Pour découvrir Zatanna, commencez par la série solo écrite par Paul Dini en 2010 : c'est une porte d'entrée moderne, autonome et lisible sans connaissance préalable de l'univers DC. Elle installe le ton, les pouvoirs et la double vie de scène de l'héroïne, avant de remonter vers ses origines Silver Age et de plonger dans la Justice League Dark.
Zatanna Zatara est l'un de ces personnages DC qui n'ont jamais porté une longue série au long cours, mais que l'on croise partout : dans la Justice League classique, dans les recoins occultes du catalogue, aux côtés de Batman comme de John Constantine. Cette dispersion fait sa richesse et, paradoxalement, sa difficulté de lecture. Contrairement à Batman ou à Superman, il n'existe pas un « run canonique » unique de plusieurs centaines de numéros à suivre bille en tête. Le parcours idéal se construit par strates : quelques apparitions fondatrices, deux ou trois sagas déterminantes, et une poignée de séries solo espacées sur quarante ans.
L'objectif de ce guide est simple : vous éviter de vous perdre. Plutôt que de vous jeter dans le désordre des apparitions, nous proposons un ordre de lecture raisonné, du point d'entrée le plus accessible aux pépites réservées aux amateurs confirmés. Chaque étape est ancrée sur des runs, des créateurs et des arcs réels et notoires, avec la logique éditoriale qui les relie.
Que vous soyez un nouveau lecteur curieux du personnage aperçu dans les dessins animés, ou un collectionneur cherchant à structurer sa chasse, ce parcours vous donne un fil conducteur clair : par où commencer, quoi lire ensuite, et ce que l'on garde pour plus tard.
Le meilleur point d'entrée : la série solo de Paul Dini (2010)
Si vous ne devez lire qu'une seule chose pour vous faire une idée de Zatanna, c'est sa série solo lancée en 2010, écrite par Paul Dini et illustrée notamment par Stephane Roux et Cliff Chiang, avec des couvertures signées Adam Hughes. Paul Dini est, de tous les auteurs modernes, celui qui comprend le mieux le personnage : il en fait une magicienne professionnelle de San Francisco, aussi à l'aise sur scène qu'en enquêtrice du surnaturel.
Pourquoi commencer là ? Parce que cette série ne demande aucun prérequis. Elle présente Zatanna dans son quotidien, explique son fonctionnement magique (les incantations prononcées à l'envers), et enchaîne des intrigues autonomes accessibles à tout nouveau lecteur. Le ton mêle glamour de music-hall, humour et horreur feutrée. C'est le meilleur test pour savoir si le personnage vous plaît avant d'investir dans des lectures plus exigeantes.
Dans le prolongement immédiat, si vous accrochez à la plume de Dini, deux lectures complètent naturellement ce point de départ : le diptyque qu'il avait écrit quelques années plus tôt dans les pages de Detective Comics, où Zatanna partage l'affiche avec Batman, et le roman graphique Zatanna and Black Canary : Bloodspell (2014), toujours de Dini, mis en images par Joe Quinones. Ces trois blocs forment un « cœur Dini » cohérent et grand public.
Les origines : « Zatanna's Search » et le run fondateur
Une fois séduit par la version moderne, il est temps de remonter à la source. Zatanna naît en octobre 1964 dans Hawkman #4, sous la plume de Gardner Fox et le crayon de Murphy Anderson. Fox y lance un crossover discret, rétrospectivement baptisé « Zatanna's Search » : la jeune magicienne part à la recherche de son père disparu, le sorcier Zatara, en traversant les titres de plusieurs héros DC de l'époque (on la croise notamment chez Atom, Green Lantern et dans Detective Comics).
Ce fil narratif court sur plusieurs années et se conclut dans les pages de Justice League of America, où l'ensemble des héros croisés se réunit. C'est la matrice du personnage : sa filiation avec Zatara, son costume signature (haut-de-forme, queue-de-pie, cape) directement hérité de son père, et son gimmick d'incantation inversée. Pour le lecteur, l'intérêt est surtout historique et généalogique ; le charme Silver Age est daté mais fondateur.
Le second jalon d'origine est son intégration officielle à la Justice League of America à la fin des années 1970. Zatanna passe alors du statut d'invitée récurrente à celui de membre à part entière, aux côtés de Superman, Batman et Green Lantern. Cette période Bronze Age n'est pas indispensable pour comprendre le personnage, mais elle explique pourquoi Zatanna est toujours restée à cheval entre le monde des super-héros et celui de la magie — une dualité qui structure toute sa bibliographie ultérieure.
