Comics #452 et #453 en 1977. Black Manta y prend en otage Aquababy, le fils d'Aquaman et Mera, l'enfermant dans une bulle d'air limitée pendant qu'il force Aquaman et Aqualad à s'affronter au trident dans une arène. Le drame se conclut par la mort de l'enfant, un choc narratif qui met fin au partenariat historique entre Aquaman et son protégé Aqualad et pousse le roi à abdiquer temporairement son trône. Cette tragédie, rarement adaptée ailleurs que dans les comics, reste l'un des moments les plus durs jamais infligés à un héros DC de cette époque, et elle a longtemps façonné le ton plus mélancolique des récits impliquant Aquaman par la suite.

Les années 1990 : Peter David réinvente le roi des mers

Après des années 1980 plus discrètes, le personnage connaît sa transformation la plus radicale sous la plume de Peter David, qui reprend le titre en 1994 après la mini-série Aquaman: Time and Tide. L'arc d'ouverture montre un Aquaman retiré du monde, cheveux longs et barbe hirsute, avant d'être ramené en mission par Aqualad. Face au nouveau venu Charybdis, dans Aquaman #2, sa main est livrée à un banc de piranhas lors d'un affrontement dans une rivière — il perd littéralement la main. Dans le numéro suivant, Aquaman #0, le héros remplace son moignon par un harpon, un choix visuel fort qui devient la marque de fabrique du personnage pendant une bonne partie de la décennie, au point d'être aujourd'hui désigné familièrement comme « l'Aquaman des années 90 » par les lecteurs de l'époque.

Le harpon lui-même évolue au fil du run : dans Aquaman #9, il est remplacé par une version high-tech connectée aux pensées du héros, avant qu'une main robotique ne le remplace définitivement dans Aquaman #51. Cette période, longtemps snobée par une partie du fandom qui la jugeait trop éloignée du roi souriant des années 1960, connaît une réévaluation critique ces dernières années : elle est aujourd'hui reconnue comme l'une des tentatives les plus abouties de donner à Aquaman une véritable voix d'auteur, loin du cliché du héros qui parle aux poissons. Les tout premiers numéros de ce relaunch (le #0 et le #2 en particulier) sont recherchés spécifiquement pour cette bascule visuelle et scénaristique.

2011 : le New 52 et la refondation par Geoff Johns

Le tournant suivant intervient avec le relaunch New 52 de septembre 2011. Aquaman (2011) #1, sorti le 28 septembre 2011 sous la plume de Geoff Johns et le crayon d'Ivan Reis et Joe Prado, s'attaque frontalement à la réputation du personnage : dès les premières pages, un civil se moque ouvertement d'Aquaman en le traitant de héros qui « parle aux poissons », une scène devenue emblématique qui désamorce la blague pour mieux redonner de la gravité au roi d'Atlantide. Le recueil du run figure en tête des meilleures ventes du New York Times, confirmant que cette relance a durablement changé la perception publique du personnage.

Ce socle est consolidé en 2016 lorsque le scénariste Dan Abnett prend en main Aquaman: Rebirth #1 (sorti le 8 juin) puis le nouveau Aquaman #1 de l'ère Rebirth (22 juin), dessinés notamment par Brad Walker et Scot Eaton. Abnett revendique une volonté explicite de revenir au socle établi par Johns tout en approfondissant Mera et la position d'Arthur Curry comme homme tiraillé entre deux mondes, la surface et Atlantide. Contrairement à d'autres têtes d'affiche DC largement remaniées pour Rebirth, Aquaman change alors assez peu dans son fond : l'éditeur mise sur la continuité plutôt que sur une nouvelle rupture, signe que le personnage a enfin trouvé, avec Johns puis Abnett, une identité éditoriale stable après des décennies de réinventions.

C'est cette version stabilisée du personnage, davantage souverain et stratège que simple justicier, qui sert de matrice au diptyque cinématographique porté par Jason Momoa — la comparaison entre le comic de 2011 et le film de 2018 est d'ailleurs frappante tant certains traits de caractère d'Arthur Curry se recoupent.