Les runs incontournables, dans l'ordre de lecture
Voici l'épine dorsale d'un parcours chronologique cohérent. Après avoir goûté à la version Dini et aux origines, suivez cet enchaînement pour couvrir les apparitions vraiment déterminantes :
- « Zatanna's Search » (Gardner Fox / Murphy Anderson) — les origines et la quête du père, matrice Silver Age.
- Justice League of America, période Bronze Age — son installation comme membre de la Ligue.
- Saga Swamp Thing d'Alan Moore — Zatanna figure parmi les magiciens réunis lors du sommet occulte de « American Gothic », une étape clé de sa crédibilité mystique.
- The Books of Magic (Neil Gaiman) — dans cette mini-série prestige, Constantine emmène le jeune Tim Hunter à la rencontre de Zatanna ; une apparition qui l'ancre dans le versant Vertigo de l'univers.
- Seven Soldiers : Zatanna (Grant Morrison / Ryan Sook) — la mini-série centrée sur elle au sein de la mégasérie Seven Soldiers of Victory (2005), sans doute son portrait le plus intense.
- Diptyque Detective Comics (Paul Dini) — son duo avec Batman, prélude idéal à sa série solo.
- Zatanna, série solo (Paul Dini, 2010-2011) — le cœur moderne du personnage.
- Justice League Dark (Peter Milligan puis Jeff Lemire, art de Mikel Janín, 2011) — son entrée dans une équipe entièrement dédiée au surnaturel.
La mini-série Seven Soldiers : Zatanna mérite qu'on s'y attarde. Grant Morrison y saisit l'héroïne à un moment de doute, hantée par un sortilège raté, et transforme le récit en méditation sur la magie comme métaphore de la création. Ryan Sook livre un dessin élégant et inquiétant. C'est, pour beaucoup de lecteurs, le meilleur récit jamais consacré à Zatanna, et une lecture que l'on peut apprécier même de façon relativement autonome.
Les grandes sagas et crossovers à connaître
Zatanna brille souvent davantage dans les grands événements collectifs que dans ses propres séries. Trois sagas sont particulièrement déterminantes pour comprendre son arc moral et sa place dans l'univers :
- Identity Crisis (Brad Meltzer / Rags Morales, 2004) — la saga la plus importante pour le personnage. Zatanna y est révélée comme celle qui, par le passé, a effacé les souvenirs d'un ennemi de la Ligue. Cette révélation la place au centre d'un dilemme éthique majeur : jusqu'où la magie autorise-t-elle à manipuler les esprits ? C'est le récit qui a rendu Zatanna adulte et faillible. À lire absolument.
- Day of Judgment (1999) — ce crossover mystique donne naissance aux « Sentinels of Magic », coalition d'utilisateurs de magie DC dont Zatanna fait partie. Utile pour situer sa place dans la communauté occulte.
- Reign in Hell (Keith Giffen, 2008) — une saga infernale d'envergure où les magiciens de l'univers, Zatanna comprise, sont entraînés dans un conflit dimensionnel.
À ces événements s'ajoute la Justice League of America relancée en 2006 sous la houlette de Brad Meltzer, où Zatanna figure parmi les membres fondateurs de la nouvelle formation. Meltzer, déjà auteur d'Identity Crisis, prolonge ainsi sa relecture du personnage. Ces sagas ne se lisent pas forcément dans un ordre strict, mais Identity Crisis doit précéder les autres : c'est la clé de voûte psychologique de la Zatanna moderne.
L'ère moderne : Justice League Dark et les nouveaux solos
Depuis les années 2010, Zatanna a trouvé sa maison éditoriale la plus stable : la Justice League Dark. La série lancée en 2011 (période New 52), d'abord écrite par Peter Milligan puis par Jeff Lemire, avec le dessin somptueux de Mikel Janín, réunit les personnages mystiques de DC — Constantine, Deadman, Madame Xanadu — face à des menaces que la Ligue classique ne peut affronter. Zatanna y est un pilier.
La relance de 2018, écrite par James Tynion IV et dessinée notamment par Alvaro Martinez Bueno, va plus loin encore : elle place Zatanna au premier plan d'une équipe menée par Wonder Woman, aux côtés de Swamp Thing, Detective Chimp et Man-Bat, dans un contexte où la magie de l'univers est en train de mourir. C'est probablement la meilleure porte d'entrée « équipe » pour un lecteur contemporain, riche en enjeux et en caractérisation.
Côté solo, la grande nouveauté récente est Zatanna : Bring Down the House (2024), mini-série de la ligne Black Label écrite par Mariko Tamaki et magnifiquement mise en images par Javier Rodríguez. Ce récit adulte, visuellement audacieux, revisite le lien entre Zatanna, la scène et son héritage familial. Pour qui a aimé la série de Dini, c'est la suite spirituelle idéale, dans un registre plus mature et plus expérimental.
Les pépites à garder pour plus tard
Une fois le parcours principal digéré, plusieurs lectures plus confidentielles récompensent les curieux. Elles ne sont pas prioritaires, mais elles enrichissent le portrait :
- Zatanna : Everyday Magic (Paul Dini / Rick Mays, 2003) — un one-shot Vertigo où Zatanna croise Constantine ; une friandise qui préfigure la tendresse de Dini pour le personnage.
- Zatanna and Black Canary : Bloodspell (Paul Dini / Joe Quinones, 2014) — roman graphique élégant qui associe magie et action au féminin, parfait en lecture détente.
- Les premiers solos vintage — un Special de la fin des années 1980 signé Gerry Conway, puis une mini-série du début des années 1990 par Lee Marrs. Curiosités pour complétistes, davantage historiques qu'essentielles.
- Zatanna and the House of Secrets (Matthew Cody / Yoshi Yoshitani, 2020) — un roman graphique tout public, réinterprétation jeunesse de l'adolescence de Zatanna, idéal pour un jeune lecteur ou pour offrir.
Ces titres illustrent la souplesse du personnage : Zatanna peut porter aussi bien un thriller occulte adulte qu'un récit d'apprentissage lumineux. C'est cette élasticité qui explique sa longévité malgré l'absence d'une série-fleuve unique.
Où et comment lire : éditions, recueils et conseils de parcours
La bonne nouvelle, c'est que la plupart des étapes de ce guide existent en recueils reliés. Les sagas majeures comme Identity Crisis ou Seven Soldiers of Victory se trouvent en volumes complets qui rassemblent l'intégralité de l'arc, ce qui évite la chasse au numéro. La série solo de Paul Dini a été rééditée en recueils, tout comme les deux runs de Justice League Dark, disponibles en tomes successifs. Les romans graphiques (Bloodspell, House of Secrets, Bring Down the House) sont par nature autonomes, publiés directement au format album.
Pour les origines Silver Age, privilégiez les recueils patrimoniaux qui compilent « Zatanna's Search » et les débuts du personnage : lire ces chapitres épars en numéros individuels est coûteux et fastidieux, alors qu'une compilation restitue le fil narratif d'un seul tenant. De façon générale, pour un premier contact, mieux vaut viser les recueils modernes que les fascicules d'époque.
Notre conseil de parcours, en résumé : commencez par la série solo de Dini pour le plaisir, enchaînez avec Identity Crisis et Seven Soldiers : Zatanna pour la profondeur, installez-vous dans la Justice League Dark pour la régularité, puis remontez aux origines et picorez les pépites selon votre appétit. Ce cheminement respecte à la fois la logique de plaisir (du plus accessible au plus exigeant) et la logique éditoriale (du contemporain vers les fondations). En quelques recueils bien choisis, vous couvrez l'essentiel d'un personnage de soixante ans sans jamais vous perdre.
Enfin, gardez à l'esprit que Zatanna est un personnage transversal : au fil de vos lectures Batman, Justice League ou Constantine, vous la recroiserez régulièrement en invitée. Ces apparitions ponctuelles, sans être indispensables, prolongent le plaisir et confirment son statut de trait d'union entre le monde des capes et celui des sortilèges.
Questions fréquentes
Le meilleur point de départ est la série solo écrite par Paul Dini en 2010, illustrée par Stephane Roux et Cliff Chiang. Elle est autonome, accessible sans connaissance préalable de l'univers DC et présente parfaitement le ton, les pouvoirs et la double vie de scène de l'héroïne.
Identity Crisis (2004), de Brad Meltzer et Rags Morales. On y apprend que Zatanna a effacé les souvenirs d'un ennemi de la Ligue, ce qui la place au centre d'un grand dilemme moral sur l'usage de la magie. C'est le récit qui a rendu le personnage adulte et faillible.
Dans Justice League Dark. La série de 2011 (Milligan puis Lemire, dessin de Mikel Janín) et la relance de 2018 par James Tynion IV en font un pilier de l'équipe magique de DC. La version 2018, où elle côtoie Wonder Woman et Swamp Thing, est une excellente porte d'entrée moderne.
Oui : Zatanna : Bring Down the House (2024), mini-série Black Label écrite par Mariko Tamaki et dessinée par Javier Rodríguez. Ce récit adulte et visuellement audacieux revisite le lien entre Zatanna, la scène et son héritage familial, dans la lignée de la série de Paul Dini.
Zatanna apparaît en octobre 1964 dans Hawkman #4, créée par Gardner Fox et Murphy Anderson. Ses débuts s'inscrivent dans le crossover « Zatanna's Search », une quête à travers plusieurs titres DC pour retrouver son père, le sorcier Zatara, dont elle hérite le costume et le don de magie incantée à l'envers.