L'impact des adaptations sur la cote

L'histoire récente d'Aquaman est indissociable de son passage au cinéma. Le film Aquaman de 2018, réalisé par James Wan avec Jason Momoa dans le rôle-titre, cumule 335 millions de dollars de recettes domestiques et 817 millions à l'international, pour un total mondial d'environ 1,152 milliard de dollars — ce qui en fait, à ce jour, le film du DC Extended Universe le plus rentable financièrement. La suite, Aquaman and the Lost Kingdom, sortie fin 2023, totalise environ 440 millions de dollars dans le monde (124,5 millions en Amérique du Nord et 315,7 millions à l'international), un score nettement inférieur au premier volet mais qui reste le film DC le plus rentable de l'année 2023.

Cette exposition cinématographique massive a un effet mesurable sur le marché du comic ancien : les pièces les plus emblématiques de l'histoire éditoriale du personnage voient leur demande soutenue par un public élargi qui découvre l'origine du héros via le grand écran. C'est visible sur les résultats d'enchères de More Fun Comics #73 : le record de 192 000 dollars établi en janvier 2022 (CGC FN+ 6.5) s'inscrit dans une dynamique de hausse continue depuis la sortie du premier film en 2018, portée à la fois par la rareté intrinsèque du livre — un peu plus de soixante exemplaires recensés au CGC — et par une notoriété du personnage sans précédent. Sur le segment plus accessible de la Silver Age, Aquaman #1 (1962) illustre le même phénomène à une échelle différente : un exemplaire CGC 9.6 s'est vendu 38 400 dollars en août 2019, quand un grade intermédiaire 6.0 se négociait autour de 1 092 dollars début 2023, et qu'une copie lisible en 2.0 reste accessible autour de 300 à 350 dollars. L'écart entre ces paliers rappelle une règle constante du marché : c'est la conjonction de la rareté en haut grade et de la notoriété du personnage qui fait grimper les enchères, pas la notoriété seule.

Concrètement, pour un collectionneur, cela signifie que les pics de valorisation ne sont pas uniformément répartis : les tout premiers jalons (première apparition, premier numéro solo, première apparition de Black Manta) profitent le plus de cet effet cinéma, tandis que les numéros intermédiaires d'une série longue restent nettement plus stables et donc plus abordables pour construire une collection de fond sans se ruiner.

Guide d'achat : comment collectionner l'histoire d'Aquaman

Foire aux questions

Aquaman a été créé par le scénariste Mort Weisinger et le dessinateur Paul Norris. Il apparaît pour la première fois dans More Fun Comics #73, daté de novembre 1941, dans le récit « The Submarine Strikes ».
Dans le run de Peter David débuté en 1994, Aquaman perd sa main lors d'un affrontement avec le villain Charybdis dans Aquaman #2, sa main étant livrée à des piranhas. Il adopte un harpon en remplacement dès Aquaman #0, un design qui évoluera ensuite vers une version high-tech puis une main robotique.
Black Manta fait sa première apparition dans Aquaman #35, publié en septembre-octobre 1967, sous la plume de Bob Haney et le crayon de Nick Cardy. Il y est initialement présenté comme un pirate sans nom cherchant à s'emparer de la technologie atlante.
More Fun Comics #73 (1941), qui contient la première apparition d'Aquaman et de Green Arrow, détient le record avec une vente à 192 000 dollars chez Heritage Auctions en janvier 2022 pour un exemplaire CGC FN+ (6.5). Le CGC ne recense qu'un peu plus d'une soixantaine d'exemplaires soumis pour ce numéro.
Oui. Le succès du film de 2018 (1,152 milliard de dollars de recettes mondiales, faisant de lui le film DCEU le plus rentable) a coïncidé avec une hausse continue des enchères sur les pièces historiques du personnage, en particulier More Fun Comics #73. La demande reste toutefois concentrée sur les tout premiers jalons éditoriaux plutôt que sur l'ensemble de la collection.